Témoignage

Ce temps long du confinement : Le journal de Terrain d’Entente

« L’annonce du confinement a été un choc, on ne s’y attendait pas. On a traversé des catastrophes mais pas sur notre période actuelle ». (Fathia)

Le temps a été suspendu. Une expérience inédite s’est imposée à nous tous. Face à une menace mortelle, nous avons du renoncer à tout ce qui construit notre quotidien qui nous a alors échappé. Nous avons du arrêter des activités qui assurent le maintient de notre existence, lui donnent du sens. Si cette remise en question radicale a concerné toute l’humanité, elle n’a pas été vécue de la même façon en fonction de la situation sociale de chacun.

Terrain d’Entente s’est efforcé de rester intègre par rapport à ses principes. Aujourd’hui, il nous semble indispensable de donner la parole à ses différents acteurs pour évoquer cette période. Il s’agit des différents membres de l’équipe et d’habitantes du quartier de Tarentaize-Beaubrun.Nous espérons que ce partage nous donne la possibilité de tirer des enseignements de ce que nous avons subi pour envisager autrement notre avenir.

Fathia: Le décès de la maman de Nabila, c’était horrible. C’est ce qui m’a marqué le plus. Elle s’est retrouvée seule pour faire son deuil. C’était inhumain de là voir pleurer de son balcon et de ne pas pouvoir là tenir dans nos bras. Sinon je sens que ça a rapproché les familles. Ca a crée des liens plus forts entre les parents et les enfants. Tu te découvres. J’ai retrouvé également des souvenirs en triant mes affaires. J’avais le temps. J’ai senti un élan de solidarité. Pour une fois, on était tous dans la même situation, tous pareils. Avec l’humain qui avait vraiment sa place d’humain. Des relations où ce n’est pas l’hypocrisie qui domine. De ne pas pouvoir être en lien avec les personnes ça permet de comprendre à quel point on y tient. Les gens te manquent, tu mesures plus ce qui a de la valeur dans la vie. La famille, l’amitié. Des relations qui sont précieuses. J’ai senti beaucoup d’émotions autour de moi la première fois qu’on s’est retrouvées. On a été mis face à la réalité. La vie, et la mort…. On le sait mais ça a permis une plus grande prise de conscience. Dans le quartier, un petit collectif s’est organisé pour que personne ne soit oublié. Le mari de Nabila y a participé. Une somme d’argent a été récoltée entre les habitants, durant toute la période du confinement, pour proposer des colis alimentaires à ceux qui n’avaient plus rien. Cette solidarité s’est prolongée durant toute la période du ramadhan. Des familles préparaient chaque jour des repas que des bénévoles de la mosquée distribuaient. Le regard des gens a changé. On est tous pareils avec les masques. Le port du voile qui était choquant auparavant a trouvé sa place comme une mesure de protection nécessaire aujourd’hui. Ca fait du bien la fin de ce racisme! Ce que je retiens surtout du Covid c’est le développement des solidarités ».

Une annonce que nous n’avons pas su anticiper: le coronavirus s’est propagé partout dans le monde! De l’épidémie annoncée en Chine, nous découvrons que la pandémie va immobiliser toute l’activité humaine! La veille du discours présidentiel qui annonçait l’injonction à l’auto enfermement, nous étions sur le terrain avec les familles, c’était un Samedi. Nous avions prévu des petites mesures d’hygiène: de l’eau, du savon pour encourager les enfants à se laver les mains. Les verres et le goûter étaient restés au garage. Le lundi tout le monde devait rester confiné chez soi!

Zahia: « Je vais vous exposer mon ressenti sur la situation actuelle qui est inédite et déroutante à la fois. CONFINEMENT. Un mot que beaucoup de gens ne connaissaient pas , mais qui allait mettre tout le monde, oui le monde entier dans une situation de retrait social , physique et économique pour cause de crise sanitaire mondiale. Ce virus a fait des millions de morts dans le monde sans distinction de lieu,de race, de couleur, de richesse ou de pauvreté. Tous les continents ont été touché, toutes les populations ont vécu cette situation inédite et particulière. Confinement, un mot que je ne connaissais pas . On a tous été obligés de nous confiner, tout s’est arrêté! On aurait cru être dans un film américain d’apocalypse! On a pu remarquer que même les grandes puissances mondiales, les pays dotés des dernières et meilleures technologies n’ ont pas pu échapper à la contamination de ce nouveau virus . Un virus venu de Chine et qui a provoqué une pandémie mondiale, une contamination à laquelle personne ne s’attendait et n’était préparé. J’ai été choquée d’entendre tous les soirs vers 20h00 , le Professeur SALOMON qui venait nous annoncer , nous énumérer le nombre de morts par jour. L’ image de l’alignement des cercueils dans une longue fosse aux Etats -Unis à été impressionnante. Tout le monde : riche comme pauvre, adulte comme enfant, patron comme chômeur, toutes les nationalités , toutes les cultures et toutes les religions du monde ont été touchés. L’Humanité sans aucune distinction et cela doit nous amener à réfléchir sur notre façon de penser, sur notre rapport à l’ autre , sur nos dirigeants etsur notre avenir surtout. Rien n’ est acquis , l’ Homme restera toujours vulnérable sa connaissance, son intelligence, malgré le progrès . Il faut réfléchir sur le sens même de la vie et sur notre rapport aux autres. Une chose positive , c’ est que cette expérience nous a permis de réfléchir et de nous recentrer sur l’essentiel, et non sur des choses éphémères. BON COURAGE A TOUS ».

Devant la bonne volonté manifestée par le plus grand nombre, d’utiliser ce « temps libre » imposé pour apprécier les petits plaisirs de la vie familiale, nous avons vécu la première semaine comme une opportunité. Pour notre vie d’équipe, comme pour l’ensemble de notre collectif, nous avions enfin du temps! Ce temps qui nous manque toujours pour enrichir notre site de témoignages; pour finaliser des projets tous ensemble, en réfléchissant aux enjeux, en prenant en compte l’avis de chacun; pour s’astreindre à rédiger les bilans exigés par chaque financeur; pour organiser des vacances dignes de ce nom…. Nous avons mis en place des temps de réunion plus fréquents pour tenter de répondre à la complexité de ce nouveau contexte. Car pour construire des actions qui répondent aux besoins réels, et qui deviennent transformatrices, les temps consacrés à la discussion sont essentiels, déterminants. Nous avons besoin de la capacité de chacun à comprendre, analyser, proposer. Nous avons pris également le temps de téléphoner à chacun et à chacune. Nous avons partagé ainsi des moments d’intense intimité, à parler de nos conceptions de l’existence, de ce qui avait du prix à nos yeux, et de ce qui était ressenti comme une difficulté… Des échanges en vérité qui renforcent les relations. Très paradoxalement, malgré la conscience d’avoir à traverser un moment difficile, inédit et plein d’incertitudes, les premiers jours ont été vécus comme un souffle un peu nouveau. Nous avions le sentiment, en acceptant de bonne grâce cette lourde réduction de nos libertés, cette limitation volontaire de nos déplacements et de nos relations, de participer à cet effort collectif pour vaincre cette maladie inconnue. Nous trouvions notre place dans cette épreuve qui nous concernait tous. Nous étions comme tous les autres. La question des lieux de prières fermés à tous concernaient les citoyens de toutes les confessions. Il n’y avait plus ce discours sur les musulmans qui, par leur pratique, semblaient pour certains, contrevenir aux valeurs de la République. Nous devenions un peu égaux.

Bertrand: « Guerre », « confinement », « Gestes barrières » et « mesures de distanciation sociale »… Autant, à titre personnel, le confinement m’a permis de vivre un temps unique de repli familial tourné vers des choses plus essentielles, avec un rythme de vie beaucoup moins épuisant. Autant en ce qui concerne mon engagement à Terrain d’Entente, au fil des jours, je m’épuisais à ne rien faire et trouvais de plus en plus difficile le fait de ne plus faire vivre les projets de l’association, les actions qui faisaient mon engagement. Les termes utilisés par notre système gouvernant pour justifier la gestion de la crise, étaient aux antipodes de ce que peut / veut proposer l’association : • « Confinement » alors que nous faisons le choix d’être dehors de manière inconditionnelle. • « gestes barrières » et « Mesures de distanciation sociale » alors que l’association lutte depuis 9 ans pour casser ces barrières et processus de distanciation déjà existant et enclavant socialement les habitant-e-s des quartiers. • « Guerre » alors que nous appliquons des principes de non-violence et sommes convaincus que la guerre ou l’affrontement visant la destruction ne sont en rien précurseurs de paix ou retour au calme. Ceci, cumulé aux nouvelles lois en vigueur interdisant ou limitant drastiquement nos déplacements sur l’espace public, la mise en place de nos actions devenait impossible. Cependant, les difficultés sociales que vivent des personnes fréquentant l’association étaient toujours d’actualité et le manque de services proposés sur le quartier devenait inquiétant. Ainsi, les premières semaines, nous avons essayé de concevoir nos missions à distance par le biais d’appels et conférences téléphoniques. C’était loin d’être suffisant, on captait les difficultés rencontrées par chacun mais restions impuissants à pouvoir y apporter des réponses collectives. Seules les projections sur des périodes futures soulageaient mon implication au sein de l’association : organisation de l’été et de l’année prochaine. On pouvait alors imaginer des jours plus libres. Finalement, juillet et août seront bien plus compliqués à projeter puisque à priori les voyages à l’étranger seront annulés. Il faudra revoir nos prévisions de fréquentation à la hausse, sans être sûr d’avoir des moyens supplémentaires…

Claire: Les trois premières semaines du confinement, la commission vacances a continué de se réunir. Nous avons eu trois réunions téléphoniques, grâce à Ramzi qui organisait ce temps : Bertrand, Ramzi, Fatiha, Stéphanie et Claire. Nous avons bien travaillé durant ces réunions, prévisions des séjours, du nombre de personnes, établissement des budgets : locations, transports, loisirs, nourriture… bref, tout comme l’an dernier, sauf que nous n’étions pas dans la même pièce mais chacun chez soi !ça nous faisait du bien de se retrouver au téléphone, et aussi de mettre en forme des projets pour l’été 2020, même si nous n’étions pas du tout certains que tous seraient possible avec ce satané virus. Une grande occupation a été aussi de chercher des idées de sites où l’on trouvait des activités pour les enfants qui puissent être réalisées avec ce que l’on a à la maison, des sites d’activités sportives à la maison pour les adultes, les enfants.

Au cours de nos longs entretiens téléphoniques, nous avons entendu aussi d’autres témoignages. Plusieurs de ces pères et de ces mères allaient devoir poursuivre leur travail: vider nos poubelles, remplir les rayons des super marchés, assurer le ménage et la désinfection des locaux, se rendre auprès de nos aînés pour en prendre soin. Les « premiers de corvée » n’ont pas eu de répit, bien au contraire. Les annonces en boucle des morts qui augmentaient, des hôpitaux saturés, des malades qui ne pouvaient pas tous être accueillis en réanimation, ont eu raison de notre premier élan de bonne volonté.

Amel: « Les deux premiers jours de confinement ont été très difficiles. J’étais malade, j’avais besoin de me reposer. Les enfants n’avaient pas l’habitude de rester enfermés à la maison. Quand ils voulaient sortir je leur disais « si vous sortez, vous allez m’apporter la mort! ». J’ai eu mal de les retenir, surtout les adolescents pour lesquels c’était le plus difficile. Les deux plus grands avaient envie de faire des jeux sur la play en même temps, ils étaient beaucoup en conflit. Peu à peu, on a trouvé un mode d’organisation. Dans notre appartement, nous n’avons pas de balcon. Il y a une petite cour pour tous les habitants de l’immeuble, mais nos enfants n’y allaient pas. Ils ont passé un mois, sans voir le soleil! Puis leur père les a sortis un par un, pour qu’ils prennent un peu l’air. Le sport à la maison, c’était difficile, on avait peur de déranger les voisins. Durant deux mois, je n’ai pas vu mes voisins. J’ai fini par leur envoyer un mail pour prendre de leur nouvelle. Les réseaux sociaux m’ont aidée. Il y a plein de choses à partager. J’ai apprécié tous les liens que j’ai eu avec les autres grâce à face book, « whatsapp » , le partage de vidéo avec les femmes de terrain d’entente. On se passait le « bonjour » avec l’association « vélo en quartier ». J’ai beaucoup écouté les informations pour savoir ce qu’il se passait dans le monde. Entendre que peu à peu, il y avait moins de morts, ça m’a rassurée. Je ne me suis pas sentie en difficulté pour aider mes enfants dans leurs devoirs, mais il y en avait trop, avec des limites de temps imposées pour réaliser certains exercices. On me demandait de chronométrer ma fille qui est en CE1!. On n’arrivait pas à tenir les temps. J’étais inquiète. Ca remplissait toute la journée, j’étais pas préparé à faire tout ça. Et j’avais autre chose à faire: le ménage, la préparation des repas pour 6 personnes. Je me suis organisée. J’imprimais tout le travail scolaire le matin. Mais nous nous sommes retrouvés en panne de cartouche. Mon mari a parcouru toute la ville, dans plusieurs grandes surfaces, il est allé jusqu’à Andrézieux et finalement il a trouvé la dernière cartouche, mais elle était en couleur, ce qui nous a coûté plus de 40 euros!. Il l’a achetée, on n’avait pas le choix. Le matin je faisais le travail de la maison pour toute la famille, et l’après midi , le travail de l’école qui nous prenait 6 heures par jours. C’était très dur de devoir sortir avec un virus qui circule. Les rares fois que je suis sortie, c’était très calme. Il y avait très peu de personnes dehors. L’air était lourd. Je sentais que beaucoup de morts circulaient. J’arrivais pas à marcher. Je suis sortie avec un masque, des gants, j’avais peur de toucher quoi que ce soit. Je ne savais pas vraiment comment ce virus se transmettait. J’avais trop de questions sans réponse. J’avais peur d’ouvrir les fenêtres avec le virus qui circulait, c’était étouffant. Mon mari sortait une fois par jour. L’enfermement était très dur pour lui. Au début il s’est occupé de faire des réparations dans l’appartement. Il aime beaucoup bricoler, mais on n’a pas de place pour ça. Tous les examens que je devais passer pour mes problèmes de santé ont été annulés. J’ai été rappelée au bout de plusieurs semaines. Mais certains examens n’ont pas pu être encore réalisés, il faut attendre encore, après le déconfinement. Je n’ai toujours pas eu de rendez vous. Ce qui m’aurait aidé, c’est d’avoir une maison avec un jardin pour que les enfants puissent profiter de l’extérieur. Le confinement nous a donné le temps de réfléchir. A tout ce à quoi on tenait, de ce qu’on avait « avant ». Notre liberté de sortir. On n’en tenait pas compte avant: le plaisir de partager le trajet de l’école avec les enfants, de voir les gens….Tout ça nous a manqué. Le confinement m’a donné le temps de réfléchir sur ce qu’il y a de mieux à faire. Nos réunions au café des femmes, c’étaient des moments ensemble. Des moments de partage, d’échanges pour savoir ce qu’il se passe. Il faut changer notre vie après le confinement. Je voudrais faire beaucoup de sport pour prendre soin de ma santé. Je voudrais avoir la liberté de sortir pour faire des choses pour moi même et pour les autres. Pour aider. Donner de mon mieux. Laisser de bonnes traces. Est-ce que j’ai fait du mal? Est-ce que j’ai demandé pardon? Est-ce que j’ai fait du bien? Quel est le sens de ma vie? On réfléchit pour mieux donner. Le virus est venu comme ça, il attrape des innocents qui n’ont rien fait. On réfléchit chaque jour à la mort, on se dit qu’on va mourir dans son lit. Mais mourir comme ça c’est trop difficile. Chaque jour je priais pour ne pas mourir dans le corona. J’ai vu comment ils traitaient les morts avec du désinfectant. Ils les mettaient ensuite dans un sac en plastique. Pas de famille pour entourer le défunt. Pas d’amis. C’était l’armée qui s’occupait d’emporter les corps et qui circulait la nuit. Personne ne savait qui était dans les camions. Si c’était mon père, je ne sais pas dans quel camion il est! C’est comme s’ils jetaient les morts. Les morts, ils ne méritent pas ça! Dans ma religion, il faut les traiter au mieux, les honorer. Aujourd’hui, c’est le déconfinement et je ne me sens pas libre. L’état nous dit « vous allez sortir 3 semaines en test » Qu’est ce que ça veut dire « en test »? C’est pas normal de faire prendre des risques aux gens! Le virus il est toujours là! C’est pas logique de « tester » les gens! Allez, sortez! Tout le monde va dehors! Et le virus, il est où? Est ce qu’il y a des médicaments? Est ce que c’est sûr que toute la France est désinfectée? Tester les gens? Ils attrapent le virus et ils meurent. Certains n’ont plus de symptômes. Qui peut savoir que telle personne est porteuse du virus? On ne doit plus s’embrasser, plus se serrer la main. On sait que les chinois ne se serrent pas la main. Mais le virus il vient de là! Au début, ils disaient que les enfants sont porteurs du virus. C’est pour ça qu’ils ont arrêté l’école. Mais aujourd’hui ils ouvrent les écoles. Moi, je suis une personne malade. C’est sur qu’ils vont se toucher les enfants! Un porteur de virus touche une table, et c’est bon! Le virus vit 3 heures sur un meuble. Le masque est une protection. Le lendemain ils disent que non! C’est juste les personnes malades qui doivent se protéger d’un masque. Je ne comprends pas: le masque, c’est une protection pour moi ou pour les autres? Est ce que le masque suffit? Ils disent: « il faut porter des gants ». Quand je suis allée à l’hôpital pour faire soigner mon fils qui s’était blessé, les soignants m’ont interpellée en m’expliquant que les gants c’étaient des conducteurs du virus! Il fallait prendre du gel. mais il y avait des ruptures de stock! J’ai donc touché des portes, sans pouvoir me nettoyer avec du gel, et je suis rentrée chez moi le virus à la main! J’ai finalement pu acheter du gel en pharmacie qui coûtait 4 fois plus cher! Les gens de la STAS, les soignants, ils ont une protection transparente sur le visage. Pourquoi eux et pas nous? Pourquoi l’Etat n’a rien fait? Les masques qui sont distribués dans la rue ne sont pas protégés d’une enveloppe en plastique, et les gens mettent ces masques exposés à l’air libre, directement, sur leur visage! Est ce que c’est vraiment une protection? J’ai peur.

Nous avons été également témoin d’un drame. Une grand mère que nous connaissions tous et qui nous a quittés, suite à un arrêt cardiaque. Les règles du confinement ont interdit toute manifestation d’empathie pour sa famille, aucune visite, aucune présence n’ont été possible. Un enterrement provisoire a été assuré, sans savoir à quel moment cette dame pourra retrouver sa place parmi les siens en Algérie. Un deuil qui n’a pas pu se faire. L’une de ses filles en a subit un très lourd préjudice. Le souffle s’est transformé en sentiment d’oppression, la peur s’est installée dans de nombreux foyers. Sortir de chez soi devenait un vrai supplice. Alors nous avons continué à faire ce qui nous mobilise depuis toujours: rester « présent », accorder beaucoup d’attention à ce qui se manifeste, pour tenter d’y apporter des réponses.

Aïda : Durant cette période de confinement j’ai été en contact avec les pré-ados via les réseaux sociaux, nous avons créer un groupe afin de pouvoir partager des informations aux jeunes ou bien parler tous ensemble des difficultés qu’ils pouvaient rencontrer pendant le confinement. Il y a eu pour eux deux gros problèmes : le premier est le fait de ne pas pouvoir sortir. Eux qui étaient très souvent dehors ont mal vécu le fait d’être « enfermé » (Cilia : « chui comme une folle chez moi en plus il fait beau sa mère dehors »). Le deuxième problème: l’école à la maison, suivre les cours à distance, les multiples devoirs donnés par les professeurs à rendre rapidement même pendant les vacances! et les difficultés qu’ils ont rencontrées pour les faire (Asma : « J’en ai marre, je te jure je suis fatiguée, j’ai fait beaucoup de travail en plus taleur j’ai eu cours, en plus j’ai fait des exercices, j’ai trop fait pour aujourd’hui! ») (Mehdi : « c’est trop les devoirs même pendant les vacances ils nous en donnent plein ») . Grâce à ce contact que nous avons gardé via les réseaux, certains jeunes ont demandé de l’aide pour pouvoir faire leurs devoirs que nous avons tenté à distance, nous avons pu tous ensemble faire des jeux pour se divertir et pendant un moment oublier la situation dans laquelle nous étions.

Marion : Au fur et à mesure que les semaines passaient je tenais à proposer aux familles des activités pour les jeunes enfants. Ayant une connaissance plus particulière des tout-petits je me suis lancée dans une chasse aux activités. J’ai alors recueilli un grand nombre d’activités, que je mettais « en forme » pour qu’elles soient simples à réaliser. L’équipe transmettait ensuite ces activités aux familles. J’ai eu quelques retours « Il en faudrait pour les plus grands » «C’est génial je peux faire des activités avec mon enfant je n’en fais jamais, il est petit ». Ces remarques intelligentes m’ont poussé à élargir mon éventail de propositions ! Plus tard, avec les écoles qui donnaient toujours plus de devoirs, les activités que j’envoyais n’avaient plus trop de sens, à part surcharger les familles encore plus dans leur culpabilité de ne pas trouver le temps pour faire des activités. Du coup mes recherches ont été réalisées pour pouvoir porter des activités simples pendant les « terrains » !

Fyala: « Le 16 mars la France est confinée, les enfants doivent rester à la maison mais restent en contact avec l’école grâce à Internet pour suivre le contenu des leçons et devoirs. Chaque jour, les devoirs tombent comme de la grêle! Chaque enseignant exige des élèves ( mes enfants : PS-CM1-6eme- seconde, terminale) un travail fait et rendu pour chaque matière. Les deux grands travaillent seuls dans leur chambre. Ce n’est qu’après quelques jours que je me rends compte que je ne vois presque plus ma fille, qui est en terminale, sortir de sa chambre. Je lui pose la question, elle me répond quelle est débordée, le travail demandé est plus lourd que d’habitude, et qu’elle doit toujours être à jour dans son travail et présente quand il y a classe virtuelle. Pour les deux plus jeunes je m’ appuye sur mon mari . Il est chargé de télécharger leur travail scolaire. L’imprimante n’arrête pas: elle imprime les leçons et les exercices chaque jour et pour tous les enfants! Au bout de quelques jours l’imprimante n’a plus d’encre. Nous ne trouvons plus de cartouche sur le marché, il faudra attendre une semaine pour en trouver à nouveau. A la maison les enfants se bagarrent entre eux pour avoir le PC ou l’ordinateur pour le travail de l’école mais aussi pour tuer le temps en regardant des séries , des films ou jouer. L’ordinateur ne supporte pas, il surchauffe et s’arrête. Les jours passent, ils se ressemblent , enfermés entre quatre murs les enfants se lèvent tard ils dorment jusqu’à midi mangent et font leurs travail en traînant les pied , le soir tombé je remarque qu’ils ne dorment plus au heures habituelles. Ils veillent jusqu’à l’aube. Je n’arrive pas à coucher la plus petite avant minuit. Le matin je trouve la cuisine en désordre se sont les enfants qui se mettent à cuisiner à trois heures du matin quand ils ont un petit creux ou pour se faire plaisir . De mon côté j’essaye du mieux que je peux de suivre la scolarité de mes enfants qui sont en CM1 et 6eme. Je trouve que c’est dur, ça me stresse et me fatigue. La maîtresse de mon fils a mis peu à peu en place une classe virtuelle une fois par semaine. Je compte sur ma fille pour mettre le code de la réunion sur l’ordinateur tandis que moi je me transforme en policier pour faire régner l’ordre lors de la conversation : interdit de déranger, de parler et surtout ne pas se bagarrer! C’était vraiment un moment de tension chez nous pendant une heure . Pour le travail de ma fille qui est en petite section de maternelle, j’ai baissé les bras. Bien sûr je travaillais avec elle mais à ma façon. Son maître m’a téléphoné pour m’encourager à suivre le travail numérique. Alors j’ai fais de mon mieux je l’ai inscrit a « educartable » et depuis nous travaillons ensemble. Aujourd’hui le confinement est terminé les enfants vont reprendre le chemin de l’école. J’espère que tout ira pour le mieux pour eux, pour moi et pour le monde entier. AMEN. »

Ramzi : Il était évident que le télétravail pour lutter contre l’exclusion et la misère des uns et des autres allait être un coup « d’épée dans l’eau ». C’est pourquoi en discutant en équipe et avec les familles, nous avons pu identifier diverses besoins pour lesquels les jeunes pouvaient contribuer en donnant un coup de main en ces temps difficiles. Ainsi après sondage auprès des jeunes via les réseaux sociaux, je leur ai proposé d’aider des personnes vulnérables et plus particulièrement sur la tache des courses alimentaires pour éviter aux plus fragiles de se mettre en danger. De manière très spontanée la stricte majorité m’ont répondu : «Ramzi on est chaud ( partant) ». Adem ajouta « mais on va pas faire ça gratuit ». D’autres étaient un peu plus direct Mehdi :« je gagne quoi moi je suis pas un pigeon» Certains étaient sur d’autres réflexion du type « c’est sûr ces gens font zerhma (exprès) d’être dans la merde, ils ont pas besoin nous ». Ou plus simplement Fares « je veux bien aider si tu me fais un tour de vago (voiture )». Après discussion j’ai donc invité les uns et les autres à tenter l’expérience dans la mesure où ils avaient plus de temps que d’habitude en cette absence d’Ecole. Face à cette sollicitation la stricte unanimité des jeunes que j’avais contactés étaient près à être solidaires. Dès lors il nous fallait juste trouver les modalités d’organisation collective afin de créer une sorte de communauté d’entraide. Le leitmotiv était « frère y a rien à faire faut bien servir à quelque chose ». Malek D’autant plus que dès la première semaine et l’entrée en vigueur rapide de l’interdiction de tout déplacement non justifié, plusieurs jeunes du quartier avaient déjà subit des amendes de 135€ pour non respect du confinement car ils étaient dehors seulement au quartier. A ce moment-là avec les jeunes, nous étions d’abord beaucoup en contact via les réseaux sociaux. Je leur envoyais régulièrement des petites vidéos de sport à faire chez soi, des clips de musique véhiculant des messages éducatifs ou simplement marrants. Certains se plaignaient en effet des amendes. Malek me dit « les keufs s’ils auraient notre âge c’est sûr ils auraient pris des amendes comme nous » Adem lui répondait : « frère de toute façon on les paiera jamais ». Un autre jeune a profité du confinement pour construire avec des potes un projet musique. Il s’est donc mis à faire lui-même du rap. Younes m’envoyait ces petit extraits en me disant « regarde ma musique est mieux que tout le monde mais je suis pas connu». Une phrase de résilience! Cela me faisait penser à cette urgence de valoriser ces jeunes et en même temps de les encourager à persévérer dans leurs efforts. Nous avons donc demandé à ces jeunes de nous aider à aider les autres afin qu’on puisse nous mêmes les aider en retour durant les vacances d’été. Bon nombre d’entre eux ne vont en effet pas pouvoir sortir du quartier. Cette entre aide a donc commencé dès la deuxième semaine du confinement et perdure encore à l’heure actuelle. Concrètement et dans le respect des normes sanitaires ( masque, gel hydro alcoolique, distanciation sociale, attestation de déplacement), deux fois par semaine, je prenais avec moi un à deux jeunes pour faire les courses à des personnes très vulnérables que nous avions identifiées en amont ( assez âgées ou malades voir sans moyen de locomotions) sur le quartier de Tarentaize. Avec les familles je préparais une liste de course et je la partageais entre jeunes qui étaient en autonomie, même s’ils pouvaient compter sur moi en cas de difficulté. Grâce à ces petites expériences j’ai pu voir à quels points ces jeunes étaient compétents et qu’ils pouvaient réellement aider. Youcef savait où était placés la plus part des produits en grande surface, chose que seul j’aurais mit 4 fois plus de temps à trouver. Il me disait même : « t’inquiète quand il faut être op je suis op ( opérationnels) ». Ichem qui était réticent au départ à l’idée d’aider « gratuitement » m’a fait cette remarque dès sa première intervention « Ramzi c’est pas normal dans cette vie on laisse des grands mères porter des bouteilles de gaz toutes seules ». Dans ce cadre au service de l’intérêt général, les familles étaient ravies de laisser sortir leurs adolescents qui en avaient cruellement besoin. C’est ainsi à travers ces petites solidarités que plusieurs adolescents ont pu trouver une place certes ponctuelle, mais qui avait du sens pour eux. En retour les personnes vulnérables ont pu ouvrir leurs portes à ces jeunes avec une confiance qui augmentait au fil du temps. J’ai encore cette image de cette dame qui donne de l’argent liquide à un jeune qu’elle ne connaît pas. Cela est à mon sens porteur pour l’avenir.

Notre volonté tout au long de ces semaines, a été « d’ouvrir des fenêtres », tenter de sortir du malaise de plus en plus envahissant. Les « vacances de printemps » approchaient, on venait d’apprendre que le confinement se prolongeait jusqu’au 11 Mai! Une perspective très inquiétante pour les enfants, beaucoup ne sortaient plus de leur appartement. Comment allaient-ils supporter cet enfermement dans la durée? Nous avons alors décidé de proposer des distributions de jeux, livres, coloriages pour apporter un peu de nouveau dans ce quotidien où les repères dans le temps devenaient plus diffus. Notre premier rendez vous au coeur du quartier a nécessité une semaine d’organisation! Dans cette fameuse »Attestation de Déplacement Dérogatoire », personne n’avait envisagé que les enfants pourraient avoir d’autres besoins que de manger, dormir et faire leurs devoirs. Nos échanges téléphoniques avec des agents de la Mairie, du Commissariat, et de la Préfecture, ont permis de faire reconnaître cette initiative comme nécessaire.

Bertrand: Las de ne pouvoir rien faire, nous avons adapté notre position à cette période, en passant du « faire avec » au « faire pour ». En effet, après avoir identifié des besoins prioritaires, nous avons imaginé quelques actions qui pourraient y répondre et nous permettre d’être présents sur le quartier : • accompagner certaines personnes dans l’incapacité d’effectuer leurs achats de premières nécessité • organiser des temps de distribution et d’échange quasi hebdomadaire de jeux de société, livres, puzzles, coloriages, attestation de sortie et matériel scolaire,… • transmis 22 ordinateurs sur le quartier à des familles dont les enfants n’arrivaient plus à suivre le travail demandé par leurs établissements scolaires. Je fus agréablement surpris par l’implication de nombreuses personnes et organisations qui ont accompagné de manière sincère et désintéressée nos différentes actions : • les brigades de solidarité de Saint-Etienne pour les récoltes de dons et la mise à disposition de militants qui nous accompagnaient à préparer et mener les distributions; • la fondation Abbé Pierre pour les fonds exceptionnels attribués à l’achat d’ordinateurs, de jeux de société et aide vitale; •une partie du personnel de la médiathèque pour avoir transmis des livres de très bonne qualité, en quantité; •la présidente de l’amicale Laïque de Beaubrun qui a effectué près de 3 000 copies; •ENVIE pour leur réactivité sur cette période de vie pourtant au ralenti, qui nous ont mis à disposition les ordinateurs.

Claire: La recherche de masques a mis à contribution des gens qui ne se connaissaient pas, certains ne connaissaient pas Terrain d’Entente et cela nous a donné l’occasion de nous présenter ! La solidarité a joué à fond, ceux qui ne pouvaient pas en faire car n’avaient plus de tissu, ou d’élastiques, nous donnaient un autre contact. Avant le 11 mai, nous avions 170 masques, donnés par : Philippe Léonard (110) le collectif Masquesaintetienne (50), et des couturières voisines qui ont trouvé tout naturel de donner de leur temps et de leur talent pour en confectionner aussi : UN GRAND MERCI à tous !!

Marion : La distribution commence avant tout par une réflexion, une installation, une organisation. J’ai pu aider à installer plus précisément trier encore et encore, les jeux, les livres dans une cohérence d’équipe jamais au complet pendant ces temps-là. Pour la dernière distribution toute l’équipe était présente et nous avons pu apporter du sourire sur des visages, des rires d’enfants, des discussions, des retrouvailles ! Je suis contente d’avoir participé à ce renouveau du quartier Tarentaise ! Malgré le fait que mon visage ne soit pas très connu, les gens me parlaient, me demandaient des conseils, me souriaient ! Je voyais comme une libération dans les visages, une libération de pouvoir sortir chercher des jeux, croiser les voisins !

Martin: Je n’ai participé qu’à la dernière distribution donc je ne peux pas m’exprimer sur celles d’avant. J’ai quand même ressenti une grande joie qui cachait une grande peur, il y avait la joie de se retrouver, de revoir ses amies, de pouvoir échanger des nouvelles mais il n’y avait qu’un seul sujet de discussion “Le confinement” et toutes les douleurs qui en ont découlé. Certaines des familles ont été “démolies” mais ces distributions ont peut être été le début d’une longue rémission qui soignera les cicatrices de cette crise.

Sur les trois temps de distributions réalisés, nous avons senti une belle évolution. Les rares enfants qui nous ont rejoins la première fois sont arrivés avec des manteaux d’hiver! Ils n’avaient pas remarqué qu’on avait changé de saison! Ils ne manifestaient que peu d’enthousiasme face à nos propositions. Cet appétit de vivre, tous ces élans qui les caractérisent s’étaient peut être un peu émoussés? Par contre les pères étaient beaucoup plus présents que durant nos rendez vous habituels. Ils sortaient pour laisser leur famille à l’abri! La deuxième semaine, nous avons retrouvé des mères, et des enfants plus demandeurs! Plusieurs avaient rapporté des jeux à échanger avec d’autres. Ils savaient que ce partage permettrait de vivre des journées plus lumineuses. Des dons ont ainsi circulé entre nous. Notre dernière rencontre nous situait déjà dans « l’après confinement ». Nous étions tous plus détendus. Plusieurs familles se sont un peu attardées pour discuter entre elles, et pour rire aussi!. Certaines ne s’étaient jamais croisées dans le quartier depuis toutes ces semaines.

Bertrand: Bien que ces actions aient été très bien vécues par tout le monde, j’étais mal à l’aise dans ce rapport de faire pour et ce manque de concertation avec la communauté que forme habituellement l’association. J’ai hâte de retrouver nos relations antérieures et ces rapports collectifs et démocratiques entrepris depuis toutes ces années.

Ramzi : Concernant les ordinateurs cela s’est fait à travers les nombreux appels téléphoniques. Mon coup fil se résumait à un simple « comment ça va en ce moment? ». Le plus frappant chez ces familles c’est qu’elles ne demandaient rien à personne et, malgré leurs précarités, elles étaient toujours prêtes à donner un coup de main. Zahia une maman de 5 enfants aidait une femme âgée et très malade depuis plus de 2 ans. Je lui ai donc proposé de l’épauler en ajoutant : « prends soin de toi » et là elle ma répondu « oui mais dieu compte le khir ( bien ) qu’on fait au autres pas à nous mêmes ». Pour d’autres comme Karima qui m’expliquait « smehli ( désolée) j’étais pas joignable car mes enfants font leurs devoir sur mon téléphone ». Safia:« ma formation pôle emploi d’habitude je la fais sur l’ordinateur là-bas maintenant je peux pas parce que ça marche pas sur le téléphone ». Ou encore Yakoub un lycéen en filière scientifique qui me dit « c’est chaud de faire mes devoirs vu que tout le monde chez moi utilise l’ordi ». Cela était valable pour l’ensemble des familles nombreuses qu’on connaissait. Collectivement, nous avons pu trouver des solutions. Yakoub me demanda s’il était possible d’imprimer des feuilles pour pouvoir réaliser son travail. Et des partenaires sur le quartier nous ont permis cela. Yakoub a pu récupérer l’ensemble de ses impressions et celles de ses potes. « Ahchum (c’est rien), c’est normal » Dans cette dynamique solidaire un autre jeune qui m’avait accompagné pour les courses a appris que la fondation Abbé Pierre allait nous permettre de financer des ordinateurs. « non, saha ( merci) Ramzi, propose aux autres, ils ont plus besoin pour moi c’est fini pour moi l’école de toute façon. ». Face à cette difficulté qu’a présenté le confinement pour l’ensemble de la population, ces quelques jeunes ont pu faire preuve de résilience au service de tous.

Bertrand: Durant mes interventions sur le quartier, j’ai perçu une évolution des visages d’enfants qui sur la fin du premier mois m’apparaissaient vidés et inertes, alors qu’au fil du deuxième mois et surtout après le début du ramadan ceux-ci me semblaient reprendre vie. Cela correspondait avec une pratique du confinement moins tendue, perceptible par le nombre de personnes dans l’espace public de plus en plus conséquent. Ce qui rassure sur les aptitudes à sortir d’une telle expérience, mais nourrit mon inquiétude profonde concernant les impacts de ces méthodes inadaptées à nos besoins sociaux pour celles et ceux qui ne sortent pas encore ou très peu. Quels seront demain les réactions des enfants d’aujourd’hui suite à cette expérience ? N’est-ce pas plus dangereux que les risques de contracter le COVID-19 ? De plus, le dé confinement est loin d’être ce que j’imaginais et notre retour « à la normale » est loin d’être clair pour notre association. L’évidence est que Terrain d’Entente doit continuer d’être présent malgré les mesures sanitaires, mais comment allons-nous pouvoir effectuer des gestes de protection? Comment être « collectivement responsable » à 1 mètre de distance ? Avec un masque et à moins de dix regroupés au même endroit ? Nous devons revoir notre organisation afin d’adapter nos problématiques sociales à la protection sanitaire des personnes les plus vulnérables. Et pour le coup, il ne faudra pas faire pour, mais bien refaire avec.

Les prix des produits de première nécessité ont doublé tout au long de cette période. Les familles ont du s’affronter à une nouvelle difficulté. Le manque d’argent pour subvenir aux besoins élémentaires. Dans ce territoire, comme dans bien d’autres, le quotidien est devenu difficilement supportable. Les discours des représentants de l’état se sont contredits à plusieurs reprises. Toutes les contraintes subies ont mis à mal l’équilibre de vie familial. Un sacrifice qui a coûté trop cher. Les discours présidentiels et de ses représentants ont perdu toute crédibilité. Dans ce contexte d’urgence sanitaire, il nous faut réinventer d’autres façon de faire et de se retrouver collectivement. Nous souhaitons maintenir ce qui fait sens pour nous dans l’acte d’éduquer: la co construction collective de notre environnement, de la vie du groupe. Et créer ensemble un espace sécurisant où les interactions sont possibles, où il est possible de vivre du collectif. Tout ceci ne peut se réaliser que dans la relation, le dialogue, et les ajustements permanents. Nous devons être des personnes ressources et organiser un espace où les enfants puissent s’échapper, rire, et être en sécurité. Nous ne voulons pas oublier les besoins et les droits des enfants. Le droit de jouer, de parler entre eux, d’exprimer leurs émotions, de manipuler des objets. Leur bien être psychique est aujourd’hui, notre principale préoccupation. Notre responsabilité d’adultes est de rendre la situation la moins anxiogène possible. Les protocoles sanitaires sont drastiques, ils nous semblent incompatibles avec le bien- être des enfants. Il nous faut prendre ce risque d’être présents avec eux, sur le terrain. Etre vigilants avec eux. Nous nous devons d’accompagner la dynamique de groupe dans le sens de la protection de tous. Nous souhaitons donc donner aux enfants les moyens d’apprendre des réflexes de protection et de bienveillance sanitaire vis à vis de soi même et des autres, qu’ils puissent s’approprier en dehors de notre présence. Plutôt que d’imposer des « gestes barrières », nous souhaitons leur transmettre des attitudes de précautions respectueuses des personnes les plus vulnérables. Les enfants doivent comprendre leur responsabilité dans la possibilité de transmission du virus. Plutôt que d’inspirer de la peur et de la culpabilité, nous souhaitons nous engager ensemble dans l’apprentissage de « prendre soin les uns des autres ». Les enfants doivent pouvoir reprendre prise sur un réel qu’on ne leur a pas suffisamment expliqué, et mettre des mots sur cette période de confinement qu’ils ont subi. On ne sait pas à ce jour ce qu’ils ont compris du virus et de cette obligation au confinement prolongé. Il est indispensable de parler, d’écouter et de partager notre position: notre prise en compte de leur besoin de jouer avec les autres, d’être dehors, notre envie de construire avec eux des temps de rencontre et s’interroger sur ce qu’il est possible de faire et de ne pas faire. Sur l’espace Jean Ferrat, qui est un espace public, ouvert à tous, nous avons organisé un conseil des enfants pour se poser ensemble certaines questions déterminantes: Comment on peut se dire bonjour? Rechercher des activités où on ne se touche pas. Comment s’organiser pour éviter de se retrouver à plus de 8, 10, sur le même périmètre? Comment éviter que tout le quartier soit malade? Nous en avons également discuté avec l’ensemble des familles. Ce temps a été également l’occasion de partager nos analyses avec ceux avec lesquels nous avions engagés des chantiers et d’envisager « l’après ».

La communauté éducative:

Des militants de la pédagogie Freinet, des acteurs de l’éducation populaire, ont organisé différents échanges sous forme de conférence téléphonique. Nous avons pu mettre en évidence que le projet affiché de la « continuité pédagogique » dans cette période de confinement mettait en difficulté trop de familles et d’enseignants. L’école s’est retrouvée isolée, à devoir construire quelque chose d’impossible. Alors que la « continuité éducative » aurait permis d’engager de nombreuses institutions. L’absence de coordination entre les différents secteurs de l’éducation, leur cloisonnement ont paralysé les initiatives. Les tentatives pour briser cet isolement sont restées marginales, alors qu’il était indispensable d’inventer des modes de « présence » auprès de ceux pour lesquels la situation est devenue rapidement anxiogène. Les injonctions institutionnelles ont concerné seulement l’école, laissant une fois de plus à penser qu’on n’apprend que dans ce lieu… Certaines mères de familles consacraient plus de 6 heures par jour aux devoirs. D’autres ne pouvaient matériellement pas faire travailler les enfants. Les enseignants avaient le sentiment de faire intrusion dans les familles et d’imposer une manière de faire, irrespectueuse du cadre de vie familial. Les incompréhensions se sont multipliées. La connaissance et le lien avec les familles par les différents acteurs de chaque territoire, aurait pu donner des indicateurs pour apporter un soutien adapté à tous ceux que cet enfermement dans le temps long oppressait.

Nos différentes places – enseignants ICEM, professionnels de collectivité, et militants de la pédagogie sociale- nous ont permis de comprendre certains besoins. Des actions de solidarité se sont organisées sur le terrain, en réponse aux problèmes matériels. Mais elles sont restées très marginales au sein d’une école, d’une association.

Tous ces constats confirment le caractère indispensable de la mise en place de centres de communauté éducative pour assurer la continuité éducative, notamment en direction des familles les plus impactées par la précarité. Nous engager pour faire alliance et trouver nos complémentarités dans une même conception de l’apprentissage. Tous les espaces de vie de l’enfant peuvent contribuer à construire des espaces d’apprentissage, de coopération, de mutualisation et d’entraide. Des espaces qui dynamisent chacun, enrichissent le collectif et construisent des savoirs susceptibles de nous permettre à tous de percevoir, qu’en dépit de nos différences, nous sommes tous appelés à participer à la construction du commun. Il nous faut donner à tous un environnement culturel de qualité, des situations plus riches et stimulantes. Nous souhaitons prévoir pour la rentrée de septembre l’ouverture d’un chantier pour construire les modalités d’un travail collectif avec les différents acteurs du champs éducatif.

Projet d’une alimentation de qualité accessible à tous.

Une rencontre entre des membres de la Fourmilière et des adhérentes de Terrain d’Entente avait mis en évidence une préoccupation et une volonté partagées pour favoriser une alimentation de qualité pour tous, qui contribue à la préservation de l’environnement. Malgré tout, depuis l’ouverture de ce magasin coopératif, et différentes tentatives pour organiser la découverte de cet espace, aucune habitante n’est devenue coopératrice. La situation très précaire de ces familles est l’explication essentielle de leur absence de participation concrète. La dynamique que Terrain d’Entente a initié depuis 9 ans permet d’affirmer qu’il est indispensable d’aller à la rencontre des gens, d’être présents sur les territoires pour rendre possible des actions transformatrices. La précarité est un vécu si contraignant que la tendance pour toute personne qui là subit est de renoncer à des besoins fondamentaux comme l’alimentation de qualité, l’accès à la santé, à la culture… Le projet VRAC (Vers un Réseau d’Achat en Commun) est présent dans différentes régions du territoire, il favorise le développement de groupements d’achats de produits de qualité dans les quartiers prioritaires de la Politique de la Ville. Il permet l’implication des adhérent.e.s dans le fonctionnement. L’objectif est de créer des rencontres qui produisent du plaisir partagé et non de l’anxiété autour des questions d’alimentation, de santé et d’environnement. Plusieurs acteurs impliqués dans d’autres collectifs sont partie prenante pour rendre possible ce projet qui pourrait se développer dans différents quartiers de la ville. Cette démarche ne deviendra réellement soutenable que si nous posons d’emblée la question financière pour les ménages et la rétribution juste des agriculteurs. L’alimentation de qualité, la préservation de l’environnement, la reconnaissance des travailleurs de la terre, la relocalisation de la production alimentaire, doivent être considérées comme une question de santé publique.

Ce temps long du confinement a contribué à aggraver beaucoup de situations familiales, pour toutes celles qui subissent depuis des décennies toutes les violences sociales. Cette période a mis en évidence l’inégalité d’accès face aux apprentissages de manière si catastrophique que certains pédagogues ont lancé des cris d’alarme en évoquant des situation d’enfants « morts scolairement »! La satisfaction des besoins alimentaires du quotidien est devenue une question centrale dans trop de foyers.

Terrain d’Entente s’indigne de ce maintien d’une vie à minima, pour tous les « bénéficiaires des minima sociaux » et poursuit son engagement auprès des familles, avec différents collectifs, pour refuser que ces inégalités continuent de se renforcer. Un engagement parmi beaucoup d’autres pour contribuer à construire notre avenir commun sur une planète habitable pour tous.

Josiane GUNTHER Le 10 Juin 2020

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Le confinement vu de Tarentaize, à Saint-Etienne

« Nous sommes en prison. Nous sommes dans nos appartements, mais en prison… ».

Les familles sont nombreuses à vivre cette période de confinement avec ce sentiment d’enfermement. Beaucoup de ces adultes parlent dans ces terme en connaissance de cause : des membres de leur famille, ou parmi leurs proches voisins ont déjà fait un séjour en prison. En prison,  il n’est possible de téléphoner aux proches, de prendre une douche, d’avoir des vêtements de rechange…. seulement sur des jours et des horaires imposés de manière souvent vécue comme aléatoire. Il n’y a pour les détenus et pour leurs familles, aucune prise sur la moindre des décisions. Tous se sentent dépossédés d’eux mêmes. La logique des délais, des refus, des accords, leur échappe totalement, avec le sentiment de subir des traitement injustes et indignes.

Au départ, cette période de confinement a bien été comprise par tous comme le respect  de règles sanitaires établies  pour protéger la population d’une menace très objective. Les familles ont manifesté leur bonne  volonté de participer à cet effort collectif pour empêcher au mieux la diffusion de ce virus mortel. Elles ont respecté strictement toutes les injonctions: le temps limité des sorties, les gestes barrière… 

Beaucoup ont entrepris un grand ménage de printemps, impliquant tous les membres de la familles. Les adultes ont organisé leur journée de façon à  prendre en charge les devoirs des enfants pour soutenir, au maximum de leur possibilité, les efforts des enfants à « poursuivre » leur scolarité. Ils ont changé les habitudes familiales en cuisant à plusieurs, en inventant de nouvelles recettes, en partageant les repas tous ensemble, à la même heure … Chacun recherchant ainsi la meilleure manière de traverser ce moment particulièrement anxiogène. Certains pensaient même que ce petit virus avait prit le parti « de ne pas toucher aux enfants, aux animaux, à la nature, à tous « les innocents » en fait! ».  Il s’attaquait par contre à ceux qui étaient  responsables des graves défis que nous avons aujourd’hui à relever, notamment la régénération de notre environnement qui  subit des destructions d’une ampleur considérable. Ces sentiments, ces réflexions, nous l’espérons, permettront de tirer des enseignements pour tenter de construire un monde plus habitable pour tous.

Mais ce temps de confinement, qui se prolonge, construit au fil du temps le sentiment de subir un enfermement de type carcéral. On subit les annonces en boucle du nombre de morts qui augmente chaque jour et qui donne « une odeur de mort à l’air qu’on respire« .

On subit  la répression policière qui sillonne en permanence le quartier « j’ai l’impression que chaque fois que je passe la tête par la fenêtre, j’aperçois une voiture de police« . On subit des moyens matériels tellement réduits qu’ils sont insuffisants pour satisfaire les besoins les plus élémentaires. Celui notamment de pouvoir s’alimenter chaque jour et qui devient aujourd’hui un luxe. Le périmètre et le temps de déplacement réduits, l’absence de voiture pour de nombreux foyers, obligent à se servir dans les commerces de proximité dont les prix ont doublés ces dernières semaines.

Le travail scolaire est devenu très rapidement problématique. Les rares familles les mieux loties, possèdent un seul ordinateur dont l’usage doit être réparti entre plusieurs frères et sœurs tout au long des semaines, ce qui démultiplie  les occasions de conflits. Beaucoup de familles n’ont pas la possibilité d’imprimer les attestations de dérogations indispensables pour pouvoir envisager la moindre sortie.

Depuis 5 semaines de nombreux enfants ne sont plus sortis ne serait ce qu’une demi heure par jour. Et tous ces enfants se retrouvent trop nombreux à partager des espaces extrêmement exigus. C’est une évidence, un enfant a besoin de bouger, c’est le propre de cette période particulière de l’existence. Le mouvement reste le moyen indispensable aux enfants pour vivre  des expériences essentielles pour appréhender et comprendre le monde et ses règles. Des règles qui sont censées être égales pour tous…. 

L’inquiétude des familles augmente quant aux capacités  à devoir encore tenir dans la durée avec toutes ces contraintes et ces difficultés. 

Ces colères, ces découragements, dans le cadre de Terrain d’Entente, on les partage régulièrement au téléphone. Des temps privilégiés où on peut dire en vérité ce qu’on ressent, les injustices subies mais aussi les  aspirations, celles surtout d’ une société plus égalitaire, où on n’oublierait personne, où on saurait construire des liens de fraternité plus solides et plus sûrs. 

Des échanges qui permettent de comprendre ce qui peut aider à tenir le coup dans ce temps long qui nous prive de l’essentiel : les liens, l’entraide. 

Nous avons pu ainsi organiser des petits services pour assurer les courses pour les personnes les moins valides. Quelques jeunes du quartier se prêtent à l’organisation de ces tâches. 

Ce n’est pas simple de réaliser ce petit projet avec eux. Ils ont trop pris l’habitude d’entendre que non seulement ils sont bons à rien, qu’ils nous dérangent,  mais aussi  qu’ils ne comptent pas pour nous. Ces jeunes qui n’ont accès ni à emploi, ni à la formation, ni à l’accompagnement se sentent abandonnés à leur sort. Ces jeunes qui dealent en bas des allées et que la police ne contrôle même plus…Ces jeunes qu’on ne protègent plus.  Ils sont donc réduits, pour obtenir un petit pécule,  à propager tous ces produits illicites. « Ces jeunes à qui ont n’accorde même pas le minimum vital qu’est le RSA! »

Et certains, malgré tout,  sortent de chez eux pour installer avec nous une bouteille de gaz à la voisine qui vient de sortir de l’hôpital, pour faire le plein de la semaine à la grand mère dont le mari n’a plus aucune motricité…. Ces quelques gestes apportent une respiration à tout un quartier, parce qu’on est fier de « nos jeunes » sur lesquels il semble qu’on puisse compter dans cette période où le temps s’est suspendu, où tout semble paralysé. C’est un petit bout de dignité retrouvée pour l’ensemble du quartier !

A notre demande, un beau mouvement de générosité s’est propagé dans les réseaux militants proches, pour récolter des jouets, des jeux, des livres, des coloriages de façon à ouvrir, aux enfants, une petite fenêtre sur l’extérieur, pour passer le temps des vacances. 

Curieusement, le jour de la distribution, ce sont les pères dans leur grande majorité qui se sont déplacés. Ces pères dont on doute souvent de leur capacité à accorder l’attention nécessaire à leur famille. Sur cette période où il est dit à longueur d’antenne que le danger nous menace à tout instant, ce sont les pères  qui sortent et qui protègent leur famille en prenant tous les risques. Ils font les courses, ils vont au travail, et ils choisissent des jeux pour leurs enfants.

Ce petit évènement extrêmement banal a nécessité toute une semaine d’organisation pour qu’il soit rendu possible. Les pouvoirs publics approuvaient la légitimité de cette action en direction des enfants. Mais le cadre des  attestations de dérogation  ne permettait pas cette sortie, bien que  très momentanée, du confinement.                                                                                  Le fait de pouvoir vivre des moments de détente, de plaisir, de découverte n’a pas été considéré comme « nécessaire » et « indispensable ». 

Aujourd’hui, les enfants et les jeunes  restent  les grands oubliés et ceux des milieux populaires en subissent le préjudice le plus lourd. Si les enseignants ont su maintenir le travail scolaire, avec les moyens dont ils disposaient, ils ont pu faire l’expérience  que ce contexte renforçait considérablement les inégalités. 

Par contre, pour les institutions, aucune autre question ne s’est posée concernant les besoins particuliers des enfants.  

De nombreux pédagogues nous rappellent régulièrement que l’enfance est caractérisée par la curiosité, l’ enthousiasme, la puissance créatrice. Cet élan de vie qui reste un point d’appuie déterminant pour chacun d’entre nous pour poursuivre notre marche en avant tout au long de notre existence.

Ne sommes nous pas en train de mettre en danger ce qui est essentiel en ne réfléchissant pas à comment permettre à ces enfants, dans ce contexte, d’exister pour ce qu’ils sont?

L’enfant, tous les enfants et les jeunes, ne sont pas des adultes en devenir. Ils existent ici et maintenant. Cet élan de vie qui les caractérise, et le fait de devoir prendre soin d’eux devrait porter la société toute entière! Et ce dans toutes les périodes plus ou moins tragiques que nous avons à traverser.

Josiane Günther 

le 19/04/2020

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TERRAIN D’ENTENTE A L’HEURE DE L’OVALIE

Tournoi à Saint-Etienne

Depuis septembre 2018, un partenariat entre l’association Terrain d’Entente et le club de rugby de Saint-Etienne, le RCSE, a déjà permis à 11 enfants de pratiquer le rugby de manière régulière : 5 en 2018 et 8 en 2019, dont 2 qui sont restés les deux années.

Ainsi, ces enfants (dont deux filles), âgés de 5 à 11 ans, participent aux séances d’entrainement les mercredi après-midis et vendredi soirs, ainsi qu’aux 9 tournois annuels avec les équipes des moins de 6, 8, 10 et maintenant 12 ans du RCSE.

Le rugby -seul sport de combat collectif – impose naturellement l’entraide et la solidarité pour affronter les difficultés. Ce qui correspond pleinement aux objectifs pédagogiques proposés par Terrain d’Entente.

En effet, ce sport éducatif cumule par sa pratique des valeurs propres aux sports de combats (le respect de l’autre, l’humilité et la confiance en soi) ainsi que celles que l’on retrouve dans les sports collectifs (solidarité, esprit d’équipe, capacité d’écoute et de communication et confiance en l’autre).

Bien que parfois certains(es) n’ai pas tout le temps l’envie de participer, les familles assurent pleinement la continuité éducative indispensable pour la pratique d’une telle activité et accompagnent leurs enfants jusqu’à l’Etivaliére (lieu des  entraînements) et même au-delà pour les tournois : Feurs, Roanne, Montbrison, Villefranche, Lyon, Roche la Molière, Villeurbanne, etc.

Cette assiduité à la pratique d’une activité, qui nécessite d’importants efforts psychomoteurs et de discipline, provoque des évolutions d’attitudes considérables et remarquables sur l’écoute attentive des enfants durant les moments d’explication de consigne d’un jeu et ainsi directement sur le respect des règles et du déroulement de ce dernier.

D’ailleurs, il arrive maintenant que nous ayons droit à une partie de rugby durant nos temps de présence sur le parc Jean-Ferrat, sans les plaquages pour le moment…

Cette activité a aussi permis à Saïf, Ibrahim, Sabri, Youness, Lowan, Azziz, Amine, Karim, Djiane, Célia et Adem de découvrir des Oscar, Manoé, Martin et autres Maxime. Cela peut paraître évident ou défendu par nos institutions, mais ce projet a mis en valeur le cloisonnement racial dont sont victime les enfants des quartiers de Tarentaize et Beaubrun. En effet certains enfants ont manifesté leur curiosité, appréhension à pratiquer auprès des camarades de jeu : « bizarres », « aux cheveux jaunes ». En questionnant un peu on s’aperçoit que ce sont pour certains les premières relations établies avec des enfants « blanc » !

En effet, le rugby –  encore perçu comme un sport « élitiste » – attire bien souvent les classes sociales les plus aisées, bien qu’au club de Saint-Etienne il existe déjà et au-delà de ce partenariat une certaine mixité.

Enfin, nous avons sollicité la municipalité et l’Etat pour un accompagnement financier de ce projet coûteux en accompagnement, transport et prix de la licence, mais restons sans réponse de leur part actuellement. Fort heureusement, le RCSE a fait un effort considérable pour rendre ce partenariat possible, en réduisant de 70 % le prix des licences pour les enfants de Terrain d’Entente !

A suivre…

Bertrand.

Tournoi à Roche La Molière
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La Ferme des Fromentaux nous est toujours ouverte!

C’est devenu une tradition, au mois de Février, nous partons à plusieurs familles pour aller saluer nos amis de la ferme des Fromentaux qui nous accueillent chaque été. 

A la fin de l’hiver, les chevreaux viennent au monde. Nous avons eu la chance unique l’an passé, que l’un d’entre eux naisse sous nos yeux. Un très fort moment d’émotion.

Ce 22 Février, nous nous sommes retrouvés à 35 personnes dont 22 enfants de 2 à 12 ans. Notre voyage s’est effectué par le train. Un magnifique trajet à travers la campagne  » on ne voit pas le temps passer! » le reste du parcours pour rejoindre la ferme s’est fait à pied pour les enfants. L’occasion d’admirer le vol des canards et leur façon singulière de se glisser sur l’eau pour atterrir; de se demander « qui a pu mettre toute cette eau? » pour permettre à cet immense fleuve de circuler sur une telle distance!; de saluer ce grand père que nous avons croisé sur notre chemin et qui a su tirer de son jardin de quoi attirer les chevaux pour qu’ils viennent nous manger dans la main et acceptent de bonne grâces toutes nos caresses. 

L’occasion enfin, de se sentir fier d’avoir su parcourir une telle distance à pied, et de reconnaître le toit de la ferme de nos amis.    

Nos amis qui nous attendaient avec leur chaleur habituelle, et qui nous ont offert un cadeau inoubliable.

Cette année les chevreaux nous ont fait de la place dans leur box! Un moment magique et très impressionnant. Nous avons pu prendre tout le temps nécessaire pour oser nous assoir auprès d’eux, pour arriver peu à peu à garder le silence, à être moins agités, moins inquiets, moins apeurés face à cet évènement inédit ….et petit  à petit, plusieurs chevreaux sont venus nous saluer, nous faire des calins!!! Le temps s’est suspendu…. L’apaisement était palpable!

La journée était particulièrement chaude, il a été possible de faire un barbecue qui nous a rappelé les plaisirs de nos dernières vacances d’été.

Nous avions une longue journée à notre disposition, la cabane qui avait un peu souffert de l’hiver a pu être réparée avec la contribution de tous les enfants, les plus grands soutenant l’effort des plus petits.

On a même eu le temps d’aller saluer à nouveau nos amis les chevreaux.

Renée Jo et Dédé ont bénéficié d’un véritable banquet qui avait été réalisé par toutes ces femmes qui s’était levées dès l’aube pour faire ainsi honneur à nos hôtes.

Une de ces journées qui nous ressource, une fantastique opportunité pour se retrouver en symbiose avec cette nature qui nous porte, qui nous nourrit, et qui nous donne envie d’en prendre soin. Durant ces journées « nature » c’est évident pour chacun qu’aucun papier, aucun  détritus ne doit venir souiller cet environnement magnifique.

Voici les impressions de Mirela, qui effectue son service civique parmi nous et qui découvrait cet espace.

« Nous avons  pu effectuer une journée sympa et formidable à Retournac en train avec les enfants ainsi que leur mamans. À l’arrivée une femme ainsi que son mari nous attendait pour pouvoir aller à la ferme. 

Une  fois arrivés à la ferme  c’était l’heure de prendre le déjeuner avec les enfants et les mamans qui mangeaient à part afin de pouvoir profiter entre elles  sans leurs enfants.
L’après-midi nous nous sommes rendus à la ferme pour voir les nombreux bébés chèvres ainsi que les chevaux. Ensuite avec les enfants nous  nous sommes rendus à la cabane qui avait déjà était construite afin de rajouter des éléments. Ce jour là les enfants apportaient le bois  et tous ensemble on essayait de participer à différentes tâches. 
Ensuite on a pu jouer au petit lu et à différentes activités   telles que jeux de cartes, au ballon, faire de la balançoire.
Il faisait beau et toutes les conditions étaient là afin de passer un moment formidable .

Avant de prendre le chemin et de rentrer à la maison les enfants ont pris le goûter.
C’était une journée joyeuse pour tout le monde. Beaucoup d’enfants n’ont pas la possibilité de sortir de leur quartier et cela était une première pour certains d’entre eux .
Ils découvraient en quelque sorte le monde et tout ce qu’il les entoure. »

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SEJOURS A MONTMIRAL – ETE 2019

A l’initiative de quelques familles et enfants fréquentant régulièrement l’association, nous avons construit ces deux séjours dès le mois de janvier 2019, avec comme finalité de proposer un cadre de « vacances » aux familles qui n’ont aucune – ou peu de – perspective de départ durant l’été. L’objectif restant toujours pour Terrain d’Entente que les projets s’adressent à tous, de manière inconditionnelle.

Nous avons tout d’abord appréhendé les besoins et attentes de chacun et les avons adaptés à nos opportunités et moyens à disposition : c’est ainsi que ce sont dessinés ces deux séjours sur le site de la Ronde lierre, à Montmiral (26) – les propriétaires étant sensibles à notre démarche.

La commission chargée de cette organisation s’est réunie très régulièrement durant plusieurs mois. Elle a choisi de séparer les deux séjours. 

-Le premier concernait  un groupe d’enfants, moteur de l’initiative, du 01 au 05 juillet

-un second groupe, du 05 au 09 août, composé autour de familles très investies dans la construction de ce projet et qui avaient bénéficié de vacances collectives avec l’association à la ferme des Fromentaux l’année précédente.

Afin d’accompagner leur bon déroulement, une équipe pédagogique s’est organisée pour partager  ces deux semaines : Kaoutar, Ramzi et Bertrand. Lors du premier camp, Lyina, volontaire en service civique est venue compléter cette équipe.

A l’exception de Bertrand, qui connaissait déjà le lieu, l’ensemble des participants sont partis à l’aventure dans ce site qui nous propose un type d’accueil assez particulier : dormir dans des cabanes – sans électricité ni connexion – pratiquer l’équitation, cuisiner dans une ancienne grange, cohabiter avec les nombreux animaux et insectes présents. Ceci, avec une vue imprenable sur la Drôme des collines…

Une fois passé les difficultés administratives imposées par nos partenaires financiers (CAF pour le séjour enfant et ANCV pour le séjour famille), nous avons limité notre présence à 19 personnes sur chaque période. Ceci nous semblait être la limite maximale pour un accueil digne de ce nom. Nous avons eu connaissance seulement le matin même du départ pour le premier séjour (et la veille pour le second), de la liste définitive des participants et encadrants.

Ensuite, nous avons été accueillis par Brith et Olivier, propriétaires du site, qui nous ont réservé l’accès exclusif de tout l’espace dès notre arrivée et durant les 10 jours de notre présence.

Tout s’est très vite enchaîné !

Bien qu’ayant collectivement étudié et programmé nos départs respectifs, le déroulement du séjour s’est improvisé de manière assez spontanée, magique et bienveillante. Notamment, lors du séjour « famille » ou l’implication de chacun est progressivement devenue égalitaire.

La sortie du quartier par ce voyage vers un site aussi sobre et naturel a eu des impacts rapidement évaluables, auprès des enfants notamment, par de l’entraide et de la bienveillance permanente, une restriction des conflits exponentielle (3 accrochages en tout) et une utilisation des insultes quasi réduite à néant durant ces 10 journées… ce qui n’est pas rien!

Les sourires, temps de partage et envie de rester et/ou d’y retourner sont clairement des indicateurs positifs de ces actions.

Très loin des sorties dites « de consommation » – à l’exception d’une journée au lac, avec une activité pédalo – nous avons pris beaucoup de plaisir à :

  • La réalisation de taches de la vie quotidienne, vaisselle, courses, cuisine, nettoyage, avec un planning pour le premier séjour et à l’instinct pour le second.
  • Au partage de temps de jeu de société, jeux collectifs nocturnes et parties de foot endiablées sur la carrière du centre équestre.
  • Boire de l’eau et limiter la consommation de produits sucrés après épuisement rapide des importantes réserves.
  • Combattre nos peurs de l’équitation, des insectes, souris, chiens, du noir, de l’eau et de la collectivité.
  • Passer 5 jours et 4 nuits en extérieur – parfois en période de canicule.
  • Progressivement oublier certaines contraintes vestimentaires et esthétiques que nous nous imposons dans nos quotidiens respectifs à Saint-Etienne

Nous avons basculé vers ce que Pierre Rabhi nomme : la « sobriété heureuse ».

Reprendre l’ensemble de ce qui s’est passé sur ces deux semaines serait impossible et/ou irrespectueux pour ces temps individuels et collectifs qui seront à jamais gravés dans nos mémoires et tellement importants pour nos vies futurs et réciproques. 

Néanmoins les échanges que nous entretenons entre participants depuis notre retour sur Tarentaize parlent d’eux-mêmes et nous souhaitons provoquer de nouveau ce type d’action pour l’été prochain, Inch Allah !

L’équipe et les parents des enfants présents sont unanimes sur l’impression d’émancipation et l’ambiance qui s’est très largement améliorée lors des terrains depuis le déroulement de l’ensemble des actions que nous avons établies durant cet été.

Mais, la question demeure : aurons-nous suffisamment de force humaine, partenariales et financières pour perpétuer cette expérience durant l’été 2020 ???….

A suivre…

Bertrand.

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Une journée à Retournac pendant les vacances de février

Les sorties à Retournac sont devenues une tradition depuis plusieurs années. Ces journées représentent une respiration considérable pour les habitants de notre quartier  qui n’ont que trop peu d’occasions de bénéficier d’espaces de ressourcement. Nos amis paysans de la Ferme des Fromentaux sont ravis de nous faire partager cette magnifique nature qui nous offre si généreusement ses charmes. 

Nous étions 28 personnes à profiter de cette belle journée ensoleillée. Des petits, des plus grands, des mères de famille. Nous avons voyagé en train. Le trajet a été calme et joyeux. Nous avons pu à loisir admirer le beau défilé de la Loire scintillante, nous enthousiasmer des troupeaux de vaches et de moutons qui broutaient dans les près. Ce sont pour nous, gens de la ville, des spectacles plutôt inédits et que nous savons apprécier à leur juste valeur.  

Tout a contribué à ce que cette journée soit joyeuse et paisible pour chacun d’entre nous. Tout d’abord l’accueil  simple et amicale de nos hôtes qui nous signifient à chacune de nos visites  que nous sommes ici chez nous.  

Eh puis aussi toutes les découvertes que nous avons fait ensemble. Nous avons pu nous réjouir face au cheval et à l’âne qui nous ont accordé leur confiance en acceptant de manger dans nos mains l’herbe qui nous leur offrions; des lapins un peu craintifs mais que nous sommes parvenus à caresser un peu; des canards qui barbotaient langoureusement dans la Loire qui scintillait de mille feus.  J’ai laissé le meilleur pour la fin! 

Nous sommes arrivés en pleine période de mise à bas des chèvres, de nombreux chevreaux étaient encore sous la mamelle de leurs mères et une jeune chèvre à mis son chevreau au monde sous nos yeux! Une expérience complètement nouvelle pour nous tous, impressionnante. Les questions ont fusé, Teddy Lou a pris le temps d’expliquer, de commenter l’évolution de la sortie du chevreau du ventre de sa mère. Les enfants ont réalisé que nous avions un peu la même façon de venir au monde. Nous sommes de la famille des mammifères. Dans les heures qui ont suivies, le chevreau tentait de faire ses premières pas. C’est ce qui nous distingue le plus de cette famille de mammifères, notre lente évolution vers l’autonomie. De belles questions, de belles prises de conscience sur la magie de la vie….

Une émotion aussi forte nous a ouvert considérablement l’appétit. Heureusement parce que chaque famille avait prévu des plats exceptionnels en quantité impressionnante!

Nos amis paysans sont venus à notre table. Nous étions près de 40 à partager ce repas. Une occasion très conviviale de faire un peu plus connaissance, de créer des liens, de mieux comprendre la réalité de nos modes de vie tellement différents. Sachant que ces amis sont pour la plupart bénéficiaires du RSA comme de nombreuses familles qui font partie de notre collectif. Nous pouvons mesurer ensemble les contraintes de chacun, le travail considérable que nécessite l’activité d’une ferme et la joie aussi de se sentir en accord avec la nature, d’en prendre soin, d’y contribuer collectivement ce qui rend soutenable toute cette charge de travail. Tout comme notre collectif qui organise des évènements qui peuvent aboutir parce que nous sommes ensemble pour les réaliser.

Pour le retour nous avons décidé de faire le trajet à pied jusqu’à la gare pour profiter de cette belle nature. Aucun enfant ne s’est plaint de la fatigue, trop occupé à grimper sur les rochers qui bordaient le sentier forestier,  à se remémorer   ensemble tout ce que nous avions découvert, à se passionner sur la vie des animaux. 

Des journées qui permettent d’approfondir nos liens qui se tissent depuis toutes ces années, entre enfants et adultes, de rêver à d’autres sorties en familles, à d’autres projets plus ambitieux, d’éprouver le bénéfice d’appartenir et de construire ensemble ce collectif. De percevoir que les autres sont notre force et notre ressource pour développer ce qui est nécessaire pour que le quotidien devienne meilleur pour chacun d’entre nous. 

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L’émission de France Inter Vendredi 22 Février

Je reçois un appel téléphonique de Sandrine OUDIN, journaliste à France Inter, responsable de l’émission « Les bonnes ondes ». Elle m’explique qu’elle a découvert notre site et s’est enthousiasmée de notre démarche, elle souhaiterait nous rencontrer mais elle imagine que l’hiver, nous ne sommes pas présents  sur le terrain. Je lui réponds que nous sommes présents tout au long de l’année, qu’il pleuve, qu’il vente ou qu’il neige. 

Nous prenons rendez vous le mercredi 13 Février. Elle m’apprend qu’une équipe de journalistes de  France Inter sera présente très prochainement  à St Etienne pour interroger le mouvement des « gilets jaunes » et  tenter de comprendre la réalité et les questions qui se posent sur notre territoire.

« Les bonnes ondes » ont pour principe de saluer les initiatives positives qui sont actives dans les différentes régions du territoire. A St Etienne, l’attention de France Inter a été retenue par ce qui se construit dans notre collectif depuis près de huit ans!

De nombreux adultes de notre association se sont donnés rendez vous ce jour là. Malgré la peur de parler au micro de Sandrine OUDIN, ils souhaitaient  être présents pour témoigner du sentiment d’abandon partagé par beaucoup. Plusieurs ont trouver le courage de prendre la parole. 

 « C’est un quartier à part, c’est un quartier pauvre ». « Vous voulez dire qu’il n’y a rien ». « Oui, il n’y a rien pour nous« . « La vie est très dure, on coule, on n’arrive pas à remonter à la surface« .   

Ils ont souhaité dire également ce que  nous savons construire tous ensemble années après années,  ce qui nous redonne de l’espoir, ce qui nous aide à tenir le coup parce que nous n’avons plus le sentiment d’être seuls pour faire face aux difficultés qui s’aggravent.

« Terrain d’Entente c’est gratuit, ça ne nous coûte rien du tout. Grâce à Terrain d’Entente, toutes les familles sortent, sinon il n’y a rien. C’est une sorte d’oxygène pour moi. Terrain d’Entente a rempli le gros trou dans ma vie ». 

Les enfants ont su dire ce qui était important pour eux, se retrouver avec d’autres, sortir de la solitude, être moins souvent devant cette télévision où l’on s’ennui beaucoup.

« Ils nous aident  à s’aimer avec les autres, ils font des activités avec les moyens du bord« .   

Sandrine nous a consacré un après midi. Malgré les contrainte de son émission, en 5 minutes, elle a su mettre en valeur ce dont Terrain d’Entente est témoin depuis toutes ces années.

« Des gens prêts à se mobiliser quand ça a du sens pour eux« .  

Un grand merci pour ce travail.

Pour entendre l’émission :  https://www.franceinter.fr/emissions/la-solution-a-tout

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La biennale de TRACES le 24 Novembre 2018 salle Descours

TRACES est un réseau régional d’ associations, d’artistes, de chercheurs, d’institutions patrimoniales  qui s’est constitué dans les années 1990-2000. Il crée régulièrement des évènements qui  mettent en évidence que les mouvements migratoires  font partie de l’histoire de la région comme de son devenir. Les différents acteurs s’investissent dans des actions sociales, scientifiques, politiques et culturelles qui prennent en compte ces faits migratoires. Le premier objectif du réseau est de travailler à changer les représentations pour espérer un effet concret sur les rapports sociaux. 

Tous les deux ans, ils organisent des manifestations sur toute la région, ouvertes à toutes les initiatives, pour mettre en valeur l’histoire, la mémoire et l’actualité des migrations.

De nombreuses familles, adhérentes de Terrain d’Entente, ont vécu des parcours d’immigration et ont éprouvé cette expérience difficile, insécurisante d’avoir à s’intégrer sur un territoire  inconnu, de tenter de construire son avenir en terre étrangère. Nous nous reconnaissons donc dans les démarches entreprises par ce réseau. Aussi, lorsque l’association Les moyens du Bord nous a sollicité pour organiser un évènement avec le collectif Agir Abcd de Montreynaud, nous avons immédiatement ressenti l’importance de nous y impliquer. 

Depuis plusieurs années, nous avons construit des liens d’amitié avec cette association. Nos temps de partage autour d’ateliers d’expression artistique, de jardinage, de journées festives ont crée une relation durable et bénéfique pour tous les membres de ces deux collectifs. Au fil des années, nous nous enrichissons de notre diversité. Nous trouvons parfois des espaces communs qui amplifient nos actions respectives.

La biennal de TRACES, a représenté pour nous une opportunité de nous manifester ensemble sur l’espace publique, avec l’intérêt également de découvrir l’association de Montreynaud. 

Cette proposition nous a été faite suite à l’annonce d’un livre que nous  réalisons sur l’histoire de Terrain d’Entente. C’est un livre à plusieurs voix qui  est l’occasion de récolter des témoignages de parcours d’immigration de femmes. Ces textes évoquent la solitude, l’absence, l’isolement, puis la rencontre avec Terrain d’Entente. Voici ce qui se manifeste en substance:

« J’ai trouvé avec ces femmes qui ont toutes grandies ailleurs, une identité…. 

Terrain d’Entente, c’est comme une famille qui redonne de l’espoir qu’on peut faire plein de choses, que c’est jamais trop tard. 

Il suffit de trouver un lieu, des gens qui font des choses ensemble, c’est tout. « 

Dans cet ouvrage, des femmes prennent la parole. Elles rapportent des histoires de vie portées par la volonté de rester forte et vivante face à la dureté de la vie. Nous découvrons des portraits qui mettent en évidence cette extraordinaire capacité à s’arracher de sa conditions, des déterminismes, de son destin social. Les ultimes efforts qui sont réalisés envers et contre tout.

Pour cette journée du 24 Novembre, 4 d’entre nous ont pris la parole, elles ont écrit et lu leur témoignage de leur parcours de vie, devant tous ceux qui ont répondu à l’invitation. Ces différentes paroles ont été mises en valeur par des temps de musiques et de chants qui offraient une respiration, la possibilité de faire tomber un peu le niveau d’émotion qui s’est manifesté tout au long de l’après midi.

L’assistance a pu mesurer la dureté de ces parcours de toutes ces femmes déterminées à tenter sans relâche d’offrir un avenir meilleur à leurs familles.  

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Echange avec Fyala, adhérente à Terrain d’Entente

Josiane

Fyala je te remercie bien de te prêter à cet exercice, ça va nous permettre de parler un peu de terrain d’entente et du café des femmes

 

Fyala: d’accord

 

Josiane:  Donc voilà, juste savoir comment t’as connu terrain d’entente.

 

Fyala

d’accord. Alors j’ai connu Terrain d’entente  en 2014, c’était en novembre je crois. Je suis venue déjà en France en 2014, en Juin 2014. Je suis venue pour la france pour une vie meilleure et pour un avenir pour mes enfants, c’était ça le but de venir en france. Déjà que j’ai déraciné mes enfants, c’était très dure pour nous. et en arrivant en france je connaissais personne, mes enfants se sentaient seuls, abandonnés. Et j’ai remarqué qu’ici les enfants, chacun jouait seul et j’ai poussé mes enfants vers les enfants pour qu’ils jouent ensemble , mais rien… Et peu à peu j’ai connu des parcs. Et après j’ai connu le parc qui est juste derrière la médiathèque, je peux, je peux pas dire le nom. Et je voyais des personnes avec des enfants, il y avait des tapis, il y avait des grosses caisses rouges avec beaucoup de jouets. Et les enfants jouaient tous ensemble, et les grands il s’occupaient des enfants ils étaient très gentils et tout ça. Et moi j’étais de loin et  je me demandais mais c’est quoi ces gens, c’est qui ? est ce que je peux pousser mes enfants vers eux? Et je disais à mes enfants allez y allez y, essayez de rentrer parmi ces enfants. Et mes enfants ils y allaient. Et moi j’étais tellement timide, je connais personne, j’avais pas le courage d’aller vers eux et demander ce que c’était. Je suis timide de naissance.

Et après quand je marchais avec mon grand fils j’ai aussi  remarqué que toujours il saluait un adulte. Alors je lui demandais, d’où tu le connais lui? Et il me répondait mais maman ils sont derrière la médiathèque, ce sont eux qui jouent avec nous. Et un jour en revenant des courses je les voyais ranger, c’était fini le temps des jeux, ils rangeaient leurs grosses caisses. Alors là je me suis dit, ça y est, je vais demander à ces personnes qui sont-ils?  Qu’est ce qu’ils font? Alors j’arrête une petite jeune fille qui travaille dans l’association Et là je leur demande excusez moi, je voudrais vous poser une question, qui êtes vous? Vous êtes une association? Vous êtes qui? Alors tout gentiment elle me répond oui nous sommes une association, nous sommes toujours derrière la médiathèque le mercredi le samedi, il y a même un café des femmes, tu seras la bienvenue. Et tout ça. Alors je me dis c’est super…encore j’étais seule, moi même,  je me sentais seule, ça veut dire j’avais personne.

Alors le mercredi après midi j’ai pris mes enfants et je suis partie derrière la médiathèque et là je me suis approchée et c’est Josiane qui la première m’a fait la bise elle était toute chaleureuse elle m’a pris dans ses bras elle m’a dit voici terrain d’entente, et voilà tout ce qu’on fait  et tout ça . Et j’étais tellement contente, là  je me suis parlé à moi et je me suis dit, là je suis tombée sur un trésor. parce que  j’étais seule ici. Après j’ai vu Claire, elle était présente aussi le mercredi, elle s’est présentée à moi, ils jouaient avec mes enfants., ils saluaient tout le monde et tout ça…Ca m’a fait très chaud au coeur j’étais très contente en arrivant à la maison. J’ai dit à mon mari j’ai trouvé des gens, ils sont très sympa, il y a même un café des femmes vendredi j’y serais. Et vendredi est venu et je suis venue et là j’ai fait la connaissance des autres femmes. J’ai pu parler aux gens, j’ai pu connaitre des gens et tout ça.

En premier  J’étais un petit peu timide mais ….à force d’y aller…parce que,  après je ne ratais pas un café des femmes. J’habite juste à côté. Tous les vendredis j’ai dit à mon mari c’est mon vendredi à moi. c’est le jour où je vais connaitre des gens, où je vais me distraire, où je vais un petit peu papoter et tout ça. Le café des femmes coulait dans mon sang, c’est comme si c’était une cigarette pour moi, ça coule, ça coule dans mon sang, j’attendais impatiemment  toute la semaine. J’étais dynamique, je travaillais toute la semaine à la maison, pour mes enfants, l’école et tout ça, et j’attendais impatiemment le vendredi.   Ca y est, le café des femmes à deux heures j’y étais.

Euh c’est comme ça que j’ai connu terrain d’entente

 

Josiane Oui merci beaucoup Fyala est ce que tu pourrais nous décrire un peu comment ça se passe au café des femmes? Heu…

 

Fyala

Au café des femmes nous sommes des femmes qui viennent chacun comme elle peut On se réuni alors autour d’une graaande table. Il y a un bon  café chaud posé, des friandises, des gâteaux c’est les femmes qui apportent où Josiane elle même et Claire. Et là on commence à, discuter. Déjà le café des femmes, les femmes qui se rencontrent on devient une famille. ca me plait. on sent pas tout ça, il y a des blancs, il y a des noirs….on  se rencontre et on devient une famille, vraiment une famille qui se soutien. C’est ça qui me plait, on commence à faire connaissance et tout, et petit à petit on a des projets. Au café des femmes, nous sommes une famille, nous sommes soeurs au café des femmes. Et quand quelqu’un parle, on est toujours en train de l’écouter. Il y a des fois, des fois,  on adore se taquiner un petit peu, On s’amuse on rigole, on fait des blagues aux autres femmes. Mais  Toujours on est super bien posé au café des femmes c’est un bon temps qu’on passe ensemble. IL y a des fois on arrive à réaliser des petits rêves. Ou des petites euh des petits rêves à chacun d’entre nous

 

Josiane Tu pourrais nous en dire quelques uns des petits rêves?

 

Fyala Heu….

 

Josiane  Qui ont été importants pour toi hein?

 

Fyala

Faut heu…que je me rappelle un petit peu parce qu’il y a eu tellement de choses, tellement de choses qu’on a fait ensemble… Déjà au café des femmes on a réalisé la soupe là heu, la soupe heu qui a été faite heu au moment des attentats de Charly Hebdo. C’était pour montrer aux gens que malgré …. parce que au café des femmes après les attentats, nous sommes des femmes venues de pays différents il y  a certaines de nous  qui portent le foulard… Et après ces attentats là on se sent mal, on se sent comme si rejeté par la société, on a peur aussi de sortir dehors, de se faire montrer du doigt et tout ça. Et ce projet là a été monté rien que pour dire que  malgré tous ces attentats là malgré tout ça on peut réaliser des choses ensemble, il faut pas nous regarder de ce mal côté là il y a le mal et il y a le bien, et avec le bien on peut réaliser beaucoup, beaucoup  de choses, on peut être vraiment unis.  et c’est au café des femmes on a monté….on a monté ce projet là.

Et on a réalisé une énorme soupe adressée à tous les gens, gratuitement. Avec amour et chaleur et tout ça. Et Et Et il y avait deux sortes de soupe, une soupe de légume et une chorba, une soupe traditionnelle algérienne qui est très connue et heu….qu’on adore. Et Beaucoup de femmes, les femmes du café des femmes ont tous mis la main dans la soupe. Il y avait ceux là qui épluchaient, ceux là qui rinçaient les légumes ceux là qui touillaient la marmite. Et ça a fait une énorme soupe. Et le temps venu de poser les soupes, il y avait énormément de gens. Et ça fait un peu rigoler nous en tant que heu… Moi Maintenant je me sens en tant que terrain d’entente, je vis terrain d’entente, je suis terrain d’entente, comme bénévole c’est tout. C’était que les gens ils venaient avec leur bol et ils te disaient, où est la caisse pour poser heu l’argent. Mais il y avait pas de caisse  Ben heu, c’était comme un choc pour eux, ils disaient, mais cette soupe elle est gratuite…; Oui, elle est gratuite,  c’est seulement pour vous dire qu’on peu faire des choses ensemble. Des choses qui coûtent rien du tout, peut être rien qu’un petit sourire, c’est tout.

Et là c’est un projet qu’on a réalisé tous ensemble et qui jusqu’à aujourd’hui me touche énormément. Quand chez moi je fais cette soupe là tous les souvenirs me remontent….parce que chez nous on là fait toujours cette soupe… tous les souvenirs me remontent

Et heu, il y  a aussi le projet hammam. Les femmes adorent  le hammam.  Se poser en eau chaude, se frotter le dos …. Là ça rigole et tout ça, elles sont contentes. et elles repartent chez elles avec une belle peau lisse, un grand sourire, elles sont toutes belles, toutes fraiches.  Ca aussi c’est un projet qu’on a monté à Terrain d’Entente. On a aussi dernièrement monter un projet de salon de thé. C’était vraiment un très beau projet. Ce sont des femmes qui ont réalisé un salon de thé et qui ont travaillé dedans..

 

Josiane Tu peux nous dire comment ça c’est construit ce salon de thé, comment ça a démarré?

 

Fyala

C’était d’abord le rêve voilà de quelqu’un qui a voulu monter un salon de thé et elle n’a peut être pas eu le droit, heu l’agrément peut être  de le monter. Alors elle même elle s’est adressée à terrain d’entente et c’est eux  qui ont fait tout leur possible pour avoir un petit local et…mettre une somme d’argent pour acheter les ingrédients et tout ç et tout ça… et les femmes elles ont distribué le travail. toi tu sera disponible pour faire les gâteaux … oui,  toi tu seras disponible pour garder les enfants des mamans qui travaillerons…. oui , toi tu seras disponible pour servir dans le salon de thé pour servir ou pour vendre des petits gâteaux parce qu’il y eu beaucoup de gâteaux, tout ça,  et il a vraiment marché ce salon de thé, et il y avait  des femmes qui portaient le foulard, et les passants demandaient est ce qu’il est à tout le monde ce salon de thé  ou c’est seulement les femmes…. Et là, on était mixte…Il y avait des couples qui venaient, il y avait des gens…et ils ont même fait le couscous qui était très demandé et… très bon aussi à déguster. Ce projet là  a permit de faire une petite somme d’argent quand même et avec cette petite somme d’argent on va réaliser un autre rêve à toutes ces femmes qui ont mis de leur bon…. de leur bon côté pour réaliser ce salon de thé

 

Josiane Qu’est ce que ça va être

 

Fyala

Je crois que ça sera… parce qu’on n’est pas vraiment  d’accord encore, parce que il y a des femmes qui veulent… en tous cas ce sera pour une sortie, une bonne sortie, enfants et mamans. Parce que pour les mamans, ce sont leurs enfants qui comptent, s’occuper de leurs enfants, sortir ses enfants. Alors le prochain projet ça va être de sortir ces mamans et leurs enfants dans un endroit qui va pas vraiment coûter parce que déjà  Rien que le transport coûte 400 euros, le car, alors on va essayer de profiter de  cet argent pour bien s’organiser, une sortie avec jeux et tout ça pour les enfants,  peut être un pique nique

 

Josiane Comment vous prenez les décisions ensemble?

 

Fyala

Au café des femmes, chacun dit par exemple qu’est ce qui pense et puis l’autre par exemple dit non regarde je crois que ici ça cloche, et elle ne sera pas disponible ce jour là… en tous cas on se met d’accord et c’est ça qui est très chaleureux. Parce que exemple ci une de nous est coincée ce jour là et bien hop, on change la date prévue pour sortir,  alors ça sera pas cette date, on essaye une autre date. L’union fait la force, comme l’union a fait la force pour réaliser ce projet du salon de thé. Maintenant L’union c’est de faire en sorte de sortir  toutes ces familles là sortent ensemble un jour pour bien déguster l’argent qui est rentré avec ce projet de salon de thé

 

Josiane Tu sens que c’est des…tous ces projets ces rêves réalisés, ça fait bouger quelque chose entre les femmes

 

Fyala

Ha ça, ça fait bouger beaucoup, beaucoup les femmes. Moi même, je suis une femmes très timide, mais maintenant je me suis relancé dans la vie. Je me sens vivre, je peux compter sur moi Avec terrain d’entente je me sens encore plus forte, je donne mon opinion,  j’arrive à parler, même les femmes maintenant, en arrivant elles sont comme ça, elles sont timides, et maintenant hop, elles s’épanouissent.  on a fait des choses et tout ça.

Le café des femmes ce qui me plait aussi beaucoup c’est par exemple une femme, elle a un petit problème, elle court au café des femmes.  nous sommes une famille, on s’épaule , on s’appuie C’est très bien pour nous, c’est vraiment un appui pour moi, pour ces femmes là

 

Josiane….Merci beaucoup… est ce qu’il y aurait un autre rêve que tu imagines possible à réaliser

 

Fyala

moi personnellement j’ai un autre rêve. Nous on a réalisé des choses pour nous, c’est vrai…  on a déjà réalisé plein de choses, il y a eu les sorties hammam, les sorties au bord de l’eau pour les femmes et pour leurs enfants Il y a eu aussi heu les enfants par exemple ils vont à la campagne, ils vont cultiver un petit peu la terre, ils font beaucoup de choses, ils vont dans des stades, ils vont ..C’est bien. Et moi maintenant, j’aimerai faire quelque chose pour les autres, avec terrain d’entente. J’ai deux projets en tête, par exemple monter un projet c’est de heu  rendre visite dans les maisons de retraite , nous les femmes, pourquoi pas… une fois ou deux fois par mois…Il y a beaucoup de personnes âgées qui ont plus de famille. Les familles ils les mettent dans des maisons, après heu… et ces gens là sont tellement seuls; tellement déprimés   et que moi je pense à eux parce que moi j’ai connu ça. J’ai pas été dans une maison de retraite, mais j’ai été toute seule en france, et moi je pense à ces gens là. Les malades aussi à l’hôpital, par exemple qui viennent des autres villes et tout ça, qui sont  loin de leur famille… J’aimerai bien moi, et même je suis sûr que les autres femmes si j’étalais ce projet là eh bien je suis sûr qu’elles voudraient Pourquoi pas, une petite boite de chocolat, un petit moment avec eux eh bien crois que ça serait formidable de réaliser heu, c’est pour eux cette fois ci.

Nous on a tellement vécu de choses avec terrain d’entente, on a vécu des noël Moi personnellement j’ai jamais vu un sapin dans ma famille, petite, mes enfants

en tant que musulman ils ont jamais vu le sapin de noël alors à terrain d’entente mes enfants ils ont touchés le sapin de noël Je crois que…. ils ont vu beaucoup de choses Je crois que maintenant, je trouve que c’est au tour des autres de recevoir aussi de terrain d’entente.

Terrain d’entente c’est une association qui donne et c’est ça qui me plait à terrain d’entente elle donne, elle donne elle donne toujours

Mais moi, je voudrais pas seulement parler du café des femmes, terrain d’entente c’est important aussi pour mes enfants Terrain d’entente a toujours été présent pour mes enfants Je suis venue en 2014, j’ai déraciné mes enfants Quand ils sont arrivés en france, ils ne savaient pas parler le français correctement. Je ne savais pas où demander Terrain d’entente leur a donné confiance en eux, ils ont discuter avec eux, ils ont parlé avec eux ils ont été en contact avec les autres enfants, ils ont pu discuter, les premiers amis des mes enfants c’est à terrain d’entente.

Aujourd’hui ma fille est en troisième année j’en dormais pas la nuit, l’école était très difficile pour elle, tout était en français Mais grâce à terrain d’entente j’ai pu m’appuyer sur josiane et claire, ma fille aujourd’hui elle a réussit j’ai vraiment, mais vraiment un appui de terrain d’entente, à l’aide aux devoirs, l’aide aux devoirs que l’établissement m’a refusé.  J’ai demandé l’aide aux devoirs et ça m’a été refusé Terrain d’entente offre l’aide aux devoirs aux enfants  sans rien demander donne de leur temps, donne de leur amour, donne de leur savoir et ça, ça me touche vraiment ça j’aimerai bien que ce soit cité

 

Josiane Tu voudrai rajouter quelque chose?

 

Fyala

Oui je sens que claire et josiane c’est ma vraie vie maintenant ici je sens c’est ma vraie famille ici sur la france. que toutes les femmes du café des femmes sont mes soeurs et je tiens à remercier vraiment, vraiment qu’ils ont su mettre debout cette association qui sont présents vraiment pour ces dames là, des dames en difficulté, je les vois et je les entend ils savent les rassurer, ils savent prendre leur main et les tirer du fond du puit Et ce qui me plait vraiment à terrain d’entente c’est que les secrets ils sont vraiment enfuient au fond du puit. Personne ne sait rien des difficultés de l’autre, ça c’est vraiment pour moi quelque choses de rassurant. J’ai eu moi quelques difficultés, je me suis appuyé sur eux je dis des choses et rien n’est sorti. J’espère que terrain d’entente continuera, continuera. et sera toujours présent pour les autres.

c’est du fond du coeur que je parle

 

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