Co-éducation et communauté éducative

Le journal de l’été 2020

 Josiane : Les vacances ont été considérées un droit pour tous au moment du Front Populaire, avec les premiers congés payés, entre autres conquêtes sociales de cette période de soulèvement des classes populaires et ses extraordinaires mobilisations collectives. Dans cette ambiance de libération sociale, l’accès pour tous aux loisirs et à la culture sont considérés d’intérêt général. Pour rendre cette pratique possible pour tous, une participation financière conséquente de la collectivité est d’emblée organisée. Il ne peut en effet y avoir de départ en vacances possible pour tous, sans une prise en charge collective des coût. Mais ce droit pour tous a été remis en question durant les dernières décennies, si bien que la moitié de nos concitoyens n’y ont à ce jour plus accès, essentiellement pour des raisons financières. La question du départ en vacances reste donc un enjeu pour notre société. Depuis plusieurs années Terrain d’Entente considère cette question comme essentielle et mobilise beaucoup d’énergie pour assurer cette possibilité pour le plus grand nombre.

Nous voulons défendre des vacances qui ont du sens. Partir, c’est l’occasion de rencontrer d’autres personnes, de découvrir d’autres façons de vivre et de mieux comprendre la réalité. Dans cette société qui se segmente, le temps des vacances peut être l’occasion de construire d’autres relations humaines. Cette aspiration concerne de plus en plus de monde, au delà des familles des milieux populaires. Nous voulons retrouver une dynamique d’éducation populaire où nous prenons, ensemble, en main des réalités qui nous concernent tous, et envisager les vacances en termes d’ouverture, d’échanges, de manière à reconstruire le tissu social, des liens d’entraide. Nous voulons construire du dépaysement, ré-enchanter la banalité du quotidien, rendre possible des « premières fois ». 

Nous organisons des départs pour nous retrouver « ailleurs », dans un autre espace de vie, un lieu qui nous appartient ensemble et qui nous aide à déconstruire des peurs, pour construire ensemble des compétences sociales. Ce qui s’est passé durant un séjour influe sur toute la vie du quartier dans le temps long.

N’oublions pas cet élan d’enthousiasme aux premiers jours du confinement. Très paradoxalement, malgré la conscience d’avoir à traverser une « catastrophe », à Terrain d’Entente, nous avions le sentiment, en acceptant de bonne grâce cette lourde réduction de nos libertés, de participer à cet effort collectif commun. Nous trouvions enfin notre place dans cette épreuve qui nous concernait tous. Nous étions « comme tout le monde » (sic). Nous devenions un peu égaux !

Cet été 2020 a été particulièrement prolifique en sorties, et le nombre des personnes qui ont participé a triplé. Nous le devons au soutien très conséquent de la Fondation Abbé Pierre qui a reconnu avec nous la nécessité de rendre possible des espaces de ressourcement à toutes ces familles qui ont été les premières impactées par la longue période de confinement. Il était indispensable que chacun puisse se restaurer. Nous le devons grâce à la participation du CDAFAL qui soutient efficacement ces départs en vacances depuis plusieurs années. Nous le devons au dynamisme et à la créativité de chaque membre de l’équipe. Nous le devons à la participation très efficace d’un nombre d’adhérents qui augmente d’années en années. Notre « commission vacances » s’est poursuivit pendant le confinement sous forme de réunion téléphonique, avec la présence constante de membres du CA. Cette commission a permis d’établir un budget à partir des projets qui partaient des aspirations manifestées et de ce contexte particulier où il ne serait pas possible de sortir du territoire. Les inscriptions aux différentes sorties se sont déroulées chaque fois en présence de membres du CA. L’une d’entre elle a permis à plusieurs familles, particulièrement démunies de rejoindre et d’intégrer notre collectif. « Il faut vivre des choses ensemble si on veut apprendre à se connaître » (sic). Une autre a pris la fonction d’animatrice durant certains séjours, elle fait aujourd’hui partie intégrante de l’équipe.

En plus de nos temps de présence sur le terrain tout au long de ces deux mois d’été, avec l’organisation de moments exceptionnels : des jeux Olympiques (organisés par des adolescents avec le soutien de l’équipe), un grand pic nique en familles, différents barbecues avec les jeunes, nous avons pu partager :

3 Séjours familles à Retournac qui ont concernés10 familles, soit 12 adultes, 4 Ado, 20 enfants

1 séjour familles à Champoly Qui a concerné 5 familles, soit 5 adultes, 2 ados, 14 enfants

2 séjours enfants/collégiens à Montmiral Qui ont concerné 28 enfants et collégiens

5 séjours jeunes à Champoly Qui ont concernés18 jeunes

5 sorties natures jeunes Qui ont concerné 30 jeunes

5 sorties natures familles Qui ont concerné 50 familles

Des sorties vélo à partir du mois de Mai Qui ont concerné 30 enfants

Une initiation de 3 jours au théâtre forum Qui a concerné 13 femmes et une petite fille

Pour que ces différents engagements puissent aboutir nous avons du employer 6 personnes pour compléter notre équipe.

Tout ne va pas pouvoir être retranscrit dans ce journal, nous souhaitons juste témoigner de l’impact profond de l’organisation des vacances pour chacun d’ente nous et à l’échelle d’un quartier.

Fathia On a tenu tout ce qu’on avait décidé à la commission vacances. Les projets ont tous aboutis. Cette commission avait commencé en février et elle s’est poursuivit pendant le confinement sous forme de conférences téléphoniques. Nous avions décidé de reprendre ce qui avait bien fonctionné l’été dernier et de répondre aux nombreuses demandes pour les séjours enfants/ados de Montmiral. Suite à l’annonce de la reprise de l’école obligatoire pour tous, nous avons pu nous organiser en fonction de cette nouvelle contrainte, en modifiant le séjour sans le remettre en question. Nous avons également tenu compte du manque de sorties à la journée l’été dernier. Tout ceci grâce au budget disponible pour l’été avec le financement de la FAP. Ces différentes décisions ont été validées au café des femmes.

La commission a permis d’anticiper un mode d’organisation. Nous voulions surtout éviter des désistements de dernière minute qui pénalisaient d’autres familles en demande de séjours et de sorties.

Nous avons transmis un texto à toute la liste des adhérents pour proposer des jours d’inscriptions et demander une participation financière qui confirmait l’inscription. Nous avons adapté ces contraintes en fonction de la connaissance que nous avons de certaines personnes. Nous n’avons pas hésité à inscrire certaines familles, enfants ou jeunes, qui nous en faisaient la demande, sachant qu’ils ne pourraient pas venir à ce rendez vous. Nous prenons toujours en compte la réalité. Nous avons eu le plaisir de rencontrer de nouvelles familles pour certains séjours et sorties à la journée. En espérant qu’on puisse les intégrer à notre association. La question que je me pose : est-ce que c’est à nous de les relancer, de leur donner envie ? Ou bien devons -nous laisser à chacun la possibilité de nous rejoindre quand il le souhaite ?

La recherche d’un mode d’organisation a nécessité un grand nombre d’heures de travail. Ce qui n’a pas permis d’éviter tous les imprévus. Nous souhaitions intégrer quelques adolescentes qui n’avaient aucun projet de vacances, au 2ème séjour de Montmiral. Elles se sont désengagées au dernier moment, alors que pendant plusieurs jours nous « leur avons couru après ». De même pour certaines sorties à la journée, des évènements douloureux ont empêché certaines familles de participer. La difficulté pour d’autres est de ne pas avoir su s’engager de manière claire et avec chaque fois le risque de priver d’autres personnes intéressées. La satisfaction de cet été c’est que tous ceux qui en ont fait la demande ont pu au moins faire une sortie ou un séjour. Personne n’a été mis de côté.

Pour les sorties à la journée nous n’avons pas hésité à proposer des activités exceptionnelles autant pour les familles que pour les ados. « du grand luxe ! » des « premières fois ». Globalement je ne reçois que des bons retours. C’est super important de faire des activités exceptionnelles, de sortir de ses habitudes, de son environnement habituel. C a apporte de la détente, du bien être.

J’ai participé aux deux séjours à Montmiral en tant que membre de l’équipe. Montmiral, c’est mon truc ! Je ne dors pas dans les cabanes, là j’avoue que je ne vais pas jusqu’au bout de ma responsabilité. Durant ces deux séjours, j’ai pu retrouver mon âme d’enfant. C’est moi qui réclamais certains jeux ! J’ai appris aussi un peu à nager ! Durant le séjour, je suis devenue le « totem », j’étais au centre pour partager, jouer avec eux, les consoler, j’étais la tata de tout le monde. J’ai tendance à avoir peur des chiens mais auprès des enfants j’étais obligée de surmonter ma peur. On se dépasse un peu. J’ai appris à connaitre les enfants, je les ai découvert autrement, leur vulnérabilité…On a pu établir une relation différente. Certains confient leur peine. Ça ne peut pas se produire sur le quartier. Les craintes, les a priori vis à vis de certains que j’avais en partant, ce sont tous révélés faux. Ce sont ceux qui ont été le plus attentifs, certains ont même pris soin de moi. De sortir de Tarentaize, ça les apaise. Ils n’ont pas à jouer un rôle, à tenir une image, à vouloir paraître plus grand.  Ils peuvent réaliser tranquillement leur âge réel, et jouer comme des enfants qu’ils sont. On est plus dans des rapports où on s’autorise à être soi même.

Dans ce contexte différent, ils deviennent plus respectueux des règles. Durant le séjour, il suffisait de rappeler régulièrement les consignes et elles étaient respectées. Ils étaient à l’écoute. Nous nous retrouvons tous au même niveau. J’ai trouvé facilement ma place au sein d’une belle équipe. Nous avons su nous soutenir, nous répartir le travail de façon égalitaire. Les enfants ont également beaucoup participé, à la cuisine, à la vaisselle, filles et garçons confondus. Beaucoup de mères au départ souhaitaient éviter le mélange. Mais ça n’a pas été nécessaire, les relations étaient plutôt fraternelles entre eux. J’ai réussi à partir sans mon fils. Ça ne m’était jamais arrivé de le laisser 4 jours de suite. Ça lui a permis d’avoir un peu plus d’autonomie. Il était avec moi pour le deuxième séjour. Je lui avais expliqué que j’allais m’occuper de tous les enfants. Je n’ai pas eu besoin de m’en occuper plus que les autres. Des séjours qu’il faut poursuivre.

Josiane : Le Théâtre Forum L’été a démarré par une formation au théâtre Forum avec les fées Rosses.

Le théâtre forum est une invitation pour chacun d’entre nous à ne plus rester impuissant face à ce qui nous accable, et prendre conscience qu’il peut être possible de ne plus subir. Il propose de mettre en scène des situations vécues comme injustes, discriminantes, des petites tranches de vie qui font écho en nous, qu’on s’y reconnaisse ou bien qu’on s’en indigne. L’objectif est de réfléchir à la meilleure façon de transformer ces situations injustes. En créant un cadre, un espace de réflexion, un petit laboratoire d’expérimentation, nous pouvons rechercher le rôle que nous avons à jouer, et réaliser qu’il nous reste une partie de responsabilité donc une possibilité d’agir pour résoudre les problèmes.

A Terrain d’Entente, nous cherchons collectivement des réponses à toutes ces situations d’injustice et d’inégalité pour qu’elles ne nous écrasent plus, pour ne plus les subir. La meilleure façon de tenter de sortir de ces impasses, c’est dedonner la parole à ceux qui ne l’ont jamais, et d’inventer des formes de manifestations qui rassemblent. Notre rencontre avec les « FéesRosses » nous a permis début Juillet de bénéficier d’un petit temps de formation durant trois jours, et l’Amicale de Tardy nous a, une fois de plus, ouvert chaleureusement sa porte et son théâtre! Aïda était présente à ces rendez vous pour assurer la prise en charge des enfants, de façon à donner à ces femmes un peu de temps libéré. Ce qui est chaque fois une gageure… !

Ces femmes restent en permanence envahies de préoccupations multiples pour tenter de préserver un cadre de vie qui réponde aux besoins de tous les membres de la famille. Plusieurs d’entre elles ont dû renoncer à s’investir sur les trois journées complètes. Certaines n’ont pas pu y participer. Par contre, celles qui nous ont rejoint en cour ont su investir ce temps et l’enrichir de leur expérience.

Fyala : J’ai connu le théâtre forum en octobre 2019 grâce à Terrain d’Entente. Nous avions invité « Les Fées Rosses », ce groupe de femmes venues de Grenoble, pour jouer quelques pièces de théâtre de la vie du quotidien. Moi personnellement après avoir vu ces Dames jouer, et la façon dont elles avaient passé le message à travers la pièce m’avait beaucoup émue moi qui d’habitude ne comprenait pas bien le théâtre. Et surtout ce qui m’avait impressionné c’est que la pièce ne se termine pas à la fin du dernier mot joué mais qu’après avoir discuté de ce qu’on avait compris et ressenti, pour trouver ensemble des solutions à tous ces problèmes du quotidien, sur le racisme et la discrimination.

Nous avons ensuite décidé d’organiser une sorte de petite formation sur le théâtre du forum et j’étais parmi les Dames partantes pour y participer.

Le jour venu j’étais un petit peu stressé, mais tout se passait bien. D’abord il fallait trouver le sujet de la pièce que nous allions jouer, ensuite trouver les comédiens et le comment faire. Tout se déroule très bien, étapes par étapes puis on change de rôle le méchant devient le gentil et ainsi de suite.

Tout en écoutant les sujets proposés pour jouer la pièce sur le racisme ou la discrimination d’une personne fragile ou surtout les problèmes que rencontrent les adolescents au collège puis raconter une histoire qui nous est arrivé sur l’un de ces thèmes je remarque que les Dames présentes prennent goût à raconter leur petit malheur et de dégager ce poids qui est sur leur cœur.

Je n’en revenais pas et je parlais à moi-même en me disant : à elle aussi ça lui est arrivé et à elle et elle !!! Alors il n’y a pas que moi et que la méchanceté gratuite est permise à beaucoup de gens.

Grâce à quelques histoires, nous jouons ensemble différentes pièces en deux parties, la première celle où la personne se fait écraser ensuite, une deuxième partie pour trouver des solutions de remède et rejouer la pièce mais cette fois en tenant tête à la personne par soi-même ou être aider par une autre personne qui refuse toute discrimination.

Le dernier jour de la petite formation et toute a la fin nous nous sommes installés sur les chaises en forme de cercle pour donner notre avis sur ce qu’on a fait et réalisé et ce que nous apporté cette formation.

Personnellement j’ai approuvé ce travail j’ai dit même que je me sentais mieux dans ma peau de savoir que ça n’arrive pas qu’à nous et surtout de pas baisser les bras et de se battre pour ce que nous trouvons juste et que vraiment l’union fait la force.

Merci au théâtre forum !

Amel : J’aime découvrir des choses nouvelles, et pour moi le Théâtre Forum c’était une belle expérience. J’avais jamais pensé que je pouvais faire du théâtre ! J’aime voir le théâtre, comme spectatrice. J’ai assisté dans toute ma vie à deux séances de théâtre.

C’était fort par rapport à ce qu’on a partagé, plein de choses, pleins d’émotions. J’ai compris ce que c’est le théâtre, des messages qu’il faut faire passer aux gens. Et il y a eu pleins de messages entre nous. La rencontre aussi avec les personnes de Grenoble qui nous ont emmenées loin. J’étais dans un autre monde. Par rapport à mon histoire, je suis repartie en 2013, dans la ville où j’habitais alors. Pour chacune qui partageait un peu de son histoire, c’était comme dans un film dans lequel on rentre, on rentrait dans l’histoire de chacune. Je ne jouais pas un rôle, c’était avec ma personne, on était dans le rôle, dans l’univers de la personne. Je me sentais comme une artiste sur scène, qui aurait fait du théâtre toute sa vie. Je ne me sentais pas être une maman qui a plein de soucis. C’était un moment différent de ma vie quotidienne.   J’ai compris que le théâtre ce n’est pas qu’un métier, c’est beaucoup plus profond. C’est un message à faire passer, même simplement avec des gestes, des mimiques. C’est fort. J’ai senti aussi que les spectateurs, que tout le monde a réagi, tout le monde a vécu quelque chose de ces scènes. On vit tous un peu les mêmes expériences, mais tout le monde se tait. Avec le théâtre, les gens parlent et on comprend qu’on est tous pareils.

Il y avait une force sur cette estrade, avec les lumières, les rideaux. Une force qui donne envie de continuer, de faire mieux, plus. La scène de théâtre donne une force qui sort de partout pour que je bouge mieux malgré ma fatigue et le poids du quotidien, que j’ai réussi à oublier ! Dans la vie déjà on cherche des solutions, on cherche celle qui va être la bonne. C’est pareil dans le théâtre, on cherche des solutions. Chacune a donné son avis, chacune a des solutions dans la tête.

Pour l’exemple de l’expérience de Latifa, je suis comme Latifa, dans la même situation, je me tais. Une autre personne ne va pas réagir comme ça : une autre va partir, une autre va mal parler, d’autres vont réclamer à parler au responsable…Il y a plusieurs solutions. Le théâtre montre que chacun a son avis, sa solution, qui est différente des autres. Comme Latifa, lorsque l’administratrice de la sécu jette mes papiers de CMU, je préfère me taire plutôt que d’appeler le responsable, faire la bagarre. C’est une solution qui permet aussi de régler le problème. Le risque de s’énerver c’est de ne pas régler le problème. Le message, c’est qu’il y a d’autres manières de faire.

J’aimerai que beaucoup de femmes de terrain d’Entente puissent vivre cette expérience. Quand j’ai commencé, j’avais peur, après j’ai senti que j’étais en direct avec beaucoup de force. Pour moi, j’étais une actrice. le rêve de l’enfance: être une actrice à la télévision! J’ai vécu ça! J’avais jamais oser parler de mon problème devant tout le monde. Mais le moment était fort, c’était possible, là.

Josiane : Les sorties à la journée, les séjours familles :

Depuis plusieurs étés nous sommes accueillis en amis à la Ferme des Fromentaux. Ce lieu est habité par des travailleurs qui depuis toujours prennent soin du vivant, de la terre, des animaux, des hommes. Ils sont très sensibles à la question du droit aux vacances pour tous. Les enfants ont une place très privilégiée dans cet espace. Ils peuvent faire différents apprentissages en toute sérénité, les encouragements accueillent chaque fois leurs efforts pour s’exercer à la traite des chèvres, les accompagner dans les bois. Un adulte se rendra toujours disponible pour accompagner un groupe à la piscine, en rechercher un autre à la plage quand l’orage menace….

Amel : J’avais réservé la sortie au Lac des Sapins. Mais j’ai dû annuler suite au décès de ma tante. je suis restée plus de dix jours à la maison sans sortir. J’ai finalement croisé Bertrand et je lui ai demandé de faire une autre sortie, juste pour mes enfants qui étaient à nouveau confinés. J’ai pu participer à la sortie du lac de Devesset. Pour moi c’était juste pour prendre un peu l’air, mais c’était surtout pour mes enfants. Pour eux c’était génial. Dans le bus ils ont pu regarder la nature, c’était mieux que les écrans! Mes enfants ne sont pas sortis de l’eau! Ils ont joué toute la journée. Ma rencontre avec les femmes de Terrain d’Entente m’a aidée à sortir de ma tristesse, de sentir que la vie continue, a produit un changement. Je suis toujours en deuil, je pleure ma tante chaque jour. C’est la première fois que je vais au bord d’un lac. Merci de me faire découvrir de beaux endroits. L’après midi, j’ai fait du pédalo avec mes enfants. C’est aussi la première fois de ma vie! Mes enfants sautaient du pédalo, nageaient.

A la fin de la journée, on a été surpris par un orage. C’était rigolo de voir tout le monde qui tentait de se protéger avec une serviette éponge sur la tête. Une fois dans le bus, je n’avais plus d’inquiétude et j’ai pu rassurer tout le monde. On est rentrés chez nous, mes enfants avaient beaucoup pris le soleil. C’était magnifique. Une journée pour oublier ce qui était difficile, le deuil, le confinement.

La journée à la ferme, c’était le top ! Une nouvelle découverte. Marcher pieds nus ! Mes enfants ont tout raconté à leur père. J’ai vu la joie dans leurs yeux. Ils lui ont proposé de vivre cette expérience tous ensemble. Ce qui m’a marqué le plus c’est l’histoire des chiens de berger. J’ai jamais imaginé comment ça se passe entre le berger et son chien. Le jour même j’ai envoyé des photos de la nature sur face book. C’est comme des tableaux. C’était top du top. Je remercie Terrain d’Entente de vivre ces moments joyeux, heureux.

Avec le démarrage de la rentrée, on sent qu’on est prêt. La sortie permet de prendre beaucoup d’énergie dans la nature, sa force. Le chien qui court qui court après les moutons… c’est un animal mais il fait son métier. C’est ça la force, chacun a sa place. Le chemin pieds nus, on était au milieu des arbres, on a respiré l’oxygène pur. C’était difficile, mais cette difficulté nous a donné la chance de vider nos poumons. On avait peur, il fallait monter, descendre, c’était une vraie oxygénation du corps tout entier. La marche pieds nus c’est une thérapie pour tous les organes. Bien respirer l’air pur, l’oxygène des arbres, et on a la force de continuer pour la rentrée, on est prêt.

Je n’ose pas aller au lac, à la ferme, au théâtre sans Terrain d’Entente !

Karima J’ai vécu deux sorties au bord d’un lac et un séjour à Retournac. C’était magnifique. Pour la première sortie au lac des sapins, c’est moi qui avais inscrit les familles. J’étais inquiète d’avoir inscrit des personnes qu’on ne connaissait pas. C’était des familles qui ne pouvaient pas s’inscrire au Babet, pour elles, c’était trop cher. Je trouvais injuste qu’elles ne puissent pas profiter d’une belle journée parce qu’elles ne pouvaient pas payer. Eh puis, si on n’a jamais l’occasion de partager un moment on ne peut pas apprendre à se connaître. Parmi celles qui sont partis, une n’avait pas vu sa famille depuis 5 ans. Elle nous a remercié « Pour la première fois mes enfants se sont sentis pris en compte comme tout le monde ». Ce départ a été gratuit pour ceux qui ne pouvaient pas payer. Ces familles ont partagé tout ce qu’elles avaient apporté avec tous. Le moment du pic nique a été partagé avec tout le monde. Tout a été déposé sur la nappe, personne ne savait qui avait apporté telle ou telle chose. On ramène toujours plus. Nous sommes pour des rapports d’égalité, il n’y a pas quelqu’un de mieux que l’autre. Et comme ça, on peut dire « merci » à tout le monde. Ce partage-là, on ne le retrouve pas dans les palaces ! On pouvait dire aux enfants « tu n’as pas besoin de demander à ta mère, il n’y a autour de toi que des « tatas » qui sont prêtes à t’écouter » Pendant que certains s’occupaient d’organiser le pic nique, les autres étaient avec les enfants. On aurait dit un village. On se retrouve comme au bled ! Un moment de paradis ! Il y avait du bonheur, si bien qu’on a oublier ce qui se passait autour de nous. C’est comme ça que les enfants apprennent à partager.

La bonne organisation sur le déroulement de la journée rendait chaque moment confortable. Pas besoin de s’inquiéter de risquer d’être oublié, les activités étaient prévues pour tous. Avec Terrain d’Entente c’est plus léger. Je suis responsable de rien et ça me soulage ; Et je peux prendre du plaisir pour moi même.

Pendant les 3 mois de confinement, on était mort. Seul le cœur battait. Nous avons pu vivre des premières sorties après toutes ces choses. On a oublié le Covid pour la première fois. Malgré le temps frais pour la première sortie, c’est nous qui avons allumé le feu !

A Retournac, j’ai l’impression d’être partie chez mes parents ! J’ai pas senti que quelque chose me manquait. J’étais avec ma mère, mes sœurs, mes cousines. J’avais des appréhensions de partir avec des personnes que je ne connaissais pas. Je suis très sensible et j’avais peur de me sentir blessée et que ça se répercute sur mes enfants. J’ai peur des histoires. C’est pas facile de rentrer dans un groupe. On ne se sent pas accueilli dès le premier pas. Certaines s’étaient découragées de nous rejoindre. Mon mari m’a encouragé à partir pour le bien des enfants.

Pendant ce séjour, on a pu parler de nos difficultés, on a pu se confier sur nos problèmes familiaux comme à de sœurs. On a pu parler de tout, les 3 mois de confinement, on a pu se donner des conseils…. Au début B. était très fermée, elle a peur des gens, elle ne connaissait personne ; elle s’est détendue au fil des jours, elle a pris confiance en elle. Aujourd’hui sa mère qui est au bled ne s’inquiète plus pour elle. Tout ce que je dis, c’est pas seulement mes paroles, c’est le retour de toutes les familles. N. est sortie des histoires familiales tristes, des disputes. René Jo elle est toujours accueillante, elle ne change pas. Retournac, ça ressemble à la nature du Bled, on retrouve des souvenirs. Pas de stress

On n’a pas eu besoin de regarder l’heure, on se lève quand on veut. Avec l’équipe, c’était bien organisé. Un temps que pour moi. J’ai jamais entendu « maman ». J’ai pu être moi aussi un peu enfant, pour rigoler, pour penser seulement à moi. Même s’il restait seulement deux enfants qui ne partaient pas avec vous, l’une d’entre vous restait pour s’en occuper. On trouve un temps de relais pour nos enfants comme au bled avec nos parents. Même si je réserve dans un palace je trouve pas ça ! Une grande attention. Une organisation pour soulager les mères, c’est parfait. On est parti juste à côté, pas besoin de chercher le bonheur loin. Pas de tension, donc pas de fatigue.

Au retour j’en ai parlé pendant deux semaines. Il y a toujours quelque chose à raconter ; Plein de détails qui apportent du bien être. Etre assis à l’ombre d’un arbre pour partager le repas. Se retrouver au bord de la Loire, le chemin pour s’y rendre où on s’arrête à chaque instant pour prendre des photos. Danser ensemble en faisant le repas. Regarder les enfants jouer dans la piscine… On a partagé toutes nos photos. Nous les avons envoyées chaque jour à Tarentaize et les pères des enfants se réjouissaient ensemble, parce qu’ils ne peuvent pas offrir ce genre de sortie à leurs enfants. J’ai même donné envie à mon mari d’y aller. Nous n’avions à nous inquiéter de rien, même le wagon de train était réservé pour Terrain d’Entente. On n’a rien eu à payer ! La porte est ouverte à tout le monde. J’avais prévu des repas de fête, et toutes les femmes ont travaillé pour apporter des plats à partager pour toutes la durée du séjour. Je me suis excusée de les avoir trop fait travailler ! On n’est pas des professionnelles, on fait des apprentissages en participant à l’organisation. Je n’ai pas l’habitude de faire les courses !

A notre retour, on a donné envie à tout le monde de partir à Retournac ! Après le confinement de 3 mois, et l’impossibilité de partir retrouver nos familles, comment on allait être prêt à assumer une autre année qui allait démarrer ? Ces séjours nous ont permis de passer à autre chose sans avoir rien à payer. Nous avions besoin de tout lâcher. Trois jours que pour moi, c’est dur de tout traduire. Il y a eu tellement d’émotions, de pleures…

Aujourd’hui je me demande : c’est où chez moi ? C’est pas le bled où j’ai vécu pendant 20 ans, ce sont les gens avec lesquels je vis mon quotidien. Alors que ça fait seulement 4 ans que je vis à Tarentaize, je peux dire que c’est ici chez moi. Quand je pars d’ici, j’ai toujours un appel, j’ai besoin d’avoir des nouvelles du quartier. J’appelle pas aussi souvent ma tante qui habite à Lyon !

Josiane : Champoly baptisé  » la Maison du peuple »! Un lieu qui souhaite rassembler le plus largement possible les collectifs d’individus qui s’efforcent de créer entre tous des rapports d’égalité et de solidarité. Un magnifique espace de vie construit pour accueillir jusqu’à 50 personne. Le lieu central est construit dans un cercle qui rassemble, qui permet la circulation de la parole….

Marion :  Ce séjour a permis de faire partir à la campagne 5 familles dont les mamans étaient des sœurs ou belle-sœur. Ainsi tous les enfants étaient des cousins-cousines et cela m’a permis de découvrir à la fois les mères de ces enfants que je vois très régulièrement au terrain et de comprendre leurs histoires, leurs situations, leurs liens du sang si particuliers. Enchaînant galères sur galères : lieu pas suffisamment nettoyé, problème d’eau chaude, de bactérie dans le lac, de batterie à changer sur une voiture, la route et le stress que cela a engendré … Nous avons tout de même passé des moments incroyables, barbecue géant, baignades, repas, rires, histoires, nuits tous ensemble etc… Au final les enfants (les plus grands) seraient bien restés plus longtemps.

Sortie à vélo, de mai à Aout 2020 :  Bertrand : Ce projet est issu de la demande d’enfants, coordonnée par le soutien des associations de réparation participatif de vélo du territoire (vélo en quartier et Occivélo), et des aménagements de la ville, (avec la mise en place de 30 km de pistes cyclables sécurisées et une indemnisation de 50 € de l’état pour l’achat ou la réparation de vélo).

Notre opportunisme légendaire a ensuite fait le reste. Le vélo paraissait adapté aux gestes de protection en cette période de limitation drastique des activités accessibles à tous, pour raison sanitaire.

Dès les premières semaines de déconfinement, nous avons essayé d’équiper le plus d’enfants et d’adultes possible. Nous avons alors été confrontés à des problèmes récurrents de place de stockage dans les appartements, de durée de vie d’un vélo sur le quartier, puis de rupture de stock de ces 2 associations. Le processus de remboursement étant très efficace.

Cependant, nous avons réussi durant ces trois mois à distribuer près de 15 vélos en bon état de fonctionnement aux habitants du quartier. Nous avons d’ailleurs encore une liste similaire d’enfants souhaitant s’équiper et nous nous inquiétons désormais de nos capacités à accompagner à l’entretien de ces vélos.

Nous avons pu lancer des sorties à vélo au départ de la médiathèque de Tarentaize. À partir de fin Mai. Pour la première sortie, 6 enfants étaient présents et équipés : vélos, casques et autorisations nous permettant de s’assurer que les familles étaient bien informées et d’accord.

Nous sommes sortis du quartier par une rue à faible circulation avant d’accéder à « la voie verte ». La première partie était difficile avec beaucoup de montée, mais le respect des consignes et l’envie des enfants n’ont pas faibli face à l’effort et nous avons ensuite pu bénéficier d’un décor champêtre dépaysant, alors que nous étions à moins d’un kilomètre de Tarentaize.

Lors des quelques inévitables chutes, l’ensemble des participants ont fait preuve de solidarité et de bienveillance à l’égard des accidentés. La promenade dura près de 2 heures, à la suite de laquelle nous avons fait un petit bilan entre néo cyclistes : l’ensemble des enfants souhaitaient repartir et ce dès la semaine suivante !

La motivation s’est largement propagée à notre retour sur le terrain et nous étions bien plus nombreux pour la deuxième sortie. Pas de chance, cette journée correspondait à l’enlèvement surprise des barrières de sécurisation installées par la mairie trois semaines plus tôt… Ce qui a rendu notre parcours bien plus périlleux !

A chacune des sorties, nous étions toujours plus nombreux, jusqu’à 17 enfants âgés de 6 à 14 ans. Le bouche à oreille faisant son effet, certainement aussi l’abandon des activités extrascolaire en ce mois de juin si particulier.

Puis, un groupe de femmes s’est organisé autour de bénévoles et services civiques de l’association pour se retrouver chaque mardi AM au parc Jean Marc afin de s’initier au vélo ; plus d’une dizaine de femmes du quartier était présente sur certains de ces après-midis !

Cette « activité » s’est peu à peu organisée : les mardis, en fonction de la météo, à 14h au parc de Villars avec un groupe de femmes, puis à 19h devant la médiathèque, pour les enfants. Des pères nous ont rejoint pour accompagner ces sorties, ce qui nous a permis de nous retrouver à 7 adultes pour sécuriser les parcours.

La réussite de ces sorties nous a rendu plus ambitieux, depuis quelque temps nous évoquions l’envie de nous rendre à St Victor en vélo… Avec une bonne organisation de la présence de bénévoles en lien avec « vélo en quartier », pour assurer le retour des vélos, nous avons validé la date du jeudi 30 Juillet pour effectuer ce projet un peu fou.

15 enfants âgés de 7 à 13 ans ont participé à cette expédition, encadrés par 6 accompagnateurs et deux mères qui nous suivaient en voiture, de façon à faire face aux imprévus. Rendez-vous à 15h30, avec un long temps de briefing, vérification des vélos et d’hydratation des enfants et adultes…

Et c’est parti !

3h30 plus tard l’ensemble des enfants sont parvenu à destination et ont ainsi pu profiter d’une bonne heure de baignade largement méritée avant de rentrer à Tarentaize en voiture. Les vélos sont rentrés en camion par le biais de Vélo en quartier.

Il est évident que les souvenirs de ces journées sont encore très présents chez les 32 participants et l’attitude des enfants vis-à-vis des dangers de ce type d’activité n’a cessé d’évoluer durant l’été. L’envie de renouveler de manière régulière ces sorties est fortement manifestée, mais les réalités financières prendront une nouvelle fois le dessus et ne nous permettront peut-être pas de reconduire ces belles découvertes à l’avenir.

Un grand merci aux associations d’OCCIVELO et de Vélo en quartier qui ont rendu cela possible par leur investissement bien souvent au-delà de leur mandat de fonctionnement, juste parce qu’ils en éprouvent le sens.

Un grand merci également aux 7 bénévoles qui sont régulièrement venus nous accompagner et sans qui nous aurions dû largement diminuer le nombre d’enfants présents.

Les sorties jeunes : Ramzi : Tout a commencé pendant le confinement lorsque des jeunes m’ont fait part de leur envie de sortir de chez eux, de quitter le quartier pour un temps. Le mot d’ordre est « on galère »

Au fil de nos rencontres, des discussions émergeaient sur des projets autour des vacances. Cette construction de projets a commencé pendant la période du confinement : lors des trajets « courses alimentaires » avec les adolescents, pour les personnes vulnérables, ou via les réseaux sociaux. Sur toute cette période nous sommes restés actifs et à l’écoute des jeunes, filles comme garçons. Certains ados comme Salima me répétait « Heichek (stp) est ce qu’on peu faire une sortie avec les filles cet été. ». Ou Ichem qui me disait « kho ( frere) on fait le projet que tu veux tant que moi je suis avec mon équipe ». Puis Malek précisait « ouais les frères tant qu’il y’a un peu d’eau pour nager, on va n’importe ou ». C’est là que Younes leurs a répondu « Y a Saint Victor (lac)» Mais Fares lui rétorqua « Frère c’est interdit là-bas ».

Toutefois, malgré ces obstacles, , j’ai pu remarquer que ces jeunes n’étaient pas du tout résignés mais bien au contraire, ils avaient une force de proposition assez étonnante. Ces jeunes ne se contentaient pas de demander et d’attendre que cela arrive. A titre d’exemple via son smartphone, Banfa nous as montré qu’il y avait de super points d’eau comme la cascade à Saint pierre de bœuf. J’ai alors proposé au groupe l’activité Rafting mais Yakoub était perplexe : « c’est pas pour nous ça » mais Wissem a expliqué qu’il avait déjà essayer avec des potes (Français) et c’était top. Youcef, via l’application Waze a fait une simulation de trajet afin qu’on s’organise sur les horaires. . Enfin Adem a pris le soin de regarder la météo afin qu’on puisse avoir une date optimale. En parallèle avec l’association et les jeunes nous avons réfléchit à un mode de financement afin de rendre ces micro projets possibles. D’ailleurs concernant le financement le leitmotiv côté jeunes était toujours le suivant « s’il faut cotiser, on cotise y’a pas de soucis »

Ainsi à travers ces activités aquatiques comme le rafting nous avons permis à plus de 40 adolescents de vivre des expériences d’aventure au combien enrichissantes pour leur vie d’adulte. J’ai en effet pu observer des valeurs en parfaite adéquation avec celle de l’association comme, la solidarité, le travail d’équipe car oui si l’équipe n’est pas coordonnée le rafting se renverse, ou sans aide il est difficile de pouvoir remonter sur le pédalo ou le bateau !

Marion : J’ai pu participer à deux sorties avec les jeunes : rafting et piscine. Au rafting il n’y avait que des garçons, au début je me suis sentie toute petite, sans trop savoir dans quoi je m’étais embarqué. Puis, j’ai créé des liens et rien que dans la voiture lorsqu’un camion a osé me faire une queue de poisson j’ai senti toute la rage des ados « Qu’est-ce tu fais là, t’es crus chez ta mère ? » « Klaxonne Marion il n’a pas à te faire ça » « On lui fait tous des doigts quand elle double » ! Egalement dans la voiture la découverte des play-liste musicale qui défilaient à plein régime m’ont permis d’instaurer un dialogue, parfois moquée car je ne connaissais pas tel ou tel rappeur ! Au-delà de l’activité que nous avons tous aimés, les discussions du midi ont été bien plus importantes pour moi, parce que parler de la religion, des vies de chacun, des similitudes malgré nos grandes différences dans nos modes de vie est pour moi une façon de s’ouvrir au monde, autant moi comme adulte, qu’eux en tant qu’adolescents !

Ramzi : D’autres envies ont émergé durant l’été notamment pour un groupe de 8 jeunes âgés de de 15 à 19 ans qui nous expriment trop souvent leurs désirs de conduire. Là aussi et après discussion nous avons pu aboutir à un projet karting.

Le point important à mon sens est que ces jeunes comprennent qu’on ne peut pas conduire sur la route comme sur un circuit car cela engendre des risques qui sont malheureusement et trop souvent dramatiques.

D’ailleurs ce jour-là la piste était glissante et la plupart des jeunes ont pu expérimenter le fait de perdre le contrôle de leurs véhicules (karting) si on n’anticipe pas la vitesse. Quelques minutes auparavant deux jeunes, Mekine et Djalil me disaient « on est des pilotes, nous on ne glisse pas »

Dans ce cadre très sécurisé cela ne pose pas de problème mais après discussion avec eux cela a en effet poussé la réflexion sur ce qui se passe avec un vrai véhicule sur la route avec toutes les conséquences qui en découlent : humaines, matériels etc.

Ainsi et malgré le coût financier, à mon sens cette démarche fut constructive pour ces jeunes notamment sur le fait de faire attention aux autres (en cas d’accrochage les pilotes étaient pénalisés) L’enjeu était d’anticiper (pour ne pas glisser certes), mais surtout apprendre à anticiper en général pour ne pas subir leur avenir sur la route comme dans leurs vies professionnelles.

En plus de ces sorties à la journée, d’autres projets plus conséquents ont pu voir le jour durant cet été. En effet la demande la plus récurrente était « c’est quant je pars à Champoly avec mon équipe ? ». A partir de cette revendication, nous avons pu construire ensemble plusieurs séjours pour pratiquement 30 jeunes. Nous étions accueillit dans une grande maison de campagne appelée « maison du peuple » car elle favorise à la fois une certaine liberté avec énormément d’espace mais aussi plein de rencontres notamment autour du cercle de barbecue.

Encore une fois la construction de ces séjours n’allait pas de soi, et les jeunes étaient mobilisés pour concrétiser le projet. Par exemple dès la programmation Ilyesse a créé un groupe sur Snapchat qu’il a nommé « séjours Champoly ». De plus, il a pris le soin d’ajouter chaque personne pour que toutes les informations concernant les séjours soient partagées par l’ensemble du groupe. Kais me dit « pour les courses je suis op (opérationnel), avec ma mère je les fais tout le temps ». Ce même jeune nous as montré une application pour scanner chaque produit alimentaire et ainsi respecter le budget qu’on avait établit en équipe en amont.

Par la contribution de chacun à la construction du séjour, les jeunes devenaient de plus en plus autonomes. Cette construction de l’autonomie de chacun se faisait dans un premier temps collectivement. En effet une fois sur place chacun pouvait choisir la tâche qu’il souhaitait réaliser. Sofiane me disait « moi je suis trop fort au barbeuc donc je le fais ». Il a même accepté de prendre avec lui une personne un peu moins expérimentée afin que chacun puisse partager sa compétence. Cette démarche était appliquée sur l’ensemble de la vie de groupe que ce soit pour les tâches ménagères, les repas et la planification des activités de loisirs.

Enfin ces séjours étaient aussi l’occasion de rencontrer de nouvelles personnes en dehors du quartier notamment à la campagne. Au lac de Villerest st Slimane me disais « pourquoi ici les gens sont gentils ? ». D’où la grande richesse des ces sorties hors du quartier. Chose que l’association Terrain D’entente et ses partenaires ont permis malgré une situation de grande crise sanitaire.

Marion : Les terrains du mois d’Août ont été plus légers que d’habitude. Par les fortes chaleurs qui se sont succédé nous avons adaptés nos terrains en venant plus tardivement (16h-18h). Les enfants « habitués » ne venaient pas plus que ça, et préféraient rester entre amis, ou en famille. Cela à permis à d’autres enfants et adolescents ne venant pas souvent, se sentant parfois « exclus » « n’ayant pas le droit d’être là » de s’investir et de comprendre que pour nous, en tant que Terrain d’entente ils ont toute la place qu’ils veulent occuper. Ce qui a pu se confirmer auprès des uns et des autres lors du retour des « habitués » ! Nous avons également pu répondre à des attentes bien particulières. Par exemple Rania qui avait un besoin immense d’escalader, de grimper a pu expérimenter en sécurité, avec un baudrier de corde et deux adultes pour elle, ce qu’était l’escalade ! Apprendre le vocabulaire, comprendre la manière de trouver des prises etc. Un projet qui pourrait voir le jour dans le cours de l’année.

Les dernières semaines ont été plus « sombres », la « déprime » se faisait un peu ressentir ; et pour cause : fin de l’été, fin des vacances, retour de l’école, appréhension scolaire, partie de l’équipe qui ne reviendra pas aussi régulièrement à partir de septembre. Ce qui ne nous a pas empêchés de continuer de jouer, de rire et de discuter.

Vincent : Parmi toutes les activités, les sorties, les séjours et les terrains cet été, on a eu l’occasion de faire pas mal de barbecues. 

Un vendredi soir pour clôturer une belle semaine d’olympiades, avec un gros tournoi de foot arbitré par Ramzi, ou l’on a pu voir énormément de nouvelles têtes, qui m’étaient inconnues pour ma part, et beaucoup de familles, des habitués et quelques personnes sûrement attirées par cette ambiance très chaleureuse. Une très belle soirée ou l’on a pu voir de l’entraide, du partage et beaucoup de sourires. Deux ou trois adolescents nous ont rejoint à cette occasion, ils étaient demandeurs de ce genre de soirée. Quelque temps après, avec quelques uns d’entre eux, nous nous sommes reparti les tâches de préparations.  J’étais en accompagnement du groupe parti faire les courses et étonnamment surpris par l organisation, l’efficacité ainsi que le pragmatisme de ces jeunes. Encore une bonne soirée, certains jouent aux cartes, d’autre discutent, certains s’occupent de Rex le chien de Fares qui nous a accompagnés tout l’été. Les plus aguerris s’occupent du barbecue avec un professionnalisme incroyable.  On a pu aborder pleins de sujets dans une ambiance très apaisée, jouer à des jeux dont ils étaient les investigateurs et les animateurs.  Ces ados ont découvert et adopté le camembert cuit sur le feu, et les légumes aussi ! 

Une soirée que l’ont a pu revivre deux fois pendant les séjours à Champoly avec d’autres groupes. Toujours aussi agréables et efficaces dans la gestion et le partage des tâches. 

J’en déduis que le barbecue est la recette d’un été réussie, ou peut-être est ce l’inverse ?

Josiane : Cet été nous a permis d’apprécier une très notable évolution de nos relations inter personnelles. Tous les séjours ont été rendus possibles grâce à notre capacité de plus en plus développée à nous organiser, entre voisins et avec les membres de l’équipe, tant sur les questions logistiques que sur le contenu des journées. La responsabilité de la qualité des journées a été partagée entre tous. Chacun à sa mesure a su réaliser l’effort nécessaire pour prendre soin les uns des autres, pour comprendre les difficultés qui ont pu se manifester et chercher la possibilité de les traverser.

Si globalement nous récoltons surtout des retours positifs, nous avons évidemment vécu des déceptions. L’évolution des relations qui se construisent au sein de notre collectif, à l’occasion de ces sorties, nous permet de tirer ensemble des enseignements de toutes ces expériences partagées, de nous projeter dans l’avenir pour envisager une meilleure façon de réaliser nos projets. La question n’est pas de vivre des expériences pour qu’elles soient toujours gratifiantes, mais de permettre à chacun de trouver sa place et d’apporter une contribution.

Ces différents témoignages nous permettent d’affirmer que le temps des vacances est bien une opportunité d’émancipation individuelle et collective.

Publié par Terrain D'entente dans 2020, Activités en extérieur, Co-éducation et communauté éducative, Évènements, Témoignage, Théâtre, Vacances pour tous, 0 commentaire

Ce temps long du confinement : Le journal de Terrain d’Entente

« L’annonce du confinement a été un choc, on ne s’y attendait pas. On a traversé des catastrophes mais pas sur notre période actuelle ». (Fathia)

Le temps a été suspendu. Une expérience inédite s’est imposée à nous tous. Face à une menace mortelle, nous avons du renoncer à tout ce qui construit notre quotidien qui nous a alors échappé. Nous avons du arrêter des activités qui assurent le maintient de notre existence, lui donnent du sens. Si cette remise en question radicale a concerné toute l’humanité, elle n’a pas été vécue de la même façon en fonction de la situation sociale de chacun.

Terrain d’Entente s’est efforcé de rester intègre par rapport à ses principes. Aujourd’hui, il nous semble indispensable de donner la parole à ses différents acteurs pour évoquer cette période. Il s’agit des différents membres de l’équipe et d’habitantes du quartier de Tarentaize-Beaubrun.Nous espérons que ce partage nous donne la possibilité de tirer des enseignements de ce que nous avons subi pour envisager autrement notre avenir.

Fathia: Le décès de la maman de Nabila, c’était horrible. C’est ce qui m’a marqué le plus. Elle s’est retrouvée seule pour faire son deuil. C’était inhumain de là voir pleurer de son balcon et de ne pas pouvoir là tenir dans nos bras. Sinon je sens que ça a rapproché les familles. Ca a crée des liens plus forts entre les parents et les enfants. Tu te découvres. J’ai retrouvé également des souvenirs en triant mes affaires. J’avais le temps. J’ai senti un élan de solidarité. Pour une fois, on était tous dans la même situation, tous pareils. Avec l’humain qui avait vraiment sa place d’humain. Des relations où ce n’est pas l’hypocrisie qui domine. De ne pas pouvoir être en lien avec les personnes ça permet de comprendre à quel point on y tient. Les gens te manquent, tu mesures plus ce qui a de la valeur dans la vie. La famille, l’amitié. Des relations qui sont précieuses. J’ai senti beaucoup d’émotions autour de moi la première fois qu’on s’est retrouvées. On a été mis face à la réalité. La vie, et la mort…. On le sait mais ça a permis une plus grande prise de conscience. Dans le quartier, un petit collectif s’est organisé pour que personne ne soit oublié. Le mari de Nabila y a participé. Une somme d’argent a été récoltée entre les habitants, durant toute la période du confinement, pour proposer des colis alimentaires à ceux qui n’avaient plus rien. Cette solidarité s’est prolongée durant toute la période du ramadhan. Des familles préparaient chaque jour des repas que des bénévoles de la mosquée distribuaient. Le regard des gens a changé. On est tous pareils avec les masques. Le port du voile qui était choquant auparavant a trouvé sa place comme une mesure de protection nécessaire aujourd’hui. Ca fait du bien la fin de ce racisme! Ce que je retiens surtout du Covid c’est le développement des solidarités ».

Une annonce que nous n’avons pas su anticiper: le coronavirus s’est propagé partout dans le monde! De l’épidémie annoncée en Chine, nous découvrons que la pandémie va immobiliser toute l’activité humaine! La veille du discours présidentiel qui annonçait l’injonction à l’auto enfermement, nous étions sur le terrain avec les familles, c’était un Samedi. Nous avions prévu des petites mesures d’hygiène: de l’eau, du savon pour encourager les enfants à se laver les mains. Les verres et le goûter étaient restés au garage. Le lundi tout le monde devait rester confiné chez soi!

Zahia: « Je vais vous exposer mon ressenti sur la situation actuelle qui est inédite et déroutante à la fois. CONFINEMENT. Un mot que beaucoup de gens ne connaissaient pas , mais qui allait mettre tout le monde, oui le monde entier dans une situation de retrait social , physique et économique pour cause de crise sanitaire mondiale. Ce virus a fait des millions de morts dans le monde sans distinction de lieu,de race, de couleur, de richesse ou de pauvreté. Tous les continents ont été touché, toutes les populations ont vécu cette situation inédite et particulière. Confinement, un mot que je ne connaissais pas . On a tous été obligés de nous confiner, tout s’est arrêté! On aurait cru être dans un film américain d’apocalypse! On a pu remarquer que même les grandes puissances mondiales, les pays dotés des dernières et meilleures technologies n’ ont pas pu échapper à la contamination de ce nouveau virus . Un virus venu de Chine et qui a provoqué une pandémie mondiale, une contamination à laquelle personne ne s’attendait et n’était préparé. J’ai été choquée d’entendre tous les soirs vers 20h00 , le Professeur SALOMON qui venait nous annoncer , nous énumérer le nombre de morts par jour. L’ image de l’alignement des cercueils dans une longue fosse aux Etats -Unis à été impressionnante. Tout le monde : riche comme pauvre, adulte comme enfant, patron comme chômeur, toutes les nationalités , toutes les cultures et toutes les religions du monde ont été touchés. L’Humanité sans aucune distinction et cela doit nous amener à réfléchir sur notre façon de penser, sur notre rapport à l’ autre , sur nos dirigeants etsur notre avenir surtout. Rien n’ est acquis , l’ Homme restera toujours vulnérable sa connaissance, son intelligence, malgré le progrès . Il faut réfléchir sur le sens même de la vie et sur notre rapport aux autres. Une chose positive , c’ est que cette expérience nous a permis de réfléchir et de nous recentrer sur l’essentiel, et non sur des choses éphémères. BON COURAGE A TOUS ».

Devant la bonne volonté manifestée par le plus grand nombre, d’utiliser ce « temps libre » imposé pour apprécier les petits plaisirs de la vie familiale, nous avons vécu la première semaine comme une opportunité. Pour notre vie d’équipe, comme pour l’ensemble de notre collectif, nous avions enfin du temps! Ce temps qui nous manque toujours pour enrichir notre site de témoignages; pour finaliser des projets tous ensemble, en réfléchissant aux enjeux, en prenant en compte l’avis de chacun; pour s’astreindre à rédiger les bilans exigés par chaque financeur; pour organiser des vacances dignes de ce nom…. Nous avons mis en place des temps de réunion plus fréquents pour tenter de répondre à la complexité de ce nouveau contexte. Car pour construire des actions qui répondent aux besoins réels, et qui deviennent transformatrices, les temps consacrés à la discussion sont essentiels, déterminants. Nous avons besoin de la capacité de chacun à comprendre, analyser, proposer. Nous avons pris également le temps de téléphoner à chacun et à chacune. Nous avons partagé ainsi des moments d’intense intimité, à parler de nos conceptions de l’existence, de ce qui avait du prix à nos yeux, et de ce qui était ressenti comme une difficulté… Des échanges en vérité qui renforcent les relations. Très paradoxalement, malgré la conscience d’avoir à traverser un moment difficile, inédit et plein d’incertitudes, les premiers jours ont été vécus comme un souffle un peu nouveau. Nous avions le sentiment, en acceptant de bonne grâce cette lourde réduction de nos libertés, cette limitation volontaire de nos déplacements et de nos relations, de participer à cet effort collectif pour vaincre cette maladie inconnue. Nous trouvions notre place dans cette épreuve qui nous concernait tous. Nous étions comme tous les autres. La question des lieux de prières fermés à tous concernaient les citoyens de toutes les confessions. Il n’y avait plus ce discours sur les musulmans qui, par leur pratique, semblaient pour certains, contrevenir aux valeurs de la République. Nous devenions un peu égaux.

Bertrand: « Guerre », « confinement », « Gestes barrières » et « mesures de distanciation sociale »… Autant, à titre personnel, le confinement m’a permis de vivre un temps unique de repli familial tourné vers des choses plus essentielles, avec un rythme de vie beaucoup moins épuisant. Autant en ce qui concerne mon engagement à Terrain d’Entente, au fil des jours, je m’épuisais à ne rien faire et trouvais de plus en plus difficile le fait de ne plus faire vivre les projets de l’association, les actions qui faisaient mon engagement. Les termes utilisés par notre système gouvernant pour justifier la gestion de la crise, étaient aux antipodes de ce que peut / veut proposer l’association : • « Confinement » alors que nous faisons le choix d’être dehors de manière inconditionnelle. • « gestes barrières » et « Mesures de distanciation sociale » alors que l’association lutte depuis 9 ans pour casser ces barrières et processus de distanciation déjà existant et enclavant socialement les habitant-e-s des quartiers. • « Guerre » alors que nous appliquons des principes de non-violence et sommes convaincus que la guerre ou l’affrontement visant la destruction ne sont en rien précurseurs de paix ou retour au calme. Ceci, cumulé aux nouvelles lois en vigueur interdisant ou limitant drastiquement nos déplacements sur l’espace public, la mise en place de nos actions devenait impossible. Cependant, les difficultés sociales que vivent des personnes fréquentant l’association étaient toujours d’actualité et le manque de services proposés sur le quartier devenait inquiétant. Ainsi, les premières semaines, nous avons essayé de concevoir nos missions à distance par le biais d’appels et conférences téléphoniques. C’était loin d’être suffisant, on captait les difficultés rencontrées par chacun mais restions impuissants à pouvoir y apporter des réponses collectives. Seules les projections sur des périodes futures soulageaient mon implication au sein de l’association : organisation de l’été et de l’année prochaine. On pouvait alors imaginer des jours plus libres. Finalement, juillet et août seront bien plus compliqués à projeter puisque à priori les voyages à l’étranger seront annulés. Il faudra revoir nos prévisions de fréquentation à la hausse, sans être sûr d’avoir des moyens supplémentaires…

Claire: Les trois premières semaines du confinement, la commission vacances a continué de se réunir. Nous avons eu trois réunions téléphoniques, grâce à Ramzi qui organisait ce temps : Bertrand, Ramzi, Fatiha, Stéphanie et Claire. Nous avons bien travaillé durant ces réunions, prévisions des séjours, du nombre de personnes, établissement des budgets : locations, transports, loisirs, nourriture… bref, tout comme l’an dernier, sauf que nous n’étions pas dans la même pièce mais chacun chez soi !ça nous faisait du bien de se retrouver au téléphone, et aussi de mettre en forme des projets pour l’été 2020, même si nous n’étions pas du tout certains que tous seraient possible avec ce satané virus. Une grande occupation a été aussi de chercher des idées de sites où l’on trouvait des activités pour les enfants qui puissent être réalisées avec ce que l’on a à la maison, des sites d’activités sportives à la maison pour les adultes, les enfants.

Au cours de nos longs entretiens téléphoniques, nous avons entendu aussi d’autres témoignages. Plusieurs de ces pères et de ces mères allaient devoir poursuivre leur travail: vider nos poubelles, remplir les rayons des super marchés, assurer le ménage et la désinfection des locaux, se rendre auprès de nos aînés pour en prendre soin. Les « premiers de corvée » n’ont pas eu de répit, bien au contraire. Les annonces en boucle des morts qui augmentaient, des hôpitaux saturés, des malades qui ne pouvaient pas tous être accueillis en réanimation, ont eu raison de notre premier élan de bonne volonté.

Amel: « Les deux premiers jours de confinement ont été très difficiles. J’étais malade, j’avais besoin de me reposer. Les enfants n’avaient pas l’habitude de rester enfermés à la maison. Quand ils voulaient sortir je leur disais « si vous sortez, vous allez m’apporter la mort! ». J’ai eu mal de les retenir, surtout les adolescents pour lesquels c’était le plus difficile. Les deux plus grands avaient envie de faire des jeux sur la play en même temps, ils étaient beaucoup en conflit. Peu à peu, on a trouvé un mode d’organisation. Dans notre appartement, nous n’avons pas de balcon. Il y a une petite cour pour tous les habitants de l’immeuble, mais nos enfants n’y allaient pas. Ils ont passé un mois, sans voir le soleil! Puis leur père les a sortis un par un, pour qu’ils prennent un peu l’air. Le sport à la maison, c’était difficile, on avait peur de déranger les voisins. Durant deux mois, je n’ai pas vu mes voisins. J’ai fini par leur envoyer un mail pour prendre de leur nouvelle. Les réseaux sociaux m’ont aidée. Il y a plein de choses à partager. J’ai apprécié tous les liens que j’ai eu avec les autres grâce à face book, « whatsapp » , le partage de vidéo avec les femmes de terrain d’entente. On se passait le « bonjour » avec l’association « vélo en quartier ». J’ai beaucoup écouté les informations pour savoir ce qu’il se passait dans le monde. Entendre que peu à peu, il y avait moins de morts, ça m’a rassurée. Je ne me suis pas sentie en difficulté pour aider mes enfants dans leurs devoirs, mais il y en avait trop, avec des limites de temps imposées pour réaliser certains exercices. On me demandait de chronométrer ma fille qui est en CE1!. On n’arrivait pas à tenir les temps. J’étais inquiète. Ca remplissait toute la journée, j’étais pas préparé à faire tout ça. Et j’avais autre chose à faire: le ménage, la préparation des repas pour 6 personnes. Je me suis organisée. J’imprimais tout le travail scolaire le matin. Mais nous nous sommes retrouvés en panne de cartouche. Mon mari a parcouru toute la ville, dans plusieurs grandes surfaces, il est allé jusqu’à Andrézieux et finalement il a trouvé la dernière cartouche, mais elle était en couleur, ce qui nous a coûté plus de 40 euros!. Il l’a achetée, on n’avait pas le choix. Le matin je faisais le travail de la maison pour toute la famille, et l’après midi , le travail de l’école qui nous prenait 6 heures par jours. C’était très dur de devoir sortir avec un virus qui circule. Les rares fois que je suis sortie, c’était très calme. Il y avait très peu de personnes dehors. L’air était lourd. Je sentais que beaucoup de morts circulaient. J’arrivais pas à marcher. Je suis sortie avec un masque, des gants, j’avais peur de toucher quoi que ce soit. Je ne savais pas vraiment comment ce virus se transmettait. J’avais trop de questions sans réponse. J’avais peur d’ouvrir les fenêtres avec le virus qui circulait, c’était étouffant. Mon mari sortait une fois par jour. L’enfermement était très dur pour lui. Au début il s’est occupé de faire des réparations dans l’appartement. Il aime beaucoup bricoler, mais on n’a pas de place pour ça. Tous les examens que je devais passer pour mes problèmes de santé ont été annulés. J’ai été rappelée au bout de plusieurs semaines. Mais certains examens n’ont pas pu être encore réalisés, il faut attendre encore, après le déconfinement. Je n’ai toujours pas eu de rendez vous. Ce qui m’aurait aidé, c’est d’avoir une maison avec un jardin pour que les enfants puissent profiter de l’extérieur. Le confinement nous a donné le temps de réfléchir. A tout ce à quoi on tenait, de ce qu’on avait « avant ». Notre liberté de sortir. On n’en tenait pas compte avant: le plaisir de partager le trajet de l’école avec les enfants, de voir les gens….Tout ça nous a manqué. Le confinement m’a donné le temps de réfléchir sur ce qu’il y a de mieux à faire. Nos réunions au café des femmes, c’étaient des moments ensemble. Des moments de partage, d’échanges pour savoir ce qu’il se passe. Il faut changer notre vie après le confinement. Je voudrais faire beaucoup de sport pour prendre soin de ma santé. Je voudrais avoir la liberté de sortir pour faire des choses pour moi même et pour les autres. Pour aider. Donner de mon mieux. Laisser de bonnes traces. Est-ce que j’ai fait du mal? Est-ce que j’ai demandé pardon? Est-ce que j’ai fait du bien? Quel est le sens de ma vie? On réfléchit pour mieux donner. Le virus est venu comme ça, il attrape des innocents qui n’ont rien fait. On réfléchit chaque jour à la mort, on se dit qu’on va mourir dans son lit. Mais mourir comme ça c’est trop difficile. Chaque jour je priais pour ne pas mourir dans le corona. J’ai vu comment ils traitaient les morts avec du désinfectant. Ils les mettaient ensuite dans un sac en plastique. Pas de famille pour entourer le défunt. Pas d’amis. C’était l’armée qui s’occupait d’emporter les corps et qui circulait la nuit. Personne ne savait qui était dans les camions. Si c’était mon père, je ne sais pas dans quel camion il est! C’est comme s’ils jetaient les morts. Les morts, ils ne méritent pas ça! Dans ma religion, il faut les traiter au mieux, les honorer. Aujourd’hui, c’est le déconfinement et je ne me sens pas libre. L’état nous dit « vous allez sortir 3 semaines en test » Qu’est ce que ça veut dire « en test »? C’est pas normal de faire prendre des risques aux gens! Le virus il est toujours là! C’est pas logique de « tester » les gens! Allez, sortez! Tout le monde va dehors! Et le virus, il est où? Est ce qu’il y a des médicaments? Est ce que c’est sûr que toute la France est désinfectée? Tester les gens? Ils attrapent le virus et ils meurent. Certains n’ont plus de symptômes. Qui peut savoir que telle personne est porteuse du virus? On ne doit plus s’embrasser, plus se serrer la main. On sait que les chinois ne se serrent pas la main. Mais le virus il vient de là! Au début, ils disaient que les enfants sont porteurs du virus. C’est pour ça qu’ils ont arrêté l’école. Mais aujourd’hui ils ouvrent les écoles. Moi, je suis une personne malade. C’est sur qu’ils vont se toucher les enfants! Un porteur de virus touche une table, et c’est bon! Le virus vit 3 heures sur un meuble. Le masque est une protection. Le lendemain ils disent que non! C’est juste les personnes malades qui doivent se protéger d’un masque. Je ne comprends pas: le masque, c’est une protection pour moi ou pour les autres? Est ce que le masque suffit? Ils disent: « il faut porter des gants ». Quand je suis allée à l’hôpital pour faire soigner mon fils qui s’était blessé, les soignants m’ont interpellée en m’expliquant que les gants c’étaient des conducteurs du virus! Il fallait prendre du gel. mais il y avait des ruptures de stock! J’ai donc touché des portes, sans pouvoir me nettoyer avec du gel, et je suis rentrée chez moi le virus à la main! J’ai finalement pu acheter du gel en pharmacie qui coûtait 4 fois plus cher! Les gens de la STAS, les soignants, ils ont une protection transparente sur le visage. Pourquoi eux et pas nous? Pourquoi l’Etat n’a rien fait? Les masques qui sont distribués dans la rue ne sont pas protégés d’une enveloppe en plastique, et les gens mettent ces masques exposés à l’air libre, directement, sur leur visage! Est ce que c’est vraiment une protection? J’ai peur.

Nous avons été également témoin d’un drame. Une grand mère que nous connaissions tous et qui nous a quittés, suite à un arrêt cardiaque. Les règles du confinement ont interdit toute manifestation d’empathie pour sa famille, aucune visite, aucune présence n’ont été possible. Un enterrement provisoire a été assuré, sans savoir à quel moment cette dame pourra retrouver sa place parmi les siens en Algérie. Un deuil qui n’a pas pu se faire. L’une de ses filles en a subit un très lourd préjudice. Le souffle s’est transformé en sentiment d’oppression, la peur s’est installée dans de nombreux foyers. Sortir de chez soi devenait un vrai supplice. Alors nous avons continué à faire ce qui nous mobilise depuis toujours: rester « présent », accorder beaucoup d’attention à ce qui se manifeste, pour tenter d’y apporter des réponses.

Aïda : Durant cette période de confinement j’ai été en contact avec les pré-ados via les réseaux sociaux, nous avons créer un groupe afin de pouvoir partager des informations aux jeunes ou bien parler tous ensemble des difficultés qu’ils pouvaient rencontrer pendant le confinement. Il y a eu pour eux deux gros problèmes : le premier est le fait de ne pas pouvoir sortir. Eux qui étaient très souvent dehors ont mal vécu le fait d’être « enfermé » (Cilia : « chui comme une folle chez moi en plus il fait beau sa mère dehors »). Le deuxième problème: l’école à la maison, suivre les cours à distance, les multiples devoirs donnés par les professeurs à rendre rapidement même pendant les vacances! et les difficultés qu’ils ont rencontrées pour les faire (Asma : « J’en ai marre, je te jure je suis fatiguée, j’ai fait beaucoup de travail en plus taleur j’ai eu cours, en plus j’ai fait des exercices, j’ai trop fait pour aujourd’hui! ») (Mehdi : « c’est trop les devoirs même pendant les vacances ils nous en donnent plein ») . Grâce à ce contact que nous avons gardé via les réseaux, certains jeunes ont demandé de l’aide pour pouvoir faire leurs devoirs que nous avons tenté à distance, nous avons pu tous ensemble faire des jeux pour se divertir et pendant un moment oublier la situation dans laquelle nous étions.

Marion : Au fur et à mesure que les semaines passaient je tenais à proposer aux familles des activités pour les jeunes enfants. Ayant une connaissance plus particulière des tout-petits je me suis lancée dans une chasse aux activités. J’ai alors recueilli un grand nombre d’activités, que je mettais « en forme » pour qu’elles soient simples à réaliser. L’équipe transmettait ensuite ces activités aux familles. J’ai eu quelques retours « Il en faudrait pour les plus grands » «C’est génial je peux faire des activités avec mon enfant je n’en fais jamais, il est petit ». Ces remarques intelligentes m’ont poussé à élargir mon éventail de propositions ! Plus tard, avec les écoles qui donnaient toujours plus de devoirs, les activités que j’envoyais n’avaient plus trop de sens, à part surcharger les familles encore plus dans leur culpabilité de ne pas trouver le temps pour faire des activités. Du coup mes recherches ont été réalisées pour pouvoir porter des activités simples pendant les « terrains » !

Fyala: « Le 16 mars la France est confinée, les enfants doivent rester à la maison mais restent en contact avec l’école grâce à Internet pour suivre le contenu des leçons et devoirs. Chaque jour, les devoirs tombent comme de la grêle! Chaque enseignant exige des élèves ( mes enfants : PS-CM1-6eme- seconde, terminale) un travail fait et rendu pour chaque matière. Les deux grands travaillent seuls dans leur chambre. Ce n’est qu’après quelques jours que je me rends compte que je ne vois presque plus ma fille, qui est en terminale, sortir de sa chambre. Je lui pose la question, elle me répond quelle est débordée, le travail demandé est plus lourd que d’habitude, et qu’elle doit toujours être à jour dans son travail et présente quand il y a classe virtuelle. Pour les deux plus jeunes je m’ appuye sur mon mari . Il est chargé de télécharger leur travail scolaire. L’imprimante n’arrête pas: elle imprime les leçons et les exercices chaque jour et pour tous les enfants! Au bout de quelques jours l’imprimante n’a plus d’encre. Nous ne trouvons plus de cartouche sur le marché, il faudra attendre une semaine pour en trouver à nouveau. A la maison les enfants se bagarrent entre eux pour avoir le PC ou l’ordinateur pour le travail de l’école mais aussi pour tuer le temps en regardant des séries , des films ou jouer. L’ordinateur ne supporte pas, il surchauffe et s’arrête. Les jours passent, ils se ressemblent , enfermés entre quatre murs les enfants se lèvent tard ils dorment jusqu’à midi mangent et font leurs travail en traînant les pied , le soir tombé je remarque qu’ils ne dorment plus au heures habituelles. Ils veillent jusqu’à l’aube. Je n’arrive pas à coucher la plus petite avant minuit. Le matin je trouve la cuisine en désordre se sont les enfants qui se mettent à cuisiner à trois heures du matin quand ils ont un petit creux ou pour se faire plaisir . De mon côté j’essaye du mieux que je peux de suivre la scolarité de mes enfants qui sont en CM1 et 6eme. Je trouve que c’est dur, ça me stresse et me fatigue. La maîtresse de mon fils a mis peu à peu en place une classe virtuelle une fois par semaine. Je compte sur ma fille pour mettre le code de la réunion sur l’ordinateur tandis que moi je me transforme en policier pour faire régner l’ordre lors de la conversation : interdit de déranger, de parler et surtout ne pas se bagarrer! C’était vraiment un moment de tension chez nous pendant une heure . Pour le travail de ma fille qui est en petite section de maternelle, j’ai baissé les bras. Bien sûr je travaillais avec elle mais à ma façon. Son maître m’a téléphoné pour m’encourager à suivre le travail numérique. Alors j’ai fais de mon mieux je l’ai inscrit a « educartable » et depuis nous travaillons ensemble. Aujourd’hui le confinement est terminé les enfants vont reprendre le chemin de l’école. J’espère que tout ira pour le mieux pour eux, pour moi et pour le monde entier. AMEN. »

Ramzi : Il était évident que le télétravail pour lutter contre l’exclusion et la misère des uns et des autres allait être un coup « d’épée dans l’eau ». C’est pourquoi en discutant en équipe et avec les familles, nous avons pu identifier diverses besoins pour lesquels les jeunes pouvaient contribuer en donnant un coup de main en ces temps difficiles. Ainsi après sondage auprès des jeunes via les réseaux sociaux, je leur ai proposé d’aider des personnes vulnérables et plus particulièrement sur la tache des courses alimentaires pour éviter aux plus fragiles de se mettre en danger. De manière très spontanée la stricte majorité m’ont répondu : «Ramzi on est chaud ( partant) ». Adem ajouta « mais on va pas faire ça gratuit ». D’autres étaient un peu plus direct Mehdi :« je gagne quoi moi je suis pas un pigeon» Certains étaient sur d’autres réflexion du type « c’est sûr ces gens font zerhma (exprès) d’être dans la merde, ils ont pas besoin nous ». Ou plus simplement Fares « je veux bien aider si tu me fais un tour de vago (voiture )». Après discussion j’ai donc invité les uns et les autres à tenter l’expérience dans la mesure où ils avaient plus de temps que d’habitude en cette absence d’Ecole. Face à cette sollicitation la stricte unanimité des jeunes que j’avais contactés étaient près à être solidaires. Dès lors il nous fallait juste trouver les modalités d’organisation collective afin de créer une sorte de communauté d’entraide. Le leitmotiv était « frère y a rien à faire faut bien servir à quelque chose ». Malek D’autant plus que dès la première semaine et l’entrée en vigueur rapide de l’interdiction de tout déplacement non justifié, plusieurs jeunes du quartier avaient déjà subit des amendes de 135€ pour non respect du confinement car ils étaient dehors seulement au quartier. A ce moment-là avec les jeunes, nous étions d’abord beaucoup en contact via les réseaux sociaux. Je leur envoyais régulièrement des petites vidéos de sport à faire chez soi, des clips de musique véhiculant des messages éducatifs ou simplement marrants. Certains se plaignaient en effet des amendes. Malek me dit « les keufs s’ils auraient notre âge c’est sûr ils auraient pris des amendes comme nous » Adem lui répondait : « frère de toute façon on les paiera jamais ». Un autre jeune a profité du confinement pour construire avec des potes un projet musique. Il s’est donc mis à faire lui-même du rap. Younes m’envoyait ces petit extraits en me disant « regarde ma musique est mieux que tout le monde mais je suis pas connu». Une phrase de résilience! Cela me faisait penser à cette urgence de valoriser ces jeunes et en même temps de les encourager à persévérer dans leurs efforts. Nous avons donc demandé à ces jeunes de nous aider à aider les autres afin qu’on puisse nous mêmes les aider en retour durant les vacances d’été. Bon nombre d’entre eux ne vont en effet pas pouvoir sortir du quartier. Cette entre aide a donc commencé dès la deuxième semaine du confinement et perdure encore à l’heure actuelle. Concrètement et dans le respect des normes sanitaires ( masque, gel hydro alcoolique, distanciation sociale, attestation de déplacement), deux fois par semaine, je prenais avec moi un à deux jeunes pour faire les courses à des personnes très vulnérables que nous avions identifiées en amont ( assez âgées ou malades voir sans moyen de locomotions) sur le quartier de Tarentaize. Avec les familles je préparais une liste de course et je la partageais entre jeunes qui étaient en autonomie, même s’ils pouvaient compter sur moi en cas de difficulté. Grâce à ces petites expériences j’ai pu voir à quels points ces jeunes étaient compétents et qu’ils pouvaient réellement aider. Youcef savait où était placés la plus part des produits en grande surface, chose que seul j’aurais mit 4 fois plus de temps à trouver. Il me disait même : « t’inquiète quand il faut être op je suis op ( opérationnels) ». Ichem qui était réticent au départ à l’idée d’aider « gratuitement » m’a fait cette remarque dès sa première intervention « Ramzi c’est pas normal dans cette vie on laisse des grands mères porter des bouteilles de gaz toutes seules ». Dans ce cadre au service de l’intérêt général, les familles étaient ravies de laisser sortir leurs adolescents qui en avaient cruellement besoin. C’est ainsi à travers ces petites solidarités que plusieurs adolescents ont pu trouver une place certes ponctuelle, mais qui avait du sens pour eux. En retour les personnes vulnérables ont pu ouvrir leurs portes à ces jeunes avec une confiance qui augmentait au fil du temps. J’ai encore cette image de cette dame qui donne de l’argent liquide à un jeune qu’elle ne connaît pas. Cela est à mon sens porteur pour l’avenir.

Notre volonté tout au long de ces semaines, a été « d’ouvrir des fenêtres », tenter de sortir du malaise de plus en plus envahissant. Les « vacances de printemps » approchaient, on venait d’apprendre que le confinement se prolongeait jusqu’au 11 Mai! Une perspective très inquiétante pour les enfants, beaucoup ne sortaient plus de leur appartement. Comment allaient-ils supporter cet enfermement dans la durée? Nous avons alors décidé de proposer des distributions de jeux, livres, coloriages pour apporter un peu de nouveau dans ce quotidien où les repères dans le temps devenaient plus diffus. Notre premier rendez vous au coeur du quartier a nécessité une semaine d’organisation! Dans cette fameuse »Attestation de Déplacement Dérogatoire », personne n’avait envisagé que les enfants pourraient avoir d’autres besoins que de manger, dormir et faire leurs devoirs. Nos échanges téléphoniques avec des agents de la Mairie, du Commissariat, et de la Préfecture, ont permis de faire reconnaître cette initiative comme nécessaire.

Bertrand: Las de ne pouvoir rien faire, nous avons adapté notre position à cette période, en passant du « faire avec » au « faire pour ». En effet, après avoir identifié des besoins prioritaires, nous avons imaginé quelques actions qui pourraient y répondre et nous permettre d’être présents sur le quartier : • accompagner certaines personnes dans l’incapacité d’effectuer leurs achats de premières nécessité • organiser des temps de distribution et d’échange quasi hebdomadaire de jeux de société, livres, puzzles, coloriages, attestation de sortie et matériel scolaire,… • transmis 22 ordinateurs sur le quartier à des familles dont les enfants n’arrivaient plus à suivre le travail demandé par leurs établissements scolaires. Je fus agréablement surpris par l’implication de nombreuses personnes et organisations qui ont accompagné de manière sincère et désintéressée nos différentes actions : • les brigades de solidarité de Saint-Etienne pour les récoltes de dons et la mise à disposition de militants qui nous accompagnaient à préparer et mener les distributions; • la fondation Abbé Pierre pour les fonds exceptionnels attribués à l’achat d’ordinateurs, de jeux de société et aide vitale; •une partie du personnel de la médiathèque pour avoir transmis des livres de très bonne qualité, en quantité; •la présidente de l’amicale Laïque de Beaubrun qui a effectué près de 3 000 copies; •ENVIE pour leur réactivité sur cette période de vie pourtant au ralenti, qui nous ont mis à disposition les ordinateurs.

Claire: La recherche de masques a mis à contribution des gens qui ne se connaissaient pas, certains ne connaissaient pas Terrain d’Entente et cela nous a donné l’occasion de nous présenter ! La solidarité a joué à fond, ceux qui ne pouvaient pas en faire car n’avaient plus de tissu, ou d’élastiques, nous donnaient un autre contact. Avant le 11 mai, nous avions 170 masques, donnés par : Philippe Léonard (110) le collectif Masquesaintetienne (50), et des couturières voisines qui ont trouvé tout naturel de donner de leur temps et de leur talent pour en confectionner aussi : UN GRAND MERCI à tous !!

Marion : La distribution commence avant tout par une réflexion, une installation, une organisation. J’ai pu aider à installer plus précisément trier encore et encore, les jeux, les livres dans une cohérence d’équipe jamais au complet pendant ces temps-là. Pour la dernière distribution toute l’équipe était présente et nous avons pu apporter du sourire sur des visages, des rires d’enfants, des discussions, des retrouvailles ! Je suis contente d’avoir participé à ce renouveau du quartier Tarentaise ! Malgré le fait que mon visage ne soit pas très connu, les gens me parlaient, me demandaient des conseils, me souriaient ! Je voyais comme une libération dans les visages, une libération de pouvoir sortir chercher des jeux, croiser les voisins !

Martin: Je n’ai participé qu’à la dernière distribution donc je ne peux pas m’exprimer sur celles d’avant. J’ai quand même ressenti une grande joie qui cachait une grande peur, il y avait la joie de se retrouver, de revoir ses amies, de pouvoir échanger des nouvelles mais il n’y avait qu’un seul sujet de discussion “Le confinement” et toutes les douleurs qui en ont découlé. Certaines des familles ont été “démolies” mais ces distributions ont peut être été le début d’une longue rémission qui soignera les cicatrices de cette crise.

Sur les trois temps de distributions réalisés, nous avons senti une belle évolution. Les rares enfants qui nous ont rejoins la première fois sont arrivés avec des manteaux d’hiver! Ils n’avaient pas remarqué qu’on avait changé de saison! Ils ne manifestaient que peu d’enthousiasme face à nos propositions. Cet appétit de vivre, tous ces élans qui les caractérisent s’étaient peut être un peu émoussés? Par contre les pères étaient beaucoup plus présents que durant nos rendez vous habituels. Ils sortaient pour laisser leur famille à l’abri! La deuxième semaine, nous avons retrouvé des mères, et des enfants plus demandeurs! Plusieurs avaient rapporté des jeux à échanger avec d’autres. Ils savaient que ce partage permettrait de vivre des journées plus lumineuses. Des dons ont ainsi circulé entre nous. Notre dernière rencontre nous situait déjà dans « l’après confinement ». Nous étions tous plus détendus. Plusieurs familles se sont un peu attardées pour discuter entre elles, et pour rire aussi!. Certaines ne s’étaient jamais croisées dans le quartier depuis toutes ces semaines.

Bertrand: Bien que ces actions aient été très bien vécues par tout le monde, j’étais mal à l’aise dans ce rapport de faire pour et ce manque de concertation avec la communauté que forme habituellement l’association. J’ai hâte de retrouver nos relations antérieures et ces rapports collectifs et démocratiques entrepris depuis toutes ces années.

Ramzi : Concernant les ordinateurs cela s’est fait à travers les nombreux appels téléphoniques. Mon coup fil se résumait à un simple « comment ça va en ce moment? ». Le plus frappant chez ces familles c’est qu’elles ne demandaient rien à personne et, malgré leurs précarités, elles étaient toujours prêtes à donner un coup de main. Zahia une maman de 5 enfants aidait une femme âgée et très malade depuis plus de 2 ans. Je lui ai donc proposé de l’épauler en ajoutant : « prends soin de toi » et là elle ma répondu « oui mais dieu compte le khir ( bien ) qu’on fait au autres pas à nous mêmes ». Pour d’autres comme Karima qui m’expliquait « smehli ( désolée) j’étais pas joignable car mes enfants font leurs devoir sur mon téléphone ». Safia:« ma formation pôle emploi d’habitude je la fais sur l’ordinateur là-bas maintenant je peux pas parce que ça marche pas sur le téléphone ». Ou encore Yakoub un lycéen en filière scientifique qui me dit « c’est chaud de faire mes devoirs vu que tout le monde chez moi utilise l’ordi ». Cela était valable pour l’ensemble des familles nombreuses qu’on connaissait. Collectivement, nous avons pu trouver des solutions. Yakoub me demanda s’il était possible d’imprimer des feuilles pour pouvoir réaliser son travail. Et des partenaires sur le quartier nous ont permis cela. Yakoub a pu récupérer l’ensemble de ses impressions et celles de ses potes. « Ahchum (c’est rien), c’est normal » Dans cette dynamique solidaire un autre jeune qui m’avait accompagné pour les courses a appris que la fondation Abbé Pierre allait nous permettre de financer des ordinateurs. « non, saha ( merci) Ramzi, propose aux autres, ils ont plus besoin pour moi c’est fini pour moi l’école de toute façon. ». Face à cette difficulté qu’a présenté le confinement pour l’ensemble de la population, ces quelques jeunes ont pu faire preuve de résilience au service de tous.

Bertrand: Durant mes interventions sur le quartier, j’ai perçu une évolution des visages d’enfants qui sur la fin du premier mois m’apparaissaient vidés et inertes, alors qu’au fil du deuxième mois et surtout après le début du ramadan ceux-ci me semblaient reprendre vie. Cela correspondait avec une pratique du confinement moins tendue, perceptible par le nombre de personnes dans l’espace public de plus en plus conséquent. Ce qui rassure sur les aptitudes à sortir d’une telle expérience, mais nourrit mon inquiétude profonde concernant les impacts de ces méthodes inadaptées à nos besoins sociaux pour celles et ceux qui ne sortent pas encore ou très peu. Quels seront demain les réactions des enfants d’aujourd’hui suite à cette expérience ? N’est-ce pas plus dangereux que les risques de contracter le COVID-19 ? De plus, le dé confinement est loin d’être ce que j’imaginais et notre retour « à la normale » est loin d’être clair pour notre association. L’évidence est que Terrain d’Entente doit continuer d’être présent malgré les mesures sanitaires, mais comment allons-nous pouvoir effectuer des gestes de protection? Comment être « collectivement responsable » à 1 mètre de distance ? Avec un masque et à moins de dix regroupés au même endroit ? Nous devons revoir notre organisation afin d’adapter nos problématiques sociales à la protection sanitaire des personnes les plus vulnérables. Et pour le coup, il ne faudra pas faire pour, mais bien refaire avec.

Les prix des produits de première nécessité ont doublé tout au long de cette période. Les familles ont du s’affronter à une nouvelle difficulté. Le manque d’argent pour subvenir aux besoins élémentaires. Dans ce territoire, comme dans bien d’autres, le quotidien est devenu difficilement supportable. Les discours des représentants de l’état se sont contredits à plusieurs reprises. Toutes les contraintes subies ont mis à mal l’équilibre de vie familial. Un sacrifice qui a coûté trop cher. Les discours présidentiels et de ses représentants ont perdu toute crédibilité. Dans ce contexte d’urgence sanitaire, il nous faut réinventer d’autres façon de faire et de se retrouver collectivement. Nous souhaitons maintenir ce qui fait sens pour nous dans l’acte d’éduquer: la co construction collective de notre environnement, de la vie du groupe. Et créer ensemble un espace sécurisant où les interactions sont possibles, où il est possible de vivre du collectif. Tout ceci ne peut se réaliser que dans la relation, le dialogue, et les ajustements permanents. Nous devons être des personnes ressources et organiser un espace où les enfants puissent s’échapper, rire, et être en sécurité. Nous ne voulons pas oublier les besoins et les droits des enfants. Le droit de jouer, de parler entre eux, d’exprimer leurs émotions, de manipuler des objets. Leur bien être psychique est aujourd’hui, notre principale préoccupation. Notre responsabilité d’adultes est de rendre la situation la moins anxiogène possible. Les protocoles sanitaires sont drastiques, ils nous semblent incompatibles avec le bien- être des enfants. Il nous faut prendre ce risque d’être présents avec eux, sur le terrain. Etre vigilants avec eux. Nous nous devons d’accompagner la dynamique de groupe dans le sens de la protection de tous. Nous souhaitons donc donner aux enfants les moyens d’apprendre des réflexes de protection et de bienveillance sanitaire vis à vis de soi même et des autres, qu’ils puissent s’approprier en dehors de notre présence. Plutôt que d’imposer des « gestes barrières », nous souhaitons leur transmettre des attitudes de précautions respectueuses des personnes les plus vulnérables. Les enfants doivent comprendre leur responsabilité dans la possibilité de transmission du virus. Plutôt que d’inspirer de la peur et de la culpabilité, nous souhaitons nous engager ensemble dans l’apprentissage de « prendre soin les uns des autres ». Les enfants doivent pouvoir reprendre prise sur un réel qu’on ne leur a pas suffisamment expliqué, et mettre des mots sur cette période de confinement qu’ils ont subi. On ne sait pas à ce jour ce qu’ils ont compris du virus et de cette obligation au confinement prolongé. Il est indispensable de parler, d’écouter et de partager notre position: notre prise en compte de leur besoin de jouer avec les autres, d’être dehors, notre envie de construire avec eux des temps de rencontre et s’interroger sur ce qu’il est possible de faire et de ne pas faire. Sur l’espace Jean Ferrat, qui est un espace public, ouvert à tous, nous avons organisé un conseil des enfants pour se poser ensemble certaines questions déterminantes: Comment on peut se dire bonjour? Rechercher des activités où on ne se touche pas. Comment s’organiser pour éviter de se retrouver à plus de 8, 10, sur le même périmètre? Comment éviter que tout le quartier soit malade? Nous en avons également discuté avec l’ensemble des familles. Ce temps a été également l’occasion de partager nos analyses avec ceux avec lesquels nous avions engagés des chantiers et d’envisager « l’après ».

La communauté éducative:

Des militants de la pédagogie Freinet, des acteurs de l’éducation populaire, ont organisé différents échanges sous forme de conférence téléphonique. Nous avons pu mettre en évidence que le projet affiché de la « continuité pédagogique » dans cette période de confinement mettait en difficulté trop de familles et d’enseignants. L’école s’est retrouvée isolée, à devoir construire quelque chose d’impossible. Alors que la « continuité éducative » aurait permis d’engager de nombreuses institutions. L’absence de coordination entre les différents secteurs de l’éducation, leur cloisonnement ont paralysé les initiatives. Les tentatives pour briser cet isolement sont restées marginales, alors qu’il était indispensable d’inventer des modes de « présence » auprès de ceux pour lesquels la situation est devenue rapidement anxiogène. Les injonctions institutionnelles ont concerné seulement l’école, laissant une fois de plus à penser qu’on n’apprend que dans ce lieu… Certaines mères de familles consacraient plus de 6 heures par jour aux devoirs. D’autres ne pouvaient matériellement pas faire travailler les enfants. Les enseignants avaient le sentiment de faire intrusion dans les familles et d’imposer une manière de faire, irrespectueuse du cadre de vie familial. Les incompréhensions se sont multipliées. La connaissance et le lien avec les familles par les différents acteurs de chaque territoire, aurait pu donner des indicateurs pour apporter un soutien adapté à tous ceux que cet enfermement dans le temps long oppressait.

Nos différentes places – enseignants ICEM, professionnels de collectivité, et militants de la pédagogie sociale- nous ont permis de comprendre certains besoins. Des actions de solidarité se sont organisées sur le terrain, en réponse aux problèmes matériels. Mais elles sont restées très marginales au sein d’une école, d’une association.

Tous ces constats confirment le caractère indispensable de la mise en place de centres de communauté éducative pour assurer la continuité éducative, notamment en direction des familles les plus impactées par la précarité. Nous engager pour faire alliance et trouver nos complémentarités dans une même conception de l’apprentissage. Tous les espaces de vie de l’enfant peuvent contribuer à construire des espaces d’apprentissage, de coopération, de mutualisation et d’entraide. Des espaces qui dynamisent chacun, enrichissent le collectif et construisent des savoirs susceptibles de nous permettre à tous de percevoir, qu’en dépit de nos différences, nous sommes tous appelés à participer à la construction du commun. Il nous faut donner à tous un environnement culturel de qualité, des situations plus riches et stimulantes. Nous souhaitons prévoir pour la rentrée de septembre l’ouverture d’un chantier pour construire les modalités d’un travail collectif avec les différents acteurs du champs éducatif.

Projet d’une alimentation de qualité accessible à tous.

Une rencontre entre des membres de la Fourmilière et des adhérentes de Terrain d’Entente avait mis en évidence une préoccupation et une volonté partagées pour favoriser une alimentation de qualité pour tous, qui contribue à la préservation de l’environnement. Malgré tout, depuis l’ouverture de ce magasin coopératif, et différentes tentatives pour organiser la découverte de cet espace, aucune habitante n’est devenue coopératrice. La situation très précaire de ces familles est l’explication essentielle de leur absence de participation concrète. La dynamique que Terrain d’Entente a initié depuis 9 ans permet d’affirmer qu’il est indispensable d’aller à la rencontre des gens, d’être présents sur les territoires pour rendre possible des actions transformatrices. La précarité est un vécu si contraignant que la tendance pour toute personne qui là subit est de renoncer à des besoins fondamentaux comme l’alimentation de qualité, l’accès à la santé, à la culture… Le projet VRAC (Vers un Réseau d’Achat en Commun) est présent dans différentes régions du territoire, il favorise le développement de groupements d’achats de produits de qualité dans les quartiers prioritaires de la Politique de la Ville. Il permet l’implication des adhérent.e.s dans le fonctionnement. L’objectif est de créer des rencontres qui produisent du plaisir partagé et non de l’anxiété autour des questions d’alimentation, de santé et d’environnement. Plusieurs acteurs impliqués dans d’autres collectifs sont partie prenante pour rendre possible ce projet qui pourrait se développer dans différents quartiers de la ville. Cette démarche ne deviendra réellement soutenable que si nous posons d’emblée la question financière pour les ménages et la rétribution juste des agriculteurs. L’alimentation de qualité, la préservation de l’environnement, la reconnaissance des travailleurs de la terre, la relocalisation de la production alimentaire, doivent être considérées comme une question de santé publique.

Ce temps long du confinement a contribué à aggraver beaucoup de situations familiales, pour toutes celles qui subissent depuis des décennies toutes les violences sociales. Cette période a mis en évidence l’inégalité d’accès face aux apprentissages de manière si catastrophique que certains pédagogues ont lancé des cris d’alarme en évoquant des situation d’enfants « morts scolairement »! La satisfaction des besoins alimentaires du quotidien est devenue une question centrale dans trop de foyers.

Terrain d’Entente s’indigne de ce maintien d’une vie à minima, pour tous les « bénéficiaires des minima sociaux » et poursuit son engagement auprès des familles, avec différents collectifs, pour refuser que ces inégalités continuent de se renforcer. Un engagement parmi beaucoup d’autres pour contribuer à construire notre avenir commun sur une planète habitable pour tous.

Josiane GUNTHER Le 10 Juin 2020

Publié par Terrain D'entente dans 2020, Co-éducation et communauté éducative, confinement 2020, Évènements, Fonctionnement de TERRAIN D'ENTENTE, Rencontres, Témoignage, Texte de reflexion, 0 commentaire

Projet co éducation avec le centre social Cré Actif et les groupes scolaires du Chambon Feugerolles (dernier trimestre 2019)


De plus en plus, l’école cherche à construire des liens avec les familles. Il est unanimement constaté qu’ils favorisent la cohérence éducative, le bien-être et la réussite de l’enfant. Cette question est plus prégnante encore pour les familles populaires qui sont plus souvent éloignées de la culture scolaire et des exigences de l’école.

Un des enjeux majeurs de la  réussite à l’école est d’aider l’enfant à vivre la complémentarité entre sa culture familiale et la culture scolaire. Il doit être accompagné pour dépasser le « conflit de loyauté » entre deux référents forts – ses parents et ses enseignants- afin de s’investir sereinement dans les apprentissages.

L’école ne peut assumer son rôle que si elle considère l’enfant dans toutes ses dimensions. Hors, nous vivons dans une société cloisonnée. Beaucoup d’enseignants ne connaissent pas le tissu social dans lequel vivent leurs élèves.

 Pour aider l’enfant à trouver du sens et de la cohérence dans les apprentissages organisés de manière différente à l’école, en famille, dans le milieu associatif, il est nécessaire de tenter de construire une communauté éducative, où les différents acteurs du champ éducatif apporteraient leur contribution. Avec la volonté de créer des espaces de rencontres adaptés au cadre de l’école pour travailler sur les questions de co éducation, de la place des parents, et du rôle qu’ils peuvent jouer dans les apprentissages.

Les écoles du Chambon Feugerolles ont investi depuis quelques années cette question de la nécessité d’engager des moyens concrets pour construire une meilleure communication avec les familles. Plusieurs actions ont été initiées, notamment:

 –    un travail avec le centre social Créactif qui a organisé au sein des écoles des rencontres à thème en direction des parents. 

Et pour certains groupes scolaires:

 –   « Troc talent » mis en place dans le cadre du dispositif  « source de l’innovation », 

 –    Un espace de dons, à partir de la thématique du recyclage des déchets, 

 –    Différents évènements qui ont ponctué l’année scolaire et sollicité la présence des parents

Terrain d’Entente a été sollicité pour poursuivre ce travail avec les écoles, les familles, les structures responsables du champ éducatif sur la commune.

Cette association d’éducation populaire propose depuis 2011, des ateliers de rue, aux pieds des immeubles, dans le quartier de Tarentaize à St Etienne. Nous partons du postulat que nous sommes collectivement responsables de l’éducation des enfants et nous nous efforçons de construire une communauté éducative avec tous les acteurs du champ éducatif, les parents, où chacun se sent impliqué à égalité. Depuis 4 ans Terrain d’Entente est investi dans un travail de recherche sur les questions de co éducation avec plusieurs écoles de St Etienne, des parents, des associations.

Suite à différents échanges avec des directeurs d’écoles, l’association Créactif, nous avons pu identifier des besoins pour assurer les meilleurs conditions d’une bonne communication entre tous les acteurs. Il semble important de faire un travail de repérage et de dépassement des représentations, de construire les conditions de la mise à plat de ce que chaque pôle concerné estime apporter et pense que les autres apportent, dans un climat de reconnaissance et de respect des préoccupations des uns et des autres . Les techniques de croisement des savoirs permettent de prendre en compte les approches et les compétences de chacun et de communiquer de manière plus efficace. 

Nous avons établi différents temps de rencontre tout au long du premier trimestre de cette nouvelle année scolaire. Ils permettront des échanges entre paires (enseignants, parents, acteurs du périscolaires) pour favoriser, dans un second temps, des rencontres avec toute la communauté éducative.

Pour ce qui concerne les enseignants deux rencontres sont prévues: 

 Mercredi 25 Septembre et 16 Octobre de 8h30 à 11h30 à l’école Victor Hugo

Mercredi 25 Septembre:  

              Proposition d’une réflexion sur le sens de la coéducation à partir de différents travaux:

 – Frédéric Jésu, auteur du livre « Co éduquer: pour un développement social durable« 

Cet ouvrage est issu de l’expérience d’un pédopsychiatre de service public impliqué dans le champ des politiques sociales, familiales et éducatives. Il est destiné à étayer et à guider les initiatives des décideurs, politiques et administratifs, et des acteurs, professionnels et associatifs, impliqués de près ou de loin dans l’éducation des enfants et des jeunes. II s’adresse en particulier à ceux qui ont acquis la conviction que l’éducation ne peut et ne doit plus rester cantonnée dans des approches sectorielles et cloisonnées.

 – Catherine Hurtig Delattre, auteure du livre: « la coéducation à l’école, c’est possible » Réduire les tensions éducatives et relationnelles à l’école, au bénéfice de tous et notamment des enfants, de leurs apprentissages et de leur bien-être, est l’un des principaux objectifs visés par Catherine au fil de son ouvrage, qui s’avère constituer le premier véritable guide pratique de la coéducation à l’usage des enseignants et des parents.

 Jean-Paul Delahaye, Inspecteur général de l’Éducation nationale, auteur du rapport: « Grande pauvreté et réussite scolaire : le choix de la solidarité pour la réussite de tous »

L’école face aux situations de grande pauvreté des élèves ; quatre leviers pour une politique globale au service d’un objectif unique : la réussite des élèves.

Temps d’échange en plusieurs groupes, pour évoquer différentes questions

Un projet de l’école fidèle aux valeurs de l’école publique?

De quoi on a besoin au quotidien pour que ce projet aboutisse?

Les difficultés, avec les familles (les représentations), les élèves, l’institution

Ce qui aide à les dépasser (les dispositifs, les initiatives, leur impact, …)

Les craintes concernant la place des parents dans l’école, la place des autres acteurs, partenaires

Ce qui manque, ce qu’on peut envisager à court, moyen et long terme

Mercredi 16 Octobre:

 A partir de différentes projections ou témoignages, qui évoquent des initiatives concrètes au sein de l’école pour les analyser et envisager des perspectives pour l’année en court et pour le plus long terme

Témoignages sur ce qui est en court au Chambon depuis ces dernières années

Catherine Hurtig Delattre propose différentes séquences qu’elle met en place tout au long de l’année dans sa classe, notamment une intitulée « les enfants soleil » qu’on peut découvrir à partir d’une vidéo

Rencontre avec tous les membres de  la communauté éducative

Samedi 9 Novembre de 9h à 12h 

Restitution des échanges

Les difficultés, les perspectives

Travail en présence de Catherine Hurtig Delattre

Publié par Terrain D'entente dans Co-éducation et communauté éducative, 0 commentaire

Rencontre co éducation avec les écoles Mercredi 25 Septembre

          

Pourquoi aujourd’hui, on parle autant de co éducation? De l’ouverture de l’école aux familles? Pourquoi on estime que, pour être dans de bonnes conditions d’apprentissage, l’enfant a besoin qu’il se construise autour de lui une communauté éducative, avec la participation de ses parents? Alors qu’historiquement l’école a été conçue pour sortir l’enfant du cadre familial, et lui assurer le droit à l’apprentissage, au savoir, dans une visée émancipatrice, en opposition à l’influence de la famille.

De considérables problèmes d’éducation se manifestent aujourd’hui. Les bases culturelles et politiques sont ébranlées, et sont traversées par une crise des modèles éducatifs qu’ils soient familiaux sociaux ou scolaires.

Une crise aggravée par le recul des solidarités familiales et de proximité

Une crise aggravée par la baisse des moyens dont disposent les acteurs de l’éducation

La logique libérale modifie le projet éducatif républicain. Elle introduit des savoirs scolaires pour adapter l’ensemble des formations aux intérêts du marché. Elle instaure la compétition entre les enfants, les institutions, les éducateurs.

Face à l’idéologie libérale individualiste nous avons des principes:

La Convention des droits de l’enfant:  reconnaît à tout enfant des droits politiques:  avoir une opinion sur toutes les questions qui le concernent, disposer des moyens de se là forger, de l’exprimer et de là voir prise en considération.

Nous manquons d’expérience et de référence pour reconnaître aux enfants des droits politiques et pour les aider à se les approprier

Des tensions se manifestent autour d’objectifs en apparence contradictoires: protéger et autonomiser, autoriser et interdire, émanciper et intégrer.

La responsabilité en matière d’éducation revient à la famille et l’école. S’il existe des divergences importantes, les enfants risquent de le vivre comme source de douloureux conflits de loyauté et motifs de confusion quant à la hiérarchie des valeurs à respecter et des comportements à adopter

Il est nécessaire de reconnaître les parents dans leurs rôles de coordinateurs, sur la durée de toutes les interventions éducatives. D’autres acteurs sont à prendre en considération: qui conditionnent tant la socialisation que l’égalisation des chances.

La loi d’orientation sur l’éducation insiste sur la question de  la communauté éducative 

La loi de Refondation de l’école insiste sur le caractère inclusif de l’école, il est essentiel de se préoccuper de la réussite de tous. L’école est un service public  pour tous les publics. Elle a le devoir de connaissance et de meilleure prise en compte de la précarité de vie des familles. 

La pauvreté est l’un des plus grands empêchements à apprendre et à réussir à l’école, qui n’arrive pas à atténuer les inégalités dues à l’origine social et culturelle, elle a même tendance a les amplifierChaque année, depuis 15 ans, plus de 100 000 jeunes sortent du système scolaire sans aucun diplôme. Ceux qui échouent à l’école sont les exclus de demain. Notre pacte républicain est en danger si on ne réduit pas les écarts: lorsqu’on a on moins de droits que les autres, comment peut on accepter d’avoir les mêmes devoirs? 

L’école ne fait plus référence pour des enfants qui vivent ce qui s’y passe comme sans rapport avec leur réalité, leur culture, leur famille, leur condition de vie, leur avenir.

Dès la maternelle ce projet les situe en difficulté, ils ne parlent pas bien, ils ne savent pas écouter et respecter les consignes…Ce projet les sélectionne sur des compétences abstraites et organise un enseignement qui valorise l’écrit et le fait de pouvoir se projeter dans l’école et la société telles qu’elles sont. Il y a un problème d’identification.

L’élève se retrouve  dans une posture de conflit de loyauté qui bloque les apprentissages, et une double solitude. A l’école il ne peut pas parler de son environnement social, en famille il ne peut pas partager ses expériences scolaires. Les parents ne peuvent pas s’intéresser à ce qui se vit à l’école parce qu’ils n’ont aucune connaissance de cette réalité. 

Dans la relation parents/enseignants les représentations envahissent et déterminent les relations. Elle relève du non dit ou de l’impossibilité à dire.

Comment des parents saisis à partir de leurs seules défaillances et des professionnels hissés au statut d’experts pourraient- ils coopérer?

Un des enjeux majeurs de la réussite à l’école, est d’aider l’enfant à vivre la différence entre sa culture familiale et la culture scolaire sur le mode de la complémentarité. Les enseignants ne peuvent pas faire la classe sans se soucier de la façon dont les élèves vivent la relation entre la culture qu’ils dispensent à l’école et celle de leur milieu familial. L’école doit tenir compte de l’environnement social  

Hors, nous vivons dans une société cloisonnée. Beaucoup d’enseignants ne connaissent le tissu social dans lequel vivent leurs élèves.  

Les leviers pour que le poids de l’origine sociale pèse le moins:

Réduire la méconnaissance mutuelle 

Travail d’explicitation du cadre scolaire

Construire  des alliances éducatives avec les parents, les collectivités locales, les associations. Ouvrir l’école aux partenaires qui ont une connaissance du territoire. 

Croisements des avoirs pour faire face à ce défi de dialogue : prise en compte des approches et des compétences de chacun; apprendre à communiquer lorsqu’on est d’horizon très différents, réfléchir ensemble aux objectifs de l’école

Travail de repérage et de dépassement des représentations construire les conditions de la mise à plat de ce que chaque pôle concerné estime apporter et pense que les autres apportent.     

Des principes:

 –    L’épanouissement familial et sociale des enfants, leur réussite scolaire forme un tout. 

 –    Les raisons pour lesquels les parents désertent les lieux de rencontre. Sont-ils ajustés aux attentes et aux contraintes? Quel objectif on poursuit lorsqu’on cherche à impliquer les parents 

–     Dans un contexte de reconnaissance les parents sauront s’investir dans des projets où leur compétence pourront être mise au service d’autres enfants.    

 –   La coéducation est toujours en tension, faire le deuil d’une pseudo entente cordiale. 

 –  Enseigner est un métier de rencontre. Rencontrer ce n’est pas s’enfermer dans des certitudes, c’est se laisser interroger, devenir inter dépendant.    

–   Il n’est pas demandé à l’enseignant d’amener les parents à adhérer à tel modèle éducatif.  –   –   Construire une relation de coéducation demande à l’enseignant de se défaire de ses certitudes sur la bonne manière d’éduquer un enfant

 –   La relation est asymétrique: le professionnel n’est pas dans une situation de vie personnelle. Le dialogue avec les familles est un acte professionnel obligatoire 

 –   La notion d’accueil des parents est première Mettre en place des cadres permet de faciliter cette mission, de dégager des temps de disponibilité prioritaire. 

La question de l’éducation est devenue très complexe. Les enseignants ne peuvent pas agir seuls pour construire un cadre adapté aux réalités actuelles et aux enjeux: Créer une organisation pédagogique pour un système éducatif pour tous qui ne soit pas centré sur le tri et la sélection des meilleurs. Permettre à tous les enfants et les jeunes de devenir citoyens dans une démocratie, pleinement insérés dans la société.

Les enfants sont d’autant moins délaissés que leurs parents sont moins isolés et qu’ils ont la possibilité de participer à la création de liens utiles et valorisants. 

Echange en groupes autour de différentes questions: 

 –   Pour qu’un projet d’école soit fidèle aux valeurs de l’école publique? De quoi a-t-on besoin au quotidien pour que ce projet aboutisse? 

 –   Les raisons pour lesquelles les parents désertent les lieux de rencontre? Quel objectif on poursuit lorsqu’on cherche à impliquer les parents d’élèves? 

 –   Pour assurer les bonnes conditions d’apprentissage:

 le rôle des enseignants,  le rôle des parents, le rôle du périscolaire

 –   Les difficultés avec les familles, ce qui aide à les dépasser

Pourquoi les parents désertent les lieux de rencontre? Différentes hypothèses:

 –  L’ Institution est jugeante. 

 –  Difficulté de reconnaissance des différents milieux  culturels, et de respect mutuel

Problème avec certains positionnements de parents en réaction avec les signes religieux, leur manifestation dans l’enceinte scolaire, également la revendication autour de la religion Ne pas être mélangé (homme/femme) Différences de culture (en conflit) mentalité par rapport aux valeurs de l’école.

 –  Problème de légitimité de l’école en regard de certaines valeurs, des familles par rapport à leur capacité éducative Remise en cause de l’éducation des parents par l’école, ce n’est pas une aide, ne pas les faire culpabiliser

 –  Prise en compte  des familles avec leurs enfants en bas âge au cours des rencontres proposées à l’école

 –  Un investissement différent des parents, plus d’individualisme

 –   Passif du parent avec l’école. Mauvais vécu de l’école. Peur de se mettre en difficulté (langue, code…)

 –  Accessibilité du discours (langue, contenu)

 –  Manque d’envie, fatigue, horaires, problème de voisinage, peur du jugement

 –  Postula: lieu insécurisant pour certains parents 

 –  Héritage d’une époque où ils n’étaient pas les bienvenus, avec des enseignants réticent à la présence d’autres adultes dans l’Ecole ou la classe : aide éducateur, AVS, maitre +, co-enseignant ?, parents

Les positionnements évoluent … , mais d’avoir sciemment tenu les partenaires à l’écart du fonctionnement de nos établissements complique les rapports avec les familles.

 –  le discours enseignants, qui estiment pour certains que ça ne sert à rien ; d’où l’intérêt de ce type de formation qui permet de montrer à l’ensemble de la communauté enseignante que tous les sites scolaires s’interrogent, s’essayent et que cette problématique n’est pas uniquement à traiter au niveau de la direction

Impliquer les parents pourquoi?

Mieux se connaitre

Aider les enfants à comprendre les codes de l’école

Importance que les enfants se sentent soutenus par leurs parents et que leurs parents soient reconnus à l’école

Donner du sens aux apprentissages Intérêt, sens de l’école, du collectif (trop ou pas assez confiance?)

La qualité d’investissement des parents peut induire l’augmentation ou la diminution des actions, projet d’école

Objectif du partenariat: Réussite de l’enfant, Créer un lien de confiance, lisibilité de l’école

la responsabilité de l’enseignant: meilleure connaissance des milieux sociaux, expliciter l’école

Conflit de loyauté réduit, plus facile pour l’enfant de rentrer dans les apprentissages

Responsabilité de l’école: faire des liens et donner du sens aux apprentissages

Les difficultés avec les familles, ce qui aide à les dépasser

Conflit: métier qui est  choisi/avenir déjà construit, prédéterminé 

Entrée par le jeu assister aux débats philo avec les élèves

L’écoute, l’entretien individuel

Les rassurer à s’investir avec leurs enfants à la maison (faire le lien avec l’école)

Revoir les représentations: homme/femme. Non élitisme

Penser dans la globalité (pas familles riches ou pauvres)

Expliciter les codes, les attentes de l’école.

Restitution: Partage à partir de la question: Où sont les parents?

Au conseil d’école, une instance obligatoire, avec du jargon,

Les équipes éducatives qui sont difficiles à vivre pour les parents.

Les accompagnements scolaires,

Association de parents: la place des enseignants, quelles attentes? (pour le financement de la kermesse?)

Où on aimerait qu’ils soient? 

En classe, pour participer en tant qu’intervenant  pour des jeux, les arts plastiques (quid de la loi: faut-il un agrément?)

                 pour observer comment on apprend pour qu’ils puissent s’en ressaisir avec les enfants

Dans l’école pour améliorer les relations,  mieux se connaitre entre familles

Ecole comme lieu associatif, lieu de vie, avec d’autres partenaires, qui pourrait favoriser  du « troc des savoirs faire »

Est ce que c’est bien une envie des parents d’avoir plus de place dans l’école. Nous avons besoin de nous mettre d’accord pour définir la co éducation,  pour décider  des objectifs du partenariat

Pour nous l’objectif reste la réussite des enfants, la volonté de créer un climat de confiance (mais on attend que les parents soient OK sur notre démarche pédagogique et  qu’ils détiennent les codes) L’enseignant est perçu comme celui qui sait comment faire 

Les parents ont-ils envie de rentrer dans l’école? On ne sait pas….

S’ils sont absents, ce n’est pas de la démission, mais surtout un problème de confiance

Volonté de faire venir à l’école, créer une relation, mais comment aider à dépasser  la peur de l’école?. 

Redéfinir mon rôle, qui est d’enseigner, alors qu’il faut que je fasse autre chose et on ne m’a pas appris à le faire

Etre professionnel/les affects: des situations familiales qui me touchent. il est nécessaire de redéfinir les termes pour savoir adapter notre posture au mieux

Les problèmes des clichés par rapport à la laïcité

Je ne suis jamais sortie de l’école, des représentations, je ne connais pas suffisamment d’autre milieux culturels. Un autre parcours professionnel avant de se retrouver enseignant apporte autre chose et enrichit la vie de l’équipe

Paradoxe, injonction à s’investir dans la co éducation/ les freins de l’institution

L’image de la femme: les petites filles qu’on n’encourage pas dans la poursuite des études/ les populations de confession musulmane insistent sur l’importance de l’instruction des filles. Il nous faut être vigilants par rapports aux stéréotypes qui sont véhiculés Risque de généralisation à partir d’un cas particulier

L’institution scolaire peut être malveillante envers certains enfants

Formation des enseignants, que manque-t-il pour avoir des éléments de réponses?: 

Question des rôles de chacun qu’il nous faut interroger. Question du vécu personnel des parents. Qu’attendent les parents de l’école? Rôle des uns et des autres

Comment on apprend dans l’école pour répondre aux questions des parents?

RDV manqués, pas les mêmes préoccupations? D’autres raisons?

Intervention de parents à l’école: comment? Quel cadre?

Importance des échanges de pratiques et d’en faire une analyse.

Des propositions

Ex de réunion de rentrée: 8 créneaux où les parents s’inscrivent (temps pris sur les APC) Ils viennent par petits groupes d’affinité qui les rassurent, certains traduisent à d’autres

Position d’équipe dédramatiser les propos autour de la religion

Accueil des familles, pot de rentrée, café des classes….

Réunion de parents: Forma de la réunion (collective, petits groupes, inscription préalable?)

Eviter les réunions collectives avec les familles les plus éloignées, différer: prendre RDV individuel. 

Publié par Terrain D'entente dans Co-éducation et communauté éducative, 0 commentaire

Rencontre parents d’élèves des cinq groupes scolaires du Chambon-Feugerolles


Rappel des objectifs : 

Les écoles du Chambon souhaitent construire une relation de confiance avec les familles.

La présence des  parents jouent un rôle essentiel dans la lutte contre l’échec scolaire. Elle favorise le bien être et la réussite de l’enfant. Un des enjeux majeurs de la réussite à l’école, est d’aider l’enfant à vivre la différence entre sa culture familiale et la culture scolaire sur le mode de la complémentarité. Les enseignants ne peuvent pas faire la classe sans se soucier de la façon dont les élèves vivent la relation entre la culture qu’ils dispensent à l’école et celle de leur milieu familial. 

Les enseignants ont besoin de savoir comment les familles vivent l’école. Leur parole est indispensable pour pouvoir s’adapter au mieux aux besoins et chercher de bons moyens pour communiquer.

Plusieurs mères de familles ont pu s’exprimer dans chaque groupe scolaire, où un espace était dédié pour ces rencontres. Nous avons pu aborder différentes questions concernant la relation de l’école avec les familles.

Ce qui donne un sentiment de confiance:connaître le déroulement d’une journée à l’école

La confiance est possible à condition d’avoir des infos précises sur le contenu des journées, leur organisation.  Les conditions d’apprentissages à l’école sont une inquiétude permanente

« Je me dis que la scolarité de mes enfants se déroule bien tant que la maîtresse ne se manifeste pas. Si j’ai des doutes, je demande un rendez vous« . 

–  La réunion de rentrée est importante, elle permet de  connaître le programme, les sorties, ce que font les enfants en classe. « On parle de votre enfant, on se sent tout de suite concerné« .  

 –  Réunions prévues à la fin de chaque trimestre de façon individuelle. 3 plages horaires sont proposées 

 –  Le carnet de liaison permet de signaler les problèmes et de solliciter un temps de rencontre quand c’est nécessaire, les parents doivent le signer donc le consulter régulièrement

 –  Les journées « porte ouverte » de la première semaine, où deux ou trois parents sont présents dans la classe pendant une heure. C’est une bonne manière de bien comprendre une journée à l’école, les conditions d’apprentissage des enfants. Il est possible de rester en classe le premier jour pour les élèves en CP.

 –   Réunions personnalisées proposées à deux ou trois familles en fonction de leur disponibilité.  –   Possibilité de parler à l’enseignant chaque matin entre 8h20 et 8h30 et à chaque heure de sortie. « On n’est pas obligé d’attendre le jour du RDV« . 

 –  A la maternelle, les relations quotidiennes des parents avec les enseignants facilitent la cohérence éducative. La présence d’enseignants depuis plusieurs années dans l’école aide à la construction de relations de confiance.

Mais ces bonnes expériences sont dépendantes et tributaires de la bonne volonté de l’enseignant. Certains sont patients et s’adaptent aux possibilités de l’enfant, d’autres ont tendance à imposer un rythme et une manière de considérer les choses.

Plusieurs parents évoquent une appréhension chaque rentrée scolaire sur la personnalité, le caractère de la maîtresse qu’on va devoir subir, avec laquelle on va devoir s’adapter, se résigner. « On n’a pas la choix, on est obligé de faire avec. Il faut tenir le coup toute l’année. C’est à nous de céder. Se soumettre« 

Les parents ne se sentent pas légitimes pour donner leur avis « L’école est un lieu de savoir et c’est l’enseignant qui sait ».

Il arrive que des difficultés se manifestent entre différents adultes dans le cadre de l’école: l’enseignant et l’AVS. Pour être dans de bonnes conditions d’apprentissage, l’enfant ne doit pas subir les tensions d’adultes en conflit. Le rôle de chacun doit être clairement définit.  

Un autre problème pour la question des AVS: leur contrat est en CDD, il peut se terminer en cours d’année. Ce sont les parents qui doivent faire la demande auprès de la MDPH, l’école remplit le GEVASCO, les parents sont présents à cette réunion avec les enseignants (ESS) pour constituer le dossier. Il y a souvent 8 mois d’attente avant qu’une intervention se réalise.

Qu’est ce qui nous fait dire que c’est un-e bon-ne maître-sse?

 –   Il/elle est à l’écoute, les enfants se sentent en confiance. Il/elle sait prendre en compte la famille. Comment elle arrive à traverser les problèmes Il s’intéresse à la façon dont on vit le quotidien. Il/elle manifeste qu’il s’en préoccupe. 

Pour traverser ces difficultés, on a besoin de se sentir soutenu, de rencontrer d’autres parents qui traversent la même situation.

 –   Il/elle sait s’organiser pour faire évoluer chaque enfant à son rythme: ex du décloisonnement en CP avec 3 maîtresses qui encadrent 3 groupes d’enfants qui circulent dans 3 ateliers, en fonction de leur niveau. 

 –   Il/elle est soucieux de transmettre des valeurs, les limites. Parfois il y a un décalage entre la façon de procéder à l’école et en famille. A l’exemple des points verts, jaunes et rouges qui sont distribués pendant la semaine. Pour décrisper la situation, c’est nécessaire de savoir accepter les règles de la maîtresse. Un rendez vous est peut être utile pour bien comprendre le mode de fonctionnement. 

Pour que les enfants soient dans de bonnes conditions d’apprentissage: le rôle des parents:

Ils doivent être à jour tout au long de la semaine. « Si je suis perdue, mon enfant sera perdu« . 

Difficile de s’impliquer, comme parent d’élève, les temps de réunion sont difficiles pour beaucoup.

Leur rôle: « Ils servent surtout à organiser  la kermesse« .  Participer aux Conseil d’école avec la présence de tous les enseignants, la maire, où on demande l’avis des parents sur le projet d’école 

Pourquoi il y a aussi peu de parents présents? « Ça prend trop de temps. Les réunions sont  à 20h après la journée. Demande d’être très disponible. Ca fait trop pour une vie de famille« . Peur de s’engager et de ne pas tenir dans la durée. Le Manque de confiance peur de ne pas s’exprimer suffisamment bien. Prendre la parole pour les autres, il faut savoir bien dire les choses. La barrière de la langue. 

Ils doivent  porter la parole de l’ensemble. Etre à la sortie de l’école pour parler. 

« On a besoin de construire un réseau de parents pour s’entraider. Pour rencontrer les parents il faut faire la démarche d’aller là où ils sont, le marché le vendredi matin! »

Il est possible de solliciter la présence d’un parent d’élève pour faire médiation si le problème semble difficile à aborder. Mais les parents ne connaissent pas cette procédure et y ont très peu recours.

Un ex. d’initiative des parents élus. Une année où plusieurs actes de violence entre parents s’étaient manifestés devant la sortie en présence des enfants, une formation sur la communication NV a été proposée aux parents, aux enseignants. Ca qui a permis un travail qui s’est prolongé sur toute la commune, avec le personnel périscolaire. Un regret, les réunions étaient proposées à 18h et beaucoup de parents n’ont pas pu participer.  

Beaucoup de parents n’ont pas la culture de la réunion le rôle de délégué n’est pas accessible à tous par contre beaucoup sont prêts à rendre des services concrets. L’école ça fait peur.

« Quand c’est détendu on parle plus facilement, quand c’est trop sérieux je ne me sens pas à ma place« . Quand c’est du concret, c’est possible. Une présence ponctuelle est plus accessible, à l’occasion d’une journée organisée, pour rendre service

Qu’est qu’on attend de l’école?

« L’école est indispensable, elle fournit à l’enfant des outils pour grandir, pour devenir indépendant, pour gérer ses besoins quotidiens de manière autonome« . 

 –   Que nos enfants réussissent. Qu’ils puissent choisir leur orientation. Qu’ils se développent au maximum de leur possibilité. Qu’ils aillent le plus loin possible. Jusqu’au bout de ce qu’ils peuvent faire. 

Il n’y a pas que l’école pour assurer cette fonction: sur le Chambon, il existe plusieurs structures: la ludothèque, le centre de loisir, l’espace jeunesse, la médiathèque, le centre social Cré actif. Ce n’est pas le même cadre que l’école les apprentissages sont différents et complémentaires, ce sont des lieux plus libres. « Que l’enfant se confronte à différentes méthodes lui permet de se rendre compte qu’il n’y a pas qu’une seule manière d’apprendre« . 

Les devoirs à la maison: «  c’est la révision de ce qui a été fait à l’école. Le temps de classe n’est pas toujours suffisant pour intégrer une notion , c’est un entraînement supplémentaire à la maison. Ca ne doit pas durer plus d’1/4 d’heure, 20mn. Reprendre ce qu’on a fait à l’école, c’est important. Ce qui aide l’enfant c’est la cohérence éducative entre ce qu’il vit à l’école et à la maison. Etre couché à l’heure, levé à l’heure, arriver à l’heure à l’école« . 

Est ce que cette demande est accessible à toutes les familles? Parfois les enfants refusent de faire leurs devoirs à la maison. L’enfant n’est pas forcément disponible, les parents non plus.

Peut être prendre le relais avec d’autres adultes?

Les aides aux devoirs faisait partie de la journée d’école. Aujourd’hui le péri scolaire est payant et on ne propose plus d’aide aux devoirs

Pas suffisamment de repère sur la façon dont on apprend à l’école. « Les devoirs à la maison m’aident à comprendre son niveau ».

Des exemples de difficulté

 –  J’ai appris dans un autre pays, d’une autre façon comment je dois m’y prendre? Je ne sais pas comment ça se passe une journée à l’école. La réunion de rentrée m’a permis de comprendre certaines choses. 

 –   Peur que mon enfant soit en retard, ne soit pas comme les autres. Tout en sachant que chacun apprend à son rythme. Les enfants en classe, n’ont pas tous les mêmes envies au même moment. Différence entre être inquiet et être tendu par envie d’apprendre et de réussir qui est un bon moteur pour grandir. 

 –  Mon enfant ne voulait pas travailler, « j’ai laissé tomber »

 –  ma fille depuis le début de sa scolarité c’est difficile, je ne sais pas ce qu’elle a. Qu’est ce que j’ai fait? A qui je peux en parler? Je suis dans le vide, j’ai besoin de mettre des mots sur ce qu’elle a

 –  La cantine: il faut s’inscrire la semaine d’avant. S’il y a un imprévu, je ne peux pas l’inscrire. Si je ne respecte pas les délais je paye une pénalité de 2 euros par repas.

 –  Peur d’une orientation qui réduise le champ des possibles »on se fixe sur la moyenne alors que la motivation peut tout changer ». Il y a plein de métiers qu’on ne connait pas, on ne sait pas les bonnes filières pour y avoir accès. 

–   Un enfant diabétique. Les règles administratives imposées à l’école pour sa prise en charge spécifique exigent des démarches très contraignantes pour la famille qui est soumise à des délais très courts en début d’année, pour des remises de documents. Chaque rentrée scolaire,  cette pression de l’école est ressentie par les parents, ce qui tend les relations avec l’enseignant. Le médecin référent de l’école ne semble pas suffisamment sollicité pour rassurer les enseignants, donner des info précises sur les règles de conduites des adultes envers cet enfant….

 –   Si un enfant se blesse ou est malade pendant la journée d’école,  les parents doivent être disponibles immédiatement pour venir le récupérer. Les parents  s’étonnent de l’absence d’infirmière pour assurer une présence adaptée auprès des enfants

 –   Une petite fille qui a fait sa première rentrée scolaire toussait en arrivant à l’école. la maîtresse a demandé à la mère de là ramener chez elle. Cette mère n’a pas pu donner des arguments sur l’état de santé de sa fille, elle s’est sentie disqualifiée par cette maîtresse qui semblait mieux savoir de quoi cette petite fille avait besoin ce jour là. Depuis, les relations sont tendues. Ce que cette mère souhaitait c’était la possibilité d’un dialogue où elle aurait pu expliquer son point de vue « je suis la maman, je ne suis pas une gamine », entendre celui de la maîtresse et prendre ainsi une décision éclairée. Cette mère s’est sentie remise en question dans sa personne

 –   Une petite fille s’est sentie injustement traitée par sa maîtresse durant toute une année scolaire. Elle pris le parti de n’en parler à sa maman qu’en fin d’année pour éviter de créer un conflit entre sa mère et sa maîtresse. » Il y a des enfants intelligents à l’école et des enfants intelligents de la vie ».

 –   Une mère demandait à ce que sa fille de 4 ans puisse faire la sieste. la maîtresse lui a répondu qu’à 4 ans un enfant n’a plus besoin de faire la sieste. « Moi je lui parlais de ma fille, elle me répondait sur une théorie des besoins des enfants en fonction de l’âge ».  Ca voulait dire pour moi: vous ne connaissez pas les besoins des enfants, mais moi je sais. Le pouvoir est du côté de l’enseignant ». 

 –   Pour la réunion de rentrée en maternelle, il a été précisé aux parents de venir sans les enfants. Beaucoup n’ont donc pas assisté à cette réunion

 –   Un de mes enfants a été hospitalisé sur une longue période. Un jour, j’ai laissé son petit frère dans sa classe sans prendre le temps de lui dire au revoir. Il m’a suivi dans la rue, il a échappé à la surveillance de la maîtresse. J’étais pressée, et choquée de le voir dans le rue, je lui ai donné une fessée et l’ai ramené à l’école. Ni la maîtresse ni la directrice ne m’ont parlé de cette fessée. J’ai reçu un courrier quelques semaines après cet incident, qui m’annonçait une enquête sociale. Des AS sont venues régulièrement à mon domicile et m’ont beaucoup remise en question sur mon rôle de mère. 

Depuis cet évènement, une ATSEM est devant l’entrée de l’école pour surveiller les sorties des enfants. Mais ni la maîtresse ni la directrice n’ont été remises en question par le service social sur le fait que mon fils s’était retrouvé dans la rue.

 –  Problème de nombre de couchettes insuffisant et de personnes pour accompagner ce temps. Les maîtresses demandent donc aux parents que la sieste se passe à la maison et qu’ils ramènent les enfants à 15h Ce qui demande aux parents  de faire des trajets supplémentaires entre le domicile et l’école. Donc beaucoup de familles gardent les enfants à la maison et ils sont privés d’un temps de socialisation l’après midi. Il est estimé qu’une mère qui ne travaille pas a tout le temps pour s’occuper des enfants en dehors de l’école. 

On ne sais pas combien de temps dure la sieste à l’école. Les parents ne s’autorisent pas toujours à poser des questions sur ce qu’ils ne comprennent pas.

Le risque c’est de rajouter une difficulté à une autre difficulté en s’inquiétant sans trouver d’interlocuteur, un lieu pour être rassurée. Les informations manquent sur les  recours, (réseau de ressources pour répondre aux problèmes (apprentissage, comportement…), les suivis réguliers….)

Besoin de se sentir pris au sérieux dans les observations Ca aide l’école que les parents puissent faire des commentaires sur le comportements des enfants à la maison.

les enfants à l’école savent se conformer à certaines attentes, en respectant les codes de l’école. Ils se retrouvent face à des adultes qui ne sont pas dans le registre émotionnel, qui s’efforcent d’être objectif. A la maison, c’est plus difficile, ce sont les affects qui sont déterminants dans le relation parents/enfants.

Ce qui permet de briser la glace:

Les parents aiment être invités à l’école et pouvoir apporter leur contribution.

Ex. de l’impact de la présence des parents dans la classe. Ca crée beaucoup d’émulation chez les enfants qui veulent montrer ce qu’ils savent faire, ça crée une ambiance de travail forte, les parents sont gratifiés. l’enfant voit sa mère parler à la maîtresse, il se sent bien. Cette présence le rassure C’est un temps positif où chacun donne le meilleur

Une proposition : présence de parents volontaires pendant les premières semaines d’accueil en petite section pour seconder la maîtresse qui est débordée.

Accueil tout au long de l’année avec une pause café où les parents sont invités à rester un moment dans la classe.

Une journée « repas partagé » dans la cour de l’école où Cré actif est présent et qui laisse de forts souvenirs. Il faudrait là renouveler dans l’année plusieurs fois.

Pour que tous les parents se sentent concernés, il est important d’être très précis sur l’info. (ça se passe en primaire mais c’est aussi pour les maternelles…)

La présence des enseignants chaque jour à la sortie

« Si on pense que la réunion de rentrée est importante, que la présence des parents est nécessaire, il est indispensable de transmettre un compte rendu aux parents absents« 

Un espace « parents » à l’intérieur de chaque  l’école. 

La rencontre avec l’ensemble de la communauté éducative, prévue un samedi matin risque de poser problème à de nombreuses familles. Il faudrait aussi penser à un accueil pour les enfants

Publié par Terrain D'entente dans Co-éducation et communauté éducative, 0 commentaire

Rencontre co éducation avec les enseignants Mercredi 16 Octobre

Echanges suite à la restitution de la parole des parents d’élèves

Les dispositifs d’ouverture de l’école qui ont été cités sont pour tous et la satisfaction a été exprimée en premier. Les témoignages de difficulté sont individuels et n’annulent pas les bénéfices des démarches ni un climat positif général.

Des parents sont conscients de la tâche des enseignants, certains souhaitent participer aux efforts à tenir.

Les difficultés de communication sont essentiellement dues à une mauvaise compréhension et difficulté d’identification des contraintes des uns et des autres. (logistique de l’école/ difficultés intra familiales) qui provoquent un sentiment de décalage.

Nous déplorons l’évolution du cadre scolaire avec de plus en plus de contraintes, des moyens qui se réduisent sans cesse.

Il nous faut donc réinventer d’autres chemins sans modifier les objectifs d’une école publique pour tous les publics.

Le métier d’enseignant reste sacralisé, avec le sentiment que l’enseignant a le pouvoir. « L’école est un lieu de savoir et c’est l’enseignant qui sait » Les parents en difficulté ne se sentent  pas autorisés à aller lui parler. 

Problème de la projection personnelle du vécu scolaire des parents, qui provoque crainte inquiétude pour l’enfant et des tensions envers l’enseignant. Les manifestations de cette souffrance  peuvent être ressenties comme une agression. Un cap difficile à passer qui demande de la patience et de l’attention de la part des enseignants. Le décalage peut être important entre ce qui est demandé par l’école et ce qui se vit dans les familles. Certaines familles sont trop éloignées du cadre de vie scolaire.

Comment mobiliser davantage les autres membres de la communauté éducative qui peuvent intervenir comme tiers, prendre le relais?

Rappel des objectifs de la co éducation

 –    trouver des moyens de communication adaptés face à une population en grande difficulté sociale. La précarité, est un vécu de peurs. La peur que demain soit pire, le sentiment d’un avenir indépassable, des préoccupation quotidiennes multiples et parfois insolubles.

L’enfant ne réussira à l’école que s’il sait faire des liens entre ses différents espaces de vie, entre sa culture familiale et le milieu scolaire. L’école est responsable de l’apprentissage de ces liens. Nécessité d’une approche globale de l’enfant dans son environnement familial et social

 –   Apprendre à communiquer lorsqu’on est d’horizons très différents.  Se défaire de nos certitudes sur la bonne manière d’éduquer les enfants. C’est une ouverture qui transforme nos manières de voir le monde. 

 –   Cohérence entre les différents temps éducatifs (école, maison, périscolaire…) qui  favorise de meilleures conditions d’apprentissage

 –   faire face à l’évolution des objectifs de l’école: Passage d’un modèle très cloisonné à des modèles plus perméables pour permettre à chaque enfant de devenir un citoyen éclairé pour trouver sa place dans la société et contribuer à son amélioration 

Définition de la co éducation: nos mots

Richesse des différences

Eduquer ensemble, Objectifs communs

Partage, confiance, Ecoute, Dialogue, Rencontre, Echange,

Equilibre entre les différentes compétences

S’entendre sur les grands principes de l’éducation

La co éducation: Une relation de mutualisation entre les éducateurs dits premiers que sont les parents et les éducateurs qui agissent en parallèle et successivement. 

Considérer les parents comme de véritables interlocuteurs éducatifs.  

3 Principes: parité d’estime

                    principe de coopération (faire oeuvre commune)

                    explicitation du cadre de l’école

Définition des modèles de relation école/famille/commune

L’école publique navigue entre le modèle cloisonné et la co éducation. Pour certains enfants on s’adapte aux difficultés manifestées et on se rapproche de la co éducation par un effort de compréhension de leur cadre de vie.

Modèle cloisonné: L’école ne cherche pas à collaborer avec les familles. Elle les informe du cadre mis en place, et les familles doivent se plier à ce cadre. Seul « l’élève » va concerner l’école, sur ses apprentissages, son comportement scolaire dans le temps de l’école

Modèle « co éducatif« : Notion d’intérêt de l’enfant indique des modalités de collaboration où les deux parties vont faire effort pour se connaître, se comprendre, gérer leur différence de point de vue. L’école va se préoccuper du conflit de loyauté . Volonté de prendre en compte tous les aspects de la vie de l’enfant  et de différentier les réponses. Son rythme de vie est pris en compte à travers les liens  entre le monde scolaire et péri scolaire. 

Modèle co-gestionnaire: Parents et enseignants co construisent un projet pédagogique et éducatif scolaire. Parents partie prenante du fonctionnement de l’école

Modèle fusionnel: Parents et enseignants recherchent une hyper cohérence des principes éducatifs. Il existe aussi des associations de parents qui déscolarisent leurs enfants 

Objectif essentiel: construire une meilleure compréhension commune. Besoin de tous les membres de la communauté éducative  en appui de cet effort. 

Est ce que c’est énergivore? C’est plutôt un gain dans tous les exemples évoqués

Les constats

 –   Le fossé entre le primaire et le secondaire est immense. Le cloisonnement entre les établissements est tel que le collège ne mesure pas les efforts importants des écoles pour tenter de soutenir les élèves les plus fragiles qui arrivent malgré tout au collège avec des carences importantes. Au collège les parents ne se sentent pas pris en compte par l’équipe enseignante. Pour construire un climat de co éducation la présence du collège est nécessaire.  

 –   On déplore le manque de moyens sur les prises ne charge spécifiques: les délais d’accueil au CMPP sont toujours plus long, idem chez l’orthophoniste. Le RASED  est voué à disparaître  Les difficultés s’aggravent pour ces enfants qui ne bénéficient pas des soins adaptés. L’éducation nationale a de moins en moins de solutions à disposition des enseignants.   –    Avec cette injonction d’école inclusive, les classes se doivent d’accueillir des enfants qui relèvent d’établissement spécialisés.   

Des pistes de solution: 

 –   Adultes relais un travail rémunéré, avec une formation pour des habitantes du quartier qui accompagnent les démarches des familles, assurent la traduction, font le relais entre l’école, les familles, et les autres institutions. Il est peut être possible de relancer la Mairie pour renouveler  ces postes. Certains parents délégués sont réellement des personnes ressources pour l’école, elles donnent énormément de façon bénévole et finissent pas s’épuiser. 

 –   Renforcer le travail avec les asso, les clubs sportifs de quartier, et prévoir des temps réguliers de rencontres. Le PRE assure le lien avec le milieu associatif, il peut être un partenaire ressource pour organiser ces rencontres. 

 –    L’organisation du temps périscolaire a mis la priorité sur le pôle culturel et sportif. Les devoirs ne sont plus assurés à l’école. On pourrait imaginer le temps périscolaire  avec la présence de parents, et organiser des  ateliers de façon à leur permettre  de mieux être outillés sur la façon d’aider les enfants à la maison pour favoriser les apprentissages. 

 –   Décalage considérable pour les familles quand les enfants arrivent au collège qui donne chaque jour des devoirs à faire à la maison. 

On pourrait s’appuyer sur ce qui existe comme passerelle sur le pôle petite enfance, entre la crèche et l’école maternelle, pour imaginer également des passerelles entre le primaire et le secondaire.

 –   Cloisonnements à l’intérieur même de chaque école. Les équipes du périscolaires n’ont pas de lien de travail avec les enseignants. Il faudrait les intégrer aux réunions de pré rentrée. La présence des Atsem, des AVS serait également bénéfique. 

 –    Les projets de groupe de travail mis en place cette année concernent tout le cycle des apprentissages, de la maternelle au collège. Ils vont permettre de casser ces cloisonnements. 

 –    Le coordonnateur REP est censé assurer tous ces liens. Ce poste est actuellement très réduit en temps et dans ses missions. Il faudrait ré envisager cette fonction indispensable. 

Les ressources:

Les écoles du Chambon sont toutes en REP ce qui attribue à chaque école des moyens supplémentaires, notamment le dédoublement des classes CP/CE1. Ce dispositif marche. Le travail quotidien est considérablement amélioré, il permet une individualisation des apprentissages, d’être plus serein dans sa classe, de diminuer les crispation avec les élèves « difficiles ». Les parents sont satisfaits, rassurés, la relation avec eux s’améliore nettement.

Il y a nécessité à se remettre en question dans notre façon d’aborder les familles. On peut parfois porter un regard méprisant sur certaines familles sans connaitre leur histoire.

Réclamer les heures API pour trouver le temps d’organiser le travail en équipe sur des projets pour réfléchir à la question de la co éducation, de la difficulté de communication avec les parents, les autres partenaires.

Comment nous oeuvrons tous ensemble pour le bien être des enfants?  

Des pratiques qui fonctionnent (malgré les contraintes institutionnelles)

 –   Repas partagé pendant le temps de midi, journée multiculturelle. Les parents animent un atelier en fonction du pays d’origine, en présence de Cré actif et des agents de la Mairie responsables du lien entre les institutions. Certains parents posent une journée de congé pour participer. 

 –   Initiative de parents: pic nique partagé au parc où Cré actif est également invité

 –   Journée « marché des connaissances » mélange des classes, des grandes sections au CM2

Un thème, pour favoriser l’échange de savoirs: « jeux du monde ». Les AVS sont très impliquées dans ces journées; L’intérêt est de mixer les classes, les CM2 jouent le rôle d’accompagnateurs des plus petits. Plus de problèmes de frontières ce jour là entre les générations et les fonctions (enseignants/parents/AVS…)

Le marché de connaissances peut commencer « tout petit », entre deux classes…

On peut imaginer une boite à idée où les parents, les enfants pourraient faire de suggestions pour enrichir ces journées.

 –   Espace de dons: installation d’un chalet au centre de la cour en co gestion parents/enseignants, avec une charte de bonne conduite. Les parents peuvent déposer leurs dons: jeux, livres, habits). Suite au constat que les vêtements poussent chaque année sur les portes manteaux des écoles, une façon de les remettre en circuit 

 –   La semaine des parents qui peuvent être présents une heure dans la classe. Temps très stimulant pour tous. Nécessité pour l’enseignant de faire un effort d’explication et de bienveillance qui se poursuit au fil des semaines. Certains parents savent se rendre utiles, les enfants sont plus tranquilles et attentifs. 

 –    Pot d’accueil, le jour de la rentrée. Des tables où chaque enseignants accueille les enfants de la classe et leurs parents pour partager un petit goûter. Un temps qui crée une ambiance détendue et qui dédramatise cette journée appréhendée par certains. On ne se retrouve pas d’emblée dans le face à face. 

 –    Accueil des parents autour de « jeux de société« entre 8h20 et 9h, un jour par semaine prévu pour chaque classe. L’enseignant invite les parents à gérer ce temps de jeux, il explique les règles si nécessaire. Projet à l’occasion de NOël, que chaque enfant reparte avec un plateau  de jeu qu’il aura fabriqué pendant ce temps d’école. (voir pour financement Mairie)

Possibilité de prévoir un travail avec la ludothèque qui peut intervenir dans les classes.

 –    Après midi contes dans la langue d’origine (5, 6 langues représentées)et lus par l’enseignant en français. Valoriser la langue maternelle. On peut également s’appuyer sur les parents « musiciens ». Objectif de valoriser le savoir des familles, d’assurer leur légitimité en tant que personne

Courrier individuel fin Aout pour signifier à chaque enfant qu’il est attendu à la rentrée

Prévoir un bilan de ces différents rencontres proposées tout au long de l’année avec les parents

Des propositions de Catherine Hurtig Delattre (qui complètent celles déjà pratiquées)

La réunion collective de présentation de l’école:

Inciter le plus grand nombre de parents à y participer. Organiser une garderie pour les enfants

 –    Expliciter les différents professionnels qui interviennent dans l’école, le règlement intérieur:  (fonctionnement de la cantine, des garderies, des temps périscolaires, les règles de sécurité). 

 –    Forum des métiers. Chaque partenaire tient un stand: les professionnels chargé de l’aide aux enfants en difficulté, l’équipe périscolaire, les associations actives dans l’école, les associations de quartier. 

Les expositions des travaux des élèves, les diaporamas tout au long de l’année

Les rendez vous individuels systématiques chaque trismestre

Avoir un autre regard sur les enfants et aborder plus facilement la gestion de leurs éventuelles difficultés de comportement. Pour les parents, s’approprier les questions éducatives et l’exercice de l’autorité parentale, partager des outils d’apprentissages

Coopérer avec les associations, permettant ainsi de passer du face à face à une éducation partagée et d’aller ainsi à la rencontre des parents les plus éloignés de l’école. 

Proposer la participation par des passerelles entre culture scolaire et cultures familiales

Pour approfondir notre connaissance mutuelle, s’atteler aux objets de savoir. Cette démarche, au coeur de la mission de l’école pourrait donner une place active aux élèves, et aux parents, mis en position d’acteurs aptes à faire des propositions.

Comment faire entrer les cultures scolaires dans les familles et comment faire entrer les cultures familiales dans l’école?. Comment donner à voir, à comprendre ce qu’on apprend à l’école et comment on y apprend.

 –    Les portes ouvertes: Ouvrir la classe aux parents assister à des séances d’apprentissage. 

 –    L’accompagnement des sorties 

 –    Les cahiers individuels 

 –    Les albums collectifs et les journaux de classe 

Les temps de parole:

Mettre en place de manière ritualisée, des temps de parole permettant aux élèves de parler de leur univers familial en classe et d’utiliser la parole comme objet d’apprentissage

Les objets apportés:

Proposer aux enfants d’apporter des objets de la maison de manière libre ou avec des consignes et en faire des supports des apprentissages

Les ateliers parents-enfants 

Les enfants soleil 

Consacrer à chaque élève une demi-journée privilégiée pour son anniversaire. Ses parents sont invités et peuvent proposer une activité de leur choix.

Permettre aux parents de faire profiter la classe de leurs compétences propres, l’univers familial est considéré comme porteur de savoir.

Les activités plurilingues:

Proposer des activités prenant en compte la diversité linguistique présente dans la classe

Contes en plusieurs  langues, fleurs des langues 

Comment l’enfant, quand il vient à l’école est disponible?

Les incontournables principes éducatifs ne sont pas forcement les mêmes pour tous. Risque de se référer à une norme. Il existe d’autres façons plus collectives de prendre soin des enfants. Face aux enfants dont on ne prend pas suffisamment soin à la maison, comment exercer notre responsabilité collective dans leur éducation et leur protection?

Bilan de cette rencontre

Echanges bénéfiques, certaines écoles ont réalisé ce que d’autres avaient imaginé. Elles mettent ainsi en évidence qu’il y a des choses possibles à construire et que c’est réaliste, accessible. Il reste des choses sur lesquelles on peut agir (le sentiment d’impuissance nous condamne à reporter sur l’extérieur les problèmes face auxquels on n’a aucune réponse, bien souvent les parents!)

En REP c’est impossible de travailler seul. Et C’est un enrichissement de travailler à plusieurs

La différence, on ne peut pas là mettre de côté, elle est là.

Inquiétude suite à la première rencontre face à la masse de choses à bouger, mais aujourd’hui rassuré sur le fait qu’on peut faire des choses.

Besoin de provoquer des temps de rencontre: un pic nique avec tous les enseignants des écoles, le jour de la pré rentrée?

Pour la rencontre du  Samedi 16 Novembre de 9h à 12h

Nous aurons au préalable rencontré les autres acteurs de la communauté éducative (périscolaire, Atsem, AVS, agents de la Mairie, coordonnateur REP, éducateurs de prévention). Cette rencontre va donc rassembler tous ses membres.

On pourrait s’intéresser plus particulièrement aux familles isolées, en plus grande difficulté et se questionner sur notre responsabilité collective:

 –    Comment pallier à la solitude des enfants en leur offrant une solution alternative aux difficultés familiales? 

 –    Comment soutenir les parents perturbés par un ensemble complexe de trop lourdes difficultés et qui se retrouvent isolés?.

Publié par Terrain D'entente dans Co-éducation et communauté éducative, 0 commentaire

Rencontre projet co éducation, avec les acteurs du péri scolaire, 12 Novembre 2019


Rappel des objectifs:

Les écoles du Chambon sont classées en REP, on note chaque année 20% d’enfants en grande difficulté d’apprentissage.

Les enseignants souhaitent construire une relation de confiance et de reconnaissance avec les familles, sachant que la présence des  parents joue un rôle essentiel dans la lutte contre l’échec scolaire. Ils ont besoin de savoir comment les familles vivent l’école. Leur parole est indispensable pour pouvoir identifier les besoins et adapter au mieux les pratiques. 

Les écoles ont investi depuis quelques années cette question de la nécessité d’engager des moyens concrets pour construire une meilleure communication avec les familles.

La volonté est de poursuivre ce travail en insistant sur l’intérêt de construire une démarche de communauté éducative, où tous les acteurs du champ éducatif seraient invités à apporter leur contribution.

Il s’agit non seulement de trouver des moyens de communication face à une population en grande difficulté sociale, mais d’adapter des pratiques éducatives face à des enfants inquiets, malmenés, préoccupés par un quotidien instable et incertain.  Ces enfants  vivent dans un climat familial empreint de préoccupations quotidiennes multiples et parfois insolubles. 

Cette nécessité d’une approche globale de l’enfant dans son environnement familial et social ne peut pas être de la seule responsabilité de l’école, tous les acteurs du champ éducatif doivent s’engager dans ce travail si on veut espérer de réels changements.

Les leviers pour que le poids de l’origine sociale pèse moins

 –   Réduire la méconnaissance mutuelle

 –  Croisement des savoirs: prise en compte des approches et des compétences de chacun

 –  Travail de repérage et de dépassement des représentations. Mise à plat de ce que chaque pôle concerné estime apporter et pense que les autres apportent 

 –  Construire des alliances éducatives avec les parents, les collectivités locales, les associations. Ouvrir l’école aux partenaires qui ont une connaissance du territoire   

Proposition d’échange:

 –   nos postures qui permettent ou pas d’exercer de manière collective notre responsabilité dans l’éducation et la protection des enfants

 –   définition de la co éducation, de la communauté éducative et ses objectifs

Echanges suite à cette introduction:

On constate  un décalage  entre les rencontres à thème proposées sur la commune en direction des familles, à partir de besoins identifiés  et les attentes des parents. Ces différents rendez vous ne répondent pas forcement à leurs difficultés. A l’exemple de la prévention sur les danger des écrans et la nécessité des familles de pouvoir proposer des formes d’animation de la journée à leurs enfants. Les écrans sont parfois une solution « mode de garde » qui permet aux adultes de souffler. Comment sommes nous à l’écoute de cette réalité?

Sentiment d’être dépassé, impuissant face à l’ampleur des enjeux de cette société. Et l’impuissance nous met en danger de renoncer ou de reporter les problèmes sur un autre et notamment en ce qui concerne les questions d’éducation: les parents.

La difficulté des réponses aux appels à projets qui assurent le financement des actions qui ont une grande limite dans le temps. Elles peuvent se renouveler au maximum, 2 ,3 ans puis il faut mener à bien d’autres actions. Le temps administratif a de réelles limites: tout est fermé après 17h durant le week end….Hors nous savons que c’est dans le temps long qu’on peut véritablement contribuer à transformer les choses et à agir de manière adaptée à la réalité.

Une autre difficulté est ne pas  pouvoir agir dans la globalité mais sur des actions ponctuelles et morcelées. Chacun prend un « bout » en fonction de son champ d’actions et ces différentes mesures n’ont pas toujours de lien les unes avec les autres. Alors que toutes ces actions mises bout à bout permettent de rendre compte d’un travail qui assure des évolutions. 

Notre façon de prendre en compte l’individu et ses difficultés propres peuvent être source de problèmes pour toutes ces personnes qu’on ne convoque et auxquelles on accorde de l’intérêt que sur la base de leurs problèmes.

Présentation de chacune à partir de la question: comment permettre à l’enfant d’apprendre au mieux, d’être sécuriser au mieux?

Coordinatrice parentalité

Avec une entrée collective. Des actions à partir de ce qui émerge comme besoins des familles

Gestion de la ludothèque où « on vient pour jouer » Les enfants peuvent être accueillis seuls à partir de 6 ans.

Le mode de fonctionnement est souvent questionné. L’objectif de cet accueil est de favoriser des temps partagés entre les parents et les enfants sur la base des jeux, hors les parents manifestent souvent l’envie de se retrouver entre adultes et souhaitent pouvoir confier leurs enfants au ludothécaire. Comment respecter ce besoin de répit?

La ludothèque est présente un jour par semaine, sur deux quartiers à la périphérie de la commune. 80% des enfants présents ne sont pas accompagnés de leurs parents. La réponse serait-elle de leur fermer la porte en raison de la responsabilité légale?

Organisation chaque année du festival du jeu qui a un très bon écho sur les habitants de la commune, des soirées jeux tout au long de l’année où 300 personnes participent à chaque séance.

Dispositif CLAS avec la volonté d’une approche croisée des pratiques est très bon support pour valoriser l’enfant

Coordinatrice politique de la ville, du développement local sur une petite commune de 12000 habitants. Ce qui facilite la connaissance du territoire et de ses acteurs.

Mise en place de projets sur les quartiers prioritaires et non prioritaires. Responsable du diagnostique pour définir les priorités conditionnées par  les directives nationales et développer des actions tout au long de l’année. 

Il n’est pas seulement question de l’enfant mais c’est important de pouvoir faire le pari du devenir de la commune à partir de la prise en compte de la jeunesse et de son épanouissement.

Dans ces actions il y a beaucoup d’attendus quant à la mobilisation des parents. Mais ils ne sont pas toujours présents, ils ne rentrent pas dans le moule qu’on projette sur eux. Cette réalité nécessite de faire un pas de côté.  Une formation sur l’inter culturalité a permis de prendre conscience des représentations, ce qui nous semble légitime et qui correspond finalement à une norme établie comme une vérité. Hors il y a d’autres modèles éducatifs, d’autres priorités. C’est souvent à partir du filtre de nos représentations que des actions sont proposées et qui peuvent devenir des rendez vous manqués avec les familles que nous cherchons à rejoindre. 

Ces interrogations, ces pas de côté, permettent de faire bouger des lignes. On peut s’adresser aux enfants sans convoquer toujours les parents. les enfants sont très en demande d’activités mais on cherche toujours à tenir l’objectif de les amener sur des temps structurés type centre de loisir et qui ne correspondent pas toujours à leur possibilité et envie….Tout ce qu’on peut apporter aux enfants ça va les nourrit, ce sont pour eux des opportunités d’ouverture.

Coordinatrice action éducative

Renouvellement Contrat Enfance Jeunesse géré par la ville et la CAF (accueil loisirs, crèche)

L’objectif est de mener des projets à partir de l’expertise des structures.

Projet éducatif local qui dépend de la politique de la ville qui concerne les enfants et les jeunes de 0 à 25 ans. Une politique qui n’est pas définie de façon explicite et qui est pourtant le socle sur lequel se base toutes les actions.

Coordinatrice PRE, dispositif en place depuis 12 ans sur la commune . Parcours individuel de l’enfant en lien avec les parents. Ateliers proposés à partir de leurs problématiques identifiées avec les parents qui sont demandeurs d’aide.

Ce dispositif rassemble une vingtaine d’intervenants: des jeunes étudiants, des enseignants à la retraite, et en activité, des AVS. Une cellule de veille en appui avec des psychologues, des AS, prend les décisions,  assure le suivi et l’arrêt de la mesure quand les objectifs sont atteints. Des liens sont construits dans la durée avec de nombreux partenaires dans une grande diversité de fonction 

Equipe parentalité: Référente soutien à la parentalité

En lien avec le PRE pour l’accompagnement et l’orientation des familles.

On note ensemble que ce nouveau concept « parentalité » induit une relation où on ne s’intéresse aux adultes qu’en regard de leur fonction de parents. Des adultes avec des préoccupations et des centres d’intérêt très divers, ne sont perçus qu’à travers ce prisme là.  Certains adultes qui ne sont ni en emploi ni en activité associative n’intéressent la société qu’à partir de cette fonction au risque de nier tous les autres champs de leur personnalité. 

Dans cette société très individualisée où les pertes de solidarité familiales et de voisinage sont considérables, les différents acteurs de la commune prennent le risque de se refermer sur cette cellule familiale très restreinte, qui est devenu un noyau très fragile. Les familles ne sont pas moins compétentes mais beaucoup plus isolées. Avec toutes les problématiques de peurs et de représentations qui renforcent encore plus cet enfermement. Comment cette question de l’isolement de certaines familles peut devenir l’affaire de tous les membres de la communauté éducative?

Centre social associatif

L’objectif est de favoriser les relations inter et intra familiales. Arriver à ce que les parents prennent du temps avec leurs enfants. Proposition tout au long de l’année de rencontres parents/enfants et parents.

Si l’accueil est centré sur le difficultés, comment trouver de l’intérêt à venir? Difficile pour chacun de parler au groupe à partir de ses difficultés. Un sujet peut être important à évoquer mais le groupe peut être une limite à l’expression.

On instaure quelque chose qui ne répond pas forcement aux besoins. Constat du besoin de répit manifesté par les adultes qui fréquentent la structure, et des questions de pratiques familiales où on ne joue pas forcement avec ses enfants. C’est pas facile d’y répondre. L’objectif actuel est de pouvoir proposer du temps pour les adultes, des espaces pour se retrouver.  

Un grand mouvement du personnel ces dernières années met en difficulté l’instauration d’un lien de confiance avec les familles.

Cette difficulté a été aussi noté du côté de la commune. Depuis deux ans, elle a pris le parti d’embaucher de façon pérenne des responsables référents du secteur périscolaire pour chaque groupe scolaire. Chacun de ces référents assure le lien avec les enseignants, les parents, la commune sur les questions de cantine, de centre de loisir, de péri scolaire.

Pour la rencontre du 16 Novembre nous nous retrouvons avec des parents, des enseignants,  des agents de la commune

En introduction: un état des lieux suite aux différentes rencontres

Des questionnements à discuter entre petits groupes

–   La journée d’un enfant, les différents acteurs du champ éducatif qu’il côtoie: les besoins concrets pour que chaque jour offre un climat suffisant de sécurité et de bien être aux enfants et à leur famille: cantine, accueil périscolaire , présence d’adultes auprès des familles …..

–   La place de chaque acteur pour contribuer à de meilleures conditions d’apprentissage

Partage des échanges, des pistes d’ouverture

Publié par Terrain D'entente dans Co-éducation et communauté éducative, 0 commentaire

Pour construire une démarche de communauté éducative

 

La réussite à l’école signifie que les élèves ont tous acquis le socle commun de connaissances et de culture, et qu’ils choisissent leur orientation. Si l’école reconnaît que tous les enfants partagent les mêmes capacités d’apprendre et de progresser, qu’elle est un service public pour tous les publics, elle reste cependant très inégalitaire.

Dans les groupes scolaires  classés en REP, on note chaque année 20% d’enfants en grande difficulté d’apprentissage. C’est à dire, un enfant sur cinq qui arrive au collège avec de lourdes carences. L’école n’arrive pas à atténuer les inégalités dues à l’origine sociale et culturelle, elle a même tendance à les amplifier. Chaque année, depuis 15 ans, plus de 100 000 jeunes sortent du système scolaire sans aucun diplôme. Et ceux qui échouent à l’école sont les exclus de demain. Des milliers de jeunes se retrouvent sans emploi, sans formation, sans accompagnement.

L’école ne fait plus référence pour ces enfants qui vivent ce qui s’y passe comme sans rapport avec leur réalité, leur identité, leur culture, leur famille, leur condition de vie, leur avenir. Ces enfants se retrouvent souvent dans une posture de conflit de loyauté qui bloque les apprentissages.

Les enfants qui n’ont pas été préparés à cette connaissance des codes et des attentes du système scolaire arrivent à l’école avec leur différence. Le projet scolaire les sélectionne sur des compétences formelles et abstraites et organise un enseignement qui valorise l’écrit et le fait de pouvoir se projeter dans l’école et la société telles qu’elles sont. Ce projet  privilégie certains domaines au détriment des autres.

 Ce n’est pas la capacité de l’enfant à comprendre qui est en jeu mais la nécessité de connaître les normes spécifiques. Il peut réussir à l’école s’il sait faire des liens entre ce qu’il apprend dans les différentes sphères de sa vie, tant dans les principes éducatifs que dans les savoirs eux mêmes. 

Il est peut être possible aujourd’hui de s’interroger sur le fait que cette école n’offre pas, à certains enfants, matière à y trouver du sens. L’enjeu est de réussir à former un citoyen qui soit capable de vivre en société en intégrant la culture scolaire tout en étant loyal vis à vis de l’héritage de sa culture familiale. Il est donc nécessaire de considérer  l’enfant dans toutes ses dimensions. Or, nous vivons dans une société cloisonnée. Beaucoup d’enseignants ne connaissent pas le tissu social dans lequel vivent leurs élèves et les différentes institutions sont trop souvent sans lien les unes avec les autres. 

Bon nombre d’enseignants souhaitent sortir du simple constat que l’école publique est inégalitaire et s’engager dans la lutte contre l’échec scolaire. 

Pour identifier les besoins et adapter au mieux les pratiques, la parole des parents est indispensable. Il s’agit donc de construire une relation de confiance et de reconnaissance réciproque entre l’école et les familles.

Les écoles du Chambon Feugerolles ont investi depuis quelques années cette question de la nécessité d’engager des moyens concrets pour construire une meilleure communication avec les familles. Plusieurs actions ont été initiées et se poursuivent

En Septembre 2019, pour prolonger ce travail, il a été identifié la nécessité de construire une démarche de communauté éducative. Tous les acteurs du champ éducatif doivent être invités à apporter leur contribution.

Terrain d’Entente a été sollicité pour engager ce travail avec les écoles, les familles, les structures responsables du champ éducatif sur la commune.

Dans le collectif  de Terrain d’Entente beaucoup d’inquiétudes émergeaient des discussions concernant l’école et les difficultés d’apprentissage. En Avril 2016, avec le centre social du Babet Terrain d’Entente s’est saisi de l’action « 1001 territoires pour la réussite de tous les enfants à l’école ». Cette initiative est le fruit d’une réflexion engagée par le mouvement ATD Quart Monde, autour du constat que les enfants des milieux populaires sont majoritairement en difficultés d’apprentissage à l’école, ils subissent des orientations précoces qui les excluent de possibilités de réaliser des études en fonction de leurs aspirations

Le travail engagé durant deux ans, avec une quinzaine de parents d’élèves volontaires, la responsable du REP et du DRE a été très encourageant. Ces adultes savaient évoquer les freins, les difficultés de communication, les incompréhensions face au cadre de l’école, et apportaient des propositions concrètes pour enrayer ces différents problèmes.  

Ce travail s’est prolongé depuis deux ans avec des enseignants militants de l’ICEM Freinet de différents groupes scolaires de St Etienne, de Lyon, des parents, des associations, en présence de Catherine Hurtig Delattre. Elle relate dans son livre « la co éducation à l’école, c’est possible » une expérience de 30 années d’ouverture de l’école aux familles et aux associations.

Déroulement de l’action sur le dernier trimestre 2019 avec les groupes scolaires du Chambon Feugerolles

Suite à différents échanges avec des directeurs d’écoles, le centre social Cré’actif, nous avons pu identifier des besoins pour assurer les conditions d’une meilleure communication entre tous les acteurs:

Faire un travail de repérage et de dépassement des représentations qui constituent un filtre et un frein préjudiciable à l’instauration de relations basées sur le respect et le reconnaissance réciproque.  

Que chaque pôle concerné (parents, enseignants, périscolaire) exprime ce qu’il estime apporter et pense que les autres apportent pour encourager chaque enfant dans ses apprentissages.

Nous avons établi différents temps de rencontre entre pairs, tout au long de ce  premier trimestre, pour permettre au final, une rencontre avec des membres de cette communauté éducative et envisager ensemble des actions concrètes. 

Suite aux différentes rencontres nous avons pu identifier des ressources et des besoins :

Pour les parents:  

Ce qui assure un climat de confiance et de sérénité: ce sont les relations quotidiennes avec les enseignants. La présence d’enseignants depuis plusieurs années dans l’école aide à la construction de relations de confiance.

Pouvoir connaître et comprendre le déroulement d’une journée à l’école.

En règle générale les parents aiment être invités à l’école et apporter leur contribution.

Des situations particulières, source d’inquiétude: des enfants porteurs de handicap, des familles nouvellement arrivées en France et/ou isolées, des différences de conceptions éducatives assez tranchées…. Ces inquiétudes sont aggravées par un manque de compréhensions de la façon dont on apprend à l’école. 

Dans ces situations, les parents ne se sentent pas légitimes pour donner leur avis. Ils ressentent que l’école étant un lieu de savoir, et c’est l’enseignant qui sait. Ils ne s’autorisent pas toujours à poser des questions sur ce qu’ils ne comprennent pas du fonctionnement de l’école.

Pour les enseignants:

 Les familles avec lesquelles la communication est plus difficile sont des gens isolés. Les incompréhensions difficiles à dépasser relèvent des différences de valeurs, de conceptions éducatives. Le problème de la légitimité du rôle de chacun est chaque fois présent. Les inquiétudes, les réticences des parents peuvent freiner des projets d’ouverture, des expériences nouvelles pour leurs enfants. Comment on reste intègre par rapport à ses missions d’enseignant, tout en étant à l’écoute des inquiétudes voire même des refus de certaines familles ? 

Les difficultés de communication sont essentiellement dues à une mauvaise compréhension et difficulté d’identification des contraintes des uns et des autres. (logistique de l’école / difficultés intra familiales) qui provoquent un sentiment de décalage.

Pour décider  des objectifs du partenariat, il est nécessaire de définir la co éducation avec les parents.

Pour les responsables « périscolaire » des services de la commune

Décalage entre les rencontres à thème proposées sur la commune en direction des familles, et les attentes réelles des parents. A l’exemple de la prévention sur les dangers des écrans, qui sont parfois une solution pour les parents de pouvoir souffler. 

Le « temps des familles / le « temps des administrations. Les appels à projets assurent le financement des actions avec une grande limite dans le temps, un an, deux ans. Ces contraintes obligent à agir non pas dans la globalité mais sur des actions ponctuelles et morcelées qui n’ont pas toujours de lien les unes avec les autres. 

Le temps administratif où tout est fermé après 17h, durant le week-end… qui limite les possibilités de rencontres. Or, c’est dans le temps long, parfois informel, qu’on peut contribuer à transformer les choses et à agir de manière adaptée à la réalité.

Le décalage peut s’expliquer également par la tendance à accorder de l’intérêt aux personnes sur la base de leurs problèmes et peu sur les ressources, ce qu’elles peuvent apporter.                   

 Le concept « parentalité » induit une relation où on ne s’intéresse aux adultes qu’en regard de leur rôle de parents. 

Intervention de Catherine Hurtig Delattre.

Formatrice, coordonnatrice REP, enseignante et chercheuse à l’IFE. Elle est membre du mouvement de la pédagogie Freinet. 

Un constat : on relie souvent l’incompréhension qui naît dans une relation, aux personnes, alors qu’elle est plus souvent liée à une divergence d’objectifs ou de projets. Les désaccords doivent rester des débats d’idées, et non de personnes.

Un principe associé : l’éducabilité des enfants (tous les enfants, n’importe quel enfant, dans n’importe quelle situation de vie). Les autres éducateurs, les parents, doivent être considérés comme différents, et compétents.

Une posture importante : aider l’enfant à vivre dans des modèles éducatifs différents (être conscients de l’asymétrie qui existe dans la relation école/famille)  Nous ne gagnons jamais à essayer de convaincre que notre posture est la bonne. Par contre, nous gagnons toujours à expliciter ce qu’on fait

 Selon Catherine, en s’inspirant des principes de la pédagogie Freinet, comme l’expression, les prises d’initiatives, l’explicitation….  on peut trouver un chemin pour aller à la rencontre des familles.

Historiquement l’école s’est construite contre l’éducation de la famille « obscurantiste ». Ce modèle est abandonné officiellement avec l’instauration de l’intérêt centré sur l’enfant et ses conditions d’apprentissage. Le dispositif actuel dans le modèle de co éducation met en évidence la responsabilité éducative partagée. Sachant que les parents ne vont pas choisir le projet pédagogique, et qu’ils sont libres de l’éducation qu’ils donnent à leurs enfants. 

La coéducation est une relation de mutualisation sans hiérarchie, entre les parents et  les éducateurs pro ou non (famille élargie, voisinage, associations…)   La communauté éducative ce sont des adultes estimés compétents et différents les uns des autres. Il s’agit de construire une relation de réciprocité et non persister sur un modèle de supériorité.

 L’enfant vit un conflit de loyauté s’il entend des choses trop différentes et s’il constate que les adultes ne se parlent pas, voire sont en conflit. La co éducation aide l’enfant à construire du lien.    

Cette valeur de la co éducation où les familles et l’école sont  complémentaires, n’est pas partagée par tous les enseignants. Malgré tout, ils peuvent trouver de l’intérêt à s’engager dans un dialogue serein et constructif avec les familles et estimer ce dialogue possible.                            

 La première étape est de pouvoir faire le lien entre cette conviction partagée de l’éducabilité de tous les enfants, et la reconnaissance de la capacité des parents à pouvoir dialoguer avec les enseignants.

La deuxième étape: pour s’entraîner à cette estime de l’autre il faut faire le deuil de l’acquiescement systématique. Le but ce n’est pas que les parents soient toujours contents mais qu’ils puissent dire quand ils ne sont  pas d’accord.

 Nous sommes parfois confrontés à des chocs culturels. Face aux comportement adultes qu’on estime inacceptable, il est indispensable savoir juger les actes et non juger les personnes. On sait le faire avec les enfants. Cette attitude du parent qui me choque, je peux  chercher à là comprendre, et éviter le piège d’essayer de  convaincre que ma façon de voir est la bonne.  Cette posture  est le gage d’une relation qui se construit sur une parité d’estime et la confiance. Que le professionnel et le parent puissent se sentir enrichis par cette relation.                              

 L’enseignant doit accepter que les parents se mettent à distance de l’école. Leurs obligations essentielles par rapport à l’école est de  s’intéresser à la journée d’école, signer le cahier de liaison. On ne peut pas décider qu’elle serait la bonne place pour les parents. Le parent idéal est différent d’un enseignant à l’autre. 

Nous savons que pour les enfants, une relation qui se construit entre l’enseignant et ses parents, est favorable à leurs apprentissages. C’est la condition de la sécurité psychique dont ils ont besoin.  Les conditions de son émancipation repose d’abord sur le fait  que son éducation familiale est estimée, que les savoirs de sa famille sont reconnus par l’école. 

Il existe des décalages préjudiciables entre les savoir-faire que l’enfant est amené à développer dans la sphère familiale et ceux qui sont demandés par l’école. Par exemple, l’autonomie scolaire (se débrouiller seul pour faire ses exercices, se documenter…) n’est pas la même chose que l’autonomie à la maison. L’autonomie que développe l’enfant lorsqu’il contribue concrètement au maintien de l’équilibre de la vie familiale, sa capacité à faire preuve de compassion envers les membres de sa famille, sa contribution concrète à l’entraide au quotidien….n’est pas valorisée à l’école. Les enseignants n’en n’ont pas toujours conscience et d’un autre côté les parents n’imaginent pas ce que l’école demande car pour eux être un bon élève c’est se taire et obéir. Le dialogue entre l’école et la famille pourrait permettre de reconnaître et valoriser tous ces savoir-faire et ses savoirs être que l’enfant est amené à développer, et les rendre complémentaires.

Nos propositions

Les familles ne sont pas moins compétentes qu’auparavant mais beaucoup plus isolées. Comment cette question de l’isolement de certaines familles peut devenir l’affaire de tous les membres de la communauté éducative?

 Pour construire cette communauté éducative et exercer de manière effective notre responsabilité collective dans l’éducation des enfants, un travail préalable est nécessaire entre tous ses membres, avec comme principes: 

– 1 Construire un climat favorable à la communication lorsqu’on est d’horizons très différents. avec une reconnaissance et un respect des préoccupations des uns et des autres

– 2  Se défaire de nos certitudes sur la bonne manière d’éduquer les enfants. C’est une ouverture qui transforme nos manières de voir le monde. 

– 3  Construire une cohérence entre les différents temps éducatifs (école, maison, périscolaire…) qui favorise de meilleures conditions d’apprentissage

Pour mobiliser davantage tous les membres de la communauté éducative et définir le rôle de chacun: il nous faut répondre ensemble à différentes questions

– Connaître la réalité de la journée d’un enfant et réfléchir à son aménagement concret, pour favoriser ses apprentissages. Que chaque jour offre un climat suffisant de sécurité et de bien être aux enfants et à leur famille: cantine, accueil périscolaire, présence d’adultes auprès des familles …..                   

– La place de chaque acteur. Lien entre école/famille/commune.  Pour favoriser de bonnes conditions d’apprentissage, quel est le rôle de chacun auprès des enfants pour qu’ils apprennent? Avec quels outils et sur quels  modes de communication?

– Importance de récolter la parole des enfants. Comment tenir compte des différents besoins manifestés par les enfants dans le cadre scolaire et périscolaire?   

Voici ce qui semble  nécessaire à interroger  pour mettre en place des actions adaptées 

–   La journée de l’enfant.  En plus des périodes d’apprentissage en classe, des « activités d’éveil » sont proposées chaque jour  à l’enfant qui  se retrouve en permanence stimulé, sur des temps fractionnés qui n’ont pas de liens les uns avec les autres.  Pour tenir compte de la fatigue engendrée par la vie en collectivité, comment on peut répondre au besoin de rêverie, de solitude, de tranquillité, dans un espace sécurisé? 

Les trajets école-maison sont parfois démultipliés et souvent irréalisables:(revenir à l’école après la sieste, instauré dans de nombreuses écoles maternelles).

A quel âge un enfant peut aller à l’école seul, ou accompagner sa petite sœur ? A quel âge on peut aller dans les structures de façon autonome?                                                                          

 –   La place de chaque acteur.

 La réforme des rythmes scolaires, de nouveaux temps de périscolaire, vécus parfois comme des intrusions, dans les locaux scolaires.

Quelle est la formation des éducateurs? Que leur demande-t-on en terme de qualité: activités non-stop ou dispositifs permettant un choix de l’enfant ? 

Des éléments de réponses :

Aménager des espaces au sein des écoles, les bibliothèques sur les périodes de récréation, d’accueil en début de journée

 Nécessité  d’espaces d’accueil libre et inconditionnel, de créer des occasions de se rencontrer : réunions de parents avec garderie, faire entrer les parents dans la cour à la fin des heures de classe….

 Nécessité d’une coordination entre tous les acteurs. Faire du lien entre les équipes pour favoriser les apprentissages. Temps pour se concerter et réfléchir à ce partage de lieux, de temps éducatifs… du sens aux apprentissages : un projet, qui permet de travailler des compétences dans de nombreux domaines pour  une  meilleure compréhension de chaque situation familiale

Importance d’une même ligne de conduite ? D’un même discours ? Oui, dans les grands principes (valeurs de la République), et pour les situations de crise, mais les enfants peuvent entendre que les règles varient, si les adultes qui les portent sont en communication les uns avec les autres. Les avis peuvent diverger, être complémentaires.

 Une technique pour comprendre l’environnement éducatif d’un enfant. Un dessin où sont  notés tous les partenaires et les liens, ceux qui fonctionnent et ceux qui pêchent. (voir ce qui existe déjà, ce qu’on peut améliorer ou ajouter).

–   La parole des enfants. Le conseil des enfants, les débats philo peuvent être l’occasion d’inviter les enfants à donner leur avis sur le déroulement de leur journée. En proposant des questions ciblées: Qui m’aide à apprendre?  Où j’apprends? Que faire quand les adultes autour de moi ne sont pas d’accord? « Il faut tout un quartier pour élever un enfant » Comment les enfants  comprennent cette formule?

Conclusion

On peut se demander pourquoi aujourd’hui, on parle autant de co éducation, de l’ouverture de l’école aux familles. Pourquoi on estime que, pour être dans de bonnes conditions d’apprentissage, l’enfant a besoin qu’il se construise autour de lui une communauté éducative, avec la participation des parents? 

Alors qu’historiquement l’école a été conçue pour sortir l’enfant du cadre familial, et lui assurer le droit à l’apprentissage, au savoir, dans une visée émancipatrice, en opposition à l’influence de la famille. 

Nous sommes  traversés par une crise des modèles éducatifs qu’ils soient familiaux, sociaux ou scolaires. Une crise aggravée par le recul des solidarités familiales et de proximité, par la baisse des moyens dont disposent les acteurs de l’éducation.

L’école ne se suffit plus à elle même, il lui faut prendre en considération tous les acteurs qui tentent d’oeuvrer tant pour la socialisation que pour l’égalisation des chances. Un recours aux familles semble nécessaire aujourd’hui, devant l’inadaptation croissante de l’école au monde d’aujourd’hui

La question de la communauté éducative, de la place des parents reste très complexe à  construire. Face à ce qui met en cause le fonctionnement institutionnel, face au sentiment d’impuissance que les enseignants peuvent ressentir par rapport aux enjeux de « la réussite de tous les enfants »,  le risque de reporter la responsabilité à l’extérieur est permanent. Quand l’école répond à cette injonction de l’ouverture de l’école aux parents, de quoi est-il question? Depuis de nombreuses années, des dispositifs fleurissent dans chaque commune, portés par différentes institutions,  pour organiser le « soutien à la parentalité »,  avec comme objectif essentiel de « responsabiliser » les parents face à leur fonction éducative, selon des modèles et des postures normés imposés.

La violence de cette injonction: « Responsabiliser les parents », met en évidence le postulat de leur irresponsabilité. Ce climat de suspicion quant à la mauvaise tenue de la famille par les adultes, peut très facilement faire glisser sur ces parents  la responsabilité de l’échec d’une « école de la réussite pour tous ».  Ces parents qui ne répondent pas aux convocations, ces parents qui laissent les enfants sans surveillance, dans la rue, après l’école, ces parents qui utilisent sans discernement les écrans comme mode de garde pour leurs enfants, ces parents qui…..

Mais cette invitation de l’ouverture de l’école aux parents peut nous permettre d’envisager une école différente,  plus humaine, et plus respectueuse de nos différences. Une école capable de se laisser interpeller par ce qui se vit autour d’elle, par ce que manifestent les enfants lorsqu’ils arrivent en classe. Une école qui sait écouter les difficultés réelles des familles et qui les prend en compte dans la façon de construire la journée à l’école, qui sait se saisir des ressources et en faire un appui dans les apprentissages.

C’est ce qui nous est proposé dans le travail de Catherine Hurtig Delattre qui évoque la relation école/famille en terme de parité d’estime.

Il s’agit non seulement de trouver des moyens de communication face à une population dont certaines familles sont grande difficulté sociale, mais d’adapter des pratiques éducatives face à des enfants inquiets, malmenés, préoccupés par un quotidien instable et incertain. Ces enfants vivent dans un climat familial empreint de préoccupations quotidiennes multiples et parfois insolubles. Cette nécessité d’une approche globale de l’enfant dans son environnement familial et social ne peut pas être de la seule responsabilité de l’école, tous les acteurs du champ éducatif doivent s’engager dans ce travail si on veut espérer de réels changements. Il faut tout un quartier pour élever un enfant!


Publié par Terrain D'entente dans Co-éducation et communauté éducative, 0 commentaire

Collectif « pour la réussite de tous les enfants à l’école »(Travail avec le groupe ICEM pédagogie Freinet)

Nous sommes d’accord sur cette hypothèse que les enfants des milieux populaires souffrent à l’école parce qu’il n’y a pas suffisamment de prise en compte et d’effort de compréhension de leur réalité. Il manque pour eux une cohérence entre les différents milieux auxquels ils sont confrontés. Le corps enseignant a la responsabilité de l’ouverture de l’école sur le quartier, de l’organisation de la rencontre avec les familles. Mais cette institution ne peut pas réaliser ce travail seule et de manière isolée. Nous souhaitons engager tous ensemble un chantier, dans la durée, pour rechercher à offrir les meilleurs conditions pour construire une communauté éducative qui assure de manière effective notre responsabilité collective dans l’éducation des enfants, avec les différents acteurs du champ éducatif, les parents. Condition incontournable pour permettre à chaque enfant de faire des liens entre les différents espaces dans lesquels il évolue et de trouver ainsi du sens et de la cohérence dans les apprentissages organisés de manière différente à l’école, enfamille, dans le milieu associatif…. Nous souhaitons pouvoir porter ces questions à l’échelle de la ville où les décisions politique se prennent. Plusieurs pistes sont à construire : mettre en évidence que le savoir est partout, et qu’il est nécessaire que tous les espacesd’apprentissage (école, familles, associations, DRE….) se rencontrent , s’organisent ensemble pour que les enfants comprennent la cohérence entre tous ces espaces et en retire d’utiles enseignements de façon à devenir le plus possible« citoyens ». que l’école n’est pas juste un lieu d’apprentissage d’un métier qui permette aux enfants de pouvoir s’inscrire sur le marché du travail. Qu’il est indispensable que l’école crée les conditions d’un bien être pour que les enfants puissent prendre une part active dans leurs apprentissages. La première démarche pour assurer les conditions de ce bien être est d’ouvrir l’école aux parents. Catherine Hurtig Delattre auteur du livre: « la co éducation à l’école c’est possible », peut beaucoup nous apporter dans cette recherche.Nous envisageons une rencontre courent du mois d’Octobre pour démarrer ce travail et peut être l’ouvrir à d’autres. Par exemple ATD Quart Monde qui a réalisé un travail magistral concernant cette notion de croisement des savoirs où chacun est considéré comme expert, « sachant » et est invité à apporter sa contribution pour trouver les solutions les mieux adaptées aux besoins repérés ensemble.

Publié par Terrain D'entente dans Co-éducation et communauté éducative, 0 commentaire

Rencontre avec Catherine Hurtig Delattre auteur du livre « la co éducation à l’école c’est possible ».

L’action « 1001 territoires pour la réussite de tous les enfants à l’école », s’est développée depuis 6 ans dans différentes régions, avec la volonté de jouer un rôle dans la réduction des inégalités à l’école. Elle concerne des associations notamment ATD Quart Monde, et plein d’autres acteurs de structures éducatives, les parents d’élèves, les enseignants.

Le constat de l’inégalité généré par notre système éducatif n’est plus à faire.

Nous sentons la nécessité de nous engager avec toutes les familles, notamment celles qui sont les plus éloignées de l’école dans une dynamiques locale qui mobilise toutes les ressources éducatives en créant une communauté éducative où chacun est responsable, impliqué, à égalité. Parce que c’est aussi l’école qui est éloignée des parents.

 

Divers études ont mis en évidence le rôle essentiel des parents dans la lutte contre l’échec scolaire. Les parents peuvent aider les enseignants. On a besoin de leur éclairage. Pour garantir la réussite de tous, l’école se construit avec la participation des parents. Un des enjeux majeurs est d’aider l’enfant à vivre la différence entre sa culture familiale et la culture scolaire. Non pas sur le mode du conflit mais sur le mode de la complémentarité. Si l’enfant est tiraillé entre deux référents forts, ses parents et son enseignant, il est difficile pour lui de s’investir sereinement dans les apprentissages.

Il y a également des problèmes qui dépassent les murs de l’école (notamment les questions de précarité, des condition de logement qui ont des incidences sur le bien être des enfants, leur disponibilité) les enseignants ne peuvent pas faire la classe sans se soucier de la réalité de ce que vivent les enfants. L’école ne peut assumer son rôle que si elle considère l’élève dans toutes ses dimensions.

Nous vivons dans une société cloisonnée. Beaucoup d’enseignants vivent en dehors du tissu social dans lequel vivent leurs élèves. Ils ne le connaissent pas.

Les enseignants sont isolés dans un système en constante évolution: besoin de médiateurs: tout le tissu social qui peut être en lien avec ces familles. D’où cette notion de communauté éducative qui est à construire.

 

1001 Territoires, sur le quartier Beaubrun/Tarentaize, existe depuis Avril 2016. Cette initiative a fait suite à une rencontre avec un des fondateurs de 1001 territoires où Le babet, Terrain d’Entente, le DRE étaient présents.

Nous ressentions que pour l’ensemble des familles l’école est centrale. Les enfants estiment leur valeur en fonction de leur résultat scolaires, s’ils ne sont pas conformes, ils en conclus qu’ils sont bêtes « je n’ai pas de cerveau.

De nombreux parents sont inquiets, souffrent devant les difficultés de leurs enfants à l’école. Ils cherchent à les encourager dans leurs efforts, mais se sentent parfois d’impuissants à pouvoir être partie prenante d’un système qu’ils comprennent mal.

Nous avons pris contact avec estelle chatre qui est coordinatrice du REP, et qui participe à cette action depuis le début.

 

Plusieurs mères de familles se sont mobilisées rapidement. Elles ont su nommer un certain nombre de difficultés de compréhension et de communication avec les enseignants, elles ont fait différentes propositions et elles ont manifesté une grande volonté à collaborer avec l’école, à s’impliquer. Des enseignants volontaires se sont rendus disponibles pour échanger avec les parents.

Nous avons décidé d’ouvrir des espaces dans les écoles, des espaces « info parents » chaque semaine, sur le temps de décharge des directrices d’école, avec la présence de parents et des membres du collectif. Ces espaces sont dédiés à l’accueil des parents qui souhaitent aborder des questions sur la scolarité de leurs enfants. Ils se sont organisés de manière différente dans chaque école. Certaines situation très difficiles, voire même de détresse ont été accueillies dans ce cadre. Nous avons également proposer deux rencontres autour du jeu, en réponse à l’inquiétude de nombreux parents concernant l’absence des devoirs à la maison. Une façon de mettre en valeur ce qui peut se vivre autour du jeu dans les familles qui est source d’apprentissage.

 

Nous sentons la possibilité d’aller plus loin dans ce travail d’ouverture de l’école sur la réalité du quartier, pour rendre les parents plus acteurs de la scolarité de leurs enfants. C’est pourquoi nous vous avons proposé cette rencontre pour échanger sur nos pratiques avec l’objectif de les enrichir

Nous avons invité Catherine parce qu’elle a réalisé un remarquable travail pour construire différentes occasions de rencontres et d’échanges avec les parents, et cela, le plus souvent possible.

Catherine estime qu’à l’école, l’enjeu est le rapport au savoir. Le savoir est partout, l’enfant n’apprend pas qu’à l’école. Il est important d’éviter de construire une barrière entre le savoir formel de l’école et le savoir informel de la famille.

L’enfant ne réussira à l’école que s’il sait faire des liens entre ce qu’il apprend dans les différentes sphères de sa vie.

En différentiant les espaces, les temps, les lieux de rencontre et de concertation avec les familles, l’opportunité est donnée d’améliorer l’accès de l’un à l’autre. . La prise en compte des attentes et des difficultés des parents est un facteur important de leur implication.

Catherine va nous proposer un diaporama qui propose une analyse de la situation actuelle et les possibilités de répondre à cet impératif de co éducation

Publié par Terrain D'entente dans 2017, Co-éducation et communauté éducative, 0 commentaire