Rencontres

« Une école de la réussite pour tous » Avril 2019

Terrain d’Entente a été invité a cette rencontre animée par Marie Aleth GRARD, vice présidente d’ATD Quart Monde.

Depuis plusieurs années nous sommes préoccupés des difficultés grandissantes que les enfants manifestent à l’école. Nous nous sommes engagés dans l’action « 1001 territoires » sur le quartier de Tarentaize. Plusieurs parents avaient contribués à ces temps de réflexion. Depuis deux ans, nous cheminons avec des enseignants membres de l’ICEM pédagogie Freinet,  pour engager un travail sur les possibilités d’ouvrir les écoles aux parents pour favoriser un accueil respectueux  du milieu de vie des enfants scolarisés.

Marie Aleth GRARD est membre du conseil supérieur des Programmes, elle siège au CESE à la section de l’éducation, de la culture et de la communication. Elle a travaillé en lien avec JP Delahaye, directeur général de l’enseignement. Elle nous a présenté la réflexion du CESE sur la réduction des inégalités à l’école dues aux origines sociales.

Le rapport du CESE de septembre 2011  sur les « inégalités à l’école » dénonçait déjà le fait que l’école n’arrive pas à atténuer les inégalités dues à l’origine social et culturelle. La loi de Refondation de l’école du 8 Juillet 2013 insiste sur le caractère inclusif de l’école, et qu’il est essentiel de se préoccuper de la réussite de tous. Les conditions d’une école inclusive: garantir une place en maternelle dès deux ans, éviter les fermetures d’école dans les petites communes, renforcer les RASED. Tous les parents doivent être accueillis à l’école à égale dignité. Tous les enseignants doivent être formés pour mieux comprendre le milieu d’origine des enfants scolarisés. Ils doivent être également formés à la pédagogie de la coopération qui permet d’avantage la réussite de tous. 

Permettre à tous les enfants et les jeunes de devenir citoyens dans une démocratie, pleinement insérés dans la société, tel est le défi que l’école doit relever.

La réussite à l’école signifie que les élèves doivent ont tous acquis le socle commun de connaissances et de culture, et qu’ils choisissent leur orientation.

Chaque année, depuis 15 ans, plus de 100 000 jeunes sortent du système scolaire sans aucun diplôme.

Pour aborder cette question des inégalités dues aux origines sociales et culturelles, il est nécessaire d’entendre la parole des parents socialement les plus exclus. C’est à partir des progrès des enfants des familles les plus défavorisées que nous pourrons mesurer la capacité de l’école à les faire réussir tous. Dans le cadre de cette recherche à l’initiative du CESE, un groupe « croisement » s’est réunit sur 7 journées: 5 chercheurs, 5 enseignants, 5 acteurs de quartier, 5 parents solidaires, 10 parents qui vivent dans la grande pauvreté

Ces journées d’échange ont permis de conclure que la réussite de tous est possible si:

 –   les enseignants travaillent en équipe, plus de maîtres que de classe. Favoriser les échanges pédagogiques entre zones prioritaires et les autres territoires 

 –   tous les parents sont accueillis à l’école

 –   une recherche permanente d’une pédagogie adaptée (respecter le découpage par cycle de 3 ans, développer la pédagogie de la coopération, développer l’apprentissage de la démocratie par la prise de parole donner à tous les élèves les moyens de faire leur travail personnel sur le temps éducatif)

 –   une gouvernance bienveillante et exigeante. (former les personnels d’encadrement à l’animation de l’équipe et au travail collectif, mettre en place une réflexion sur l’évaluation des enseignants, développer des programmes de recherche action en établissements)

Il est proposé d’expérimenter dans des écoles volontaires pendant 5 ans, ce cahier des charges

L’éducation prioritaire ne pas être la seule réponse, elle ne garantit pas une école ouverte et compréhensible pour tous.

L’école porte en elle ses propres forces. Les équipes pédagogiques cherchent, créent, innovent dans le but de ne laisser aucun élève au bord de la route. Elles ouvrent des voies qui devraient permettre de surmonter cet obstacle du déterminisme social auquel se heurte l’école. 

L’école n’est pas le seul lieu d’éducation, des projets en partenariat avec les quartiers peuvent naître avec tous ces collectifs qui construisent un tissu de relations où les parents ont une place privilégiée.  

Jean Zay, ministre de l’éducation à l’époque du Front populaire, estimait que l’école et les collectifs d’éducation populaire étaient les deux jambes de l’éducation et devaient oeuvrer ensemble.

9 Millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté, dont certains vivent dans la grande pauvreté (cumul de précarités qui concernent le non accès à l’emploi, au logement, à la santé)

35% des personnes ne font pas la demande de RSA (12 pages à remplir)

Un enfant pauvre, quand il arrive à l’école maternelle a bénéficié de 1000 heures de moins d’histoires racontées.

Il se retrouve  souvent dans une posture de conflit de loyauté qui bloque les apprentissages de manière inconsciente. Il se retrouve dans une double solitude, à l’école il ne peut pas parler de son environnement social, en famille il ne peut pas partager ses expériences scolaires. Les parents ne peuvent pas s’intéresser à ce qui se vit à l’école parce qu’ils n’ont aucune connaissance de cette réalité. (On pose des questions sur l’école en fonction de ce qu’on en connaît: les codes, les langages)

L’accueil des parents à l’école facilite la découverte et la connaissance du milieu.  (accueillir tous les parents sur des temps formels et informels, multiplier les espaces parents avec un animateur, former les parents délégués en réfléchissant à un statut pour ces parents). Ouvrir l’école au partenariat qui a une connaissance du territoire sur lequel intervient l’école..

Les inégalités scolaires sont inhérentes aux dispositifs.

84% des enfants qui se retrouvent en SEGPA sont issus de milieux défavorisés (l’école estime qu’elle ne sait pas faire avec ces enfants là!). 1% obtiennent le brevet

37%  réalisent un CAP qu’ils n’ont pas choisi.

58% sortent du système scolaire sans aucun diplôme.

Pour réduire ces inégalités: meilleure inclusion des SEGPA dans les collèges, supprimer le volet social pour les affectations, redonner à ces affectations un caractère réversible, multiplier les dispositifs permettant aux enfants de grandir ensemble.

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Rencontre ICEM/Terrain d’Entente Mars 2019

Comment dépasser les frontières érigées entre les membres de l’éducation nationale et les différents membres de la communauté éducative, les associations d’éducation populaire, les parents….pour rendre légitime leur parole, leur volonté de devenir partie prenante et soutenir la lourde mission de l’école ? Dans les différents textes il est de plus en plus question de l’importance de la construction de ces liens et les verrous restent toujours aussi tenaces un peu partout.

Les parents peuvent trouver une place réelle dans l’école à partir d’un cadre scolaire, d’un projet éducatif bien défini par l’équipe enseignante qui en est responsable. C’est la seule façon d’apporter des repères sur les possibilités et les limites de la relation entre les membres de cette communauté éducative. C’est ce qui donne la possibilité à chacun d’avoir une grande liberté pour s’investir et devenir force de proposition en respectant cet espace particulier de l’école qui a un mode de fonctionnement propre et des contraintes qui sont importantes à bien identifier.

Les enseignants peuvent investir et apprécier ce travail de « collaboration » si le temps nécessaire est pris en compte dans leur charge de travail. on ne peut pas demander dans la durée à des enseignants de participer à ce type de projet qui nécessite beaucoup d’énergie uniquement sur leur temps personnel, de manière militante.

Les constats: Si les parents se sentent rejetés de l’école, les enfants ne sont pas dans de bonnes conditions d’apprentissage. On souhaite tous favoriser des conditions de bien être à l’école. L’école ne fait plus référence pour des enfants de plus en plus nombreux qui vivent ce qui s’y passe comme sans rapport avec leur réalité, leur identité, leur culture, leur famille, leur condition de vie, leur avenir. 

L’école ne peut assumer son rôle que si elle considère l’enfant dans toutes ses dimensions, elle se construit avec la participation des parents. Parents inquiets, qui cherchent à encourager les enfants dans leur parcours scolaire, mais impuissants à pouvoir être partie prenante d’un système qu’ils ne comprennent pas. 

Nombreux sont les parents prêts à s’impliquer si un espace leur est ouvert. Ils savent expliquer les freins à la relation avec les enseignants, et faire des propositions concrètes. Ils sont volontaires pour s’impliquer dans des rencontres pour favoriser la meilleure scolarité possible des enfants. Nous pouvons identifier, grâce à leur contribution, les besoins et les possibilités de transformation dans l’enceinte de l’école.

Les préalables à la réussite:

Une bonne compréhension mutuelle

Le postulat de la co éducation (parents, enseignants, structures) Nous sommes collectivement responsables de l’éducation des enfants.

Nécessité de créer des espaces de rencontre:                                                                                  Pour comprendre les préoccupations de chacun, mettre en question des dysfonctionnements, réfléchir à nos conceptions de l’éducation, créer une communauté éducative d’entre aide.

Comment rendre possible ces espaces?

Importance du lieu où se déroule les échanges: pas le hall d’entrée, sous le regard de tous

Il faut beaucoup de temps pour se reconnaître: des poses café (répétition de choses simples)

Des temps d’école ouverts aux familles (un accueil le matin sur un créneau horaire).

Des samedis matins pour parler des réussites, des projets, des réalisations.

Des ouvertures pour des ateliers à partir de compétences particulières, d’envies des enfants (parents, associations)

Certaines classes accueillent les parents sur des temps scolaire.

Des temps ponctuels pour des sujets d’actualité dans l’enceinte de l’école, les questions internes au fonctionnement de l’école. (que faire face à la déscolarisations; problème lié au temps péri scolaire; les devoirs à la maison: qui permet un lien quotidien entre l’école et la famille, quoi proposer d’autres pour maintenir ce lien régulier? ; problèmes liés à la restauration scolaire….)

Etre associé à ce qui peut être dit en classe face à des évènements particuliers qui traversent la société.

Prendre appui sur la communauté éducative: les différentes asso assurent la garde des enfants pendant des temps de rencontre parents/enseignants. Elles  peuvent être présentes à l’occasion de repas partagés ….

Cloisonnement entre les différentes structures (Marie, écoles, centres sociaux…) Que tous les acteurs se rencontrent qu’on n’entende plus « ça ne me concerne pas, c’est la Mairie… »

Un enfant qui relève de soins, représente un long processus d’acceptation. Les enseignants s’inquiètent parfois un peu vite, faire confiance au diagnostic des parents qui connaissent l’enfant dans un autre contexte, les autres structures. Les orientations interprétées comme un échec « qu’est ce qui va le mieux pour cet enfant là? » Le DRE peut jouer un rôle

Problème des délais d’attente pour les prises en charge spécifiques…  Le RASED doit retrouver les moyens nécessaires                                                                                              Créer un réseau d’entre aide avec des parents ayant traversés les mêmes difficultés « boite à outil des expériences de chacun ».

Trouver la bonne manière de se parler pour rétablir un niveau d’égalité dans les échanges

 » si vous êtes en retard, votre enfant peut être confié à la police » 

Les parents expriment beaucoup leur difficulté à prendre la parole. « Ca ne sert à rien de parler, on n’est pas entendu ».

Peur de l’institution, manque de compréhension de son fonctionnement, les horaires, incompréhension face au système scolaire, cigles, vocabulaire, lisibilité des intervenants. Les parents se sentent dévalorisés.

Les leviers: discussion devant l’école, mobilisation autour d’évènements, trombinoscope des intervenants, diffusion des comptes rendus qui ciblent les réponses aux préoccupations des parents.

Les parents dont la communication est plus facile, un poste de psycho, d’IDE, une personne extérieure à l’équipe enseignante peuvent assurer la médiation en cas de litige.

C’est possible de prendre des initiatives pour accueillir les parents dans l’école, à l’échelle d’une seule classe, même si toute l’équipe n’est pas enthousiaste face à cette perspective.

Des comportements peuvent se transformer. A l’exemple des enfants qui réclament à leur nouvel enseignant, les « quoi de neuf », les « conseils » suite à cette expérience positive de leur année scolaire précédente. 

C’est indispensable que l’école ne se retrouve pas seule sur son territoire, qu’elle puisse s’appuyer sur les autres structures pour construire une communauté éducative et chercher des solutions aux problèmes des familles.

C’est dans la simplicité et la diversité des propositions d’ouverture de l’école aux parents qu’on se donne le plus de chance de rendre accessible cet espace à toutes les familles.

Nous souhaitons ouvrir ces temps de réflexion aux écoles de la ville. Nous pouvons faire une proposition de démarche de co éducation que nous pouvons transmettre à toutes les structures concernées.

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Rencontre avec la LDH, ( Ligue des Droits de l’Homme) en Avril 2019

               Rencontre avec la LDH, ( Ligue des Droits de l’Homme).

La LDH a réalisé il y a deux ans, un travail de recherche sur la lutte contre les discriminations et l’accès aux droits pour tous. Ce travail s’intéresse particulièrement aux personnes qui  sont le plus victimes des discriminations, les militants souhaitent aller à la rencontre des gens qui vivent des difficultés importantes pour faire valoir des droits et faire reconnaître les situations de discrimination. 

Agir avec les institutions est toujours compliqué. Le but du projet est de transmettre des connaissances pour équiper et accompagner les individus, rendre accessible les outils pour que les personnes concernées puissent les utiliser pour se défendre. 

Les amis de la LDH qui nous rejoignent se réjouissent de pouvoir travailler avec les membres de Terrain d’Entente sachant qu’on s’efforce collectivement de redresser ce qui ne va pas dans notre société, ils souhaitent « entreprendre un  travail pour faire valoir les droits avec ceux qui savent prendre en main leur réalité » 

La LDH est une institution très ancienne qui a une réelle influence sur la défense des droits. Il s’agit bien de la défense des  droits de l’Homme, avec un grand H!. 51% de l’humanité étant constituée de femmes!

L’origine de ce mouvement s’est au départ centré sur le respect du  droit du travail. Actuellement ils sont sollicités sur de nombreuses questions de société , les conditions d’existence de ceux qui sont régulièrement expulsés des squats, qui sont en situation irrégulière sur le territoire, étant une grande préoccupation. 

Tout au long de l’après midi, nous avons pu échanger sur de nombreux sujets de préoccupation.

La libre circulation des personnes

Comment est-il possible de venir s’installer et travailler en France? Où est l’égalité de citoyenneté pour tous? Comment les autorités politiques assurent l’exercice des principes de la République? Comment est-il possible rassembler les conditions pour obtenir une autorisation à travailler?

L’image de la France pour les pays extérieurs reste toujours « le pays des droits de l’Homme ». Nous traversons une période où on accepte de moins en moins les étrangers.

En Albanie, l’état n’était pas suffisamment protecteur par rapport aux personnes discriminées. En France, quand on vient de l’étranger, quand on se retrouve « sans papier », on a peur de l’état et de la police.

Les textes de loi, les recours, être conseiller sur le plan juridique, rencontrer des avocats spécialisés, c’est long. Il faut de plus en plus être vigilent sur le délais que les nouvelles lois ont limité. Pour toute décision administrative, on peut en demander la modification, mais en respectant les délais. A condition de bien connaître les lois, les dispositifs, les accords. L’administration applique la loi qui est en vigueur.

La carte de séjour périmée

Une carte qui n’est pas renouvelée dans les délais, et le contrat de travail est remis en question, les prestations de la CAF sont supprimées…. Le traitement du renouvellement de cette carte est informatisé, ce qui augmente les difficultés dans les démarches pour tous ceux pour lesquels l’informatique est inaccessible.

Il existe également des traitement d’exceptions qui sont défavorables. A l’exemple des accords d’Evian de 62, de la France avec l’Algérie.

Nous sommes ignorants de certains de ces accords, des textes qui sont modifiés. Ce qui complexifie notre capacité à faire valoir des droits.

Comment faire évoluer la loi? Elle doit s’adapter à l’actualité qui se transforme. Que faire par rapport aux lois qu’on estime injustes?

La question du travail et du voile.

Pour les fonctionnaires, les signes religieux sont interdits, pas dans le secteur privé. Hormis ce qui peut être spécifié dans le règlement intérieur d’une entreprise, l’interdiction du port du voile dans le secteur privé, dans le cadre d’une formation, relève de l’intimidation, ce qui est interdit.  les règles sur l’interdiction du port du voile à l’école ne concernent les élèves seulement  jusqu’à la terminale. Au delà, il n’y a pas de règle; 

La loi est parfois appliquée de façon arbitraire. Chaque département peut décider d’un règlement intérieur différent. les principes de certains relèvent d’ irrégularités. Ce qui peut faire jurisprudence.

Un exemple de licenciement abusif, suite à un congé parental

Au retour du congé, le poste était occupé par quelqu’un d’autre,  une autre proposition très désavantageuse a été faite avec des horaires fractionnés sur toute la journée, un secteur de travail très éloigné du domicile. Ce qui était incompatible pour une vie de famille avec des enfants très jeunes. Pour faire appel au prud’homme, il a nécessité des mois de rendez vous avec différentes structures qui orientaient chaque fois les démarches vers d’autres structures. Une énorme perte de temps, beaucoup de stress, des problèmes de santé dont de l’hyper tension, des difficultés familiales dues à cette importante tension dans la durée.

La difficulté à trouver un logement de son choix. Parfois besoin de déménager pour trouver un logement plus accessible financièrement. L’une d’entre nous a refusé un appartement qui n’avait aucune ouverture dans la cuisine. On lui a répondu qu’il n’y aurait plus de recherche de logement puisqu’elle refusait ce qu’on lui proposait. Alors que c’est au bout de 3 refus qu’il n’y a plus de recherche. La LDH intervient parfois auprès d’un bailleur.

Des impasses dans la prise en charge de jeunes adultes handicapés. Les établissements d’accueil sont de moins en moins en capacité d’offrir un cadre d’accueil stable (réduction des coûts, des effectifs….). l’une d’entre nous a son fils qui doit changé régulièrement d’établissement durant les week end et les périodes de vacances, les frais de déplacements sont assurés par  la famille de ce jeune qui subit cette contrainte. Elle déplore d’ailleurs ces changements imposés pour ce jeune qui est extrêmement perturbé. 

Les associations de handicapés peuvent se saisir de ce problème. L’Etat reste responsable de la prise en charge des majeurs handicapés.  

Proposition d’une synthèse de toutes les ressources juridiques, avec les spécificités de chacun, les conditions d’accès.

Nous énumérons les lieux qui peuvent recevoir nos demandes:

 – le CIDFF (Maison de l’emploi, 04/77/01/33/55, sauf le mardi)

 – la Maison du Droit (mais beaucoup d’attente pour obtenir un premier rendez vous)

 – la Maison des Avocats qui proposent des permanences spécialisées; On prend rendez vous le Lundi (04/77/33/16/22, 36 rue de la Résistance)

 – Laure Marie THILLON, permanences au Babet le Jeudi matin

 – l’ASSFAM 04/77/31/25/19

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Une journée à Retournac pendant les vacances de février

Les sorties à Retournac sont devenues une tradition depuis plusieurs années. Ces journées représentent une respiration considérable pour les habitants de notre quartier  qui n’ont que trop peu d’occasions de bénéficier d’espaces de ressourcement. Nos amis paysans de la Ferme des Fromentaux sont ravis de nous faire partager cette magnifique nature qui nous offre si généreusement ses charmes. 

Nous étions 28 personnes à profiter de cette belle journée ensoleillée. Des petits, des plus grands, des mères de famille. Nous avons voyagé en train. Le trajet a été calme et joyeux. Nous avons pu à loisir admirer le beau défilé de la Loire scintillante, nous enthousiasmer des troupeaux de vaches et de moutons qui broutaient dans les près. Ce sont pour nous, gens de la ville, des spectacles plutôt inédits et que nous savons apprécier à leur juste valeur.  

Tout a contribué à ce que cette journée soit joyeuse et paisible pour chacun d’entre nous. Tout d’abord l’accueil  simple et amicale de nos hôtes qui nous signifient à chacune de nos visites  que nous sommes ici chez nous.  

Eh puis aussi toutes les découvertes que nous avons fait ensemble. Nous avons pu nous réjouir face au cheval et à l’âne qui nous ont accordé leur confiance en acceptant de manger dans nos mains l’herbe qui nous leur offrions; des lapins un peu craintifs mais que nous sommes parvenus à caresser un peu; des canards qui barbotaient langoureusement dans la Loire qui scintillait de mille feus.  J’ai laissé le meilleur pour la fin! 

Nous sommes arrivés en pleine période de mise à bas des chèvres, de nombreux chevreaux étaient encore sous la mamelle de leurs mères et une jeune chèvre à mis son chevreau au monde sous nos yeux! Une expérience complètement nouvelle pour nous tous, impressionnante. Les questions ont fusé, Teddy Lou a pris le temps d’expliquer, de commenter l’évolution de la sortie du chevreau du ventre de sa mère. Les enfants ont réalisé que nous avions un peu la même façon de venir au monde. Nous sommes de la famille des mammifères. Dans les heures qui ont suivies, le chevreau tentait de faire ses premières pas. C’est ce qui nous distingue le plus de cette famille de mammifères, notre lente évolution vers l’autonomie. De belles questions, de belles prises de conscience sur la magie de la vie….

Une émotion aussi forte nous a ouvert considérablement l’appétit. Heureusement parce que chaque famille avait prévu des plats exceptionnels en quantité impressionnante!

Nos amis paysans sont venus à notre table. Nous étions près de 40 à partager ce repas. Une occasion très conviviale de faire un peu plus connaissance, de créer des liens, de mieux comprendre la réalité de nos modes de vie tellement différents. Sachant que ces amis sont pour la plupart bénéficiaires du RSA comme de nombreuses familles qui font partie de notre collectif. Nous pouvons mesurer ensemble les contraintes de chacun, le travail considérable que nécessite l’activité d’une ferme et la joie aussi de se sentir en accord avec la nature, d’en prendre soin, d’y contribuer collectivement ce qui rend soutenable toute cette charge de travail. Tout comme notre collectif qui organise des évènements qui peuvent aboutir parce que nous sommes ensemble pour les réaliser.

Pour le retour nous avons décidé de faire le trajet à pied jusqu’à la gare pour profiter de cette belle nature. Aucun enfant ne s’est plaint de la fatigue, trop occupé à grimper sur les rochers qui bordaient le sentier forestier,  à se remémorer   ensemble tout ce que nous avions découvert, à se passionner sur la vie des animaux. 

Des journées qui permettent d’approfondir nos liens qui se tissent depuis toutes ces années, entre enfants et adultes, de rêver à d’autres sorties en familles, à d’autres projets plus ambitieux, d’éprouver le bénéfice d’appartenir et de construire ensemble ce collectif. De percevoir que les autres sont notre force et notre ressource pour développer ce qui est nécessaire pour que le quotidien devienne meilleur pour chacun d’entre nous. 

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Une belle fête prise en charge par des élèves de la MFR

C’est la deuxième année que nous organisons un partenariat avec la MFR de St Etienne. Nous avons été sensibles à la démarche de cette école qui est très proche de la nôtre. Nous avons la même volonté de construire un climat de respect mutuel avec les enfants et les jeunes, en laissant le plus possible l’espace pour la libre initiative des uns et des autres. L’école encourage donc chaque année les élèves de terminale à prendre part à l’activité d’une association qu’ils choisissent librement, et à y apporter leur contribution pour enrichir un temps particulier. 

Cette année, une jeune que nous connaissons bien, accompagnée de plusieurs camarades de l’école,  a proposé à Terrain d’entente d’organiser une fête ouverte à tous. Cette initiative nous a paru tout à fait adaptée à notre volonté de rassembler les familles autour d’évènements festifs. Nous saisissons toutes les opportunités possibles pour nous rencontrer et partager des moments de joie.

C’est dire si cette jeune fille, qui a été présente plusieurs années dans notre collectif, a bien compris  et repéré ce qui nous était cher. Elle a su s’approprier ces valeurs comme une préoccupation importante.

Ces 5 jeunes de 17 ans ont su s’organiser dans la durée pour mettre en place ce projet avec la présence d’un membre de notre équipe. Elles sont venues présenter leur proposition un vendredi au café des femmes. Les adultes présents ont accueillis favorablement cette perspective. Nous avons contribué de notre mieux pour que cette fête puisse aboutir: réservation de la salle, du matériel vidéo, confection de gâteaux.

Ce samedi 23 Février, nous avons tous profité d’une très belle fête jamais encore réalisée à Terrain d’Entente. Plus de 80 personnes étaient présentes tout au long de la soirée. Elles ont été nombreuses, de toutes les générations, à danser en se laissant guider par la musique et le rythme proposé par ces demoiselles. Plusieurs ont participé au karaoké où des chansons très diverses avaient été sélectionnées à partir de la demande des participants. Le service a été assuré par différentes adhérentes tout au long de la soirée.

Nous faisons toujours ce constat positif. Tout ce qui est mis en place dans notre collectif se réalise grâce à la participation active de nombreux membres. Très peu de choses seraient possible autrement.

Nous avons eu la joie d’une visite impromptue de notre groupe d’adolescents qui  n’a pas osé prendre le risque de perturber cette fête familiale. Ces garçons se sont installés discrètement à proximité de la salle et ont su être très gratifiants face au goûter que nous leur avons offert. Un autre sujet de satisfaction pour notre collectif: la qualité de la relation qui s’est construite au fil des années et qui permet à chacun d’entre nous de savoir respecter un temps qui ne lui est pas forcement dédié, sachant que chaque envie est prise en compte de façon à lui apporter satisfaction chaque fois que possible.

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Un nouvel après midi « galettes sur le terrain »

Une initiative de plusieurs adultes entièrement gérée et assumée par ceux qui ont souhaité là mettre en place. 

Les journées de Février sont tellement douces, les familles nous rejoignent toujours plus nombreuses sur le terrain durant nos après midi de jeux avec les enfants. Ce bel air de printemps nourrit les envies, donne des idées.

Depuis quelques années nous organisons des après midi « galettes » qui sont toujours des moments partagés très positifs. Les adultes sont nombreux ces jours là à sortir de chez eux pour nous rejoindre. Les enfants et les jeunes sont très sensibles à la présence des parents du quartier. Le climat est plus apaisé,  cette présence et ce dynamisme collectif crée un climat de sécurité très bénéfique pour nous tous. 

Ce que nous notons de très encourageant depuis de nombreux mois, c’est que nous n’avons plus à jouer un rôle particulier dans l’organisation de ces manifestations.

Les adultes qui sont à l’initiative de ce temps de rencontre le prennent en charge d’un bout à l’autre.

Tout ce qui est nécessaire pour réaliser les galettes, les ingrédients, les ustensiles de cuisine sont apportés des différents foyers. Un feu de bois est réalisé avec les enfants, entretenu par les adultes tout au long de l’après midi.

L’ambiance est toujours très joyeuse, plusieurs adultes  contribuent à ce travail, discutent ensemble, rigolent. Un climat détendu et dynamique qui contamine tous ceux qui sont présents sur le terrain. Une fois les galettes réalisées, elles sont offertes généreusement à tous ceux qui le souhaitent. 

C’est notre marque de fabrique à laquelle nous sommes tous très attachés. Tout ce qui se réalise à Terrain d’Entente s’adresse à tout le monde, petits et grands, sans aucune distinction, sans aucune contrainte. On vient quand on veut! Quand c’est possible, quand c’est estimé intéressant pour chacun. Et chacun est le bienvenu. 

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La biennale de TRACES le 24 Novembre 2018 salle Descours

TRACES est un réseau régional d’ associations, d’artistes, de chercheurs, d’institutions patrimoniales  qui s’est constitué dans les années 1990-2000. Il crée régulièrement des évènements qui  mettent en évidence que les mouvements migratoires  font partie de l’histoire de la région comme de son devenir. Les différents acteurs s’investissent dans des actions sociales, scientifiques, politiques et culturelles qui prennent en compte ces faits migratoires. Le premier objectif du réseau est de travailler à changer les représentations pour espérer un effet concret sur les rapports sociaux. 

Tous les deux ans, ils organisent des manifestations sur toute la région, ouvertes à toutes les initiatives, pour mettre en valeur l’histoire, la mémoire et l’actualité des migrations.

De nombreuses familles, adhérentes de Terrain d’Entente, ont vécu des parcours d’immigration et ont éprouvé cette expérience difficile, insécurisante d’avoir à s’intégrer sur un territoire  inconnu, de tenter de construire son avenir en terre étrangère. Nous nous reconnaissons donc dans les démarches entreprises par ce réseau. Aussi, lorsque l’association Les moyens du Bord nous a sollicité pour organiser un évènement avec le collectif Agir Abcd de Montreynaud, nous avons immédiatement ressenti l’importance de nous y impliquer. 

Depuis plusieurs années, nous avons construit des liens d’amitié avec cette association. Nos temps de partage autour d’ateliers d’expression artistique, de jardinage, de journées festives ont crée une relation durable et bénéfique pour tous les membres de ces deux collectifs. Au fil des années, nous nous enrichissons de notre diversité. Nous trouvons parfois des espaces communs qui amplifient nos actions respectives.

La biennal de TRACES, a représenté pour nous une opportunité de nous manifester ensemble sur l’espace publique, avec l’intérêt également de découvrir l’association de Montreynaud. 

Cette proposition nous a été faite suite à l’annonce d’un livre que nous  réalisons sur l’histoire de Terrain d’Entente. C’est un livre à plusieurs voix qui  est l’occasion de récolter des témoignages de parcours d’immigration de femmes. Ces textes évoquent la solitude, l’absence, l’isolement, puis la rencontre avec Terrain d’Entente. Voici ce qui se manifeste en substance:

« J’ai trouvé avec ces femmes qui ont toutes grandies ailleurs, une identité…. 

Terrain d’Entente, c’est comme une famille qui redonne de l’espoir qu’on peut faire plein de choses, que c’est jamais trop tard. 

Il suffit de trouver un lieu, des gens qui font des choses ensemble, c’est tout. « 

Dans cet ouvrage, des femmes prennent la parole. Elles rapportent des histoires de vie portées par la volonté de rester forte et vivante face à la dureté de la vie. Nous découvrons des portraits qui mettent en évidence cette extraordinaire capacité à s’arracher de sa conditions, des déterminismes, de son destin social. Les ultimes efforts qui sont réalisés envers et contre tout.

Pour cette journée du 24 Novembre, 4 d’entre nous ont pris la parole, elles ont écrit et lu leur témoignage de leur parcours de vie, devant tous ceux qui ont répondu à l’invitation. Ces différentes paroles ont été mises en valeur par des temps de musiques et de chants qui offraient une respiration, la possibilité de faire tomber un peu le niveau d’émotion qui s’est manifesté tout au long de l’après midi.

L’assistance a pu mesurer la dureté de ces parcours de toutes ces femmes déterminées à tenter sans relâche d’offrir un avenir meilleur à leurs familles.  

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Rencontre avec Saïd Bouamama

Nous avons eu le plaisir d’accueillir Saïd Bouamama le 4 Juillet 2017.

Il est docteur en socio économie, il est également chargé de recherche et formateur pour des travailleurs sociaux.

Terrain d’Entente et le Centre Social du Babet étaient à l’initiative de cette rencontre. Nous travaillons ensemble depuis quelques années et nous nous efforçons de nous engager avec les familles du quartier pour chercher les réponses les plus adaptées aux besoins et aux envies manifestées.

Nous avons souhaité rencontrer Saïd BOUAMAMA parce que son analyse sur la situation des quartiers populaires rentre en résonance avec notre perception et notre compréhension de la réalité.

Son intervention nous a aidé à mieux cerner l’évolution des quartiers populaires, ce qui se vit aujourd’hui, les difficultés et les ressources. Nous avons pu également aborder la question du  besoin de présence militante, d’implication avec les habitants.

Nous sommes également très préoccupés par la situation des jeunes. Certains d’entre eux n’ont plus aucun contact avec les adultes du quartier, il y a un sentiment d’impuissance qui se développe, où on n’arrive plus  à s’interroger collectivement sur cette très préoccupante situation.

L’association Terrain d’Entente poursuit son action sur le quartier depuis Avril 2011. Nous sommes engagés dans une démarche d’éducation populaire qui se réfère à la pédagogie sociale. C’est une pédagogie de l’action.

Notre travail est de comprendre et d’apprendre la réalité de ce que vivent les familles en construisant une relation au rythme de chacun, en donnant du temps au temps. Nous offrons juste un temps de présence. Chacun peut participer à nos rencontres, quand c’est possible et utile pour lui, en fonction de ses centres d’intérêts et pas selon ses possibilités financières. Ce qui contribue pour bonne part, à la possibilité pour chacun de s’engager et d’être partie prenante dans tous les projets menés.

 

Cette posture permet de percevoir peu à peu la façon dont les familles vivent les évènements qui traversent leur vie et de s’indigner ensemble face à ces situations d’abandon, de relégation, et d’en faire notre affaire.

 

 

Nous sommes essentiellement centrés sur des actions collectives qui rendent possible certaines choses et mettent en évidence que le collectif est une force et une richesse. Nous construisons avec les familles des projets qui répondent à des besoins, des envies, qui règlent des problèmes concrets. Ces actions collectives sont l’occasion de développer pleins de savoirs et surtout mettent en évidence des savoirs qui ne sont pris en compte nulle part. Ensemble on sort de l’impuissance.

On peut dire alors, vous connaissez les familles de Tarentaize?

Ah oui, ces parents qui s’impliquent dans la démarche « 1001 Territoires, pour la réussite de tous les enfants à l’école », ces parents qui organisent des diaporamas pour les rencontres pays d’origine, ces parents qui organisent des soupes qu’ils offrent sur l’espace public pour manifester leur position face à certains évènements qui traversent la société, ces parents qui participent à l’animation d’une rue en ouvrant un salon de thé, dans le cadre de la Biennale….

 

Nous cherchons les moyens d’exercer de façon effective notre responsabilité collective dans l’éducation et la protection des enfants. Et nous nous efforçons de nous engager, avec les acteurs volontaires de l’action éducative, pour construire, avec les parents, une communauté éducative, à l’échelle du quartier. Où chacun se sent responsable, impliqué, à égalité

Nous encourageons les enfants à partir des conseils qui ont lieu chaque semaine, de devenir partie prenante de nos temps de rencontre, en les accompagnants dans leurs projets pour qu’ils puissent aboutir.

Les enfants s’investissent et s’engagent pour des projets qui font sens pour eux.

Nous nous centrons sur des modes d’expression artistique (Atelier Théâtre, Atelier écriture, Atelier peinture, Atelier paperolle….)

 

Nous recherchons des modes de manifestation pour mettre en valeur toutes ces productions. On peut dire aujourd’hui: vous connaissez les enfants de Tarentaize? Ah oui, ceux qui ont réalisé l’exposition de peinture à l’amicale de Chapelon, ceux qui ont décoré la librairie croque’linotte avec des origamis, ceux qui ont animé des ateliers paperolles dans le cadre de la fête du livre, ceux qui ont réalisé une émission de radio….

 

Depuis 3 ans, nous avons développé un partenariat avec le centre social du Babet et la médiathèque du quartier, des actions qui concernent nos différentes structures se sont développées. Et nous avons ensemble l’occasion de proposer des débats.

 

 

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« LA SOUPE DE L’AMITIE »: « Tous humains, tous différents… Allons à la rencontre de l’autre … Partageons la même soupe ».

Environ 150 personnes nous ont rejoint durant ce temps de partage..

Nous avons décidé d’organiser cette soupe suite à l’attentat contre Charlie Hebdo pour faire la démonstration qu’il est possible et heureux de construire des choses tous ensemble et de pouvoir faire société commune. Nous sommes contre les amalgames et la stigmatisation des musulmans engendrés par les médias.

Cette décision collective a été le fruit de nombreux débats entre les membres de l’association, à l’occasion du café des femmes. De nombreuses familles avaient du mal à se positionner par rapport à cet évènement. Elles voulaient affirmer qu’elles s’indignaient face à la violence de cet attentat mais qu’elles étaient également contre les caricatures dessinées par le journal de Charlie Hebdo, vécues comme un blasphème envers le prophète.

Des associations amies se sont joint à ce projet : Vivre à Beaubrun, Les Moyens du Bord, Globe 42, le centre social du Babet.

Nous avons tracté devant les écoles du quartier, pour annoncer cet évènement. Beaucoup de familles ont été touchées par la démarche qui a permis de parler d’un sujet tabou sur le quartier. Tous les petits commerces contactés ont réagit également de façon positive à cette invitation.

Des amis musiciens étaient venus manifester leur solidarité. Ils ont apportés ainsi un petit air de fête à ce rassemblement, car il y a de quoi se réjouir aujourd’hui de tout ce que nous savons construire ensemble, dans nos diversités, dans ce contexte sociale très fragile et éprouvant pour beaucoup.

Avant le partage de la soupe, nous avons expliqué les raisons de ce rassemblement:

Il nous a fallu tout ce temps non pas pour réagir au drame de Charlie hebdo. Sans hésitation, notre solidarité est allée à tous les journalistes, salariés, policiers, victimes de cette tragédie. Mais aujourd’hui, nous voulons dire que nous refusons qu’au nom de cette tragédie, se développent des propos et des politiques de stigmatisation vis-à-vis de toute une partie des familles des quartiers populaires

Ce qui nous a également profondément affectés, scandalisés, et beaucoup inquiétés, dans l’affaire de Charlie, c’est la réponse de l’état qui a été essentiellement sécuritaire. On croise aujourd’hui des militaires dans les gares, dans les grandes surfaces, dans certains quartiers. Des enfants ont été convoqués au commissariat parce qu’ils disaient qu’ils n’étaient pas Charlie, plusieurs adultes ont été emprisonnés pour les mêmes raisons.

De nombreux indicateurs manifestent un peu partout un profond mal être sociale qui s’aggrave. Il faut des réponses à la hauteur de la gravité de la situation.

Et nous savons tous aujourd’hui ce qui fait le lit de la violence. Une violence qui répond à une autre violence : la pauvreté d’un nombre toujours plus important de

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Terrain d’entente, c’est ça…

Le témoignage de Fyala sur le « café des femmes »…
lundi 20 février 2017, par Lucile Paysant

 Ce témoignage a été recueilli par Lucile Paysant, comédienne, et mis en voix lors du colloque « pédagogie sociale » sur Stanislaw Tomkiewicz en novembre à Paris. 

-  Alors, je sais pas, est-ce que tu veux te présenter ?

D’accord je me présente, je m’appelle Fyala, je suis maman de cinq petits enfants dont une c’est une petite mais en premier quand j’ai connu « Terrain d’entente » j’avais seulement quatre enfants. Je venais de venir d’Algérie en 2014. Je connaissais personne et mes enfants avaient des difficultés à faire des amitiés, des connaissances avec des jeunes garçons tout ça. Et en allant sur le terrain (j’allais au parc seulement pour que mes gosses s’amusent) là y’avait « Terrain d’entente » que je connaissais pas du tout. Et je voyais des personnes avec des grandes caisses rouges et des enfants tout autour en train de jouer. Et moi je me demandais : « Mais qui est-ce ces gens-là… ? » . Et je n’arrivais pas, ni à comprendre, ni à expliquer qui était vraiment « Terrain d’entente ». Et c’est là qu’un jour j’ai remarqué une fille qui était avec « Terrain d’entente », des fois elle était sur le terrain, des fois à la bibliothèque, elle racontait des histoires, elle s’occupait des petits et c’est là que je me suis approchée d’elle et je lui ai dit : « Mais qui vous êtes ? … Je vous vois mais je comprends pas … vous êtes qui ? Une association ou quelque chose comme ça ? »
Là elle m’a raconté en deux trois mots, qui était « Terrain d’entente » et elle m’a invité à les rejoindre sur le terrain les samedis et les mercredis après-midi. Et puis il y avait aussi un « Café des femmes ». Alors j’étais très contente pour mes gosses avant d’être contente pour moi ; et puis le mercredi après-midi j’ai emmené toute la famille sur le terrain et j’ai fait connaissance, Josiane qui s’est approchée, m’a fait la bise, m’a parlé de Terrain d’entente, après aussi Claire, et ça m’a fait très plaisir parce que moi aussi j’étais seule sur Saint-Etienne, j’avais ni parents, ni famille, ni rien. Et c’était pour moi une rencontre d’une nouvelle famille. Pour moi et pour mes enfants. C’est comme ça que j’ai fait la connaissance de Terrain d’entente.

Cliquer sur la photo pour l’agrandir
Les 26, 27 et 28 janvier, des enfants de Terrain d’entente, des enfants du quartier de Tardy, des adultes amateurs et des membres du collectif X se sont rassemblés pour raconter ensemble, d’une même voix, l’histoire des péripéties d’Ulysse et ses marins dans une Odyssée revisitée par (la plume d’) Agnès D’Halluin. Deux heures et demi d’aventures, de chants, d’impro, de jeu pour traverser ce récit avec les spectateurs. Ci-dessus « le chant des sirènes » chanté par tous les marins, dont ceux de Beaubrun-Tarentaize, pour faire face aux envoûtements des Sirènes… Photo : Anne Pellois.

-  D’accord, et du coup tu allais au Café des femmes ensuite ?

Ensuite la semaine qui est suivante elle-même je suis partie au Café des Femmes, et là j’ai fait la rencontre des « mamans ». C’était des dames comme moi, qui portaient le foulard, qui venaient aussi du pays, qui avait aussi le mal du pays. Et là ça m’a plu. J’ai fait des connaissances de beaucoup de femmes, on a parlé ensemble et on est devenues des amies. Maintenant on se voit dehors, on se connait tu vois on est une même famille maintenant c’est sûr. Saint-Etienne on a notre propre petite famille. Nous sommes des gens sans famille, on a quitté le pays avec les familles, avec les parents, avec les sœurs et frères et on s’est retrouvés dans un pays tous seuls.

-   Et comment tu présenterais le principe de ce café à des gens qui connaissent pas ?

En tous cas ce café là pour moi il forme une puissance quand on est tous ensemble. On partage beaucoup de choses ensemble. On partage surtout nos joies ensemble, nos peines, si on veut on se confie, entre nous, mais des fois par exemple si y’a quelqu’un qui est malade, je sais pas moi, on lui trouve des remèdes… Tu vois c’est vraiment une belle chose le café des femmes, moi en tous cas ça me fait beaucoup de bien. Ça permet de boucher un trou vide qui était en moi. J’avais vraiment en moi. J’avais un grand vide. Pas de famille… ça m’a rempli ce vide-là. Ça me l’a rempli. C’est pour ça que maintenant c’est un manque pour moi d’être éloignée comme ça. Je me rappelle que Claire elle pleurait quand je lui ai dit que je déménageais, parce qu’elle disait : « C’est fini, tu pourras plus venir, c’est trop loin, c’est trop loin, t’auras un bébé » tout ça. Mais moi je comprenais pas, je disais : « Mais non, je serai là ! Je serai là ! » Et maintenant je suis un petit peu éloignée, ça fait du mal mais j’essaie de revenir et de respirer « hhhhhhhumm… » comme si un poisson qu’on remettait dans l’eau. Mais je suis sûre que ça va continuer le « Café des femmes » en tous cas pour moi. J’espère que ça va continuer, parce qu’on évolue, toutes ensemble, on va voir que y’a une idée, quelqu’un pense à quelque chose , et on est tous de notre force pour réaliser cette chose-là.
Et c’est bien pour nous. Pour des dames. Des dames. Parce qu’on est toujours en silence nous. On essaye …. Même si on pense des choses, on pense au fond de nous. On essaye pas vraiment de l’ « éclorer ». Le « Café des femmes » lui il nous permet de « éclorer » nos pensées, nos idées. Par exemple, on va vouloir faire quelque chose, eh ben on arrive à le faire, tous ensemble, main dans la main et ça, ça fait beaucoup de bien. On réalise des choses ensemble. Ça c’est bien ça. Ça fait du bien. Ça, ça me fait beaucoup de bien.

-  Oui ça se voit ! Et c’est quoi les projets que tu retiens, qui ont été construits tous ensemble dans le « Café des femmes » depuis que tu y es ?

Deux choses vraiment qui m’ont touchée dans le « Café des femmes » qu’on a réalisé ensemble : c’ était « la soupe de l’amitié » . C’était à cause de l’attentat de « Charlie hebdo » et on se sentait mal, nous, les dames qui sortent en foulard. On se sentait mal parce que c’est comme si on portait notre religion comme ça là (mime d’un plateau) alors que nous on y est pour rien… Y’a même une dame qui voulait plus sortir. Elle voyait les gens la regarder mal et tout ça. Et y’a eu Josiane qui m’en a parlé à moi la première, elle m’a dit regarde les dames… – « Est-ce que c’est pour les religions qu’on fait ça ? » elle a dit : « Non c’est pas pour les religions, c’est pour dire à tout le monde que même si on a certains notre religion, on peut vivre ensemble. » A cause de ces attentats du centre-ville, on va faire une grande soupe d’amitié, l’offrir à tout le monde et on va parler de ce qu’on pense, de tout ça. Et la soupe elle a vraiment réussi. Y’a eu beaucoup de gens. C’est passé dans le journal. Ce jour-là m’a touché à moi. J’ai senti qu’on avait réalisé quelque chose. On avait parlé de quelque chose.
Et la deuxième chose aussi qu’on a réalisé c’était pour la Palestine. De cotiser pour la Palestine. De parler de leur souffrance, qu’il fallait faire quelque chose, main dans la main. Et on a tenu un « p’tit truc » ensemble : on a préparé des gâteaux, tout ça, on les a vendu à des prix symboliques, mais on a pu ramasser une petite somme d’argent pour l’offrir à l’association BDS*. Et on s’amuse aussi d’un autre côté, on a fait deux coups ?… « D’une pierre deux coups » ! D’un côté on s’est bien amusé, nous les dames on a fait du foot. Des dames de plus de 40 ans en train de courir derrière une balle (rires) ! ! Et les gens qui nous regardent, et on a tout laissé derrière nous, on se voyait même pas comme on était ! Et aussi on a cotisé. On a donné de nous. Pour cette cause-là. Main dans la main. On s’est bien amusé et on a cotisé de l’autre. Ça c’est ce qui m’a plu.

Y’a aussi un autre côté dans le « Café des femmes », il réalise des hammams aux dames, des sorties, et d’autres choses. Moi, pour moi avec ma famille sur le dos, mes enfants tous petits, ça m’intéresse pas vraiment. Tu vois pour moi hein. Les autres ça leur intéresse parce qu’ils sont coincés ici, ce sont des familles qui n’ont pas de papiers, ils peuvent pas retourner maintenant voir leur père leur famille tout ça, et faire des vacances, offrir des vacances à leurs enfants tout ça, et grâce à ces sorties-là eux ils se sentent bien. Ils font des sorties, ils vont au bord de l’eau, ils font des pique-niques. C’est aussi un manque qui est en eux. Et ce côté-là … moi maintenant avec mon petit et tout ça, je peux me priver de ça. Ce côté-là. Mais ce que je peux pas me priver, c’est : le « Café des femmes » ! Mon petit café devant moi ! Ou alors…de faire des choses pour l’humanité.
Et ce qui touche beaucoup. Tu vois, moi je suis suivie au Conseil général, et ils me demandent toujours « Qu’est-ce que vous faites dans la vie ? Qu’est-ce que vous faites dans la vie ? » Alors moi je dis : « Moi je suis une mère au foyer, mais je suis dans une association, on fait des trucs ensemble. » Alors il me regarde il me dit : « Une association euh… musulmane madame.. ? » Je dis : « Pas du tout ! ! Une association où il y a toutes les religions, où se sont même des français qui la tiennent. » Le gars il en revenait pas. Il croyait peut-être qu’une femme comme moi elle ne pourrait pas faire autre chose avec des autres gens. Peut-être lui il peut pas imaginer qu’on peut faire malgré tout, et c’est ça qu’est-ce qu’il nous offre le « Café des femmes » et « Terrain d’entente ». C’est que malgré notre couleur, notre religion, notre âge et tout, on peut faire beaucoup d’choses ensemble. Et on se sent bien. On se sent ni rejeté ni…
Tu vois aussi par exemple : tellement que la vie est dure et tout, les gens ils aiment bien quand c’est tout gratuit. Ça donne envie aux gens de venir là parce que c’est gratuit, parce que les gens maintenant ils souffrent avec la crise du travail.
On a tous de l’argent, de quoi manger. Mais on peut pas tout se permettre. « Terrain d’entente » il permet des sorties, du hammam. Y’a beaucoup de dames parce qu’ils ont pas vraiment les moyens. Et du coup il y en a de plus en plus et ça aussi c’est bien. C’est surtout bien pour les gens qui n’ont pas vraiment les moyens. Ça aussi ça me plait dans le « Café des femmes » faut rien payer, c’est gratuit. Quand notre soupe était gratuit les gens n’en revenaient pas. Après ils disaient : « Alors, alors, combien je mets ? » – « Gratuit ! ! Gratuit ! ! » Et après ils disaient : « Non, non, je veux mettre quelque chose ». Par exemple, ils demandaient si y’avait une caisse. Y’avait pas de caisse, c’est gratuit. C’est ça, ça touche aussi tu sais ça. Cette gratuité là, ça me touche moi. Moi j’aime aussi les choses peuvent être gratuites. Pourquoi toujours avec l’argent là comme ça ? Ça aussi ça me plait. Dans cette association. Ca me plait. Moi dans les autres associations qui ont connues mes idées tout ça, ils me demandent de rentrer dans leur association mais moi je dis : « Non, c’est celle-là et j’y reste. » Ils disent : « Si si » Je dis : « Non non ! »

 

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