Mois : février 2021

Les jeunes en galère et la pédagogie sociale

Depuis bientôt dix ans, Terrain d’Entente est présent sur l’espace public, au pied des immeubles. Nous avons d’abord rencontré des collégiens, puis des familles nous ont rejoint avec des enfants de tous les âges. Depuis trois ans, nous avons construit une relation avec les « jeunes du quartier ». Il nous a fallu tout ce temps pour créer un lien suffisamment solide pour mieux cerner leur comportement et surtout leurs difficultés, autant dire, leurs « galères ». Ce qui va être décrit est issu des réflexions et analyses de Ramzi, un pédagogue social engagé au sein de notre association depuis 4 ans. Dans cette description, nous sommes centrés sur les jeunes les plus en difficulté, notamment les garçons qui ont entre 16 et 20 ans.

Ramzi a su mobiliser énormément d’aptitudes pour savoir ainsi cheminer auprès de ces jeunes en souffrance. Pour gagner leur confiance, il lui a fallu rester impliqué et  loyal, il lui a fallu développer sans cesse sa capacité à s’adapter en faisant toujours le premier pas, à se remettre en question, à ne jamais céder à la tentation de juger. Il est porté par un objectif auquel il reste fidèle: construire un lien suffisamment fiable et solide pour que ces jeunes puissent trouver un appui pour se construire. Il est ainsi profondément ancré dans l’héritage de la pédagogie sociale que Paolo Freire nommait ainsi: « L’éducateur ne doit pas perdre sa capacité à s’indigner, il ne peut pas être neutre face aux injustices. Il doit entretenir l’espoir de pouvoir surmonter cet ordre injuste et d’imaginer des utopies réalisables« .

La posture de  certains membres de la communauté éducative

Grand nombre de sociologues qui étudient les phénomènes de délinquance s’accordent sur le même constat: l’approche préventive, éducative et sociale de la protection de l’enfance est passée sous silence dans les discours dominants au profit de l’accent mis sur son aspect judiciaire et sur la répression.

De façon générale, la relation « éducative » à l’enfant et au jeune de « quartier » est basée sur des rapports de domination. Les responsables d’établissement,  les policiers et bien d’autres adultes auxquels ils sont confrontés au quotidien, adoptent une posture très semblable. Dans la majeure partie des situations, face à ces mineurs l’adulte est celui qui sait! Il tient une posture haute dans cette relation. Il s’adresse à lui en endossant le rôle qu’il estime avoir à jouer. Confondant ainsi son devoir de protection, il s’arroge un droit de correction. Si l’enfant n’agit pas, ne pense pas, n’obtempère pas en fonction des attendus de l’adulte, il reçoit toute sorte de messages dévalorisants, disqualifiants, et bien souvent des sanctions. Il est renvoyé de manière systématique à sa position d’inférieur.

N’ayant pas le même langage que ces adultes, ces enfants restent victimes impuissantes de la façon dont la relation leur est imposée.

Ils sont considérés comme des « merdeux » et on les amène ainsi à se comporter comme tel. Ils se retrouvent emprisonnés dans une spirale où ils ne peuvent plus que réagir et non pas agir. Ces enfants et ces jeunes sont victimes de violences affectives, une violence invisible avec tout son cortège d’expériences de mépris, d’humiliation et d’échecs. Ils deviennent au fil du temps, hyper sensibles et hyper réactifs aux injustices qu’ils subissent.

Ca peut passer pas des petits rien presque insignifiants: un enfant demande des renseignements, et il lui est alors répondu: « comment tu t’exprimes? » « Tu dis d’abord bonjour! »… Avec cette double peine où il lui est reproché d’être dans la réactivité alors qu’il subit lui même, tout au long des journées, la réactivité des adultes.

L’impact de ces attitudes peut être dévastateur

Des petits rien cumulés jusqu’aux injustices avérées et ces enfants et ces jeunes plongent peu à peu dans la résignation. Cette façon de s’abandonner à son  propre sort, quand on n’a plus de fierté d’être soi même. Quand on n’ose plus faire les choses, parce qu’on a honte, et qu’on rentre dans cette spirale, où on « ose » de moins en moins…. C’est tout simplement et cruellement une perte de l’élan de vie. Nous connaissons son échéance ultime et nous là redoutons: la consommation de shit, puis de toutes sortes de stupéfiants.

Nous sommes face à des jeunes avec leur histoire d’abandon, leur vécu d’humiliation.

Nous en connaissons plusieurs qui vivent sous l’emprise des drogues, et sous l’emprise d’adultes encore plus malveillants. Ils deviennent alors victimes d’une forme de prostitution,  ivres d’alcool et de drogues, rémunérés pour leur participation au deal avec des doses de shit. Ils sont peu à peu vidés de leur volonté et de leur conscience. Les narcotiques provoquent des blocages neuro-psychiques qui empêchent  de rester suffisamment conscient de ses actes et de son comportement.

Les lieux où ces drames se perpétuent sont très identifiables. On retrouve ces jeunes dans des espaces où les habitants ne sont pas intégrés sur le territoire, des espaces qui concentrent la misère avec des  adultes qui n’ont aucuns moyens de réagir. Ces jeunes se retrouvent ainsi sans protection. Les actes d’incivilité, les actes de délinquance qui peuvent avoir de graves répercutions s’enchaînent et se multiplient. Les casiers judiciaires sont fréquents. Ces jeunes en viennent à perdre toutes leurs attaches. Parce que c’est trop dur d’être face à ce désastre qui s’enchaîne: ils finissent par capituler.

 

Privilégier l’approche préventive, éducative et sociale

A Terrain d’Entente, nous sommes particulièrement attachés à l’acte d’éduquer. L’éducation est une condition du développement humain, du développement social, du savoir vivre et agir ensemble. Nous nous efforçons de contribuer à la construction de ces enfants et ces jeunes, parce que nous sommes convaincus que tout enfant est censé réussir. La condition pour qu’il puisse y parvenir est qu’il puisse bénéficier d’une présence bienveillante et d’encouragements permanents.

Pour nous, le concept d’éducation rime avec protection et prévention mais aussi avec participation et émancipation.

« C’est parce qu’elle constitue un projet de développement, d’émancipation et de perfectionnement des individus et des groupes, pas seulement d’intégration passive à leur milieu, que l’éducation est un des principaux fondements des sociétés. (….) L’éducation  ne se résume pas à transmettre des connaissances, des normes et à inculquer le sens de leur respect, elle munit aussi les individus des capacités de les critiquer et de contribuer s’il y a lieu à les transformer« . (Frédéric Jésu  » Co éduquer. Pour un développement social durable »)

Nous nous revendiquons de cette éducation qui vise à développer les potentialités intrinsèques à chacun, qui lui ont d’ailleurs été  conférées en premier par son milieu d’origine.

 

« On développe un tel lien qu’ils n’ont pas peur de demander« . (sic )

Nous tentons effectivement de développer du lien, et notre première intention est de faire toujours le premier pas, de rester présent et attentif, de ne pas juger. Nos efforts sont centrés sur la construction de la qualité de ce lien. Avec la volonté de construire une relation de personne à personne, une relation qui soit la plus horizontale possible. Une relation où nous sommes suffisamment proches et impliqués pour considérer chaque enfant comme si c’était notre propre enfant, pour lequel on veut le meilleur, pour lequel on est prêt à aller jusqu’au bout. Prêt à se battre à ses côtés, prêt à ne jamais lâcher sa main pour qu’il puisse avancer, prêt à lui rester toujours fidèle, prêt à croire en lui encore et encore, prêt à tenter l’impossible pour le remettre debout.

Nous estimons que nous sommes collectivement responsables de l’éducation et de la protection de tous les enfants et de tous les jeunes. Nous exerçons ainsi, une démarche de  communauté éducative de manière effective, dans le quotidien.

La posture dans laquelle nous sommes engagés

« Et si au lieu de leur apprendre à parler, nous apprenions à nous taire? » (Fernand Deligny)

Etre adulte face à des enfants et des jeunes en détresse demande beaucoup de rigueur, et des efforts constants. Il est primordial et ceci requiert toute notre attention, de nous extraire de notre égocentrisme. Car dans toute relation que nous investissons dans la durée, ce qui nous mobilise en premier lieu, notre penchant naturel, c’est la satisfaction personnelle que nous en retirons. Nous avons tellement besoin de nous sentir gratifiés et valorisés! Il est très rare en fait que nous soyons  tournés vers une considération d’autrui qui soit désintéressée.

Nous sommes face à des jeunes avec leur histoire d’abandon, leur vécu d’humiliation. Des jeunes hyper sensibles, hyper réactifs. Des jeunes qui sont perdus, des jeunes qui nous échappent, des jeunes en danger. Des jeunes pour lesquels il faut prendre soin de la relation de manière à la rendre la plus sécurisante possible, la plus contenante, au prix d’une attention et d’efforts d’adaptation constants.

Tout ceci nous fait prendre personnellement de grands risques. Les jeunes nous font parfois vivre ce qu’ils n’ont pas été en mesure d’accepter de leur propre histoire. Nous risquons d’être amené à éprouver en miroir leurs insatisfactions, leurs déceptions, leur impuissance. Nous risquons de ressentir culpabilité et incompétence. Nous risquons de souffrir avec eux, en rejoignant ainsi leur détresse.

Mais l’évitement d’une difficulté n’est jamais la meilleure façon de là résoudre de manière durable. Au coeur de la difficulté on trouve souvent l’amorce de la solution. Alors, nous nous risquons.

 

Faire équipe pour rester mobilisé

Notre travail ne doit pas être incarné pas une personne mais par une démarche, une équipe.

Pour établir cette relation particulière, il nous est demandé au quotidien un « travail » sur nous même pour limiter toute réactivité. Nous devons devenir comme témoin de nous même, par une prise de distance indispensable par rapport à nos propres affects, tout en créant une proximité maximale pour rejoindre ces jeunes et essayer de comprendre avec eux leur vécu d’injustice. Une posture très paradoxale, un travail d’équilibriste!.

Pour préserver un certain confort, une sécurité suffisante pour nous même, nous avons besoin d’espaces pour penser notre travail. La qualité de la vie de l’équipe est essentielle, de façon à objectiver au mieux ces relations. La communication est centrale.  Il est indispensable d’échanger beaucoup, de créer un climat de confiance interpersonnelle, et de solidarité, d’apprendre à  coopérer.

L’équipe est un rempart contre nos difficultés personnelles, pour assumer ce qui nous dépasse où nous nous sentons démunis, pour ne pas se laisser envahir par les situations.

Nous faisons donc des apprentissages permanents qui nous permettent de développer entre adultes un discours cohérent et tenir ce qu’on a dit. Un cadre protecteur pour tous ceux qui viennent nous rejoindre.

Notre rôle également est de nommer les difficultés spécifiques de la vie de ces jeunes, pour espérer que les institutions  ne restent pas aveugles et sourdes aux risques de mise en échec. s nous efforçons de contribuer à plus d’égalité en cherchant à corriger les désavantages sociaux résultants des inégalités de ressources.

 

De quelle façon on agit dans la vie de ces jeunes?

Nous savons que les opportunités de rencontre rendent possibles d’autres trajectoires de vie.

Alors, qu’est ce qu’on fait avec ces jeunes?

Pour être suffisamment précis dans ce que nous tentons de décrire, il nous faut être concret.

Dans les expériences les plus emblématiques que nous avons partagées ensemble, on peut évoquer le processus qui nous a permis de constituer une équipe pour le foot à 7, avec l’exemple des certificats médicaux indispensables pour obtenir une licence. Les jeunes volontaires pour constituer une équipe étaient tous particulièrement motivés par cette perspective. Mais avec certains d’entre eux, 3 mois ont été nécessaires pour établir un certificat médical! Il faut préciser que les médecins généralistes refusent aujourd’hui les nouveaux clients et en règle générale, les familles que nous connaissons ont rarement un médecin traitant, un médecin de « famille ».

Pour un rendez vous médical, il faut désormais prendre contact sur  une plateforme téléphonique…. Ces jeunes ont fini par « avouer » qu’ils n’arrivaient pas à réaliser cette formalité!

Nous pouvons mesurer la qualité du lien qui nous unis à ces jeunes dans leur capacité à nous livrer leur vulnérabilité. Beaucoup d’entre eux sont pétris de peurs, de honte, qui les paralyse. Ce n’est pas le fait qu’une démarche administrative est rebutante qui empêche un jeune de la réaliser, mais son manque de confiance en lui, un blocage affectif. Tout risque de s’affronter à un refus, le renvoie à sa peur d’échouer. Certains jeunes souffrent d’un tel déficit de confiance qu’ils ne peuvent pas prendre le risque de se confronter une fois de plus à un échec. Une fois de plus serait une fois de trop! Ces jeunes développent une sentiment d’incompétence. Pour nous la réponse est de les ramener vers la victoire de manière symbolique.

Pour tout un chacun, on accepte de « perdre » parce qu’on a fait l’expérience de « gagner ». Quand on a toujours « perdu », il faut gagner énormément pour corriger l’incompétence apprise.

Il s’agit donc de reconstruire cette confiance, de faire cet apprentissage profond où on sait qu’on est capable, malgré les échecs.

Dans cet exemple précis, Ramzi a pris rendez vous auprès d’un médecin, avec les jeunes concernés, et a assisté à cette rencontre pour soutenir leur demande.

Nous sommes centrés sur les affects de ces jeunes qui vont mal: nous cherchons le plus possible à comprendre, à compatir. Ce cheminement demande une forme d’optimisme de la par des adultes, de savoir nous saisir de toutes les occasions pour leur manifester notre conviction de leurs capacités.

Nous devons proposer des buts clairs, commencer par ce qui est immédiatement accessible, pour reconstruire les choses à partir de petits pas.  Nous recherchons toute forme d’activités qui nourrissent, qui apportent du bien être, où on éprouve du plaisir, de façon à développer d’autres compétences. L’amusement permet de  développer des émotions qui nous nourrissent.

On encourage ainsi toute pratique susceptible de combler ce besoin de reconnaissance.

Le sport reste un puissant vecteur. Chaque pratique sportive est une opportunité pour faire l’expérience profonde de l’expire et de l’inspire. Ressentir ce mouvement de la respiration  qui nous relie à nous même et au reste du monde. Une reliance avec notre commune humanité et au vivant, qui nous sort du sentiment d’isolement,  qui devient une opportunité pour remettre ses problèmes face au monde.

On n’est moins enclin à prendre tout contre soi quand on a à son actif des expériences de réussites pleinement vécues.

Il s’agit ainsi d’investir toutes les forces qui contribuent à nourrir l’élan de vie, l’estime de soi.

On invite ainsi chacun à entrer en résilience, avec cette volonté de surmonter les choses en développant la capacité à demander de l’aide.

Personne ne peut réussir seul ce parcours. Et le problème pour les jeunes, c’est la perte de confiance en l’adulte. Pour reconstruire cette relation, il faut d’abord se sentir aimer, de façon inconditionnelle.

La résilience n’est pas innée, elle se construit avec des opportunités de rencontre. L’ego, la conscience que l’on a de soi-même, qui est au  fondement de notre personnalité, et la résilience, tout est lié. Pour nous,  « apprendre à se battre » permet de développer son intérêt propre et nous faisons le choix d’apprendre ensemble à « boxer avec les mots ».  Il s’agit d’apprendre à rester déterminé et de savoir trouver les mots pour argumenter, défendre la légitimité de la demande ou du positionnement.

Dans cette démarche très centrée sur l’individu nous ouvrons chaque fois que possible à la dimension collective. Nous invitons également à l’altruisme. En s’extirpant d’une problématique exclusivement personnelle, nous ouvrons d’autres possibilités de  surmonter les problèmes. L’ego est nourrit de ce sentiment de compter pour les autres, en développant l’empathie.

 

Nous restons parfois impuissants

Il nous reste malgré tous ces efforts, beaucoup de questions sans réponse.

Comment sortir de l’addiction, du réseau qui rend ultra dépendant ? Quelles priorités nous donner pour un jeune sous emprise de stupéfiants:  trouver des débouchés de formation  pour qu’il échappe à un placement qu’il redoute où bien ce placement lui offrirait-il une chance de sortir de cette dépendance? Parfois on peut juste signifier: « pour toi, il y a encore une main tendue », avec le risque de l’accompagner dans beaucoup d’échecs et peu de réussites, ne sachant comment pouvoir soigner tous les dégâts.

Nous tentons également de construire des partenariats et nous doutons parfois de leur pertinence pour l’intérêt du jeune. Certains éducateurs, dans le cadre de leur mission, doivent se placer du côté de l’ordre public, ils observent l’évolution des jeunes et doivent rendre compte de la dangerosité de leur comportement et envisager, si nécessaires, des mesures répressives. D’autres s’efforcent de préserver des espaces d’accueil inconditionnels en prenant en compte les besoins des jeunes et de leur famille. Nous restons donc extrêmement vigilants tout en souhaitant préserver ces liens parce que nous sommes convaincus des vertus de la communauté éducatives pour assurer à ces jeunes toutes les ouvertures possibles. Il est impossible de travailler de façon isolée.

 

Reconnaître la part de violence humiliante infligée à ces jeunes

Nous restons très préoccupés du comportement souvent discriminant des forces de police. Ils doivent faire appliquer la loi et reprendre les jeunes par rapport à leur conduite illicite. Hors nous sommes témoins de harcèlements arbitraires. Si on ne s’indigne pas, si on ne considère pas ces situations comme injustes,  ne risque-t-on pas de rentrer dans le discours « ferme ta gueule, baisse la tête ». Comment on défend, comment on protège?

Ces comportements discriminants aboutissent à une dangereuse pratique de la part des habitants dont certains prennent systématiquement la défense des jeunes tout en étant inquiets voire consternés des actes de dérive dont ils sont témoins. Un rapport à la loi qui se distord avec certaines familles qui cherchent à sortir leur jeune de la galère en niant le délit, en travestissant la réalité.

Quels enseignements peuvent en tirer ces jeunes, pour eux mêmes, dans leur rapport aux autres, à la place qu’ils n’ont pas dans la société ? Comment permettre à cette colère face à la façon injuste dont ils sont traités de pouvoir devenir un acte de revendication pour plus de justice qui devienne collectif? Comment apprendre à diminuer les impulsions, la réactivité, apprendre à contester?

Il nous faut reconnaître la part de violence humiliante infligée à ces jeunes dans ces attitudes répétées au fil des années. Les adultes, ont un devoir de protection, il est urgent de casser toute possibilité d’établir un rapport de force.

Une autre forme de violence peu reconnue également, celles des inégalités de ressources. C’est une réalité pour beaucoup de jeunes que  leur choix d’orientation scolaire implique des contraintes supplémentaires. Pour beaucoup le nouvel établissement va se trouver à une distance importante du domicile et nécessiter des trajets quotidiens qui peuvent durer deux heures par jours. On peut dire: « c’est pour tout le monde pareil ». Seulement on ne tient pas compte que tous les enfants ne sont pas égaux face à des réalités semblables. On ne peut pas ramener les difficultés que ces enfants traversent à l’expérience de tous les autres jeunes. Souvent ces jeunes ne choisissent pas leur orientation, elle se fait par défaut. Le principe d’égalité des droits ne peut être mis en oeuvre  dans un contexte d’inégalités sociales. Comment rendre compte de ces difficultés spécifiques  pour espérer que les institutions ne restent pas aveugles et sourdes aux risques de mise en échec?

Comment restons-nous fidèles à la démarche de la pédagogie sociale?

A Terrain d’Entente, nous cherchons à prendre en compte la diversité de tous ces jeunes qui nous rejoignent  et à construire des temps qui correspondent aux envies de chacun.

Le collectif est une richesse qui rend possible des actions où chaque personne volontaire peut devenir partie prenante. Il permet ainsi des apprentissages, il met en évidence des aptitudes qui renforcent l’estime de soi, la reconnaissance réciproque, le sentiment d’exister avec les autres et de compter pour les autres. Mais le collectif peut représenter également des expériences difficiles, où chacun ne trouve pas forcement sa place, et peut vivre parfois des expériences disqualifiantes. Il est forcement contraignant, ce qui peut être une lourde difficulté pour des personnes vulnérables, dont le parcours est parsemé d’échecs. Il est essentiel que personne ne soit en risque de « disparaître » dans le groupe, il est indispensable de prendre en compte chacun.

Nous nous efforçons de construire des temps spécifiques avec des groupes restreints, à partir des envies, où il est possible de construire entre chaque membre un climat sécurisé, une relation de confiance et de reconnaissance réciproque. Dans ce que nous entreprenons, nous évitons au maximum le risque de vécu d’échec pour quiconque, nous sommes attachés à la restauration et au bien être de chacun. Nos actions, sont donc centrées sur la construction d’une qualité d’attention à chacun.

C’est à la recherche de nouvelles formes de coopérations et de retissages de liens sociaux autour de l’éducation des enfants et des jeunes qu’il est urgent de s’atteler pour faire face aux menaces d’effritement de la cohésion sociale.

 

Josiane GUNTHER et Ramzi NEZZAR le 21 Janvier 2021

 

 

 

 

 

 

 

 

Publié par Terrain D'entente dans 2021, Notre posture avec les jeunes, Témoignage, Texte de reflexion, 0 commentaire

Lorsqu’on a moins de droits que les autres, comment accepter d’avoir les mêmes devoirs?

« Ha ça, c’est sûr, ça serait bien que le goûter devienne un temps de partage! »

C’est un jeune de 14 ans qui parle ainsi. Il a des pépites dans les yeux quand il évoque cette perspective.

C’était au début de nos rencontres aux pieds des immeubles, à l’occasion de nos premiers ateliers de rue les samedis après midis. Notre premier goûter avait été catastrophique, les chocos avaient volés, certains même piétinés dans la précipitation des jeunes  à réclamer leur part!

A l’époque, nous nous adressions essentiellement à des garçons adolescents qui nous ont rapidement encouragés à revenir pour construire ensemble ces temps de « partage ».

Au début de nos rencontres, les coups et les insultes pleuvaient. Mais chaque fois que nous savions nous interposer dans ces rudes bagarres, en y accordant le temps nécessaire, les maux savaient s’exprimer, on apprenait ensemble à trouver les mots justes pour donner du sens à ces colères explosives. Ils nous ont rapidement sollicités pour intervenir dans ces conflits. Ils ont fini par nous demander de venir plus souvent et de rester plus longtemps.

De ces jeunes dont on parle trop souvent avec un discours empreint de crainte, de mépris, d’une multitude de présupposés qui ne sont jamais vérifiés mais toujours affirmés avec conviction. On leur reproche d’être à l’origine de tous ces désordres sociaux, ces incivilités qui nous les font rapidement considérés comme délinquants.

Moins on a de relation, d’expériences partagées, moins on a de connaissance, et de compréhension. S’ouvre à nous alors un champ très libre pour les phantasmes générateurs de peurs et de rejets. Cette tendance facile à penser de façon simplifiée et schématique.

Il faudrait donc les éduquer! Instaurer fermement  des règles pour apprendre « le cadre » à ces jeunes qui ne respectent rien ni personne »! Un « cadre »  posé de façon autoritaire et strict pour leur apprendre les rudiments des règles du vivre ensemble. On voit qu’ils crachent par terre, qu’ils profèrent des insultes, qu’ils narguent les adultes.

Mais qui fait l’effort de connaître un peu la réalité de leur quotidien? Qui s’interroge des conséquences de cette vie de galères?

Un jeune que je rencontrais régulièrement en prison me posait un jour cette question. « Comment on fait quand on est une famille très pauvre, qu’on a été nul à l’école, ,qu’on vit dans un quartier où il y a de la violence, de la délinquance? »….

Qui est capable de répondre ?

Comment on fait quand les collèges excluent des collégiens pendant plusieurs mois et qu’ils précisent qu’ils n’ont plus rien à faire dans un établissement scolaire ? Comment on fait quand on a raté plusieurs semaines d’école suite à une situation familiale explosive et qu’il n’est pas possible d’envisager le redoublement parce qu’il y a trop d’élèves par classe ?! Comment on fait quand on a 11 ans, et qu’il est indispensable de contribuer à l’organisation familiale dès la première heure du jour et qu’on reçoit des sanctions et des menaces d’éviction scolaire parce qu’on arrive en retard à l’école ? Comment on fait quand les structures du quartier organisent un départ en vacances pour 7 alors qu’on est 40 à l’espérer ? Comment on fait quand on démultiplie les démarches de recherche d’emploi et que c’est toujours « non ?

Qui peut répondre ?!

Ils sont pourtant nombreux, les chercheurs, les intellectuels à nous proposer des pistes pour comprendre et tenter de trouver des manières adaptées de répondre. Parce que la responsabilité de toute la communauté éducative est de chercher d’abord et sans relâche, à comprendre ce que manifestent ces jeunes !

Fernand Deligny (1) a été l’un des pionniers pour rechercher sans relâche ce qui dans son propre comportement empêchait que la rencontre se produise, que le lien se construise. C’est d’abord ça le travail éducatif, considérer ses propres limites et défaillances pour mieux cheminer avec l’autre, pour se laisser transformer par ses attitudes qui peuvent nous déconcerter, provoquer un sentiment d’insécurité. Pour rejoindre sa souffrance et tenter de là traverser avec lui.

Christophe Dejours (2) nous invite à nous laisser coloniser par le doute. Parce que « le réel se fait connaître par l’échec« , parce que « la souffrance guide l’intelligence« .

Dans un entretien sur la question de la violence des banlieues, Christophe Dejour répond « la violence du non travail »!

L’accomplissement de soi dans le champs social, passe par le travail. Inscrire notre existence dans la société passe par le travail et la reconnaissance de notre contribution à l’intérêt commun. Pour ces jeunes, il n’y a plus d’espoir d’apporter cette contribution à la société, ce qui pourrait les inscrire dans la communauté des hommes. Ils sont privés de la possibilité d’espérer le travail.

Pour supporter cette situation, résister à cette souffrance de se sentir exclus, certains s’efforcent d’organiser des stratégies de défense. Il s’agit pour eux de renverser le rapport au travail. Ils inversent cette humiliation d’être récusé du rapport au travail dans l’affirmation que rien n’est plus humiliant que d’accepter de travailler.

Cette attitude de défiance se construit dès l’école. Les difficultés d’apprentissage, les efforts très contraignants sont possibles à condition que se profile la promesse d’une émancipation grâce au travail. Pour eux, le travail scolaire devient donc le symbole de ce qu’il faut rejeter. Ne pas se soumettre à la discipline, s’opposer au travail scolaire, à l’enseignant, à tout ce qui représente ce qu’il est interdit d’espérer pour eux même.

Ce rapport d’humiliation du fait de l’exclusion produit des comportements par lesquels ils s’endurcissent pour supporter tout ça: il faut devenir insensible à toute forme de message qui rappel le rejet. Est un homme celui qui est capable d’assumer la souffrance et de l’infliger à autrui. Tout ce qui représente cet ordre qui ne leur laisse aucune place est la cible de leur haine. L’ennemi est tout ce dont on est définitivement privé. C’est une idéologie défensive, une exaltation de la violence comme valeur. Ils ne sont pas victimes du système, ce sont eux désormais qui vont faire peur et qui vont humilier. Etant exclus de toute participation aux règles de la collectivité, ils rentrent dans « un rapport de force » et non plus un rapport de droit. Le « rapport de droit » est d’avance perdu pour eux tout le temps et partout.

Christophe Dejours estime que nos réponses sont inadaptées, inopérantes. Du côté de l’action sociale, l’objectif des éducateurs est d’attaquer ces défenses pour les déconstruire, ce qui amplifie d’autant la radicalisation de ces défenses.  La réponse sécuritaire et répressive ne fait également qu’aggraver les choses. La terrible dérive de ces réponses est de n’avoir bientôt que l’armée comme solution pour aller cogner sur ces gosses afin de les mater.

Il faut retrouver les voies qui permettraient à chacun d’apporter sa contribution à la vie sociale par le travail. »La centralité du travail est vitale pour chacun. »

Ceux qui échouent à l’école sont les exclus de demain. 1,9 millions de jeunes sont ni en emploi, ni en formation, ni en recherche, ni en accompagnement. Comment  peuvent-ils s’insérer? Notre pacte républicain est en danger si on ne réduit pas ces écarts: lorsqu’on a on moins de droits que les autres, comment peut on accepter d’avoir les mêmes devoirs?

« La coopération, l’explication, la compréhension sont une plus grande source de réussite que la compétition, le langage des initiés. Il faut une école inclusive avec un système d’évaluation qui encourage. Promesse d’une élévation du niveau pour tous, ce qui n’est jamais du nivellement par le bas.

Pour le vivre ensemble en société, il faut scolariser ensemble toute la jeunesse. L’école, c’est le temps du commun. » (Jean Paul Delahaye) (3)

Terrain d’Entente est engagé sur cette question de l’école. Les enfants des milieux populaires souffrent à l’école parce qu’il n’y a pas suffisamment de prise en compte et d’effort de compréhension de leur réalité. Le corps enseignant a la responsabilité de l’ouverture de l’école sur le quartier, de l’organisation de la rencontre avec les familles. Mais cette institution ne peut pas réaliser ce travail seule et de manière isolée.
Nous souhaitons engager  un chantier, dans la durée, pour rechercher comment offrir les meilleurs conditions pour construire une communauté éducative qui assure de manière effective notre responsabilité collective dans l’éducation et la protection des enfants et des jeunes, avec les différents acteurs du champ éducatif, les parents. C’est une condition incontournable pour permettre à chaque enfant de faire des liens entre les différents espaces dans lesquels il évolue et de trouver ainsi du sens et de la cohérence dans les apprentissages organisés de manière différente à l’école, en famille, dans le milieu associatif.

Les enfants dont la structure familiale ou sociale a été brisée peuvent devenir créateurs si on leur donne un lieu de parole, autant qu’ils peuvent devenir délinquants quand leur énergie ne trouve aucun lieu d’expression. Terrain d’Entente cherche à offrir une structure affective et sociale autour de ces jeunes. Nous prenons le risque de nous laisser déstabiliser, jusqu’à nous sentir parfois avec eux, à la limite du danger et nous puisons ensemble d’impressionnantes ressources. Il faut pour cela endurer les nombreuses expériences d’échec, et s’obstiner à ne pas lâcher. Il est nécessaire de développer une attitude de bienveillance et de compréhension. Nous mobilisons toute notre énergie pour créer un climat apaisant pour accueillir ces tempéraments tendus, blessés, hyper réactifs. On sanctionne le moins possible, on accueille, on écoute, on s’efforce de comprendre.

Ainsi, ces mêmes jeunes ont su se saisir de l’opportunité que leur offrait un nouveau dispositif, le Fond de Participation des Habitants, qui aide au financement de différentes actions. Ils ont rédigé un projet de départ en vacances, et préparé ensemble la rencontre à la commission d’admission pour expliquer leurs motivations. Ils souhaitaient partager quelques jours entre copains. Ils se sont saisi de la seule opportunité que nous pouvions leur offrir: une semaine à la Ferme des Fromentaux, en Haute Loire.

Pour ces jeunes, ce séjour a été « une première fois » sur de nombreux aspects. La vie dans une ferme, le travail du quotidien, la « rencontre » avec la nature….

Malgré cet aspect déstabilisant, ils ont eu, durant tout le séjour, une attitude coopérative et positive.

Ils se sont intéressés aux activités, (conduite du tracteur, traite des chèvres….). Ils ont participé à toutes les tâches ménagères (repas, vaisselle, rangement) qu’ils avaient eux mêmes organisé en se répartissant le travail à partir d’un tableau qui établissait des tours de rôle.  Ils ont respectés les horaires qu’on avaient décidé avant le séjour. Ils ont eu un très bas niveau d’exigence concernant les activités, s’inquiétant du coût et des possibilités de l’association. Les soirées ont été l’occasion d’échanges authentiques autour de leurs préoccupations.

Aujourd’hui, ces jeunes ont souhaité organiser un « café des ados », un lieu pour se retrouver avec une présence adulte pour les accueillir .

Aujourd’hui les structures sont nombreuses à investir beaucoup d’énergie pour dénoncer le danger des écrans et faire des campagnes de prévention, de sensibilisation pour apprendre les  bonnes pratiques. Sachant que les écrans sont pour beaucoup la seule source de plaisir qui est vécue dans la solitude, sans aucun garde fou, les structures du quartier que nous avons sollicitées pour organiser ensemble cet accueil, nous ont toutes répondus:  « on ne peut pas tout faire! »

Nous avons donc ouvert ce café et une trentaine de jeunes nous rejoignent chaque jeudi. Nous réfléchissons ensemble à différents espaces pour discuter, se divertir. Des projets se pensent. Tout semble possible, mais un problème se profile: nous ne sommes que deux pour les accueillir! Nous risquons rapidement de toucher nos limites pour tenir cet accueil dans la durée.

Notre détresse à nous, c’est d’être trop peu nombreux, et de disposer de moyens insuffisants  pour construire une action à la hauteur des aspirations de ces jeunes qui réclament juste un peu d’espace et d’attention.

Josiane GUNTHER Mai 2019

(1) Fernand Deligny, né en 1913, une des références majeure de l’éducation spécialisée

(2) Christophe Dejours, psychiatre, psychanalyste et professeur de psychologie français, spécialiste en psychodynamique du travail et en psychosomatique

(3) Jean Paul Delahaye, Inspecteur général de l’éducation nationale honoraire. Ancien directeur général de l’enseignement scolaire.

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Se mettre en danger, pour ne pas renoncer à changer sa vie

Nous traversons parfois, avec les adolescentes, des périodes extrêmement éprouvantes. De ces moments qui nous donnent l’opportunité de comprendre de façon plus aiguë, plus intense, les enjeux actuels.

Certaines d’entre elles multiplient les conduites à risque et se mettent véritablement en danger. Elles se laissent brutaliser sans broncher sur l’espace public, elles fument, elles boivent… Elles se « cramen » ! Et nous nous retrouvons face à notre impuissance.

En équipe on consacre de longues heures, à réfléchir, à ne pas comprendre, à tourner en rond… Eh puis, au fil de ces échanges, un peu de sens apparaît, et il s’ouvre à nous, souvent, quelque chose de tellement violent !

Ces filles, elles passent leur énergie à manifester que leur cadre de vie les asphyxient, et elles sont prêtes à y laisser leur vie. Elles y ont déjà un peu perdue leur âme. Elles ne peuvent pas faire autre chose que de manifester qu’elles ne peuvent pas juste obéir à ce qu’on leur impose, de toute façon, de ça aussi elles ne peuvent qu’en mourir, que s’éteindre.

Parfois, on arrive à parler, on trouve un peu les mots. Juste pour dire qu’elles ont raison de ne pas renoncer à ce qu’elles sentent au fond d’elles mêmes, que c’est extrêmement courageux, qu’elles sont vraiment « quelqu’un » de savoir faire ça. Mais le manifester de cette façon, l’issue fatale et inéluctable, c’est de s’exploser dans le mur.

Parfois, certaines répondent : « je ne sens rien ! » Petites filles qui s’asphyxient, qui se coupent d’elles mêmes. Alors on se risque à parler de soin, de prendre soin, de protection, on recherche ensemble des lieux adaptés, des espaces de sécurité et de bienveillance, en s’efforçant d’explorer de façon large toutes les issues possibles.

Le lien est fragile et ténu, le dialogue est vraiment difficile, mais on ne lâche pas ces mains qui prennent le risque de se tendre et de croire à autre chose. On s’efforce de trouver l’issue pour que chacune trouve le sens, l’envie surtout, pour construire son devenir, mais c’est tellement dure. Il faut être auprès de chacune pour lui donner une chance d’y arriver, mais bien souvent, elle nous échappe.

Nous savons que tout commence par un immense effort de compréhension. Aucune n’agit dans le but de faire souffrir qui que ce soit dans leur entourage, mais parce qu’il y a des choses qu’elles ne peuvent pas supporter et il faut qu’on le comprenne avec elles pour qu’elles puissent le comprendre elles mêmes. Il y a des moments très douloureux mais nous restons centrés sur ces enfants et parfois, on peut sentir qu’elles commencent à y croire un peu.

Ces jeunes filles, elles trouvent l’énergie et le courage de faire un pas dans le vide en prenant tous les risques, trop de risques…

Pour nous, pédagogues sociaux, tout ce chemin parcouru ensemble est une opportunité de faire aussi un pas pour notre propre émancipation. Sortir de la domination, c’est toujours un arrachement, c’est violent pour le dominé et le dominant, ça ne peut pas être autrement. Sortir de la domination, c’est ne jamais renoncer à la petite voix intérieure qui dit « non. » Sortir de la domination, c’est prendre tous les risques, même celui de mourir pour préserver ce qui est vivant en nous, ce coeur qui bat d’une manière unique. Ce qui est vivant en nous, c’est ce qui est libre de toutes les obligations, les croyances, les idéologies et qui rend possible un nouvel espace où il peut se créer autre chose qui nous permet à tous un pas de plus et qui peut tout transformer, parfois même radicalement.

Ce que manifestent toutes ces jeunes filles, comme elles le peuvent, c’est la capacité de refuser tout ce qui peut réduire nos vie, la capacité de se révolter, une pulsion de vie. C’est très semblable aux différentes bataillent qui se mènent un peu partout pour refuser l’inacceptable et tenter de construire autrement pour plus de justice et d’égalité. C’est proche par exemple du combat mené par les grévistes, employés dans toutes ces entreprises qui ferment et se délocalisent alors qu’elles font des bénéfices, mettant ainsi en péril des milliers de familles.

Ce que manifestent ces jeunes filles c’est ce que nous avons su inventer en prenant des risques chaque fois que nous savons écouter la petite voix intérieure qui dit « non » et qui nous pousse à nager à contre courent, pour ne pas être mort.

Ce que manifestent ces jeunes filles, c’est très semblable à ce que tous ces grands hommes et femmes qui ont marqué l’histoire ont du faire : un pas dans le vide. Beaucoup ont pris le risque de perdre leur vie pour chaque fois tenter de remettre le monde humain en ordre. Toutes ces actions qui prennent des formes différentes en fonction du contexte et qui sont des occasions pour nous tous de nous émanciper de toutes les dominations et de ne pas renoncer à nos rêves.

 

Josiane GUNTHER Août 2018

 

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