Vacances pour tous

Pour retrouver notre légitimité et sortir ensemble de l’impasse.

          

Notre cheminement à Terrain d’Entente nous a permis, au fil des années, de faire des rencontres improbables. Nous pouvons envisager aujourd’hui d’initier des évènements, pour tenter de construire des espaces différents avec d’autres collectifs et répondre à  des questions de société qui dépassent les préoccupations quotidiennes de notre territoire et qui font tomber certaines frontières.                                                                                                                                Nous sommes sollicités sur des questions diverses, avec comme postulat de tenter de construire collectivement une démarche qui soit transformatrice, qui apporte un changement, qui recherche des alternatives.                                                                                                 Pour citer celles qui nous portent particulièrement aujourd’hui.

Le super marché coopératif, la « Fourmilière » vient d’ouvrir ses portes à St Etienne.  Un nouvel espace pour promouvoir l’agriculture paysanne, respectueuse de l’environnement, qui privilégie les circuits courts. Les coopérateurs construisent un mode d’organisation où chacun prend part aux décisions et se sent responsable des principes déclarés.  Les fondateurs de cette démarche sont venus solliciter les adhérentes de Terrain d’Entente et nous ont invité à prendre part à leur réflexion. Ils souhaitent poursuivre l’organisation de ce travail en comptant sur notre contribution, afin que ce magasin corresponde à la grande diversité des habitants de notre ville en y intégrant, en tant que coopérateurs, des habitant-e-s de Beaubrun – Tarentaize.

Nous participons au bal populaire du 14 Juillet que le collectif « les cris du quartier » propose depuis quelques années. Une journée de fête ouverte à tous, où chacun apporte sa contribution. Nous avons été sensibles à cette invitation qui rassemble plusieurs associations qui interviennent dans différents quartiers. Toutes développent des démarches d’éducation populaire et réalisent des actions culturelles, sportives, citoyennes qui s’adressent à tous.

Nous avons initié un chantier avec les acteurs de la pédagogie Freinet sur la co éducation depuis 2 ans.

Trop de jeunes sont ni en emploi, ni en formation, ni en recherche, ni en accompagnement. Notre pacte républicain est en danger si on ne réduit pas ces écarts: lorsqu’on a on moins de droits que les autres, comment peut on accepter d’avoir les mêmes devoirs?

La première démarche pour assurer les conditions du bien être à l’école est de l’ouvrir aux parents, de favoriser la co éducation, pour une meilleure connaissance réciproque.

Construire une communauté éducative qui assure de manière effective notre responsabilité collective dans l’éducation et la protection des enfants, et leur permettre ainsi de trouver du sens et de la cohérence dans les apprentissages organisés de manière différente à l’école, en famille, dans le milieu associatif….

Une toute dernière rencontre a eu lieu avec des militants de la LDH. Ils ont réalisé un travail de recherche sur la lutte contre les discriminations et l’accès aux droits pour tous. Ces militants souhaitent aller à la rencontre de ceux qui vivent des difficultés importantes pour faire valoir des droits et faire reconnaître les situations de discrimination.

Les amis de la LDH qui nous rejoignent se réjouissent de pouvoir travailler avec les membres de Terrain d’Entente sachant qu’on s’efforce collectivement de redresser ce qui ne va pas dans notre société. Ils souhaitent « entreprendre un  travail pour faire valoir les droits avec ceux qui savent prendre en main leur réalité« . (sic)

Quand on imagine la réalité quotidienne de toutes ces familles qui subissent un empilement de contraintes pour espérer assurer seulement des moyens de subsistance jour après jour, on peut se demander comment il devient possible de s’inscrire ensemble dans des démarches militantes. Comment il est possible de s’extirper de cette inquiétude permanente, de cette peur du lendemain? Comment on arrête de subir et de se méfier de ceux qui nous entoure?

Nous avons évoqué à plusieurs reprises, ce qui est préliminaire à la construction d’une relation de confiance, pour arriver à être moins centrés sur les problèmes à régler et s’engager peu à peu, avec d’autres, pour construire des projets qui répondent à des envies.                                    Mais là, nous avons franchi une autre étape. Nous ressentons aujourd’hui un peu de légitimité pour nous inscrire avec d’autres collectifs dans des actions qui espèrent avoir une portée transformatrice pour la société toute entière. Un engagement qui reste un pari, celui de pouvoir mobiliser l’énergie nécessaire qui est souvent absorbée par les « galères » du quotidien.

Pour ce qui concerne Terrain d’Entente, tout a commencé par la préoccupation du non départ en vacances et de la reconnaissance de ses lourdes conséquences pour les enfants et les familles. De plus en plus de familles ne partent pas en vacances. Il était temps de reconsidérer le droit aux vacances comme un enjeu social.

Nous avons beaucoup investi, avec nos moyens dérisoires, pour rendre possible des départs. Nous avons sollicité l’an passé différents réseaux pour créer un collectif sur l’accès aux vacances pour tous. Nous nous sommes engagés dans une réflexion pour penser ce problème dans sa dimension politique: comment on organise une réappropriation des vacances par les gens eux mêmes, qui ne soit pas du tourisme, en les construisant collectivement, de manière à reconstruire le tissus social, les liens d’entraide?                                                                                 La question du départ en vacances permet d’aborder les questions de l’environnement, de l’alimentation,  du respect de la terre et des populations. L’environnement et les inégalités sociales sont liées.

Partir s’est s’ouvrir à d’autres réalités,  aller à la rencontre de ceux qu’on ne connaît pas, sortir de nos cloisonnements et peu à peu, refaire société tous ensemble. Nous avons rechercher des hébergements amis, sensibles à nos questions, volontaires pour construire des collectifs qui se mobilisent sur des questions politiques pour sortir des cases où on nous a assigné. Pour identifier le temps des vacances comme lieu de fabrication de la société.

Ca à l’air de rien, les départs en vacances. Nous partons depuis quelques années rejoindre des amis paysans boulangers, éleveurs de chèvres en Haute Loire. Ces familles du quartier de Tarentaize, qui connaissent la peur du lendemain, la honte de leur condition, ont pris ce risque d’aller dans l’inconnu.                                                                                                                                         Notre point d’appui pour faire ensemble ce pas, a été les expériences positives que nous avons réalisées ensemble, à partir de nos discussions au café des femmes, de ce que nous avons pu mettre en commun, de cette communauté de vie qui est devenue peu à peu réalité pour certaines.                                                                                                                                                  C’est parce qu’on côtoie les gens dans le quotidien, qu’on côtoie l’intime de leur existence, qu’on peut construire des choses ensemble. Il s’agit toujours pour nous, de tenter de modifier les conditions politiques de l’existence, en partant du quotidien. Nous nous efforçons d’observer les micro évènements qui se manifestent et nous tentons de  les intégrer à nos analyses, à nos efforts de compréhension. Nous sommes très soucieux également, d’identifier la charge mentale de la vie quotidienne vécue par les familles, et nous avons le soucis de là partager en prenant en charge certains temps de la semaine avec les enfants, en réalisant ensemble les démarches incontournables.     

Les différentes actions que nous avons menées à bien, en affrontant ce qui est difficile, ont permis d’ introduire de la solidarité entre nous et avec les autres.

Et nos séjours à Retournac nous ont aidé à sortir de la peur et de la honte:                                                              « Ici on n’a pas besoin d’avoir peur, on ne ferme même pas la porte à clé, on se sent respecté tel qu’on est…. ».  

L’accueil chaleureux et inconditionnel de nos hôtes nous ont rendu le sens de notre respectabilité.                                                                                                                                Quand nous partons collectivement en vacances, nous construisons du dépaysement, nous ré enchantons la banalité du quotidien. Produire quelque chose ensemble reste fondamental pour avoir le sentiment de vacances, de dépaysement. Durant ces journées nous nous intéressons à toutes les opportunités de partage, parce que nous savons qu’elles sont créatrices de construction de liens. Quand nous essuyons tous ensemble la vaisselle, nous partageons un moment de convivialité singulière qui prend une part dans la dynamique globale du séjour. Les repas peuvent devenir des moments de fête, de construction de savoirs faire communs, et des moments de conscientisation. Des occasions de faire apparaître des valeurs en partageant une pratique, en l’éprouvant.

A Retournac, nous avons pu faire ainsi l’expérience de ce qui nous lie, nos préoccupations communes, nos budgets très précaires (beaucoup de ces amis habitants de la ferme survivent aussi avec le RSA!) et de l’enrichissement de partager nos différentes façons de construire le quotidien, nos manières d’appréhender le réel à partir de nos valeurs, de nos croyances, de ce qui nous a construit. Nous avons réalisé ainsi un creuset, à la manière de ce récipient qui permet le mélange et qui  transforme les métaux en quelque chose de plus complet, de plus abouti, de plus précieux.

En passant par un lieu qui nous appartient ensemble, ailleurs que chez nous, il devient possible de se rencontrer et de faire du mélange. Il forme un point de rencontre, d’influence des cultures différentes. On déconstruit alors des peurs, et on construit des compétences sociales. Nous fabriquons ainsi des communautés qui peuvent s’étendre.

Ces séjours ont permis pour les membres de notre collectif, de vivre des expériences positives autour de l’organisation concrètes du quotidien où chacun arrive à contribuer à son bon déroulement. Ces réussites collectives sont devenues un appui considérable pour retrouver confiance et assurance. Aujourd’hui nous arrivons à nous saisir d’opportunités d’auto financement pour nous donner les moyens de poursuivre ces projets de départ en vacances. Le mode d’organisation pour faire des gâteaux, servir dans un salon de thé, vendre des crêpes devant la médiathèque…. devient  plus efficace et respectueux des forces et des possibilités des unes et des autres. La relation s’intensifie entre certaines et certains, les personnalités s’affirment d’avantage. Ce cercle vertueux favorise des partages de réflexions plus élaborés et ouverts aux enjeux de notre société.

Ces expériences de projection, de construction et de départs concrets en vacances ont été  renouvelées régulièrement, également dans d’autres espaces, avec d’autres collectifs. Elles nous permettent aujourd’hui de nous sentir plus légitimes pour renforcer les rangs de tous ces amis qui cherchent à construire autrement. Nous  espérons ainsi contribuer à bâtir un horizon d’égalité et d’intérêt commun, de façon à améliorer les conditions de vie de tous et à retrouver notre dignité.                                                                                                                               Tout reste extrêmement fragile, dans tout ce que nous entreprenons, et risque de basculer à tout instant.  Cet un exercice périlleux qui demande attention, constance, vigilance, mais c’est la seule manière de rester debout et de se sentir vivant. Nous nous donnons les moyens de pouvoir encore espérer.

                                                                                        Josiane GUNTHER Avril 2019

Publié par Terrain D'entente dans Chanson, Vacances pour tous, 0 commentaire

Lorsqu’un collectif organise des départs en vacances

« Le barbecue qu’on a fait sur la plage, c’est inoubliable » me confie une maman alors que nous partons de notre lieu de vacances pour rentrer à Saint Etienne. « ces vacances, c’était vraiment bien » lâche une autre.
Cet été, à Terrain d’Entente, nous avons organisé 4 séjours auxquels ont pu participer des adolescentes, des enfants et des familles, répartis sur deux différents lieux : une grosse bâtisse aux milles recoins, située à Champoly (vers Noirétable) et prêtée par Intercosmos, une association stéphanoise , et la Ferme pédagogique des Fromentaux, à Retournac, que nous avons la chance de compter parmi nos amis !
Après une année de devoirs, courses, organisations toujours serrées d’une routine accélérée et efforts divers, grands et petits étaient ravis de partir une semaine ou un week-end (en fonction du séjour) dans de grands espaces ruraux dans lesquels ils allaient pouvoir se détendre.
Lors des deux différentes semaines à Retournac, nous avons donc alterné les jeux (chasse au trésor, molki, jeux de cartes, time’s up…), les temps créatifs (pâte à modeler, coloriages) les activités avec une association d’animations (confection de pain et de pizza, balade contée avec des ânes, course d’orientation dans la ferme, construction de cabanes dans la forêt, éveil musical…) les temps de sorties (roller, plage de la Loire, piscine, piscine nocturne) et les temps avec les animaux de la ferme (nourrir les lapins, traire les chèvres, les accompagner paître, caresser le cheval et l’âne, donner à manger aux cochons, se familiariser avec les gros chiens…). Le soir, une fois les enfants couchés, les adultes se retrouvent autour d’un thé à la menthe et les conversations, les débats et surtout les rires occupent tout l’espace.
A Champoly, on marche jusqu’à une cascade au fond d’une forêt, on observe le panorama des alentours depuis la tour d’un château en ruine, on profite du plan d’eau de Noirétable et du temps passé ensemble pour faire des jeux (petit bac, loups garous, keum’s, time’s up), on regarde les étoiles, on se promène dans les rues du vieux village, on écoute de la musique et on danse, là encore, on rit très fort.
Ces excursions hédonistes nous raccrochent au plaisir de partager collectivement des moments simples et agréables. Ils nous rapprochent les uns des autres (« c’est la première fois qu’on va dormir tous ensemble ! » me diront beaucoup d’enfants en découvrant le dortoir qui va être notre chambre pour une semaine) créent des souvenirs impérissables dans lesquels il existe un lieu de confort où l’on s’est senti en sécurité, chez soi (« on a une maison pour nous tous seuls ! » c’est exclamée une jeune fille en arrivant à Retournac – avant de parler, comme les autres enfants, de « notre maison »).
Décrocher du quotidien, recharger ses batteries, prendre du repos, lâcher la pression, ralentir le rythme, profiter de la vie : tant de termes qui rendent évident le fait que les vacances sont une nécessité, pour les adultes comme pour les enfants. Etre en vacances, ce n’est pas simplement ne pas aller à l’école ou au travail, ce n’est pas simplement une étiquette pour les mois de juillet et août, ce n’est pas réservé à qui que ce soit, cela ne découle en aucun cas d’une forme de méritocratie : c’est un besoin vital, pour tout un chacun, de changer d’horizon ; c’est puiser dans une source d’énergie nécessaire pour redémarrer dans nos vies dont le rythme est souvent étourdissant.

Camille Ballon 24/09/2018

Publié par Terrain D'entente dans Vacances pour tous, 0 commentaire

Séjour à Retournac !

Les vacances à Retournac avec les ados au printemps 2018

Forts de toutes nos expériences très positives où nous sommes accueillis en amis à la Ferme des Fromentaux, nous avons senti possible d’ouvrir cet espace à un groupe de jeunes, à l’occasion des vacances de printemps.

Plusieurs éléments positifs sont à mettre en évidence: l’implications des jeunes dans la conception du projet, leur attitude positive durant tout le séjour
Les jeunes qui ont participé au séjour ont écrit le projet, ils ont su se saisir de l’opportunité que leur offrait un nouveau dispositif, le Fond de Participation des Habitants, qui aide au financement de différentes actions dans la mesure où elles peuvent contribuer à l’enrichissement des relations au sein d’un quartier populaire. Ils ont préparé ensemble la rencontre à la commission d’admission, et ont su expliquer leurs motivations. L’un d’entre eux s’est même proposé pour être membre des prochaines commission du FPH!.
Nous nous sommes rencontrés à trois reprises pour préparer ce séjour pour expliquer ce lieu particulier où nous serions accueillis. Chacun de ces échanges a permis un ajustement entre les attentes et les possibilités réelles que le séjour à la ferme pouvait offrir.
7 jeunes ont donc bénéficié de cette semaine. L’un d’entre eux a du interrompre la semaine pour raison de santé, un autre à rejoint le groupe dans la semaine pour les mêmes raisons.
Ils ont été accompagnés par Heddy, employé de l’association qui terminait sa formation de moniteur éducateur, Yohan, un jeune bénévole qui a travaillé deux ans à Terrain d’Entente. Ils avaient tous deux une très bonne connaissance de ces adolescents.
Pour ces jeunes, ce séjour a été « une première fois » sur de nombreux aspects. La vie dans une ferme, le travail du quotidien, la « rencontre » avec la nature….Pour chacun il y a très peu d’occasions de sortir du quartier, durant la période des vacances.
Malgré cet aspect déstabilisant, ils ont eu, durant tout le séjour, une attitude coopérative et positive.
Ils se sont intéressés aux activités, (conduite du tracteur, traite des chèvres….). Ils ont participé à toutes les tâches ménagères (repas, vaisselle, rangement) qu’ils avaient eux mêmes organiser en se répartissant le travail à partir d’un tableau qui établissait des tours de rôle. Chacun a participé au rangement et nettoyage du gîte à la fin du séjour, pour certains, de façon spontanée. Ils ont respectés les horaires qu’on avaient décidé avant le séjour. Les soirées ont été l’occasion d’échanges authentiques autour de leurs préoccupations.
Ils ont eu un très bas niveau d’exigence concernant les activités, s’inquiétant du coût et des possibilités de l’association.
C’est le fruit d’une belle relation que Hedi et Yohan ont su construire avec les ados depuis deux ans.
Nous avons eu un accueil chaleureux de la part de tous les résidents de la Ferme des Fromentaux.

Voici les commentaires Teddy Lou, l’amie qui nous accueille dans chacun des séjours:
« Nous avons beaucoup apprécié le séjour du groupe terrain d’entente. Merci à Yohan et Hedi pour leur implication et leur motivation avec les jeunes. Merci aux animatrices pour leur énergie et connaissances partagés.

Il nous semble que le séjour s’est très bien passé. En effet, nous avons pu voir les jeunes évoluer de manière positive sur la ferme et motivés dans les différentes activités qu’ils ont pu faire. De plus au cours du séjour nous n’avons eu que des bons retours de leur part.
Les animatrices qui les ont accompagnés dans certaines activités sont également très satisfaites de ces temps passés ensemble.

Concernant notre participation bénévole qui avaient été envisagée autour des activités de la ferme nous avons senti que les jeunes étaient déjà bien occupés et qu’ils se sentaient bien dans des espaces de temps libre sur la ferme. De plus ils étaient crevés par leur journée d’activité qui leur demandait beaucoup d’énergie. Il nous semble qu’ils ont vécus beaucoup de « première fois » qui resterons gravés dans leur souvenirs. C’est ce que nous cherchons à faire à la ferme des Fromentaux!

Nous avons pu être présents à chaque moment où ils nous ont sollicité. Nous étions là pour répondre à leur demande : un tour de tracteur, des outils pour réparer les vélos, traite des chèvres, questions diverses sur le fonctionnement de la ferme… »

Il était prévu que ce séjour trouve une suite sur le quartier, pour assurer la prise en charge des bacs de jardinage sur le terrain de jeux. Le contrat de travail du salarié qui avait réalisé ce projet s’est terminé. Personne dans l’équipe n’a pu reprendre ce travail. Nous sommes bousculés tout au long de l’année, par de nombreux projets que nous nous efforçons de mener à bien en fonction des besoins et des envies manifestés. Les membres de l’équipe ne participent à nos activités que sur des temps très limités, de 10 mois à un an, nous sommes parfois contraints de renoncer à certains projets.
Par contre, à l’occasion de notre Assemblée Générale du 5 Mai, nous avons pu projeter un diaporama qui présentait le déroulement du séjour.
Nous ne pouvons que nous féliciter de ce temps partagé dans ce lieu avec ces 7 garçons. C’est une histoire qui a impacté très positivement notre collectif.

Publié par Terrain D'entente dans Vacances pour tous, 0 commentaire

Sortir de la marchandisation et redonner du sens aux vacances pour tous.

Terrain d’entente, Inter Cosmos, Les moyens du Bord, des membres de l’accueil paysan, de JPA, de la France insoumise, ont initiés des rencontres pour discuter de la question des départs en vacances pour tous, avec comme préalable que les gens concernés puissent participer à cette construction. De plus en plus de familles ne partent pas en vacance.

Nous faisons ensemble d’autres constats.

Au milieu de difficultés de plus en plus importantes, les familles populaires produisent un énorme travail quotidien pour tenir, pour faire vivre ou survivre la famille, élever les enfants, pour éviter plus de dégradation de la vie sociale du quartier. Sans ce travail, le tissus social serait bien plus dégradé. Mais ce travail est nié et les familles sont ainsi dépossédées de leur moyens de vivre.

La négation de ce que produisent les familles, est une inacceptable violence sociale. Nous souhaitons nous engager dans un combat pour une réappropriation, et non quémander des aides. Agir ensemble pour obtenir la reconnaissance de ce travail des familles.

Pour aider à cette réappropriation nous voulons construire des solidarités et faire évoluer l’action sociale, avec comme préalable que les gens concernés puissent participer à cette construction.

Les actions à l’échelle d’un quartier ne permettent pas de construire des solutions qui transforment cette réalité. Les structures, les collectifs, par leur isolement, touchent des limites pour agir et transformer les choses. Il est nécessaire de sortir des approches micro locales pour penser et articuler le diagnostic  et les actions à l’échelle de la ville, où des décisions politiques peuvent se prendre.

Décider de travailler au départ en vacances est un moyen d’agir. De plus en plus de familles ne partent pas en vacances. Il se développe pour beaucoup un sentiment d’enfermement sur le quartier générateur de tensions. L’ennui prend toute la place, certains enfants n’arrivent plus à remobiliser leurs envies quand on leur propose des temps de jeu.

Cette question d’impossibilité de départ en vacances vient faire écho à tout ce qui est inégalitaire dans notre société, où de plus en plus de personnes sont condamnées à ne plus pouvoir envisager l’avenir.

Les expériences de départ à la campagne, durant l’été, permettent d’en mesurer l’impact pour les familles concernées. Elles parlent de sentiment de liberté, de sécurité, de ressourcement. Elles parlent de l’intérêt de découvrir d’autres façons de vivre qui remobilise l’énergie pour reprendre le combat quotidien.

Il nous faut défendre des vacances qui ont du sens. Partir, c’est l’occasion de rencontrer d’autres personnes, de découvrir d’autres façon de vivre et de comprendre la réalité. Dans cette société qui se segmente, le temps des vacances peut être l’occasion de construire d’autres relations humaines. Cette aspiration concerne de plus en plus de monde, au delà des familles des milieux populaires.

Il nous faut développer des opportunité de rencontre avec tous. De façon à sortir de l’enfermement qui distille de la peur, des préjugés. Sortir de l’idéologie de séparation qui provoque toujours plus de discrimination.

Il nous faut retrouver une dynamique d’éducation populaire où nous prenons ensemble, en main, des réalités qui nous concernent tous: envisager des vacances en terme d’ouverture, d’échanges, de manière à reconstruire le tissu social, des liens d’entraide.

Ceci va permettre de considérer les choses dans leur ensemble, sur tous les axes. On va aborder les questions de l’environnement, de l’alimentation, du respect de la terre et des populations. Ces deux questions sont liées, l’environnement et les inégalités sociales.

Dans les années 70, des colos se sont ouvertes grâce à la participation active des parents, qui assuraient notamment les repas, qui étaient impliqués, partie prenante dans le projet.

4 Millions d’enfants, de toutes les origines sociales partaient en colos, dans cette perspective d’échange, de rencontre, et de formation citoyenne. Les lieux de brassage social c’étaient les colos.

Aujourd’hui, les départs en vacances des enfants répondent à une logique commerciale. La question n’est plus sur l’intérêt des départs en vacances pour tous mais sur la rentabilité des centres. En 2016, 800 000 enfants seulement sont partis dans des centres où les activités sélectionnées concernent essentiellement les enfants de milieux argentés.

L’évolution se poursuit. Une circulaire européenne va être transcrite dans la législation française. Elle fait passer les colonies et centres de vacance dans la catégorie tourisme. Cela va notamment les obliger à provisionner l’argent nécessaire au rapatriement des personnes en cas de nécessité.

A terme, ce sont les grosses organisations qui vont tenir tout l’espace. A l’exemple de l’UNAT; Union Nationale du Tourisme qui va devenir le donneur d’ordre.

La logique du tourisme, pour protéger les marchés et faire des profits, a permis d’imposer des normes de plus en plus contraignantes, qui rendent désormais impossible d’accueillir dans les petites structures.

Qui se préoccupe des conséquences de la fermeture des lieux? Entre 1995 et 2005 la moitié des lieux ont fermé. Aujourd’hui soit on bascule dans la logique du tourisme commercial soit on repose la question du pourquoi des vacances: partir pour se ressourcer et construire des relations humaines, créer des solidarités.

Il faut sortir de la relation marchande, de la prestation de service qui concerne de moins en moins de familles et de structures. Il semble d’ailleurs que les journées toutes programmées, toutes pensées, des centres de vacances actuels, ne soient plus du goût des enfants. Les FRANCAS, ont interpellés récemment le mouvement de la pédagogie Freinet pour transmettre dans les formations BAFA d’autres manières d’animer. La volonté est de proposer une présence adulte aux enfants de façon à ce qu’ils fassent eux même leur programme,gèrent eux même leur temps de vacances, et apprennent en réalisant des choses ancrées dans la vie concrète. Ce qui est essentiel dans la vie des enfants. Nous devons reconstruire cet espace pour tous.

L’accueil paysan, qui développe un accueil pédagogique et social, est une ressource pour organiser les départs en vacances. Ceux qui vivent en ville aspirent à un espace de nature. On peut se rencontrer pour construire quelque chose. Depuis cette année, la CAF a pris le parti de labelliser les accueils paysans qui en font la demande, ce qui ouvre pour les familles, aux bons VACAF.

Des espaces existent déjà: la Ferme des fromentaux à Retournac. D’autres se développent: l’habitat léger, les yourtes… où on peut proposer des vacances sur des bases minimales avec les normes scouts. L’association Inter cosmos à Champoly propose de mettre un grand domaine à disposition des associations adhérentes, de manière à rendre cet espace accessible et à disposition de tous. Un autre lieu de vacances au lieu dit Le Foin chez un paysan, peut être envisageable rapidement.

L’objectif est de remettre en cause l’ensemble de la règlementation, et penser le problème politique: comment on organise une réappropriation des vacances par les gens eux mêmes, qui ne soit pas du tourisme, en les construisant collectivement? Comment on sort du rapport prestataires/clients? Nous devons inventer un modèle où la responsabilité appartient aux gens eux mêmes et pas à ceux qui les hébergent…

L’argent publique doit être utiliser à des choses qui correspondent à l’intérêt général, à la cohésion sociale. Mais l’argent publique se raréfie. Il devient de plus en plus difficile d’accès et est attribué sur des critères très sélectifs. Il y a une bataille de réappropriation de ces subventions. Et aussi pour se redonner du pouvoir, nous devons envisager d’organiser le droit aux vacances par une caisse collective, une cotisation où chacun cotise selon ses moyens et reçoit selon ses besoins.

Forts de nos expériences de vacances à la Ferme des fromentaux, on peut déjà décliner un invariant: La communauté éducative qui assure une présence adulte auprès des enfants, pendant le temps des vacances est importante pour que les parents puissent avoir du temps préservé entre adultes. Il y a eu ainsi des échanges très riches autour de la cuisine, entre les habitants de la ferme des fromentaux et les familles accueillies. Ce qui a facilité la rencontre et la compréhension des réalités de vie de chacun.

D’autres axes se profilent déjà:

La question des repas se pose aussi dans la ville par exemple pour les enfants qui vont à l’école ou bien pour les anciens. Nous avons évoqué l’idée de trouver un bout de terrain pour cultiver des légumes qui pourraient ensuite venir alimenter en produits la cuisine d’une cantine solidaire-populaire.

Dans la perspective de notre partenariat avec l’accueil paysan, on peut envisager que les paysans qui produisent la nourriture nous permettre de pouvoir fabriquer des repas.

Nous avons solliciter le master alter ville, pour une étude universitaire sur la possibilité d’envisager des vacances qui s’émancipent de ces normes pesantes imposées. Un travail de recherche est envisageable dès l’année scolaire 2018/2019.

Publié par Terrain D'entente dans Vacances pour tous, 0 commentaire