Mois : juillet 2017

Atelier Théatre avec le Collectif X

Pendant quatre mois les enfants de Terrain d’Entente ont eu la possibilité de se mettre au théâtre à travers un atelier hebdomadaire proposé par le COLLECTIF X à l’amicale laïque de Tardy.

Raconter ensemble l’Odyssée, traverser les péripéties d’Ulysse qui cherche à rentrer chez lui à Ithaque, a été la base de nos exercices d’improvisations.

Naufrages, combats, chants de marins, personnages fantaisistes ……. deux scotchs disposés au sol et on a un bateau, quinze enfants motivés et énergiques et on a un équipage de matelots.
Chaque mercredi chaque atelier nous faisait traverser une étape du voyage d’Ulysse.
Tous les rôles étaient chaque fois tirés au sort, dans le but de pas s’approprier une partition mais de la prendre en charge collectivement :
quand c’est l’autre qui travaille un rôle c’est moi aussi qui travaille en l’observant.
Prendre en charge une histoire collectivement c’est aller au delà de ses frustrations personnelles de ne pas jouer le rôle qu’on voulait absolument faire, c’est être à l’écoute, s’exprimer,  oser faire des propositions, apprendre à suivre celles des autres.
C’est jouer ensemble même quand on ne se connait pas et pouvoir se redécouvrir quand on se connait trop.

Ces ateliers mélangeaient des enfants du quartier de Beaubrun-Tarentaize, des enfants du quartier de Tardy, ainsi que d’autres. Chacun pouvait venir sans obligation, à son rythme et selon ses possibilités (des fois une fois par mois, des fois chaque mercredi) seulement avec l’envie d’être là. Les séances se déroulaient en commençant par le partage d’informations sur l’histoire de l’Odyssée, un échauffement physique, des exercices ludiques qui font traverser différentes émotions ( joie, tristesse, peur… ) ou situations de jeu ( une grande fête, une tuerie, une fuite…), puis par la mise en scéne de l’épisode du jour et enfin par un gôuter tous ensemble.

 

Les enfants ont pu apprendre la difficulté de la répétition : travail incessant du comédien de refaire encore et encore pour affiner, maîtriser, muscler. Ils ont pu s’approprier des exercices d’échauffements et en faire à leur tour.

Enfin ils ont pu monter sur scéne et jouer sous les feux de la rampe avec des comédiens adultes amateurs et professionnels devant un public de famille , d’amis et d’inconnus.

Suite à cette expérience, des idées de personnages, des envies de proposer d’autres histoires, d’explorer d’autres types de théâtre s’est faite ressentir parmi les enfants  et ils ont pu prendre en charge des petites saynètes, faire des propositions et continuer à travailler le jeu et l’imaginaire.

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Un après-midi d’atelier Henné,

Animé par Anaïs  et moi-même ,Farida, auprès des enfants du quartier, cet atelier a été l’occasion de passer un moment agréable tous ensemble. Les enfants étaient satisfaits de leurs tatouages Henné réalisés par Anaïs, et j’ai aussi eu la chance de participer et d’avoir un magnifique tatouage sur la main.

Pendant ce temps-là d’autres enfants se trouvaient à la cinémathèque avec Johan, Estelle, Nabil et Hedi afin de découvrir le film « A cause de Mouad », réalisé sur Tarrentaize et dont les acteurs principaux sont des enfants et adolescents du quartier.

Les quelques enfants qui n’ont pas pu ou voulu participer à l’activité Henné avec les filles restaient calmes, observant le travail d’Anaïs. Les mamans elles aussi étaient très intéressées par l’évènement.

La journée a été agréable pour tout le monde, cet échange culturel et artistique ayant fait ressortir la créativité des enfants. Même ceux habituellement plus réservés ont pu s’ouvrir aux autres et participer à la bonne humeur générale.

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Les familles renoncent à leur devenir

Les familles renoncent à leur devenir

nous traversons une période de dépression sociale.

 

« Tu avais raison Josiane, je lui ai téléphoné deux fois dans la même journée, j’ai laissé chaque fois un message pour lui dire de me rappeler d’urgence et l’assistante sociale vient chez moi mercredi! »

Hamina ne prend pas le temps de saluer les différentes personnes présentes au café des femmes ce jour là, c’est trop important pour elle de nous faire partager cette victoire. Elle a su se faire entendre auprès de l’association qui s’était engagée à prendre en compte sa demande, il y a plus de 3 semaines. Elle a obtenu que quelqu’un du service se déplace à son domicile pour chercher avec elle des solutions. Ca a l’air de rien, Hamina a téléphoné à l’assistante sociale qui a fixé un rendez vous pour là rencontrer.

Mais ce n’est pas une mince affaire l’histoire d’Hamina. Elle vit seule, elle est porteuse d’un lourd handicap physique et elle est mère d’un jeune de 21 ans qui souffre d’un autisme profond. Il est placé en établissement depuis son plus jeune age, mais depuis ses 18 ans, il est difficile de trouver pour lui une solution d’accueil pérenne. Ce secteur de soin est saturé de demandes. Hamina doit prendre le relais et l’accueillir chez elle tous les week end, et sur des périodes de vacances de plus en plus longues, ce qui est physiquement impossible à assumer pour elle. Malgré ses incessantes interpellations auprès de différents services depuis deux ans,  elle n’avait obtenu aucune proposition d’aide. Au fil de nos conversations, j’ai finalement réalisé  qu’elle avait renoncé à espérer être entendue et prise en compte dans sa demande. Elle s’était résolue à accueillir son fils, comblant ainsi les carences des établissements sensés le prendre en charge, sachant que, dans la durée, elle ne pourrait pas faire face à cette trop lourde responsabilité. « C’est comme ça Josiane, il n’y a pas de solutions…. »

Et aujourd’hui, avec notre présence et notre soutien indéfectible Hamina a remporté une victoire! Elle n’a pas lâché, elle a su dire ce qui était important pour elle et sa demande a été prise en compte. Une triste bataille qui a duré deux ans et où bien souvent elle a risqué de capituler.

 

Cette situation, où les familles renoncent, abandonnent leur propre devenir, nous en rencontrons toujours plus. Une forme d’usure à devoir toujours se battre, se justifier, à ne pas se sentir compris et pris en compte dans les difficultés. Une forme d’usure à devoir toujours demander et attendre une réponse qui ne vient jamais. Une forme d’usure devant la complexité des démarches administratives où le numérique tend à remplacer dans toutes les administrations la possibilité de rencontrer et de s’expliquer devant une personne. L’usure d’avoir toujours à supporter et subir l’indifférence.

Cette forme d’abandon, nous en sommes témoins pour des situations très diverses mais qui chaque fois sont très préjudiciables pour le devenir des familles. Pour ce qui concerne les orientations scolaires, où le fonctionnement des établissements  est complètement étranger à la compréhension de certaines familles ; pour ce qui concerne des retards de prestations de différents services administratifs où les agents sont injoignables ; pour ce qui concerne des conditions de travail dégradantes ou des recherches de travail qui n’aboutissent pas….. Parfois nous entendons certains enfants qui se plaignent de n’avoir pas pu consulter le médecin alors qu’ils étaient malades, de ne pas avoir de rendez vous chez le dentiste, alors qu’une dent cariée les font souffrir depuis plusieurs jours… « on n’a plus de CMU« .

 

C’est en fait un abandon, un renoncement systémique. Les agents des services sociaux eux mêmes, face à leur impuissance à apporter des solutions aux difficultés manifestées, renoncent à assumer leurs responsabilités et oublient de rappeler au téléphone alors qu’ils s’y étaient engagés, perdent parfois les dossiers, reportent les rendez vous…. alors qu’ils se doivent  de garantir l’accès aux personnes les plus fragiles au meilleur service. Le travail social est conçu pour contribuer à améliorer les conditions de vie, réduire les inégalités, défendre les droits.

Comment peut on imaginer qu’il soit possible à tous ces agents des différentes institutions de devenir aussi négligents et de faire preuve de tout ce manque de rigueur dans leur travail?

Parce que ces adultes brisés ne vont jamais se permettre de les harceler jusqu’à obtenir gain de cause. Non, ces adultes brisés renoncent, ils ne se plaignent pas, ils ne manifestent aucune réaction intempestive, ils s’éteignent silencieusement. Ils perdent peu à peu toute volonté d’améliorer leur vie, ils s’éteignent dans leurs propre estime d’eux mêmes.

Les situations de vulnérabilité se caractérisent toujours  par des moments où les individus ne trouvent pas dans l’organisation sociale, une prise en compte de leur difficulté.

Nous assistons ainsi à des renoncements en chaîne qui produisent une profonde dépression sociale. Ce sentiment d’impuissance est perçu aussi bien par les familles que par les agents des services sociaux. Il semble  impossible de pouvoir changer les choses.

 

Les pédagogues sociaux prennent aujourd’hui le relais de ces institutions qui se fracturent. Nous sommes très vigilants  pour repérer ces signes d’abandon de toutes ces familles qui perdent confiance dans notre organisation sociale et qui ne comptent même plus sur leur propre ressource.

Nous sommes de plus en plus présents pour interpeller les différents services et les inciter à finaliser les démarches. Ce travail devient essentiel.  Nous sommes présents, chaque fois qu’on nous en fait la demande. Et nous percevons chaque fois ce sentiment d’humiliation pour toutes ces personnes qui n’ont pas la maîtrise des us et coutumes de ces administrations,  qui n’ont que des bribes de compréhension du fonctionnement général de ces services et qui se retrouvent face à leur impuissance à ce que leurs démarches aboutissent. Mais ensemble nous retrouvons notre capacité à nous mobiliser, nous retrouvons notre combativité.

 

Mais ce n’est pas le seul combat dans lequel la pédagogie sociale a décidé de s’engager pour faire face à la conséquente dégradation des institutions. Pour l’essentiel les acteurs de la pédagogie sociale s’impliquent avec tous ceux pour lesquels aucun avenir ne semble plus envisageable dans ce système libéral qui s’attaque avec méthode et continuité à l’état social. C’est un engagement dans la durée pour ouvrir des perspectives à chacun et construire l’avenir avec tous. C’est un combat, et nous remportons de plus en plus de victoires.

Nous avons obtenu par exemple que la Mairie installe une barrière de sécurité pour protéger les enfants d’un boulevard très dangereux et ce après un an et demi de lettre pétitions, d’articles dans le journal, de la construction collective d’une barrière artisanale. Après avoir obtenu ainsi satisfaction, nous nous sentons aujourd’hui légitimes à interpeller les élus de la commune pour leur faire part de notre expertise à identifier les besoins du quartier.

Ce  que nous avons appris à faire surtout, durant toutes ces années à construire ensemble des liens de connaissance et de reconnaissance mutuelle, c’est justement d’ identifier, de comprendre tous ensemble,  les envies, les besoins des uns et des autres, et de nous mobiliser collectivement pour construire des projets pour y répondre. Ce sont chaque fois des occasions de reconnaître les capacités, les compétences, les ressources de toutes ces familles en capacité à se mobiliser et à donner le meilleur d’elles mêmes lorsqu’un espace qui fait sens pour elles est ouvert à tous. Nous pouvons ainsi mettre en valeur cet esprit de combativité qui renaît dans ce contexte, et qui permet de construire et de créer parce que nous sommes ensemble pour le vivre.

C’est possible de reconstruire notre capacité à nous organiser collectivement de façon à ce que chacun devienne partie prenante des projets en cours, à partir de ses ressources propres. Nous en sommes une manifestation vivante, c’est possible, mais avec des conditions. Il est nécessaire d’abord de comprendre et apprendre la réalité de ce que vivent les familles en construisant une relation au rythme de chacun, en donnant du temps au temps Il est nécessaire de respecter le temps des personnes, qui nous rejoignent quand c’est possible et utile pour elles. Il est nécessaire de s’inscrire ensemble dans la durée.

Nous ouvrons ainsi des espaces de possibles. Nous sortons ensemble de cette dépression sociale. Et nous retrouvons tous notre dignité et notre fierté à savoir inventer, innover, créer.

 

Josiane GUNTHER le 29/06/17

 

 

 

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Rencontre avec Saïd Bouamama

Nous avons eu le plaisir d’accueillir Saïd Bouamama le 4 Juillet 2017.

Il est docteur en socio économie, il est également chargé de recherche et formateur pour des travailleurs sociaux.

Terrain d’Entente et le Centre Social du Babet étaient à l’initiative de cette rencontre. Nous travaillons ensemble depuis quelques années et nous nous efforçons de nous engager avec les familles du quartier pour chercher les réponses les plus adaptées aux besoins et aux envies manifestées.

Nous avons souhaité rencontrer Saïd BOUAMAMA parce que son analyse sur la situation des quartiers populaires rentre en résonance avec notre perception et notre compréhension de la réalité.

Son intervention nous a aidé à mieux cerner l’évolution des quartiers populaires, ce qui se vit aujourd’hui, les difficultés et les ressources. Nous avons pu également aborder la question du  besoin de présence militante, d’implication avec les habitants.

Nous sommes également très préoccupés par la situation des jeunes. Certains d’entre eux n’ont plus aucun contact avec les adultes du quartier, il y a un sentiment d’impuissance qui se développe, où on n’arrive plus  à s’interroger collectivement sur cette très préoccupante situation.

L’association Terrain d’Entente poursuit son action sur le quartier depuis Avril 2011. Nous sommes engagés dans une démarche d’éducation populaire qui se réfère à la pédagogie sociale. C’est une pédagogie de l’action.

Notre travail est de comprendre et d’apprendre la réalité de ce que vivent les familles en construisant une relation au rythme de chacun, en donnant du temps au temps. Nous offrons juste un temps de présence. Chacun peut participer à nos rencontres, quand c’est possible et utile pour lui, en fonction de ses centres d’intérêts et pas selon ses possibilités financières. Ce qui contribue pour bonne part, à la possibilité pour chacun de s’engager et d’être partie prenante dans tous les projets menés.

 

Cette posture permet de percevoir peu à peu la façon dont les familles vivent les évènements qui traversent leur vie et de s’indigner ensemble face à ces situations d’abandon, de relégation, et d’en faire notre affaire.

 

 

Nous sommes essentiellement centrés sur des actions collectives qui rendent possible certaines choses et mettent en évidence que le collectif est une force et une richesse. Nous construisons avec les familles des projets qui répondent à des besoins, des envies, qui règlent des problèmes concrets. Ces actions collectives sont l’occasion de développer pleins de savoirs et surtout mettent en évidence des savoirs qui ne sont pris en compte nulle part. Ensemble on sort de l’impuissance.

On peut dire alors, vous connaissez les familles de Tarentaize?

Ah oui, ces parents qui s’impliquent dans la démarche « 1001 Territoires, pour la réussite de tous les enfants à l’école », ces parents qui organisent des diaporamas pour les rencontres pays d’origine, ces parents qui organisent des soupes qu’ils offrent sur l’espace public pour manifester leur position face à certains évènements qui traversent la société, ces parents qui participent à l’animation d’une rue en ouvrant un salon de thé, dans le cadre de la Biennale….

 

Nous cherchons les moyens d’exercer de façon effective notre responsabilité collective dans l’éducation et la protection des enfants. Et nous nous efforçons de nous engager, avec les acteurs volontaires de l’action éducative, pour construire, avec les parents, une communauté éducative, à l’échelle du quartier. Où chacun se sent responsable, impliqué, à égalité

Nous encourageons les enfants à partir des conseils qui ont lieu chaque semaine, de devenir partie prenante de nos temps de rencontre, en les accompagnants dans leurs projets pour qu’ils puissent aboutir.

Les enfants s’investissent et s’engagent pour des projets qui font sens pour eux.

Nous nous centrons sur des modes d’expression artistique (Atelier Théâtre, Atelier écriture, Atelier peinture, Atelier paperolle….)

 

Nous recherchons des modes de manifestation pour mettre en valeur toutes ces productions. On peut dire aujourd’hui: vous connaissez les enfants de Tarentaize? Ah oui, ceux qui ont réalisé l’exposition de peinture à l’amicale de Chapelon, ceux qui ont décoré la librairie croque’linotte avec des origamis, ceux qui ont animé des ateliers paperolles dans le cadre de la fête du livre, ceux qui ont réalisé une émission de radio….

 

Depuis 3 ans, nous avons développé un partenariat avec le centre social du Babet et la médiathèque du quartier, des actions qui concernent nos différentes structures se sont développées. Et nous avons ensemble l’occasion de proposer des débats.

 

 

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