Terrain D'entente

La capacitation

Plusieurs actions pour augmenter la capacitation des jeunes et femmes habitants le quartier de Beaubrun-Tarentaize

 

Notre démarche de pédagogie sociale part des besoins et envies des personnes du quartier et de la façon dont elles les formulent. Nous visons à créer les conditions pour permettre l’élaboration collective de réponses à ces besoins et envies, en redonnant la dignité, la légitimité et la force, pour que tous et toutes prennent en main la construction et le fonctionnement des projets décidés et s’impliquent dans les décisions.

Voici cinq exemples concrétisant cette démarche générale de notre association, dont un avec des ados du quartier.           

1- Une cantine solidaire à Beaubrun: « le Terrain des saveurs »

Pour nous, l’Amicale, Vrac, Terrain d’Entente, tout a commencé autour des bacs de jardinages cultivés durant cet été de canicule de 2022 par l’Amicale.

En Septembre, un repas a été cuisiné collectivement à partir de cette récolte, et partagé ensemble. Ce qui nous a permis d’imaginer cette cantine à partir de nos expériences et nos constats.

L’Amicale fait un bilan positif des expériences de cuisine collective avec les habitants et de repas partagés autour d’événements interculturels. Elle s’inquiète du confort des étudiants du CFA qui se retrouvent dehors avec un sandwich,  quelque soit les intempéries, s’ils ne sont pas inscrits à la cantine de leur établissement.                                                                                                                        Terrain d’Entente: Notre travail, avec le collectif solidarité alimentaire, autour de la question de l’alimentation de qualité accessible à tous, a permis des réalisations importantes:  la culture en plein champ, le maraîchage au Lycée Montravel, avec Coop Sol 42, ( soit 241 heures avec 21 personnes); notre implication dans la dynamique de VRAC (5 à 6 femmes assurent le temps de distribution chaque mois), l’expérience des paniers solidaires avec l’AMAP de Beaubrun (qui a concerné 13 familles sur un semestre).

Toutes ces actions nous ont aidé à identifier de manière toujours plus ajustée les besoins du quartier en matière d’alimentation. Les femmes qui se sont impliquées ont gagné en sentiment de légitimité, en confiance, et sont prêtes à s’investir sur d’autres projets, notamment ce projet de cantine solidaire de quartier.

« Ce projet de cantine correspond à un besoin sur le quartier. Beaucoup de personnes sont très pauvres autour de nous, elles se nourrissent avec les colis alimentaires, certaines sont sans famille, très seules. La cantine va nous permettre de nous retrouver autour d’une même table. »

 Une charte a été réalisée dans le cadre du café des femmes et soumise à la directrice du l’Amicale.

Nos objectifs :

Nous voulons une Cantine solidaire :

–  Pour des personnes en difficulté financière, seules, qui ne cuisinent pas un repas équilibré par jour. Tout en créant un cadre où chacun puisse se sentir « comme chez soi »

–  Pour des enfants qui n’ont pas pu être inscrits à la cantine scolaire. Pour apprendre à goûter à tous les aliments, dont les légumes

–  Pour les étudiants au CFA qui n’ont pas accès à la restauration scolaire.

 –  Un lieu de rencontre et d’échanges multiculturels, intergénérationnels

 –  « Une cuisine du monde » de façon à sortir des discriminations alimentaires.

 –  Lutter contre le gaspillage, avec la valorisation des surplus, des invendus : favoriser les commerçants du quartier.

 –  Développer une alimentation saine et locale. S’appuyer sur les partenariats construits avec l’AMAP de BEAUBRUN, VRAC, le Terroir.  Les produits de notre maraîchage collectif sont cuisinés, à l’occasion des cantines, depuis Septembre 2023.

–   Une reconnaissance des capacités d’organisation du travail des femmes, de leurs aptitudes professionnelles. Et faire de nouveaux apprentissages pour mener ce projet de cantine dans sa globalité.

 –   Un prix solidaire et conscient de façon à permettre l’accès de cet espace aux plus démunis. 

Pour évaluer la faisabilité, nous, les femmes de Terrain d’Entente, avons réalisé une période d’essai où nous avons privilégié l’ invitation des partenaires du quartier pour faire découvrir ce projet. Le bilan est très positif.

Nous avons pu réunir plusieurs partenaires des structures dont toutes ne se connaissaient pas!

Malgré les conditions de cuisine pas encore très favorables, nous avons été  en mesure d’assurer 25 repas. Aujourd’hui, nous pouvons accueillir jusqu’à 40 personnes!

Toutes les femmes qui se mobilisent pour que ce projet aboutisse, vivent avec des revenus insuffisants, beaucoup d’entre elles ont recours aux colis alimentaires de manière régulière. Elles acceptent malgré tout d’assurer gratuitement ce travail. Certaines apportent régulièrement de chez elles, des compléments au menu pour en enrichir la saveur et la diversité.

Toutes sont prêtes à poursuivre cet effort dans la durée, en espérant ainsi assurer un service aux habitants qui répond à des besoins identifiés. En espérant ainsi être reconnues, trouver leur place avec tous les autres acteurs du territoire.

Les 15 femmes impliquées dans cette cantine solidaire, ont pris en main tous les aspects du fonctionnement : la gestion des inscriptions, l’achat des dentées, la confection des repas, la gestion financière, les liens avec les différents acteurs du quartier. Sarah Bouchebaba a suivi avec succès une formation pour maîtriser les normes HACCP et Terrain d’Entente a pu l’embaucher sur cette fonction de coordinatrice depuis octobre 2023.

Cette forte mobilisation contribue aux transformations indispensables pour vivre mieux tous ensemble dans notre quartier. Nous ne pouvons que saluer les capacités très grandes de ces femmes qui sont moteur dans des actions qui enrichissent notre quotidien.

Nous espérons pouvoir à terme rassembler chaque semaine, autour d’une même table, partenaires, habitants, cuisinières.  

Des temps de concertation sont prévus une fois par mois avec l’équipe des cuisinières. Nous avons pu prendre les décisions suivantes:

–  Les bénéfices réalisés permettent une gratification pour chaque cuisinière. Elle bénéficie de bons d’achat qu’elle peut dépenser au moment des distributions mensuelles de VRAC et choisir des produits de qualité. (La somme attribuée a été décidée collectivement.)

–  Nous avons constitué une association collégiale dédiée en Octobre 2023 appelée « Terrain des saveurs« . Ceci permet plus de clarté pour les adhésions de ceux qui fréquentent la cantine et d’avoir un compte en banque associatif.

–   Nous sommes impliquées dans le montage de la caisse sociale de l’alimentation, certaines participent aux Assemblées de cette caisse et transmettent au groupe les avancées pour avoir leur retour. Nous organisons les évènements qui rassemblent les collectifs, les individus, pour faire valoir et avancer ce projet stéphanois. Plusieurs repas ont été organisés en lien avec tout le collectif impliqué dans ce projet de caisse:  en janvier en partenariat avec la Fabuleuse Cantine, en Juin à l’Amicale de Tardy, en Octobre à la Ricamarie et le prochain fin Novembre au Salon Tatou Juste. Chaque fois 10 femmes sont concernées pour chacune 8 heures de travail + 3 heures de courses. 

Les heures de travail nécessaires à la tenue de la cantine :

Pour la coordinatrice: Elaboration du menu et des quantités à adapter, achat des denrées, recherche des invendus auprès de producteurs tels « Le Terroir”, organisation du travail: nombre de personnes nécessaires, répartition des tâches (préparation du repas, organisation de la salle, accueil, rangement, nettoyage), gestion des réservations, communication. (8h)

Le travail des cuisinières : 5 personnes pour cuisiner: 3h pour 5 personnes soit 15h. 2 personnes pour organiser la salle, accueillir les convives, expliquer le fonctionnement, nettoyer et ranger: 2h pour 2 personnes soit 4 h

Soit 27 h pour chaque ouverture de cantine qui concerne 8 personnes (avec la coordinatrice). Nous avons ouvert cette cantine depuis Novembre 2022, à raison de 2 fois par mois ( une fois en Juillet et fermé en Aout). 23 ouvertures et 621 heures de travail. 15 femmes impliquées.

Nous avons réorganisé ces temps de cantine dans les locaux des Moyens du Bord, suite à un profond désaccord avec l’Amicale de Beaubrun qui nous a sommé de quitter les lieux sans pré avis le 7 Octobre à l’occasion d’un bilan de fonctionnement.

Pour le maraîchage, nous travaillons en partenariat avec Coop Sol 42, une association impliquée dans le montage de la caisse sociale de l’alimentation. Depuis Mars 2023, 21 personnes différentes ont participées aux différents chantiers: au lycée horticole de Montravel pour la culture des plantes, de la graine à la mise en terre et au ramassage; sur les terres prêtées par des paysans: culture de pommes de terre et oignons, de la plantation au ramassage. Soit 241 heures de travail réalisé.

Une partie des légumes est vendue dans une épicerie sociale, une autre sur des marchés éphémères, à prix libre et une autre est cuisinée dans la cantine solidaire.

Ces moments de maraichage sont l’occasion pour nous toutes d’échange sur le travail de la terre, les conditions de culture avec le changement climatique, sur les conditions de travail et de vie des paysans, sur la qualité de la nourriture. Toutes choses qui nous redonnent de la dignité nous permet de mettre en oeuvre et de développer nos capacités, de retrouver notre place dans le collectif.

 

2- L’atelier  couture: « le Terrain des créativités ».

Deux couturières, Zaïa et Souhila, ont pris ce projet en main à la rentrée de Septembre 2022. A chacune de leur démarche, elles en parlent au café des femmes et on se met d’accord ensemble. (Le café des femmes accueille chaque semaine 20 à 25 femmes, dont une quarantaine sont concernées tout au long de l’année, il permet que des projets collectifs aboutissent). Zaïa et Souhila ont cherché des machines à coudre de qualité, elles ont discuté les prix, et on a pu acquérir 3 machines pour démarrer ce projet. Elles ont fait connaissance avec « Pièce montée » pour acheter du tissus à un bon prix. C’est un magasin qui s’est ouvert sur notre quartier et qui vend tout ce qui est nécessaire pour la couture.

Elles ont  rencontré la directrice de l’Amicale de Beaubrun, qui a donné son accord pour nous héberger. Nous avons donc ouvert début Novembre 2022 cet atelier à raison de deux fois par semaine: le Lundi et le Jeudi de 14h à 16h.

Ces deux couturières sont responsables de l’atelier, et l’animent bénévolement. Dans notre quartier certaines personnes sortent très peu et sont très isolées. Nous souhaitons être ouvertes à toutes celles et ceux qui voudraient nous rejoindre. Nous souhaitons nous organiser entre nous et nous apprendre les unes les autres, développer et enrichir nos savoirs faire, devenir autonomes. Certaines savent coudre, d’autres faire du crochet, du tricot…Nous voulons faire reconnaître nos talents et notre créativité. Nos revenus sont très précaires, nous ne pouvons pas toujours acheter de quoi nous faire plaisir pour embellir nos appartements, changer de toilettes. Cet atelier couture rend possible certains de ces projets. Pour celles et ceux qui le souhaitent, pouvoir également apprendre les bases du métier de couturière qui faciliterait des possibilités d’insertion professionnelle.

Une autre couturière nous a rejoint en Janvier, elle est modéliste de métier. Nous espérons ainsi pouvoir réaliser de belles choses que nous pourrions vendre (Marcher de la création, Fête du 8 Mars, et d’autres événements avec l’Amicale) Nous sommes adhérentes de l’association VRAC et nous avons pu obtenir un petit espace pour vendre chaque mois, au moment de la distribution des commandes, ce que nous réalisons. Nous avons aussi participé à l’événement du 8 Mars sur la Place Roannelle.

L’une d’entre nous a créé un groupe watshap pour permettre les inscriptions, gérer la liste d’attente.  Elle communique au groupe les jours des ateliers. Nous avons demandé une adhésion de 5 euros pour l’année aux personnes intéressées ce qui nous a permis d’acheter un peu de tissus. Nous avons des temps de bilans réguliers, au café des femmes, pour améliorer notre accueil et notre mode d’organisation.

A l’occasion des événements du 8 Mars, nous avons organisé une journée porte ouverte le 13 Mars où des habitants nous ont rejoins. Plusieurs d’entre nous participent aux ateliers « parents ambassadeurs », animés par Florence Liotard qui transmet la proposition de nos ateliers dans les écoles du quartier. Nous avons été « victimes » de notre succès! Beaucoup de femmes souhaitent s’investir dans cet atelier. Nous étions trop nombreuses, avec seulement 3 machines à coudre, et nous avons dû réaliser une liste d’attente. Nous avons présenté notre projet au Fond de Participation des Habitants fin Mai 2023 pour nous permettre d’assurer l’achat de matériel supplémentaire et notamment des machines à coudre, pour ouvrir ces ateliers à plus de personnes, et offrir de bonnes conditions pour chacune et chacun. Nous avons été prise en compte dans cette demande. La somme accordée nous a permis l’achat de 6 machines supplémentaires et d’autres matériaux! Depuis la rentrée 2023, nous accueillons à chaque atelier 15 femmes. Nous imaginons développer d’autres activités en parallèle: l’apprentissage du crochet, du tricot, qui pourrait permettre à nos « anciennes » du quartier de nous transmettre leur savoir. Et devenir ainsi un atelier multi créatif !!!

Depuis Octobre 2023, nous sommes accueillies à l’Amicale de Tardy, le Jeudi avec un atelier le matin et un autre l’après midi. 

 

3 – Bilan du championnat FSGT, traditionnellement appelé foot entreprise.

Depuis 4 ans, une équipe composée de jeunes âgés de 14 ans à 20 ans évolue dans ce championnat tous les lundis de l’année quelque soient les conditions météorologiques.

L’année 2023 est la première année où le projet a été à son terme, nous n’avons eu à déplorer aucune sanction sur le comportement des membres de l’équipe.

Dès le début de cette année cette équipe a su s’auto organisée, et la présence de Ramzi n’a pas été centrale mais dans l’accompagnement, la ré assurance, l’encouragement . C’est un jeune adulte (partie prenante en tant qu’ado à Terrain d’Entente depuis plusieurs années) qui a choisit de prendre la présidence de cette équipe et qui a su assurer le rôle de coach et  a permis à chacun d’avoir une place précise au sein de l’équipe.

Tout ne fut pas simple chaque lundi mais, de façon progressive, en accordant du temps à la réflexion collective, chacun a pu s’engager à respecter les règles et les autres.

Depuis ces 4 années ce projet a concerné plus de 35 jeunes et c’est la première fois que le collectif n’est pas exclue avant la fin du championnat.

L’équipe a même fini première de sa poule lors de la première phase et elle évolue actuellement en division 1. Dans la pratique, nous avons pu noté pour beaucoup d’entre eux de considérables évolutions des comportements et d’échanges constructifs entre les membres des équipes rencontrées. Pour certains, ces relations se sont concrétisées par des échanges de CV entre les jeunes et les membres d’entreprises participant au championnat notamment avec Abeille: une compagnie d’assurances;  Coveris: une entreprise spécialisée dans le plastique; Renaud dans le commerce, ou en encore Décathlon dans le vente de sport. Certains travaillent actuellement dans ces entreprises.

Tout cela a commencé après une discussion en septembre entre les membres de l’association et les jeunes qui ont décidé  de se prendre en charge en prenant en main la responsabilité de ce projet et en payant eux même l’intégralité de la cotisation.

L’association à contribué financièrement au prêt de matériel et en assurant les déplacements.

Ce mode de fonctionnement a d’ailleurs été réinvestit sur d’autres projets tout au long de l’année, notamment avec les ados sur les projets autour des vacances. 

 

4 – Accompagnement de notre association par la Fabrique de la Transition

Terrain d’Entente est membre du CA de la Fabrique de la Transition qui rassemble actuellement 15 structures qui construisent des démarches alternatives sur le bassin stéphanois. Nous souhaitons tous ensemble contribuer à faire de notre territoire, un territoire résilient face aux impacts du dérèglement climatique et à l’érosion des liens de solidarité. Nous tentons de changer les modes de production, de décision, de consommation. Nous développons la mutualisation des expertises  et ressources. Nous tentons de générer la coopération entre nos membres avec de nouveaux projets, pour hybrider les réseaux existants, de façon à ce qu’ils se transforment en s’ouvrant à d’autres réalités, d’autres expertises. Nous tentons de faciliter l’émergence de nouveaux acteurs pour renforcer l’écosystème. 

L’objectif de cet accompagnement est de permettre à chacun des membres de Terrain d’Entente (salariés, habitant-es impliqué-es, membres du bureau) de s’approprier le projet associatif, les enjeux économiques, et la compréhension globale du fonctionnement actuel, et de chercher les modalités pour prendre les décisions tous ensemble de façon à ce que chacun-e se sente légitime pour faire des propositions…. Le co développement sera la base de ce travail : des groupes de « pairs » (notamment de femmes du quartier, d’ados) , accompagnés par une personne garante du cadre, vont essayer d’exposer et résoudre les situations/problématiques de celles et ceux qui le composent.

Après une phase de diagnostic (avec l’équipe salariée, les habitantes investies dans le COPIL, les membres du bureau), durant l’été, un besoin nouveau a été identifié: la nécessité de réaliser une plaquette de communication interne (pour les membres de l’association, ceux qui nous rejoindront) et externe (pour nos partenaires financiers et techniques, les élus)

 

Nous avons partagé un premier atelier en Octobre pour récolter des éléments pour assurer son contenu. Nous étions 15 ( les 3 salariés, les 3 membres du bureau, 10 femmes impliquées). Après l’AG du 27 novembre, à laquelle participeront Thomas et Alice de la Fabrique, nous travaillerons la suite de cet accompagnement au sein des différents « espaces » de Terrain d’entente. (café des ados, café des femmes, COPIL)

 

Voici la restitution des réflexions lors de ce travail collectif : 

Les méthodes de Terrain d’entente

La pédagogie sociale: On part de ce que veulent les gens. On décide ensemble et collectivement.

Faire avec, et aller vers. Entraide, Coopération, Auto-organisation 

Co-éducation : nous prenons toutes et tous part à l’éducation des enfants et des jeunes

On fait ce qui ne se fait pas ailleurs, relayant les institutions là où elles sont absentes.

Être dehors, avec ceux qui ne poussent pas les portes

Les valeurs de Terrain d’entente

L’accueil y est inconditionnel : quand on veut, quand on peut, on y participe à la hauteur de ses moyens.

C’est ouvert à tout le monde et particulièrement à celles et ceux qui n’ont pas de place ailleurs.

C’est un lieu d’émancipation. Le soutien et l’apprentissage mutuel : tout le monde a quelque chose à apporter

Le partage est au centre : partage d’idée, de café et de gâteaux, de travail, d’informations.

Une association qui  rassemble des personnes des quatre coins du monde. 

Les actions de l’association :

On associe, prend en charge, accompagne les enfants, les jeunes les adultes  en détresse

Le soutien scolaire, l’aide au devoir. Des vacances pour toutes et tous !

Le café des ados. Le café des femmes,

L’atelier couture – rendre le monde plus beau.

La cantine solidaire : un moment où manger ensemble par et pour le quartier !

Du maraîchage pour faire pousser nos légumes et découvrir le quotidien des paysan.nes

Des paniers solidaires, pour manger de bonnes choses accessibles

Ce que permet notre association :

On anime le quartier… Et on en sort !

On fait évoluer les choses, on agit sur ce avec quoi on n’est pas d’accord

Réfléchir ensemble. Dénouer les problèmes, trouver des solutions. Prendre de la hauteur sur le quotidien

C’est une bulle de sécurité. On sort de l’isolement. Soit et les autres !

On y est fière de ce qu’on sait faire,

C’est un lieu où se redonner de l’espoir, allumer des étoiles,

On y trouve du courage, de la force pour continuer

Se défouler, se libérer, trouver du bonheur

Être bien ensemble et construire cet « ensemble ». Révéler la force des femmes migrantes 

 

5 – Eté 2023, le projet « Plongée » 

Comment est né ce projet, à partir de quels constats ? 

L’espace Alfred Sisley à Montchovet (St-ETIENNE) et l’association Terrain d’entente à  Tarentaize( St-ETIENNE) sont des structures aux couleurs sportives, culturelles et citoyennes qui construisent avec les jeunes une large palette d’activités durant l’année et notamment lors des vacances scolaires.

Au début de l’année 2022, nous avons constaté qu’il existait un lien étroit entre les jeunes adhérents de ces deux structures, qu’ils se fréquentaient et qu’ils étaient nombreux à être scolarisés dans les mêmes établissements.

Ils nous ont fait remonter leur envie de créer une action commune.

Nous avons organisé un séjour en bivouac, lors de la période estivale de l’année 2022, qui a en partie été financé par LJS.

Suite au succès de ce premier séjour, l’idée d’organiser un nouveau projet a émergé dans notre espace d’échange privilégié, le Café des ados. Cette fois-ci, la thématique retenue a été la plongée sous-marine. Le choix s’est porté sur Bormes-les-Mimosas, une région propice à la découverte de la faune et de la flore sous-marine. Ce séjour pouvait offrir une occasion unique à 10 jeunes issus des deux structures de vivre ensemble une nouvelle expérience de construction d’un projet et d’un partage du vivre ensemble.

Le séjour a été organisé dans un gîte en gestion libre, créant ainsi un environnement convivial et chaleureux favorisant les échanges et le renforcement des liens entre les jeunes. La plongée sous-marine a constitué l’activité centrale de ce séjour, permettant aux participants de découvrir la beauté et la diversité des fonds marins de la région. En s’initiant à cette activité, les jeunes ont eu également l’opportunité de développer des compétences d’équipe, de communication et d’autonomie. Ils sont impliqués dans la préparation des repas et l’organisation des activités, ce qui a favorisé leur responsabilisation et leur prise d’initiative.

De plus, nous avons constaté chez ces jeunes une forte addiction aux écrans et notamment au téléphone portable. Un des objectifs sous-jacents de ce projet était d’encourager les jeunes à décrocher de leurs téléphones et à s’engager activement dans des activités en dehors du monde virtuel.

Nous souhaitions créer des expériences réelles et immersives qui captivent l’attention des jeunes et les éloignent de leurs écrans. Ces activités physiques et interactives offrent une alternative stimulante aux divertissements virtuels et encouragent les jeunes à se re-connecter avec leur environnement, avec les autres participants et avec eux-mêmes.

En résumé, ce projet est né de la volonté des jeunes adhérents de l’Espace Alfred Sisley et de Terrain d’entente de collaborer et de réaliser une action commune. Les séjours en bivouac précédents ont renforcé leur motivation et ont permis de constater les bénéfices de ces expériences partagées. Le séjour sur la thématique de la plongée sous-marine à Bormes-les-Mimosas constituait une étape supplémentaire dans cette démarche, offrant aux jeunes l’opportunité de découvrir de nouvelles perspectives, de renforcer leur esprit d’équipe et leur autonomie, et de créer des souvenirs durables.

Objectifs du projet ?

Voici les 4 objectifs principaux du séjour :

  • Découvrir et explorer un environnement naturel différent de celui auquel les jeunes sont habitués : La plongée sous-marine permet de découvrir un monde sous-marin fascinant et méconnu, offrant ainsi aux jeunes l’occasion d’élargir leur horizon et de développer leur curiosité.
  • Favoriser la confiance en soi et l’autonomie : La pratique de la plongée sous-marine peut être intimidante pour les jeunes. Cependant, en surmontant leurs peurs et en développant leur maîtrise de la technique, les jeunes peuvent renforcer leur confiance en eux et leur capacité à prendre des initiatives et à agir en autonomie.
  • Renforcer l’esprit d’équipe et la solidarité : La plongée sous-marine est une activité qui se pratique en binôme ou en groupe, ce qui nécessite une communication claire et efficace, ainsi qu’un esprit de coopération. Les jeunes sont ainsi amenés à renforcer leur cohésion et leur solidarité en travaillant ensemble pour atteindre leurs objectifs. De plus, dans la vie quotidienne, les jeunes vont devoir faire preuve d’entraide afin d’accomplir les différentes tâches incontournables de la vie en groupe (ex: ménage, repas, vaisselle…)
  • Sensibiliser à la protection de l’environnement : La plongée sous-marine permet de prendre conscience de la fragilité de l’environnement marin et des enjeux liés à sa préservation. Les jeunes peuvent ainsi être sensibilisés aux gestes éco-responsables et à l’importance de préserver la biodiversité.

Description du projet :  

Ce projet a réellement débuté en 2023 lors d’une nouvelle réunion de concertation entre les jeunes de nos deux structures. Nous avons organisé 6 rencontres avant de partir en séjour :

  • Séance Baptême de plongée en février 2023 avec le CLUB DE PLONGEE DE ST ETIENNE
  • Séance recherche d’un lieu de séjour en février 2023
  • Séance débats sur la faune et la flore en mars 2023
  • Séance préparation du séjour en avril 2023
  • Réunion avec les familles en mai 2023
  • Séance préparation du séjour en juin 2023

Le séjour a eu lieu du 05/07/2023 au 09/07/2023. L’intégralité des jeunes ont obtenu leur diplôme de plongée et ont donc pu plonger à 15 mètres de profondeur.

Les activités prévues étaient:

  • VTT sur l’île de Porquerolles
  • Sortie plage
  • Visite de Saint-Tropez et de Bormes les Mimosas
  • Plongée sous-marine
  • Randonnée

Cette idée de séjour n’était qu’un outil quant à la transmission de valeurs. Le projet visait à susciter chez les jeunes, une prise de conscience sur l’importance et l’impact que peut avoir la nature et la plongée sous marine sur la personnalité de chacun.  

Le public :

  • Les groupes de jeunes étaient constitués de 4 garçons et 6 filles issus des quartiers stéphanois de Montchovet et de Tarentaize.
  • Des jeunes entre 16 et 19 ans en recherche d’autonomie et de construction vis-à-vis de l’adulte, la plupart encore dans un cursus scolaire, cependant, certains déscolarisés et sans situation professionnel.

Méthode d’évaluation et indicateurs choisis au regard des objectifs poursuivis ?

  • L’analyse des difficultés des jeunes est essentielle quant à l’évaluation du déroulement du projet. Le degré d’implication et les retours des jeunes sont des facteurs importants à prendre en compte pour évaluer le projet.
  • De plus, des objectifs plus opérationnels ont été fixés et un « grand bilan » a été fait lors d’une réunion partenariale entre les deux structures.

Quelques éléments de notre évaluation

  • Quels bénéfices pour le public (Plus-value éducative, mixité, Implication…)

La création d’une dynamique de groupe extraordinaire (entraide, solidarité et bienveillance) et une expérience de vie émancipatrice  liée à la plongée sous-marine (dépassement de soi, autonomie). Certain(e)s jeunes, ne savaient pas nager et ont pourtant réussi à aller au-delà de leurs limites en descendant à plus de 15 mètres de profondeurs. La plongée sous-marine est une activité réellement émancipatrice, les sessions ont permis aux jeunes de renforcer leur confiance en eux. 

  • Quels effets a produit ce partenariat ?

Le partenariat est toujours important pour nos deux structures car il nous permet d’avoir un regard complémentaire et neutre sur les jeunes que nous accompagnons au quotidien. De plus, cela permet aux jeunes d’obtenir une opportunité d’accompagnement individuel ci-besoin et d’échanger avec d’autres personnes. Ensuite, le groupe de Terrain d’Entente était composé principalement de garçons, contrairement au groupe de Sisley qui lui, était composé uniquement de filles, ce séjour inter-centre était aussi une occasion pour créer des expériences de mixité chez nos jeunes. 

  • Quelle(s) perspective(s)?

Nous aimerions d’ores et déjà construire un nouveau projet l’année prochaine, une nouvelle fois sur le thème de la nature.

 

Josiane Gunther Janvier 2024

 

 

Publié par Terrain D'entente dans Co-éducation et communauté éducative, 0 commentaire

La pédagogie sociale, une démarche d’éducation populaire

La notion d’éducation populaire met en évidence une façon de partager les savoirs « à la manière populaire ». On se croise, on se parle, on s’organise ensemble. Dans ces espaces, dans ces temps de rencontre, la notion de « savoir », de « connaissance », est estimé de manière égale. Les savoirs de l’expérience de vie, et l’expertise qui en découle, et ceux plus académiques sont mis en commun. Ces connaissances partagées nous permettent de construire collectivement ce qui nous parait le plus adapté pour vivre ensemble sur un même territoire dans la meilleure prise en compte des besoins et des aspirations de chacun. Dans la meilleure prise en compte de l’intérêt général, de ce qui nous est commun: le respect de l’environnement et des personnes. On s’éduque ensemble, on grandit ensemble à partir d’engagements dans des actions, des initiatives qui répondent à des besoins, des enjeux.

Nous avons la conviction que pour construire une société, vivante, humaine, il faut prendre acte de la diversité, de la complexité, de l’interdépendance. Personne ne se construit tout seul, personne ne réussit seul quoi que ce soit. On se construit à partir du tissu social qui nous porte, nous encourage, nous reconnaît. Nous reconnaissons la vulnérabilité comme constituante de notre nature humaine, qui permet à chacun de pouvoir compter sur les autres et de compter pour les autres. Et de sortir de cette tension insupportable d’avoir à prouver qu’on est le meilleur, en cherchant à correspondre à ce qui est définit comme l’excellence.

Beaucoup trop d’entre nous se retrouvent exclus des espaces où se réfléchissent et s’élaborent des pratiques qui tentent d’apporter des réponses aux enjeux de notre territoire. Un stéphanois sur quatre se retrouve aujourd’hui en dessous du seuil de pauvreté. Ces nombreuses situations de détresse ont un impact très lourd pour les personnes qui les subissent et sur l’ensemble de notre collectivité. Ce qui est entrepris se retrouve en risque constant de s’essouffler voire de s’effondrer. Il est indispensable pour renforcer tout ce travail entrepris dans de nombreux espaces, et pouvoir compter sur la contribution de plus de personnes, de croiser les pratiques et de s’appuyer sur l’expertise de ceux qui subissent le plus les crises successives que nous traversons pour rechercher les réponses les plus adaptées.

Il est indispensable d’aller à la rencontre de ceux qui ne poussent plus les portes des structures, des espaces où se développent des dynamiques de transformation. Leurs aspirations et leurs préoccupations doivent être prises en compte.

Nous sommes présents sur  l’espace public, aux pieds des immeubles,  là où vivent les gens. Notre effort permanent pour tenter de comprendre comment le quotidien est vécu par les familles, nous permet de nous engager dans des actions qui reposent sur des besoins réels, des aspirations manifestées. Des actions co construites qui deviennent nos affaires à tous.

L’objectif est de rendre visible ce qui est mal compris et de créer une dynamique collective pour régler des problème concrets.

Ce qui est mal compris dans la société, ce sont les impacts de la précarité dans le quotidien des familles.

–   Des enfants en situation de rue qui se retrouvent sur l’espace public sans présence adulte, ou bien des enfants seuls dans les appartements, avec comme compagnon les écrans. Ils ont très peu accès aux activités périscolaires: la culture, le sport, les départs en vacances.

–   Des ressources insuffisantes pour vivre. Des logements surpeuplés. Pas de travail stable, des tâches qui provoquent des troublent invalidants très précoces.

–   Des jeunes en galère, avec des parcours scolaires qui les ont mis en souffrance, une absence de perspective de travail, de formation, d’accompagnement. Des jeunes sans ressource qui n’ont que le deal pour s’assurer un pécule avec des conséquences pour certains dramatiques.

–   Tendance pour beaucoup à l’isolement: parler de ses problèmes c’est la honte et la peur d’être jugé. « Il faut se méfier de tout le monde et parler à personne »

–   Se sentir inutile, illégitime, exclus.

La dynamique collective se crée à partir du moment où on sait aller à la rencontre des gens, où on assure des temps de présence réguliers et fiables, où on est attentif à ce qui que manifeste, où chacun peut nous rejoindre quand c’est possible et utile pour lui.

Dans ces conditions là, les gens sortent de chez eux, s’organisent, réalisent des projets.

La dynamique collective redonne l’envie et l’énergie d’entreprendre. Au sein du collectif on construit un sentiment de légitimité qui donne à chacun le courage et la force d’aller à la rencontre des autres.

Il est indispensable de sortir du cloisonnement des espaces sociaux où on ne se  rencontre plus nulle part dans notre diversité. De faire réseau avec d’autres collectifs pour croiser des centres d’intérêts, des préoccupations, pour mieux comprendre la réalité de chacun et agir de façon plus adaptée.

 

Exemple de dynamique collective: à propos de la précarité alimentaire

Suite à nos échanges avec les habitants du quartier et avec des paysans, nous mettons en évidence que ceux qui n’ont pas la possibilité de choisir leur nourriture, dont beaucoup ont recours à l’aide alimentaire, et ceux qui produisent une nourriture respectueuse du vivant, dont le travail n’est pas suffisamment rémunéré, ont des situations sociales très semblables. Tous ont des revenus insuffisants. Beaucoup se sentent exclus. Beaucoup ont le sentiment de ne pas pouvoir décider et de subir en grande partie leur existence.

La réflexion menée ensemble sur la possibilité de nous engager avec d’autres, et de construire des liens d’entraide, nous a conduit à développer un nouveau collectif qui a rendu possible un maillage de relations avec des associations, des producteurs, des distributeurs. Nous avons notamment développé du maraîchage, en lien avec tous ces acteurs.

Il est devenu possible, dans notre diversité sociale, de contribuer au travail de production de la nourriture en prenant en compte une multiplicité de contraintes. Ces rencontres régulières de travail partagé ont permis une interconnaissance de réalités et des problématiques de chacun.

Nous sortons de la relation aidant/aidés vécue comme humiliante et indigne.

Il devient possible aux paysans, à partir des paniers solidaires développés au sein de l’AMAP,  de contribuer à nourrir ceux qui ne peuvent  pas subvenir à leurs besoins. Il devient possible aux personnes, dont les revenus sont insuffisants pour vivre, de participer à la production de nourriture sur leur territoire.

Ce sentiment de satisfaction réciproque développe de l’enthousiasme, améliore l’estime de soi et la confiance, redonne l’énergie et l’envie de se mobiliser pour entreprendre et développer des projets. Une dynamique est en route: plusieurs habitantes se mobilisent pour participer aux temps de distribution mensuelle de VRAC. Plusieurs adhèrent au magasin coopératif la Fourmilière. D’autres projets se sont réalisés pour répondre à d’autres problématiques: une cantine solidaire « le Terrain de saveurs » où des habitants, des acteurs du quartiers, les cuisinières mangent à la même table.

Les personnes les plus en difficulté développent leur capacité d’agir et contribuent ainsi à la dynamique collective porteuse de solutions sur des enjeux déterminants tels que la santé, l’environnement.

Josiane Gunther Novembre 2023

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Ce que nous voulons: construire une ville pour nous tous!

Nous voulons que cessent le racisme systémique, les violences policières, les inégalités sociales qui continuent de se creuser.

Nous avons démarré cette marche dans le quartier de Beaubrun/Tarentaize

Les habitants de tous ces quartiers subissent de plein fouet l’aggravation de toutes les inégalités sociales. Après la mort de Nahël des révoltent se sont manifestées durant l’été. Un militant de Nanterre déclarait:  » S’il n’y a pas de réaction, les gens sont morts!  » Pour nous sentir vivants ensemble, nous savons construire des alternatives.

Nous voulons nous mobiliser ensemble, dans la durée, pour la convergence des justices antiracistes, sociales, écologiques, féministes pour que cessent les politiques sécuritaires et anti sociales.

Il ne faut  pas extraire tous ces territoires qui sont mis à mal, du reste de la société. Jamais l’égalité ne sera possible, la justice, la société résiliente si on exclut des gens.

Il faut donc briser l’isolement des quartiers. Ouvrir des perspectives pour que tout un chacun accède à la société, normalement.

Il faut aller dans les quartiers. Faire alliance: les injustices peuvent être le ciment de l’unité.

En Juillet 2020, suite au meurtre de Georges Flyod, on martelait dans les rue

« Génération, climat, génération Adama, on veut tous respirer!

Ce sont nos affaires sociales et nous avons la responsabilité de contribuer à ce qu’il devienne possible aux habitants de se réapproprier leur quartier et d’y vivre dignement.

Terrain d’Entente est présent depuis 12 ans à Beaubrun Tarentaize. Nous sommes présents sur l’espace public, nous proposons des ateliers de rue et les enfants, les jeunes, les adultes nous rejoignent. Ensemble, nous développons des actions qui partent des aspirations, qui tentent de régler des problèmes concrets. Quand on propose un espace régulier et pérenne, les gens nous rejoignent et s’investissent. Et nous développons une force collective.

Mais nous sommes trop peu nombreux à rejoindre toutes ces familles. Nous sommes toujours  en risque de ne pas pouvoir continuer, faute de moyens. Nous avons besoin de renouveler nos forces et nos énergies pour poursuivre ce qui est entrepris et qui marche.

Si nous nous y mettons tous ensemble, il est possible de construire une politique qui défend la vie des habitants. Rejoignons les habitants qui vivent à la périphérie pour défendre notre ville pour nous tous.

Josiane Gunther

Participation à la marche contre les violences policières.

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Des exemples concrets d’émancipation

Plusieurs actions pour augmenter la capacitation des jeunes et femmes habitants le quartier de Beaubrun-Tarentaize 

Notre démarche de pédagogie sociale part des besoins et envies des personnes du quartier et de la façon dont elles les formulent. Nous visons à créer les conditions pour permettre l’élaboration collective de réponses à ces besoins et envies, en redonnant la dignité, la légitimité et la force, pour que tous et toutes prennent en main la construction et le fonctionnement des projets décidés et s’impliquent dans les décisions.

Voici cinq exemples concrétisant cette démarche générale de notre association.           

1- Une cantine solidaire à Beaubrun: « le Terrain des saveurs »

Pour nous, l’Amicale, Vrac, Terrain d’Entente, tout a commencé autour des bacs de jardinages cultivés durant cet été de canicule de 2022 par l’Amicale.

En Septembre, un repas a été cuisiné collectivement à partir de cette récolte, et partagé ensemble. Ce qui nous a permis d’imaginer cette cantine à partir de nos expériences et nos constats.

L’Amicale fait un bilan positif des expériences de cuisine collective avec les habitants et de repas partagés autour d’événements interculturels. Elle s’inquiète du confort des étudiants du CFA qui se retrouvent dehors avec un sandwich,  quelque soit les intempéries, s’ils ne sont pas inscrits à la cantine de leur établissement.                                                                                                                                                                                                            Terrain d’Entente: Notre travail, avec le collectif solidarité alimentaire, autour de la question de l’alimentation de qualité accessible à tous, a permis des réalisations importantes:  la culture en plein champ, le maraîchage au Lycée Montravel, avec Coop Sol 42, ( soit 241 heures avec 21 personnes); notre implication dans la dynamique de VRAC (5 à 6 femmes assurent le temps de distribution chaque mois), l’expérience des paniers solidaires avec l’AMAP de Beaubrun (qui a concerné 13 familles sur un semestre).

Toutes ces actions nous ont aidé à identifier de manière toujours plus ajustée les besoins du quartier en matière d’alimentation. Les femmes qui se sont impliquées ont gagné en sentiment de légitimité, en confiance, et sont prêtes à s’investir sur d’autres projets, notamment ce projet de cantine solidaire de quartier.

« Ce projet de cantine correspond à un besoin sur le quartier. Beaucoup de personnes sont très pauvres autour de nous, elles se nourrissent avec les colis alimentaires, certaines sont sans famille, très seules. La cantine va nous permettre de nous retrouver autour d’une même table. »

 Une charte a été réalisée dans le cadre du café des femmes et soumise à la directrice du l’Amicale.

Nos objectifs :

Nous voulons une Cantine solidaire :

–  Pour des personnes en difficulté financière, seules, qui ne cuisinent pas un repas équilibré par jour. Tout en créant un cadre où chacun puisse se sentir « comme chez soi »

–  Pour des enfants qui n’ont pas pu être inscrits à la cantine scolaire. Pour apprendre à goûter à tous les aliments, dont les légumes

–  Pour les étudiants au CFA qui n’ont pas accès à la restauration scolaire.

 –  Un lieu de rencontre et d’échanges multiculturels, intergénérationnels

 –  « Une cuisine du monde » de façon à sortir des discriminations alimentaires.

 –  Lutter contre le gaspillage, avec la valorisation des surplus, des invendus : favoriser les commerçants du quartier.

 –  Développer une alimentation saine et locale. S’appuyer sur les partenariats construits avec l’AMAP de BEAUBRUN, VRAC, le Terroir.  Les produits de notre maraîchage collectif sont cuisinés, à l’occasion des cantines, depuis Septembre 2023.

–   Une reconnaissance des capacités d’organisation du travail des femmes, de leurs aptitudes professionnelles. Et faire de nouveaux apprentissages pour mener ce projet de cantine dans sa globalité.

 –   Un prix solidaire et conscient de façon à permettre l’accès de cet espace aux plus démunis. 

Pour évaluer la faisabilité, nous, les femmes de Terrain d’Entente, avons réalisé une période d’essai où nous avons privilégié l’ invitation des partenaires du quartier pour faire découvrir ce projet. Le bilan est très positif.

Nous avons pu réunir plusieurs partenaires des structures dont toutes ne se connaissaient pas!

Malgré les conditions de cuisine pas encore très favorables, nous avons été  en mesure d’assurer 25 repas. Aujourd’hui, nous pouvons accueillir jusqu’à 40 personnes!

Toutes les femmes qui se mobilisent pour que ce projet aboutisse, vivent avec des revenus insuffisants, beaucoup d’entre elles ont recours aux colis alimentaires de manière régulière. Elles acceptent malgré tout d’assurer gratuitement ce travail. Certaines apportent régulièrement de chez elles, des compléments au menu pour en enrichir la saveur et la diversité.

Toutes sont prêtes à poursuivre cet effort dans la durée, en espérant ainsi assurer un service aux habitants qui répond à des besoins identifiés. En espérant ainsi être reconnues, trouver leur place avec tous les autres acteurs du territoire.

Les 15 femmes impliquées dans cette cantine solidaire, ont pris en main tous les aspects du fonctionnement : la gestion des inscriptions, l’achat des dentées, la confection des repas, la gestion financière, les liens avec les différents acteurs du quartier. Sarah a suivi avec succès une formation pour maîtriser les normes HACCP et Terrain d’Entente a pu l’embaucher sur cette fonction de coordinatrice depuis octobre 2023.

Cette forte mobilisation contribue aux transformations indispensables pour vivre mieux tous ensemble dans notre quartier. Nous ne pouvons que saluer les capacités très grandes de ces femmes qui sont moteur dans des actions qui enrichissent notre quotidien.

Nous espérons pouvoir à terme rassembler chaque semaine, autour d’une même table, partenaires, habitants, cuisinières.  

Des temps de concertation sont prévus une fois par mois avec l’équipe des cuisinières. Nous avons pu prendre les décisions suivantes:

–  Les bénéfices réalisés permettent une gratification pour chaque cuisinière. Elle bénéficie de bons d’achat qu’elle peut dépenser au moment des distributions mensuelles de VRAC et choisir des produits de qualité. (La somme attribuée a été décidée collectivement.)

–  Nous avons constitué une association collégiale dédiée en Octobre 2023 appelée « Terrain des saveurs« . Ceci permet plus de clarté pour les adhésions de ceux qui fréquentent la cantine et d’avoir un compte en banque associatif.

–   Nous sommes impliquées dans le montage de la caisse sociale de l’alimentation, certaines participent aux Assemblées de cette caisse et transmettent au groupe les avancées pour avoir leur retour. Nous organisons les évènements qui rassemblent les collectifs, les individus, pour faire valoir et avancer ce projet stéphanois. Plusieurs repas ont été organisés en lien avec tout le collectif impliqué dans ce projet de caisse:  en janvier en partenariat avec la Fabuleuse Cantine, en Juin à l’Amicale de Tardy, en Octobre à la Ricamarie et le prochain fin Novembre au Salon Tatou Juste. Chaque fois 10 femmes sont concernées pour chacune 8 heures de travail + 3 heures de courses. 

Les heures de travail nécessaires à la tenue de la cantine                                                                                                                                                     Pour la coordinatrice: Elaboration du menu et des quantités à adapter, achat des denrées, recherche des invendus auprès de producteurs tels « Le Terroir”, organisation du travail: nombre de personnes nécessaires, répartition des tâches (préparation du repas, organisation de la salle, accueil, rangement, nettoyage), gestion des réservations, communication. (8h)                                                                                                                                              Le travail des cuisinières : 5 personnes pour cuisiner: 3h pour 5 personnes soit 15h. 2 personnes pour organiser la salle, accueillir les convives, expliquer le fonctionnement, nettoyer et ranger: 2h pour 2 personnes soit 4 h                                                                                                                            Soit 27 h pour chaque ouverture de cantine qui concerne 8 personnes (avec la coordinatrice). Nous avons ouvert cette cantine depuis Novembre 2022, à raison de 2 fois par mois ( une fois en Juillet et fermé en Aout). 23 ouvertures et 621 heures de travail. 15 femmes impliquées.

Nous avons réorganisé ces temps de cantine dans les locaux des Moyens du Bord,à compter de Novembre 2023. Début Janvier 2024, nous emménageons une cuisine mise à disposition par l’AGASEF qui souhaite entreprendre un partenariat avec Terrain d’entente et Terrain des saveurs

Pour le maraîchage, nous travaillons en partenariat avec Coop Sol 42, une association impliquée dans le montage de la caisse sociale de l’alimentation. Depuis Mars 2023, 21 personnes différentes ont participées aux différents chantiers: au lycée horticole de Montravel pour la culture des plantes, de la graine à la mise en terre et au ramassage; sur les terres prêtées par des paysans: culture de pommes de terre et oignons, de la plantation au ramassage. Soit 241 heures de travail réalisé.

Une partie des légumes est vendue dans une épicerie sociale, une autre sur des marchés éphémères, à prix libre et une autre est cuisinée dans la cantine solidaire.

Ces moments de maraichage sont l’occasion pour nous toutes d’échange sur le travail de la terre, les conditions de culture avec le changement climatique, sur les conditions de travail et de vie des paysans, sur la qualité de la nourriture. Toutes choses qui nous redonnent de la dignité nous permet de mettre en oeuvre et de développer nos capacités, de retrouver notre place dans le collectif.

 

2- L’atelier  couture: « le Terrain des créativités ».

Deux couturières, Zaïa et Souhila, ont pris ce projet en main à la rentrée de Septembre 2022. A chacune de leur démarche, elles en parlent au café des femmes et on se met d’accord ensemble. (Le café des femmes accueille chaque semaine 20 à 25 femmes, dont une quarantaine sont concernées tout au long de l’année, il permet que des projets collectifs aboutissent). Zaïa et Souhila ont cherché des machines à coudre de qualité, elles ont discuté les prix, et on a pu acquérir 3 machines pour démarrer ce projet. Elles ont fait connaissance avec « Pièce montée » pour acheter du tissus à un bon prix. C’est un magasin qui s’est ouvert sur notre quartier et qui vend tout ce qui est nécessaire pour la couture.

Elles ont  rencontré la directrice de l’Amicale de Beaubrun, qui a donné son accord pour nous héberger. Nous avons donc ouvert début Novembre 2022 cet atelier à raison de deux fois par semaine: le Lundi et le Jeudi de 14h à 16h.

Ces deux couturières sont responsables de l’atelier, et l’animent bénévolement. Dans notre quartier certaines personnes sortent très peu et sont très isolées. Nous souhaitons être ouvertes à toutes celles et ceux qui voudraient nous rejoindre. Nous souhaitons nous organiser entre nous et nous apprendre les unes les autres, développer et enrichir nos savoirs faire, devenir autonomes. Certaines savent coudre, d’autres faire du crochet, du tricot…Nous voulons faire reconnaître nos talents et notre créativité. Nos revenus sont très précaires, nous ne pouvons pas toujours acheter de quoi nous faire plaisir pour embellir nos appartements, changer de toilettes. Cet atelier couture rend possible certains de ces projets. Pour celles et ceux qui le souhaitent, pouvoir également apprendre les bases du métier de couturière qui faciliterait des possibilités d’insertion professionnelle.

Une autre couturière nous a rejoint en Janvier, elle est modéliste de métier. Nous espérons ainsi pouvoir réaliser de belles choses que nous pourrions vendre (Marcher de la création, Fête du 8 Mars, et d’autres événements avec l’Amicale) Nous sommes adhérentes de l’association VRAC et nous avons pu obtenir un petit espace pour vendre chaque mois, au moment de la distribution des commandes, ce que nous réalisons. Nous avons aussi participé à l’événement du 8 Mars sur la Place Roannelle.

L’une d’entre nous a créé un groupe watshap pour permettre les inscriptions, gérer la liste d’attente.  Elle communique au groupe les jours des ateliers. Nous avons demandé une adhésion de 5 euros pour l’année aux personnes intéressées ce qui nous a permis d’acheter un peu de tissus. Nous avons des temps de bilans réguliers, au café des femmes, pour améliorer notre accueil et notre mode d’organisation.

A l’occasion des événements du 8 Mars, nous avons organisé une journée porte ouverte le 13 Mars où des habitants nous ont rejoins. Plusieurs d’entre nous participent aux ateliers « parents ambassadeurs », animés par Florence Liotard qui transmet la proposition de nos ateliers dans les écoles du quartier. Nous avons été « victimes » de notre succès! Beaucoup de femmes souhaitent s’investir dans cet atelier. Nous étions trop nombreuses, avec seulement 3 machines à coudre, et nous avons dû réaliser une liste d’attente. Nous avons présenté notre projet au Fond de Participation des Habitants fin Mai 2023 pour nous permettre d’assurer l’achat de matériel supplémentaire et notamment des machines à coudre, pour ouvrir ces ateliers à plus de personnes, et offrir de bonnes conditions pour chacune et chacun. Nous avons été prise en compte dans cette demande. La somme accordée nous a permis l’achat de 6 machines supplémentaires et d’autres matériaux! Depuis la rentrée 2023, nous accueillons à chaque atelier 15 femmes. Nous imaginons développer d’autres activités en parallèle: l’apprentissage du crochet, du tricot, qui pourrait permettre à nos « anciennes » du quartier de nous transmettre leur savoir. Et devenir ainsi un atelier multi créatif !!!

Après avoir été  accueillies, à partir de Novembre 2023, à l’Amicale de Tardy, le Jeudi avec un atelier le matin et un autre l’après midi.  Nous emménageons  notre atelier en Janvier 2024, dans le local mis à disposition par l’AGASEF!

 

3 – Bilan du championnat FSGT, traditionnellement appelé foot entreprise.

Depuis 4 ans, une équipe composée de jeunes âgés de 14 ans à 20 ans évolue dans ce championnat tous les lundis de l’année quelque soient les conditions météorologiques.

L’année 2023 est la première année où le projet a été à son terme, nous n’avons eu à déplorer aucune sanction sur le comportement des membres de l’équipe.

Dès le début de cette année cette équipe a su s’auto organisée, et la présence de Ramzi n’a pas été centrale mais dans l’accompagnement, la ré assurance, l’encouragement . C’est un jeune adulte (partie prenante en tant qu’ado à Terrain d’Entente depuis plusieurs années) qui a choisit de prendre la présidence de cette équipe et qui a su assurer le rôle de coach et  a permis à chacun d’avoir une place précise au sein de l’équipe.

Tout ne fut pas simple chaque lundi mais, de façon progressive, en accordant du temps à la réflexion collective, chacun a pu s’engager à respecter les règles et les autres.

Depuis ces 4 années ce projet a concerné plus de 35 jeunes et c’est la première fois que le collectif n’est pas exclue avant la fin du championnat.

L’équipe a même fini première de sa poule lors de la première phase et elle évolue actuellement en division 1. Dans la pratique, nous avons pu noté pour beaucoup d’entre eux de considérables évolutions des comportements et d’échanges constructifs entre les membres des équipes rencontrées. Pour certains, ces relations se sont concrétisées par des échanges de CV entre les jeunes et les membres d’entreprises participant au championnat notamment avec Abeille: une compagnie d’assurances;  Coveris: une entreprise spécialisée dans le plastique; Renaud dans le commerce, ou en encore Décathlon dans le vente de sport. Certains travaillent actuellement dans ces entreprises.

Tout cela a commencé après une discussion en septembre entre les membres de l’association et les jeunes qui ont décidé  de se prendre en charge en prenant en main la responsabilité de ce projet et en payant eux même l’intégralité de la cotisation.

L’association à contribué financièrement au prêt de matériel et en assurant les déplacements.

Ce mode de fonctionnement a d’ailleurs été réinvestit sur d’autres projets tout au long de l’année, notamment avec les ados sur les projets autour des vacances. 

 

4 – Accompagnement de notre association par la Fabrique de la Transition

Terrain d’Entente est membre du CA de la Fabrique de la Transition qui rassemble actuellement 15 structures qui construisent des démarches alternatives sur le bassin stéphanois. Nous souhaitons tous ensemble contribuer à faire de notre territoire, un territoire résilient face aux impacts du dérèglement climatique et à l’érosion des liens de solidarité. Nous tentons de changer les modes de production, de décision, de consommation. Nous développons la mutualisation des expertises  et ressources. Nous tentons de générer la coopération entre nos membres avec de nouveaux projets, pour hybrider les réseaux existants, de façon à ce qu’ils se transforment en s’ouvrant à d’autres réalités, d’autres expertises. Nous tentons de faciliter l’émergence de nouveaux acteurs pour renforcer l’écosystème. 

L’objectif de cet accompagnement est de permettre à chacun des membres de Terrain d’Entente (salariés, habitant-es impliqué-es, membres du bureau) de s’approprier le projet associatif, les enjeux économiques, et la compréhension globale du fonctionnement actuel, et de chercher les modalités pour prendre les décisions tous ensemble de façon à ce que chacun-e se sente légitime pour faire des propositions…. Le co développement sera la base de ce travail : des groupes de « pairs » (notamment de femmes du quartier, d’ados) , accompagnés par une personne garante du cadre, vont essayer d’exposer et résoudre les situations/problématiques de celles et ceux qui le composent.

Après une phase de diagnostic (avec l’équipe salariée, les habitantes investies dans le COPIL, les membres du bureau), durant l’été, un besoin nouveau a été identifié: la nécessité de réaliser une plaquette de communication interne (pour les membres de l’association, ceux qui nous rejoindront) et externe (pour nos partenaires financiers et techniques, les élus)

 

Nous avons partagé un premier atelier en Octobre pour récolter des éléments pour assurer son contenu. Nous étions 15 ( les 3 salariés, les 3 membres du bureau, 10 femmes impliquées). Après l’AG du 27 novembre, à laquelle participeront Thomas et Alice de la Fabrique, nous travaillerons la suite de cet accompagnement au sein des différents « espaces » de Terrain d’entente. (café des ados, café des femmes, Copil).

 

Voici la restitution des réflexions lors de ce travail collectif : 

Les méthodes de Terrain d’entente: La pédagogie sociale.

On part de ce que veulent les gens. On décide ensemble et collectivement.  Apprendre ensemble.

La Co-éducation : nous prenons toutes et tous part à l’éducation des enfants et des jeunes

On fait ce qui ne se fait pas ailleurs, relayant les institutions là où elles sont absentes.

Faire avec, et aller vers. Être dehors, avec ceux qui ne poussent pas les portes

Entraide, Coopération, Auto-organisation 

Les valeurs de Terrain d’entente

L’accueil y est inconditionnel : quand on veut, quand on peut, on y participe à la hauteur de ses moyens.

C’est ouvert à tout le monde et particulièrement à celles et ceux qui n’ont pas de place ailleurs.

C’est un lieu d’émancipation. Le partage est au centre : partage d’idée, de café et de gâteaux, de travail, d’informations.

Une association qui  rassemble des personnes des quatre coins du monde.

Le soutien et l’apprentissage mutuel : tout le monde a quelque chose à apporter 

Les actions de l’association :

On associe, prend en charge, accompagne les enfants, les jeunes les adultes  en détresse

Le soutien scolaire, l’aide au devoir. Le café des ados. Le café des femmes,

Des vacances pour toutes et tous !

L’atelier couture – rendre le monde plus beau.

La cantine solidaire : un moment où manger ensemble par et pour le quartier !

Du maraîchage pour faire pousser nos légumes et découvrir le quotidien des paysan.nes

Des paniers solidaires, pour manger de bonnes choses accessibles

Ce que permet notre association :

On anime le quartier… Et on en sort !

On fait évoluer les choses, on agit sur ce avec quoi on n’est pas d’accord

Prendre de la hauteur sur le quotidien. Réfléchir ensemble. Dénouer les problèmes, trouver des solutions

C’est une bulle de sécurité. On sort de l’isolement. Soit et les autres !

On y est fière de ce qu’on sait faire, C’est un lieu où se redonner de l’espoir, allumer des étoiles,

On y fait l’impossible. On y trouve du courage, de la force pour continuer

Se défouler, se libérer, trouver du bonheur. Être bien ensemble et construire cet « ensemble ».

Révéler la force des femmes migrantes 

 

5 – Eté 2023, le projet « Plongée » 

Comment est né ce projet, à partir de quels constats ? 

L’espace Alfred Sisley à Montchovet (St-ETIENNE) et l’association Terrain d’entente à  Tarentaize( St-ETIENNE) sont des structures aux couleurs sportives, culturelles et citoyennes qui construisent avec les jeunes une large palette d’activités durant l’année et notamment lors des vacances scolaires.

Au début de l’année 2022, nous avons constaté qu’il existait un lien étroit entre les jeunes adhérents de ces deux structures, qu’ils se fréquentaient et qu’ils étaient nombreux à être scolarisés dans les mêmes établissements.

Ils nous ont fait remonter leur envie de créer une action commune.

Nous avons organisé un séjour en bivouac, lors de la période estivale de l’année 2022, qui a en partie été financé par LJS.

Suite au succès de ce premier séjour, l’idée d’organiser un nouveau projet a émergé dans notre espace d’échange privilégié, le Café des ados. Cette fois-ci, la thématique retenue a été la plongée sous-marine. Le choix s’est porté sur Bormes-les-Mimosas, une région propice à la découverte de la faune et de la flore sous-marine. Ce séjour pouvait offrir une occasion unique à 10 jeunes issus des deux structures de vivre ensemble une nouvelle expérience de construction d’un projet et d’un partage du vivre ensemble.

Le séjour a été organisé dans un gîte en gestion libre, créant ainsi un environnement convivial et chaleureux favorisant les échanges et le renforcement des liens entre les jeunes. La plongée sous-marine a constitué l’activité centrale de ce séjour, permettant aux participants de découvrir la beauté et la diversité des fonds marins de la région. En s’initiant à cette activité, les jeunes ont eu également l’opportunité de développer des compétences d’équipe, de communication et d’autonomie. Ils sont impliqués dans la préparation des repas et l’organisation des activités, ce qui a favorisé leur responsabilisation et leur prise d’initiative.

De plus, nous avons constaté chez ces jeunes une forte addiction aux écrans et notamment au téléphone portable. Un des objectifs sous-jacents de ce projet était d’encourager les jeunes à décrocher de leurs téléphones et à s’engager activement dans des activités en dehors du monde virtuel.

Nous souhaitions créer des expériences réelles et immersives qui captivent l’attention des jeunes et les éloignent de leurs écrans. Ces activités physiques et interactives offrent une alternative stimulante aux divertissements virtuels et encouragent les jeunes à se re-connecter avec leur environnement, avec les autres participants et avec eux-mêmes.

En résumé, ce projet est né de la volonté des jeunes adhérents de l’Espace Alfred Sisley et de Terrain d’entente de collaborer et de réaliser une action commune. Les séjours en bivouac précédents ont renforcé leur motivation et ont permis de constater les bénéfices de ces expériences partagées. Le séjour sur la thématique de la plongée sous-marine à Bormes-les-Mimosas constituait une étape supplémentaire dans cette démarche, offrant aux jeunes l’opportunité de découvrir de nouvelles perspectives, de renforcer leur esprit d’équipe et leur autonomie, et de créer des souvenirs durables.

Objectifs du projet ?

Voici les 4 objectifs principaux du séjour :

  • Découvrir et explorer un environnement naturel différent de celui auquel les jeunes sont habitués : La plongée sous-marine permet de découvrir un monde sous-marin fascinant et méconnu, offrant ainsi aux jeunes l’occasion d’élargir leur horizon et de développer leur curiosité.
  • Favoriser la confiance en soi et l’autonomie : La pratique de la plongée sous-marine peut être intimidante pour les jeunes. Cependant, en surmontant leurs peurs et en développant leur maîtrise de la technique, les jeunes peuvent renforcer leur confiance en eux et leur capacité à prendre des initiatives et à agir en autonomie.
  • Renforcer l’esprit d’équipe et la solidarité : La plongée sous-marine est une activité qui se pratique en binôme ou en groupe, ce qui nécessite une communication claire et efficace, ainsi qu’un esprit de coopération. Les jeunes sont ainsi amenés à renforcer leur cohésion et leur solidarité en travaillant ensemble pour atteindre leurs objectifs. De plus, dans la vie quotidienne, les jeunes vont devoir faire preuve d’entraide afin d’accomplir les différentes tâches incontournables de la vie en groupe (ex: ménage, repas, vaisselle…)
  • Sensibiliser à la protection de l’environnement : La plongée sous-marine permet de prendre conscience de la fragilité de l’environnement marin et des enjeux liés à sa préservation. Les jeunes peuvent ainsi être sensibilisés aux gestes éco-responsables et à l’importance de préserver la biodiversité.

Description du projet :  

Ce projet a réellement débuté en 2023 lors d’une nouvelle réunion de concertation entre les jeunes de nos deux structures. Nous avons organisé 6 rencontres avant de partir en séjour :

  • Séance Baptême de plongée en février 2023 avec le CLUB DE PLONGEE DE ST ETIENNE
  • Séance recherche d’un lieu de séjour en février 2023
  • Séance débats sur la faune et la flore en mars 2023
  • Séance préparation du séjour en avril 2023
  • Réunion avec les familles en mai 2023
  • Séance préparation du séjour en juin 2023

Le séjour a eu lieu du 05/07/2023 au 09/07/2023. L’intégralité des jeunes ont obtenu leur diplôme de plongée et ont donc pu plonger à 15 mètres de profondeur.

Les activités prévues étaient:

  • VTT sur l’île de Porquerolles
  • Sortie plage
  • Visite de Saint-Tropez et de Bormes les Mimosas
  • Plongée sous-marine
  • Randonnée

Cette idée de séjour n’était qu’un outil quant à la transmission de valeurs. Le projet visait à susciter chez les jeunes, une prise de conscience sur l’importance et l’impact que peut avoir la nature et la plongée sous marine sur la personnalité de chacun.  

Le public :

  • Les groupes de jeunes étaient constitués de 4 garçons et 6 filles issus des quartiers stéphanois de Montchovet et de Tarentaize.
  • Des jeunes entre 16 et 19 ans en recherche d’autonomie et de construction vis-à-vis de l’adulte, la plupart encore dans un cursus scolaire, cependant, certains déscolarisés et sans situation professionnel.

Méthode d’évaluation et indicateurs choisis au regard des objectifs poursuivis ?

  • L’analyse des difficultés des jeunes est essentielle quant à l’évaluation du déroulement du projet. Le degré d’implication et les retours des jeunes sont des facteurs importants à prendre en compte pour évaluer le projet.
  • De plus, des objectifs plus opérationnels ont été fixés et un « grand bilan » a été fait lors d’une réunion partenariale entre les deux structures.

Quelques éléments de notre évaluation

  • Quels bénéfices pour le public (Plus-value éducative, mixité, Implication…)

La création d’une dynamique de groupe extraordinaire (entraide, solidarité et bienveillance) et une expérience de vie émancipatrice  liée à la plongée sous-marine (dépassement de soi, autonomie). Certain(e)s jeunes, ne savaient pas nager et ont pourtant réussi à aller au-delà de leurs limites en descendant à plus de 15 mètres de profondeurs. La plongée sous-marine est une activité réellement émancipatrice, les sessions ont permis aux jeunes de renforcer leur confiance en eux. 

  • Quels effets a produit ce partenariat ?

Le partenariat est toujours important pour nos deux structures car il nous permet d’avoir un regard complémentaire et neutre sur les jeunes que nous accompagnons au quotidien. De plus, cela permet aux jeunes d’obtenir une opportunité d’accompagnement individuel ci-besoin et d’échanger avec d’autres personnes. Ensuite, le groupe de Terrain d’Entente était composé principalement de garçons, contrairement au groupe de Sisley qui lui, était composé uniquement de filles, ce séjour inter-centre était aussi une occasion pour créer des expériences de mixité chez nos jeunes. 

  • Quelle(s) perspective(s)?

Nous aimerions d’ores et déjà construire un nouveau projet l’année prochaine, une nouvelle fois sur le thème de la nature.

 

 

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Rapport Moral 2023

Rapport moral 2023

La pédagogie sociale, une pédagogie de l’urgence sociale

En Avril 2011, pour tenter de répondre à une demande d’enfants en situation de rue, nous avons sollicité les différentes structures du quartier, et nous avons fait ensemble des constats:

– Les centres de loisirs ont des listes d’attente et ne peuvent accueillir tous les enfants.

– L’Acars s’adresse aux jeunes de plus de 16 ans.

– Les familles en grande précarité ne peuvent pas faire face à toutes les démarches nécessaires pour répondre aux besoins des enfants.

En Novembre 2023, qu’est ce qui a changé?

Les structures sont de plus en plus précarisées. Certaines ne peuvent pas développer des postes de travail suffisamment pérennes pour faire face aux besoins. Les activités proposées se réduisent ou ne concernent qu’un petit nombre de personnes.

Les autres dispositifs mis en place sont chaque fois réduits en moyens et les agents s’épuisent à ne pas pouvoir répondre aux demandes. Les revenus sont insuffisants pour vivre dans tous les foyers, et l’aide alimentaire, au delà de sa « qualité », ne comble pas les besoins d’une famille. Les conditions de vie, pour beaucoup, deviennent intenables.

Tous les jeunes, les enfants, les adultes de ce territoire sont impactés par le climat islamophobe qui s’aggrave dans la société.

Et pour Terrain d’Entente?

Nous n’avons aucun lieu dédié, depuis 12 ans, malgré toutes nos relances auprès des adjoints au maire. Ceux qui nous étaient jusqu’alors accessibles, pour les temps de présence ouverts aux enfants et aux jeunes, tout au long de la semaine, nous sont désormais fermés. Du coté des femmes, nous sommes condamnées à subir les contraintes de ceux qui acceptent de nous ouvrir leur porte. Et nous devons quitter les lieux quand ils le décident. Mettant ainsi à mal les efforts inouïes pour développer les actions identifiées comme nécessaires. A l’exemple de la cantine solidaire identifiée par tous les acteurs comme une ressource pour le territoire.

Des constats alarmants!

Mais, dans cette sombre période, nous restons debout!

Plusieurs femmes dont toutes ont des revenus insuffisants pour vivre, sont partie prenante d’actions qui répondent à des besoins identifiés ensemble et développent des projets dans la durée. Certaines n’ont pas de titre de séjour, et elles contribuent à toute une dynamique qui permet à beaucoup de sortir de l’isolement, de créer des liens d’interconnaissance, de casser les murs de l’entre soi et d’ouvrir des possibles avec toute notre diversité.

Une dynamique collective qui est source de transformation. Deux exemples emblématiques:

L’atelier couture: le « Terrain de Créativités » est entièrement auto organisé et accueille aujourd’hui une trentaine de femmes. Deux couturières sont responsables de l’atelier, et l’animent bénévolement.

La cantine solidaire, le » Terrain des Saveurs », en lien avec le projet de la caisse sociale de l’alimentation de St Etienne.

Toutes les femmes qui se mobilisent acceptent d’assurer gratuitement ce travail.

Toutes sont prêtes à poursuivre cet effort dans la durée, en espérant ainsi assurer un service aux habitants qui répond à des besoins identifiés. En espérant ainsi être reconnues, trouver leur place avec tous les autres acteurs du territoire.

Cette forte mobilisation contribue aux transformations indispensables pour vivre mieux tous ensemble dans notre quartier. Nous ne pouvons que saluer les capacités inouïes de ces femmes qui sont moteur dans des actions qui enrichissent notre quotidien.

Le café des femmes, qui accueille chaque semaine 20 à 25 femmes, dont une quarantaine sont concernées tout au long de l’année, permet que ces projets aboutissent. Merci aux Moyens du Bord de nous faire de la place!

Notre petite équipe de salariés ne renonce pas. Elle préserve tout ce qui est possible pour répondre aux besoins, pour garder le lien avec tous ceux qui nous accordent leur confiance depuis toutes ces années. Des temps de présence après l’école ont été multipliés, nous sommes là les mardis, les jeudis, les vendredis aux pieds des immeubles. Le soutien scolaire a été maintenu deux fois par semaine, à la médiathèque et à la Comète. Nous avons construit des liens solides avec de nombreux acteurs du champ éducatif pour créer toutes les opportunités possibles de découverte sportive, d’ouverture culturelle. Le café des ados se transforme et perdure. Nous restons à l’affût de tout ce qui peut se développer pour tous ces enfants et ces jeunes à qui la société accorde si peu. Merci à tous ces acteurs qui savent nous faire confiance et qui ne verrouillent pas leur porte.

Convaincus que l’éducation est affaire de tous et qu’il faut rendre visible et accessible les actions éducatives, nous avons rejoint les enfants là où ils sont : dehors. Nos relations se sont inscrites dans la réalité telle qu’elle est. Nous nous sommes investis avec les personnes qui en ont le plus besoin pour nous enrichir ensemble de nouveaux liens sociaux. Nous nous sommes efforcés d’identifier ce qui est primordial pour elles. Nous avons créer du durable, de la stabilité, à partir de rien, à partir de pratiques sociales communautaires que nous avons inventé ensemble. Ces espaces du dehors, qui ne sont pas forcement propices aux activités culturelles et éducatives, deviennent pour nous des centres, des lieux où il peut se passer quelque chose.

Pas de contrat, pas de projet, mais des pratiques quotidiennes d’hospitalité, de convivialité.

Nous avons crée un rapport d’égalité où l’implication de chacun est précieuse pour que les projets puissent aboutir.

Chaque action a été l’occasion de mieux comprendre, ensemble la réalité, de construire des savoirs nouveaux. Une forte relation de confiance s’est construite, au fil du temps. De cette confiance a pu naître d’autres confiances et d’autres démarches, au sein d’un large réseau stéphanois.

« TE nous aide à trouver notre place dans cette société qui ne veut pas de nous »(sic)

Merci à tous les bénévoles, nombreux qui par leur travail nous permettent de tenir.

Par son mode d’approche des relations, la pédagogie sociale encourage l’engagement, de manière pérenne, auprès de ceux pour lesquels l’existence est une lutte quotidienne pour survivre, grâce aux liens d’amitiés que nous construisons au fil du temps. Des liens qui nous relient, des liens qui nous soutiennent mutuellement, des liens qui nous rendent plus solides plus combatifs, plus entreprenants. Une présence, quotidienne, affective, une relation proche et personnalisée. Elle permet de dépasser les barrières d’incompréhensions et de peurs. Cette pédagogie permet d’appréhender la réalité dans toute sa complexité et de développer la force, l’énergie et la créativité nécessaire pour là transformer.

La politique de la ville doit s’appuyer sur cette expertise et donner de vrais moyens d’action à tous les acteurs mobilisés dans leur diversité. C’est le seul moyen d’apporter des réponses à la solitude et au risque de replis, de redonner de l’espoir aux jeunes et à leur famille. Massivement, les habitants aspirent à faire société avec tous. Encourageons ces élans pour développer ce qui est indispensable pour assurer à tous une vie plus digne.

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Familles, Ecole, Quartier, quel « Terrain d’Entente « ? Entretien avec la Revue Alternative Non violente

Josiane, tu as créé l’association Terrain d’Entente, dans un quartier populaire de Saint-Etienne, inspirée de la pédagogie sociale. Peux-tu nous décrire ce dont il s’agit et en quoi cette association vient en aide aux familles ?

Alors qu’on s’occupait d’une association d’aide aux adultes nouvellement arrivés en France, des enfants sont venus nous voir pour nous dire qu’il n’y avait rien pour eux. Les structures de loisirs étaient effectivement complètes, les inscriptions représentaient parfois trop de contraintes pour les parents… C’est à ce moment-là que j’ai découvert Laurent Ott qui a ouvert le champ de la pédagogie sociale en France. Il met en évidence le fait que de plus en plus d’enfants se retrouvent dans l’espace public plus ou moins livrés à eux-mêmes, pas suffisamment protégés par les adultes. J’ai aussi trouvé très intéressant son constat que les parents ne sont pas que des parents. Ils sont aussi des adultes avec plein de choses à régler pour eux-mêmes, qui ont des préoccupations quotidiennes. Pour lui, tous les acteurs du champ éducatif sont censés être collectivement responsables de l’éducation et de la protection des enfants. Gérer cette responsabilité collective m’a énormément interpellée. A cette époque, je venais de quitter le Conseil départemental en tant qu’infirmière puéricultrice et je m’inquiétais de l’évolution de cette institution qui devenait de plus en plus normative.

L’idée de la pédagogie sociale est d’aller à la rencontre des gens, de les retrouver sur l ‘espace public et de faire un immense effort de compréhension de ce qui se manifeste. Les gens vont m’apprendre des choses que j’ignore, et bien souvent vont livrer des difficultés qui relèvent de notre responsabilité collectives, qui sont nos affaires sociales, qui renvoient aux rapports d’inégalité, d’injustice, de dignité, d’accès aux droits pour tous. Le pédagogue social est amené à s’engager, s’impliquer avec les personnes pour tenter de résoudre ces situations inacceptables. C’est une tentative pour reconstruire une relation égalitaire, d’adulte à adulte, de construire ensemble une communauté éducative pour nous occuper des toutes ces affaires qui concernent le bien être et la sécurité des enfants, des jeunes, de construire collectivement les choses à partir de cette réalité.

On a donc créé Terrain d’entente en Avril 2011 dans un quartier dit prioritaire de Saint-Etienne. Au début on proposait des ateliers de rue aux enfants, avec des jeux diversifiés pour tous les âges, dans l’espace public aux pieds des immeubles . On est présent toute l’année, par tous les temps. En l’espace de 2-3 semaines, les parents sont descendus de l’immeuble, pour nous dire qu’il n’avait pas l’opportunité de jouer avec leurs enfants mais qu’avec des adultes présents sur cet espace public, ils se sentaient rassurés pour les laisser nous rejoindre. Cela leur évitera de garder leurs enfants enfermés à l’intérieur de chez eux. Notre volonté est d’accueillir les choses comme elles arrivent, sans intentions sur la façon dont les relations devraient évoluer, sur les actions à développer, mais avec une grande attention à ce qui se manifeste pour comprendre les aspirations, les besoins, les difficultés. On ne cherche par exemple pas à toucher les parents par le biais d’activités proposées à leurs enfants. Cela nous mène dans des espaces que je n’aurai jamais imaginé atteindre. Notre seul objectif est de rejoindre les gens. C’est beaucoup plus ajusté et moins coûteux en énergie car on n’est jamais déçu puisqu’on n’a pas d’objectifs à atteindre. On développe ainsi collectivement des savoirs et des savoirs faire

Combien de personnes êtes-vous à Terrain d’entente ?

On a un salarié à 35h au SMIC, parfois des services civiques. Depuis 11 ans, on est dans une immense précarité, nos revenus sont insuffisants. Ca nous rend très vulnérables. Et puis on a a une poignée de bénévoles mais c’est très fragile. C’est une présence très exigeante, pas toujours très gratifiante, parfois tendue… Par contre, la force du collectif nous donne l’énergie d’entreprendre des choses ensemble.

La pédagogie sociale, c’est une pédagogie de l’urgence sociale. C’est dire qu’on est là où ça va le plus mal, pour interpeller, pour mettre en évidence. Ca permet de rendre visible ce qui est caché et de mettre en route…

Comment est vécue la relation à l’école pour ces familles ?

Mon ressenti c’est que dès l’école maternelle, ces parents sont confrontés à des difficultés, à des incompréhensions, à des confrontations souvent douloureuses où on leur signifient qu’ils ne correspondent pas aux attendus. Les enseignants veulent bien faire, mais trop souvent ce sont des rendez-vous loupés. Et pourtant l’école occupe une place centrale dans les préoccupations des familles. La démarche 1001 territoires nous avait permis d’échanger sur un pied d’égalité entre parents, enseignants, structures d’éducation populaire… et puis ça s’est épuisé, petit à petit les rôles « sachant / ignorant» ont été repris. Les parents sont souvent essoufflés par un quotidien de galère. La « charge mentale » est colossale, il ne reste pas beaucoup de place pour s’occuper de l’éducation des enfants.

Georges, tu travailles au sein d’une grande institution, l’Education Nationale ? Peux-tu nous décrire de quel point de vue tu te places dans cette institution ?

Je fais fonction de direction dans une SEGPA au collège, auprès d’enfants en grande difficulté scolaire. Ces enfants n’ont pas réussi à être dans les clous à la fin de la scolarité primaire. Sociologiquement, on a beaucoup d’enfants dont les familles sont très démunies. L’un des marqueurs de l’échec scolaire, c’est la misère sociale, c’est aussi l’éloignement avec la langue française. L’école française est bâtie sur la base de la maitrise du français. Un gamin loin du français, c’est un gamin loin de l’école…

Pour beaucoup de parents avoir leur enfant en Segpa, c’est vécu comme un échec. Quand ces familles s’inscrivent, j’essaye d’accueillir cette « non-volonté » d’être là, leur peur, leur honte. Quand l’enfant rencontre des problèmes de discipline, j’essaye de mettre les parents dans le coup, avec nous « institution ». Ils ont fait de leur mieux pour éduquer cet enfant, l’échec est commun car l’institution elle aussi est en difficulté. Institutionnellement, l’école a un catalogue de « peines », mais elle n’a pas vraiment de regard sur où est la transgression… Les normes réglementaires c’est bien, mais un peu de créativité est possible aussi !

Josiane, tu as lancé avec d’autres une démarche autour de la coéducation à Saint-Etienne ? Peux-tu nous dire en quoi cette démarche te semble essentielle notamment avec pour les familles auprès desquelles tu es présente quotidiennement ? Quel sens y donnes-tu ?

L’école porte une charge lourde et intenable. Elle ne peut pas tout pour les enfants. Je suis convaincue qu’on irait tous bien mieux, si tous les acteurs du champ éducatif cohabitaient en toute intelligence. Les parents font certes face à des réalités sociales difficiles et complexes, mais sont prêts à collaborer. Dans tous ces espaces d’éducation, les gens ont des compétences et des connaissances. Isolé on est très en souffrance, et souvent impuissants, alors que réunis, on est plus en capacité d’assurer une cohérence éducative qui tient compte de la diversité des besoins des enfants et de leurs aptitudes. On pourrait réunir notre forces, avec la participation active des parents.

Georges, quelle vision as-tu, au sein de l’institution Education nationale, de l’accompagnement des familles dites précaires ? Est-ce qu’une démarche de coéducation te semble possible ?

La coéducation est une des choses que notre société est en train de rater. On ne s’occupe pas des enfants. La fonction d’adultes n’existe plus. Bien sûr la coéducation est nécessaire, ni l’école, ni les familles seules n’y arriveront. Si société ne réfléchit pas sur notre responsabilité à tous, on n’y arrivera pas. Il faut voir la difficulté à trouver stage de 3 jours pour nos jeunes ! Et inversement après le confinement beaucoup d’enfants ont disparu, ils ne sont plus dehors. Les parents les préfèrent dedans, devant un écran, que dehors…

La coéducation, ça a l’air intéressant sur le papier, mais n’y a-t-il pas des limites, des difficultés à accepter le cadre d’intervention de l’autre, et à accepter les différences dans la prise en charge ou l’accompagnement de ses familles ? Comment les « cadres » respectifs de chacun peuvent cohabiter voire s’enrichir ensemble ?

Josiane : Bien sûr, les tensions sont inévitables. Mais la coéducation c’est surtout de l’enthousiasme. Cela créé une dynamique pour ne plus subir l’écrasement. Cela permet de se sentir davantage acteur de son travail, de son champ d’action. Quand on est isolé, on est facilement en souffrance et on ne produit que très peu de choses adaptées et efficaces pour les enfants, pour leur éducation et pour leur protection. Alors que, réunis autour d’une même table, c’est évident qu’on est capable de faire du bien meilleur boulot.

Frédéric JESU, qui est pédospychiatre, formateur, nous a invités à faire cette démarche par étape, en commençant par des rencontres entre pairs : les enseignants ensemble, les parents ensemble… Lors de la rencontre des différents groupes de pairs, il faut voir l’enthousiasme des différents acteurs à se projeter sur un autre possible, à ouvrir leur regard. Je me souviens aussi de l’enthousiasme de ces mères qui avaient envie d’aider à l’école pour que tout se passe bien… Par contre, le cadre, la posture est nécessaire pour que chacun ne se sente pas jugé par les autres, se sente l’autorisation d’être comme il est, et d’avancer dans un objectif commun, celui du bien-être des enfants, celui qui encourage les enfants dans leurs efforts, à l’écoute de leur désir. La carte à jouer, c’est la place des familles dans toutes ces instances…

Par contre, loin d’être idyllique, c’est même plus qu’insatisfaisant aujourd’hui. Je ressens un tel écrasement des uns et des autres, les acteurs n’ont plus la maîtrise de leur expertise car ce n’est pas prévu par les institutions, par les financeurs… Ca peut devenir dramatique dans les quartiers. On a tout à gagner à tenter des expériences.

Georges : L’évolution de la société, avec des machines qui ont remplacé les cantonniers, les caissières… a créé un délitement dans les liens, dans ces liens qui faisaient éducation auprès de nos enfants. L’éducation, ce n’est pas que l’école et les parents…

Josiane : J’ai beaucoup aimé le livre de Fatima Ouassak, politologue et habitante de Roubaix, qui a écrit « la puissance des mères ». Elle parle du pouvoir des femmes qui bien qu’invisibles la plupart du temps et cantonnées à des tâches du quotidien, sont capables de se mobiliser pour leurs enfants et de dénoncer les violences. Elles sont capables d’interpeller la société sur des questions graves liées à leurs enfants. Elles sont des acteurs politiques.

Georges : Je renvoie souvent aux parents leurs compétences à prendre soin de leurs enfants, sur des choses qui peuvent paraître basiques, laver les vêtements de leurs enfants par exemple, car ça n’est jamais valorisé, alors que ça n’est pas rien dans leur quotidien.

Quel serait le modèle de société, le modèle institutionnel idéal pour faire avancer la prise en charge des problématiques de précarité chez les familles de manière constructive ?

Josiane : On voit effectivement des situations familiales s’aggraver. C’est une vraie question politique. Les services publics chutent, les questions sur la recherche de l’emploi créent de vraies tensions. La situation des plus précaires évolue dramatiquement… Et pourtant ces familles sont de véritables forces vives, elles s’arqueboutent pour tenir et ne pas s’enfoncer. Il faudrait réhausser les plus bas revenus, redonner le sentiment de dignité pour que chacun puisse subvenir à ses propres besoins par son travail… Chacun a besoin d’être reconnu par un travail, avec des revenus suffisants pour vivre. Il faut sortir du néo-libéralisme.

Georges : il y a un pan institutionnel défaillant à qui redonner de la force, de la formation, notamment aux soins psys, aux diagnostics précoces pour cerner la difficulté de l’enfant, accompagnement des enfants et les parents dans leurs difficultés… Quand il faut attendre un an pour avoir un RDV de bilan, les familles sont déboussolées, abandonnées. Il manque des professionnels pour prendre en charge ces enfants… Il y a un prix à payer pour le soin et l’éducatif. Il y a des besoins, et des relais nécessaires : des éducateurs, des psychologues, des policiers, des magistrats, des structures d’accompagnement social…

Entretien réalisé par Arianne Fabien Septembre 2022 (Dossier N° 204)

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  Le projet Cité Educative, les besoins recensés à Tarentaise par Terrain d’Entente

  Nous sommes très inquiets de l’évolution de la situation des habitants du quartier depuis le premier confinement. La précarité s’aggrave pour de nombreuses familles qui cumulent des difficultés parfois insolubles. Les enfants et les jeunes en sont les premières victimes.

Dans le cadre du projet « cité éducative » il est prévu un accès à une grande diversité d’activités artistiques et culturelles sur ce territoire. Et nous nous questionnons sur l’accessibilité de ces différentes activités à tous les habitants du territoire.

Nous savons que de plus en plus de familles n’ont plus la possibilité d’inscrire leurs enfants ne serait-ce qu’au centre de loisir faute de moyens financiers (de plus en plus sont contraintes de monter des dossiers de surendettement pour assurer les besoins élémentaires, beaucoup font également la demande de colis alimentaires). Terrain d’Entente s’adresse en priorité à toutes ces familles qui ne sont plus inscrites, ou très peu,  dans les structures existantes.

Un exemple parmi bien d’autres: une dizaine de familles souhaitent inscrire leurs enfants à l’atelier chant/percussion qui était prévu pour les vacances de Février à la Comète. Le minimum de 20 euros demandé pour pouvoir y prétendre  représente pour toutes une sommes insoutenable.

 

Nous n’avons aucune connaissance du projet « cité éducative » dans sa globalité. Nous souhaitons attirer votre attention sur ce que nous comprenons des besoins et de ce qu’il nous parait urgent à mettre en oeuvre pour répondre aux enjeux éducatifs.

Bien sûr ces réflexions et constats, nous les faisons à partir de notre propre expérience. Nous pensons qu’il serait vraiment souhaitable de pouvoir approfondir le partage de nos expériences  avec les autres structures agissantes sur le quartier et avec les élus concernés.

 

Le soutien scolaire: depuis le dernier confinement du mois de Novembre, nous avons pu développer 3 temps pour accueillir les enfants d’âge primaire et les collégiens avec un nombre d’adultes conséquent et compétents pour assurer cette présence.  Le bilan actuel va bien au-delà de nos projections :

– Le nombre d’enfants présents est extraordinaire, il pourrait être encore plus important si nous communiquions davantage.

– En l’espace d’un mois nous avons noté des évolutions réelles pour plusieurs enfants qui ont repris confiance dans leur capacité et qui retrouvent du plaisir à apprendre. Ils fréquentent de manière assidue ces différents temps. Leur participation est active, ils développent de l’autonomie dans la gestion du travail scolaire et respectent les règles établies. De nombreux parents et certains enseignants ont fait des retours positifs sur l’évolution de leur comportement.

– La demande s’est intensifiée au fil des semaines, beaucoup trop d’enfants réclament ces temps d’accueil et nous n’avons pas les moyens matériels et humains pour faire face à toutes ces demandes. Nous ne sommes pas sûr de pouvoir maintenir ce rythme tout au long des semaines, ce que nous déplorons compte tenu de la demande et de ce que cette présence favorise.

– Il faudrait développer ces temps chaque jours de la semaine dans les différentes structures du quartier et prévoir des adultes qualifiés pour assurer cet accueil pour tous les enfants qui en ont besoin.

 

Présence après l’école: certains enfants ont besoin d’activités plus dynamiques quand ils ont terminé leur journée scolaire. Nous avons entrepris le Mardi soir après l’école un temps de présence sur l’espace Jean Ferrat pour assurer un temps d’initiation aux pratiques sportives (foot, vélo, rollers). Beaucoup d’enfants ne bénéficient  pas de pratique sportive régulière tout au long de l’année.

Nous sommes très volontaires pour nous saisir de ce qui est financé dans le cadre de cité éducative et participer aux différentes initiatives (Vélo en Quartier, Centre Explora, la Comète..) mais nous manquons de force pour assurer tous les liens et les accompagnements nécessaires.

Il faudrait assurer ce temps de présence après l’école chaque jours de la semaine et prévoir d’autres  initiations sportives et culturelles, sur d’autres espaces, avec d’autres équipes d’animateurs.

 

La difficultés récurrente des jeunes. Certains adolescents partent à la dérive. Ce constat est partagé avec le centre social,  l’amicale laïque et l’ACARS.

Beaucoup sont en difficulté scolaire et ne trouvent pas de sens à poursuivre des études, les orientation scolaires se font souvent par défaut. Ils expriment un vécu quotidien de « galère », des temps qui sont vides de sens. Ils sont confrontés parfois à un environnement violent, témoins ou victimes d’actes délinquants. L’absence de perspectives expose ces adolescents fragiles à la tentation de participer eux mêmes à des actes délictueux. Certains ont déjà connu des interpellations policières et ont un casier judiciaire, des évictions scolaires de longue durée. A 13 ans, beaucoup d’entre eux fument régulièrement du canabis et contribuent à sa diffusion.

Le manque d’activité et leurs difficultés à s’intégrer collectivement à l’extérieur du quartier est souvent manifesté. Certains n’ont aucune opportunité de rencontre, de découverte et d’échanges sur d’autres façons de vivre et de comprendre la réalité … Et ceci contribue à cet enfermement et cet isolement.

 

Les liens de confiance que nous avons construits avec eux tout au long de ces années, nous ont permis de nous ajuster à certains de leurs besoins.

Chaque Jeudi de 17h à 19h, nous ouvrons le café des ados. Ce temps de présence est l’occasion de prendre en compte les difficultés manifestées par ces jeunes et d’assurer des accompagnements indispensables pour régler avec eux des problèmes concrets. Cet accueil a lieu salle Descours, qui est une salle polyvalente à disposition de nombreuses associations.

Il est important qu’un espace dédié aux jeunes soit ouvert tout au long de la semaine et qu’un travail puisse être coordonné entre les différents acteurs du champ éducatif du territoire.

Nous avions entrepris des rencontres dans le cadre du foot à 7 qui permettaient à une dizaine de jeunes de se confronter avec d’autres équipes sur le département. Ces rencontres hebdomadaires sont l’occasion de renforcer le cadre éducatif de ces jeunes, de leur permettre de se confronter à d’autres réalités. L’éducateur du Babet réalisait un travail semblable.  Le nombre de jeunes en demande nécessite d’augmenter ces propositions de façon très conséquente.

Nous organisons également à partir du printemps des week end dans un espace partagé entre plusieurs collectifs pour réhabiliter un lieu destiné aux vacances d’été. Nous faisons chaque fois un bilan positif de ces expériences, avec les jeunes impliqués. Mais elles restent trop exceptionnelles pour apporter un réel bénéfice à ces jeunes « en galère ».  Il est également nécessaire de démultiplier ces opportunités de sortie du quartier, tout au long de l’année.

Nous faisons les mêmes constats positifs de nos séjours vacances et nous ne sommes pas en mesure de combler les besoins de tous les jeunes. Ce qui est proposé sur le territoire reste très insuffisant. Ces constats sont confirmés par plusieurs adultes habitants du territoire qui sont très inquiets de l’évolution des adolescents et des actes délictueux qu’ils commettent de plus en plus jeunes.

 

Beaucoup sont très en demande pour trouver de quoi se faire un petit pécule pour réaliser des projets. Les chantiers de l’ACARS existent et accueillent les jeunes qui en font la demande mais ils restent également très insuffisants pour répondre à tous. Le deal devient une solution pour beaucoup. Le Centre Rimbaud développe également ces propositions de chantier et déplore le manque de moyens pour faire face aux besoins.

Plusieurs aimeraient également faire des formations. Le BAFA intéressent certains mais le coût reste inaccessible pour tous ceux que nous connaissons. Il faudrait qu’ils puissent être encouragés financièrement dans leur démarche de formation.

 

Le soutien à la parentalité.

Nous nous adressons à des adultes dont les difficultés s’aggravent. Plusieurs développent des maladies chroniques, des dépressions. Nous nous efforçons, dans le cadre du café des femmes de développer des ateliers « bien être » de façon à favoriser des temps de ressourcement.  Nous sommes en lien avec la médiatrice santé qui souhaite soutenir cette démarche.  Nous sommes convaincus de contribuer ainsi à l’amélioration  du climat familial qui peut devenir tendu. Il est indispensable de construire des espaces de rencontre et de convivialité tout au long de la semaine, en direction des adultes.

Septembre 2021

Publié par Terrain D'entente dans Co-éducation et communauté éducative, 0 commentaire

Les jeunes et leur émancipation

Les relations se tissent à partir de notre présence sur le terrain. On rencontre les jeunes là où ils se retrouvent pour tenter de comprendre comment ça va pour eux. A partir de ce qu’ils nous livrent, des accompagnements individuels se mettent en place.

Nous sommes extrêmement vigilants à ne pas faire à leur place et à sentir quand il est possible de leur lâcher la main. Nous sommes dans cette tension permanente entre tenir les mains et les lâcher. Pour toutes les nouvelles démarches à entreprendre ce qui est redouté par tous les jeunes, c’est de « se faire remballer ». C’est un risque qu’on évite de leur faire prendre parce qu’ils sont découragés avant d’avoir tenter la moindre démarche. Avec cette peur chevillée au corps de reproduire sans cesse l’expérience que pour eux, il n’y a rien de possible. On ressent cette absence de confiance constante, même avec des jeunes dont le cursus scolaire est satisfaisant. C’est une sorte de dynamique du « quartier » lui même. Quand on vit à Tarentaize, on imagine qu’il n’y a pas la moindre chance de ne pas reproduire l’héritage des galères qui se manifestent de partout, parmi tous les habitants, dans chaque famille.

Parfois pour un appel téléphonique, nous assurons la première prise de contact, les premiers mots qui s’échangent avec l’interlocuteur. Au fil de la conversation, il est possible ou pas au jeune de prendre le relais et de parler de ses attentes. Si cette première crainte est dépassée il s’enhardit et est prêt à décrocher de lui même le téléphone si nous sommes présents à ses côtés puis à prendre seul l’initiative et à nous faire le retour de cet échange. Cette mise en lien nous parait essentielle pour rendre possible quelque chose de différent . Nous savons que ce que le jeune a pu faire avec l’adulte, demain il pourra le faire seul. A condition de prendre au sérieux toutes les envies qui se manifestent. Discuter de tout, ne pas mettre en avant les freins. Donner du temps au temps.

Concernant la rédaction des lettres de motivation, pour beaucoup l’obstacle est considérable  Chacun peut écrire son nom et son prénom et pour certains, pas plus. Si on n’y prend garde, ceux là vont préférer renoncer à réaliser cette démarche plutôt que d’ avouer leur incapacité à formuler, à trouver les mots, à écrire…. Il nous faut parfois être très réactifs et trouver la possibilité d’agir dans l’urgence pour traverser avec eux cette épreuve et éviter un nouvel échec. Nous sommes confrontés à l’incompréhension de ces phénomènes par les agents en charge des différents dispositifs d’accompagnement et nous sommes trop souvent témoins de RDV manqués sans lendemains possibles. Il ne nous est pas possible d’orienter des jeunes sur des dispositifs, il nous faut les découvrir avec eux. Offrir cette présence qui réassure, une présence identifiée et reconnue comme protectrice, sûre, fiable.

Nous nous efforçons de prendre le relais de tout ce qui fait frein, tout en sachant laisser la place, encourager la prise d’initiative , en jouant le filet de sécurité.

Nous mesurons ce principe « d’incompétence acquise » du fait de ce fréquent cumule des échecs, avec beaucoup de ces jeunes avec lesquels nous tentons de cheminer. Nous comprenons que la confiance et l’estime de soi ne sont pas possibles sans expériences régulières de réussite qu’elle quelle soit. Pour beaucoup de ces enfants, perdre à un jeu c’est dramatique, ça signifie « je vais finir en SEGPA, je vais rien réussir, j’aurai pas de travail…. » leur faire vivre toutes les expériences possibles de réussite reste pour nous un objectif central. On recherche toutes les conditions pour que chacun prenne conscience de ses propres aptitudes. Le travail scolaire est d’autant plus facilité quand on a fait des expériences de  réussite. Le collectif est une ressource, une force. Parce qu’il y a les autres, les copains, on sort de chez soi, une dynamique se crée, portée par notre encadrement. Dans ces conditions là, chacun est prêt à participer. Quand c’est un projet qui part d’eux , ils sont prêts à y mettre le paquet pour le défendre, pour s’y investir.

L’ expérience du Café des ados. Il est ouvert chaque semaine et plusieurs adultes sont présents pour l’accueil. Nous tenons notre rôle de régulateur à travers les différents ateliers qui s’organisent au gré des envies : jeux type « loup garou », CV, Discussions…. Une « Table ronde » se constitue que tout le monde peut animer.    Nous nous efforçons de créer un climat où tout se parle sans tabou, et personne ne détient la vérité. Un temps de parole où chacun exprime sa vision divergente . Des visions se croisent et peuvent devenir des ouvertures. Nous créons un lieu ressource où chacun peut puiser ce qui lui est nécessaire.

Le vocabulaire reste notre premier combat. Un vocabulaire violent manifeste un ressenti violent. Lorsque le vocabulaire change, s’élabore, une meilleure compréhension devient possible, le ressenti face aux événements peut s’apaiser.                                                                                                             Parfois certains viennent avec des envies, un projet plus ou moins construit. Nous évitons toute posture « prestation de service ». Nous nous efforçons sans cesse de créer des conditions favorables à ce que les projets aboutissent, et nous cherchons à éviter les expériences de déceptions. « C’est parce que c’est nous que ça marche pas. » Leur demande principale est que nous puissions les aider à trouver les conditions pour que ça se passe, et ils sont prêts à le monter par eux-mêmes. Ils donnent leur vision. On crée des conditions favorables .

Le Temps spécifique pour les « décrocheurs ». Il s’adresse à des collégiens qui venaient au soutien scolaire sans avoir de devoir mais qui se levaient chaque samedi matin pour nous rejoindre. Nous avons proposé un temps de présence avec l’objectif de remobiliser des envies. Retrouver du plaisir à vivre des moments de réussite autour de jeux, de discussion. Suite à une discussion sur des copains qu’ils connaissaient d’un autre quartier et qu’ils souhaitaient voir plus souvent, nous avons pu élaborer peu à peu un projet pour les vacances. Nous avons réalisé que ces jeunes fréquentaient également un espace qui leur était dédié. Nous avons rencontré avec eux le responsable de la structure et le projet « Kolenta » a émergé. Un projet pour les initier à de nouvelles expériences à partir de nos suggestions et de leur envie de vivre des moments privilégiés avec ces copains là. Ce type d’initiative est possible à partir d’un lien et d’un lieu régulier.

Le foot à 7 pour la première fois cette année, est encadré par un jeune. Nous l’avons rencontré à l’age de 11 an. Et nous avons participé à l’évolution de sa représentation du monde, et de ses valeurs qui étaient très brouillées. Il croyait seulement en la reproduction de la galère. Notre présence régulière, nos temps de rencontres lui ont permis de croire en d’autres possibles. Des postures inhabituelles pour lui, nos façon de partager nos points de vue sans les imposer comme des vérités, ont peu à peu fait bouger les lignes. Il s’est perçu autrement que comme une victime. Il est devenu moins réactif, ne s’est plus systématiquement découragé face aux situations nouvelles, il a découvert des solidarités et a su y faire appel. Aujourd’hui, il sait s’approprier des apprentissages passés , il les réplique dans d’autres contexte. C’est le moment possible pour lui de prendre cette place et de l’assumer. Une expérience émancipatrice. Reste à nous la charge de sentir ce qui est de domaine du possible et ce qui reste compliqué. Des freins persistent  et sont multiples: par exemple le manque de voitures …..

Juillet 2022

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Une démarche de pédagogie sociale par le « dehors »

Article publié dans les cahiers de l’action

« Terrain d’Entente nous aide à trouver notre place dans cette société qui ne veut pas de nous »

Depuis une dizaine d’années, l’association Terrain d’entente développe des activités à destination des enfants, des jeunes et des adultes, sur un terrain de jeu situé au cœur du quartier populaire de Tarentaize à Saint-Étienne (Loire). Ces activités s’inscrivent dans une démarche de pédagogie sociale qui implique une pratique et une posture d’accompagnement spécifiques. En cherchant à s’inscrire dans une présence régulière sur l’espace public à travers un accueil libre, inconditionnel et gratuit, l’association ancre également son action dans la perspective de développer une « éducation globale » à vocation émancipatrice.

Depuis 2011, notre association est présente dans le quartier de Tarentaize à Saint-étienne, où vivent un peu plus de 7 000 habitants et au sein duquel le taux de pauvreté s’élève à près de 48%1. Cette année là, des enfants nous avaient rejoint au cours de permanences administratives qui s’adressaient à des personnes nouvellement arrivées en France. Nous étions alors une poignée de militants (des travailleurs sociaux ou issus d’organisations politiques et syndicales) souhaitant contribuer à ce droit de tous de pouvoir circuler librement et de choisir sa résidence à l’intérieur d’un État.

Nous avons tenté de répondre à cette demande en développant des ateliers de rue, aux pieds de leurs immeubles. Nous avons apporté quelques jeux d’extérieurs et nous avons rejoint les samedis après-midi des adolescents qui jouaient régulièrement au foot sur un petit terrain aménagé. En l’espace de quelques semaines, nous avons trouvé notre place. Les « habitués » nous attendaient et d’autres enfants d’ages différents nous rejoignaient. Des adultes sont également venus à notre rencontre en s’interrogeant sur la raison de notre présence et, comprenant qu’elle serait régulière, se sont réjouis de pouvoir désormais laisser leurs enfants sortir en toute sécurité.

Peu à peu, des mères nous ont rejoint avec leurs enfants en bas âge. Nous avons pu ainsi construire une communauté éducative avec différents adultes pour veiller sur les enfants présents avec un temps de présence régulier. Même jour, même lieu, même heure, tout au long de l’année, par tous les temps. Nous n’avons pas d’intention particulière sur ce qui devrait se développer. Nous accordons une grande attention à ce qui se manifeste, nous prenons le relais des parents qui nous confient leurs enfants, nous développons des activités à partir des envies, des préoccupations des enfants, des jeunes, des adultes.

Nous nous adressons à ceux qu’on ne voit nulle part dans les réseaux militants, ceux qui ne poussent plus les portes des structures sensées accueillir tout le monde, avec lesquels on ne fait pas société. De ce fait, leurs difficultés, leurs aspirations ne sont pas prises en compte.

Un terrain de jeu au cœur des activités de l’association

Les actions de l’association se déploient plus particulièrement sur le terrain de jeu situé au cœur du quartier, deux après-midi par semaine. D’autres rendez vous se sont construits au fil des années. À ce jour, nous sommes présents tout au long de la semaine.

Avec les enfants et les collégiens, nous partageons les ateliers de rue, des temps de soutien scolaire, nous encourageons l’accès aux activités sportives en club, à la culture, aux sciences, aux vacances. Un conseil des enfants est également organisé sur le temps des ateliers de rue, lorsqu’il est de prendre un décision collective (projets, sorties, vacances, conflits à régler, etc.).

Avec les jeunes, nous proposons un « café des ados » chaque semaine. On joue, on discute, on élabore des projets. Ce temps est l’occasion de prendre en compte les difficultés manifestées par ces jeunes et d’assurer des accompagnements indispensables pour régler avec eux leurs problèmes (recherche de stage, de formation, réorientation scolaire, réalisation de CV et de lettre de motivation, les infractions, les procès). Certains arrivent à s’organiser pour des demandes de financement en vue de partir en vacances.

Avec les femmes, chaque semaine, nous organisons un « café des femmes » ouvert à toutes. Le café prend la forme d’un temps de rencontres co-construit avec toutes celles qui y participent. Il est propice aux échanges d’informations, aux prises de décisions, aux confrontations d’opinions. Les informations qui circulent entre toutes permettent de nous adapter au mieux aux réalités et favorisent des prises d’initiatives.

Nous contribuons en outre à l’organisation d’activités diverses impliquant plus largement les habitants : tournois de foot intercommunaux, sorties vélo, participation sur le terrain à l’organisation des matchs de foot multi-âge, constitués d’équipes mixtes.

L’accueil se veut libre, inconditionnel et gratuit, pour l’ensemble des activités que nous proposons. Nous limitons ainsi les contraintes d’inscription et/ou d’adhésion. Il n’y a pas d’enjeu sur le fait de venir régulièrement ou non. Chacun nous rejoint quand c’est possible et utile pour lui. Nous sommes en revanche très impliqués dans notre relation auprès des familles que nous rencontrons. Nous n’hésitons pas à aller frapper aux portes afin d’insister pour que les enfants qui nous en font la demande puissent participer aux activités, pour prendre des nouvelles, pour tenter de régler un conflit qui risque de tendre les relations de voisinage. Nous nous efforçons, chaque fois que nous sommes présents, de créer un climat de sécurité et de bien être avec tous.

Lors des temps de soutien scolaire, nous sommes présents chaque semaine sur trois périodes de 2 heures. Sur un cahier, nous inscrivons les coordonnées des parents et leur nom, les enfants nous rejoignent quand cela leur est utile. Nous n’hésitons pas, néanmoins, à tenter un pas supplémentaire lorsque nous connaissons l’enfant et ses difficultés. Nous sommes prêts à le rejoindre là où il se trouve, y compris, le plus souvent, dans la rue. Chaque fois que possible nous l’encourageons à aller chercher avec lui le cartable à la maison, ce qui constitue une occasion de prendre des nouvelles de la famille. Nous consacrons le temps nécessaire à l’échange sur son ressenti par rapport à l’école, les éventuels sentiments d’injustice, de rejet, les inquiétudes quant aux résultats scolaires, mais aussi à la compréhension des exercices, aux recherches, à le rassurer sur les difficultés, à encourager les progrès.

Notre présence dans la durée, notre relation de proximité, contribuent à construire un lien de confiance et de reconnaissance réciproque avec les habitants qui participent à nos activités. Ce lien permet de nous engager dans des actions qui reposent sur des besoins réels, des aspirations manifestées. Nous cheminons ainsi avec les personnes concernées, en lien avec d’autres collectifs.

Ces actions permettent de prendre en compte des demandes plus spécifiques et de mieux appréhender la réalité particulière de chacun pour pouvoir y répondre de manière adaptée. Notre travail opère selon une logique d’aller-retour permanent entre le collectif et la personne. Le collectif permettant à chacun de retrouver l’énergie, l’envie, le sens de sortir de chez soi et de s’impliquer avec d’autres pour régler des problèmes concrets. Et chaque personne a besoin de réaliser des démarches pour trouver des issues favorables à sa propre situation.

L’inscription dans une démarche de pédagogie sociale : une aspiration politique

La présence sur l’espace public – le « dehors », que nous envisageons comme le lieu de tous – est au fondement de notre activité associative. Elle nous permet de déceler les modes de relations et des échanges, ainsi que les manques et les possibles de ceux qui vivent sur le territoire, à travers le partage de leurs préoccupations, de leurs aspirations et de ce qu’ils souhaitent faire avec nous. Il s’agit de construire une relation horizontale et égalitaire avec les habitants, en allant à leur rencontre et en faisant le premier pas.

Ce faisant, nous nous inscrivons et nous développons une démarche qui reste aujourd’hui – à notre sens – peu encouragée par les institutions du travail social. Celles-ci tendent à rester dans une logique surplombante, de conseil et d’orientation vis-à-vis des personnes traversant des difficultés multiples. Au risque de créer distance et méconnaissance réciproque.

Se revendiquer de la pédagogie sociale c’est affirmer la volonté de faire société tous ensemble, et que chacun puisse avoir les mêmes possibilités à décider de son devenir, à réaliser des projets en fonction de ses aspirations. C’est avoir un regard critique sur l’évolution des rapports de domination, d’écrasement d’une partie croissante de nos concitoyens qui deviennent ainsi toujours plus vulnérables.

Nous avons la conviction que pour construire une société, vivante, humaine, il faut prendre acte de la diversité, de la complexité, de l’interdépendance. Personne ne se construit tout seul, personne ne réussit seul quoi que ce soit. On se construit à partir du tissu social qui nous porte, nous encourage, nous reconnaît. Nous reconnaissons la vulnérabilité comme constituante de notre nature humaine, qui permet à chacun de pouvoir compter sur les autres et de compter pour les autres. Et de sortir de cette tension insupportable d’avoir à prouver qu’on est le meilleur, en cherchant à correspondre à ce qui est définit comme l’excellence.

Un pédagogue social est prêt à risquer de vivre des situations inconfortables, à prendre tout le temps nécessaire pour traverser les difficultés, pour que quelque chose de meilleur advienne. Parce que ce combat, ces tâtonnements, ces pas dans le vide, enrichissent nos existences à tous. Nous nous laissons habiter par les peines et les joies qui nous donnent une réelle détermination à nous engager pour changer la vie.

Une consolidation incertaine de la démarche

Malgré nos onze années d’expérience, nos perspectives de pérennisation de notre démarche restent encore, à bien des égards, incertaine. Nos relations avec les institutions intervenant au titre de la politique de la ville demeurent difficiles et nous n’accédons pas, à ce jour, aux financements proposés dans ce cadre. Nous ne disposons pas, non plus, de local en propre. Nos réunions d’équipes bi-hebdomadaires et les différentes actions qui nous organisons (soutien scolaire, café des femmes, café des ados, etc.) se déroulent actuellement dans une salle de réunion mise à disposition par le Conseil départemental des associations familiales laïques (CDAFAL) de la Loire. Cette situation accentue nos difficultés à être pris en compte comme des partenaires légitimes pour les différentes structures du quartier telles que l’Amicale, le centre social ou encore l’équipe d’éducateurs de prévention. Et nous défendons une posture qui ne fait pas consensus.

Au fil de ces 11 années, nos équipes n’ont pas cessées de se renouveler. Nos moyens financiers relativement limités nous ont obligés à développer des emplois précaires. Les rémunérations insuffisantes que nous pouvons proposer n’incitent pas, en effet, les salariés à s’inscrire dans la durée. Les jeunes recrutés dans le cadre du service civique ne sont pas toujours suffisamment qualifiés pour assurer une posture éducative étayante. Des jeunes en formation dans le champ du travail social réalisent des stages sur quelques mois seulement. Des adultes bénévoles nous rejoignent pour participer à certaines de nos activités, et viennent parfois de manière ponctuelle. Toutes ces personnes qui se succèdent ne connaissent pas forcément le fondement de notre démarche.

Il nous est dès lors indispensable de réaliser tout au long de l’année des temps de formation et d’analyse de nos pratiques auprès des équipes de l’association mais aussi des bénévoles. Avant chaque période de vacances scolaires, nous proposons une matinée pour réfléchir à notre pratique. En fonction de notre actualité (besoin d’un bilan des temps de soutien scolaire, besoin de s’approprier le concept de « pédagogie sociale », besoin de partager nos conceptions éducatives, etc.), nous nous retrouvons autour d’un texte, d’une expérience vécue, et nous tentons ensemble d’en tirer des enseignements. Ce temps constituent autant de points d’appui à notre collectif, tout en renforçant le sentiment d’appartenance.

Développer une perspective d’ « éducation globale »

Cette dynamique collective permet de développer des savoirs et des savoirs-faire. Mais cette expérience émancipatrice ne transforme pas fondamentalement le quotidien des familles. Elle trouve ses limites face aux causes des difficultés rencontrées par les habitants, résultant elles-mêmes de dynamiques et d’orientations politiques plus larges : chômage de masse, remise en cause des services publics, difficulté d’accès aux droits fondamentaux, cloisonnement des espaces sociaux, etc. Nous souhaitons ainsi que notre action contribue à ce que ces inégalités d’accès aux droits soient posées à l’ensemble de la société.

Cela nous amène à être à l’initiative de collectifs investis sur une diversité d’enjeux – notamment concernant l’accès aux vacances, l’accès à une alimentation de qualité, le travail des femmes de ménages, etc. – et, plus particulièrement, sur l’enjeu de la continuité éducative. Celui-ci renvoie à l’idée que nous sommes collectivement responsables de l’éducation et de la protection des enfants et des jeunes.

Lors du confinement du printemps 2020, nous avons poursuivi le travail que nous avons engagé avec des enseignants – inscrit dans l’approche pédagogique de Célestin Freinet – et des acteurs de l’éducation populaire sur la co-éducation, sous la forme de conférences téléphoniques. Nos échanges portaient notamment sur les difficultés engendrées par la mise en place l’enseignement à distance (également dénommée « continuité pédagogique ») tant vis-à-vis des jeunes et de leurs familles que vis-à-vis des enseignants. La difficulté de coordination et le cloisonnement entre les différents acteurs de l’éducation ont également été évoqués lors de nos échanges. Ces échanges nous ont de surcroît permis d’identifier certains besoins et d’organiser à notre échelle des actions de solidarités durant cette période, en réponse aux difficultés matérielles rencontrées (achats d’ordinateurs, photocopies de documents, « présence » téléphonique avec les plus en difficultés, etc.).

Face à cette situation, une véritable « continuité éducative » aurait permis de mobiliser de manière mieux coordonnée les différents acteurs éducatifs.  Leur connaissance et leur lien avec les familles auraient pu donner des indicateurs en vue d’apporter un soutien adapté. Tous ces constats confirment le caractère indispensable à mettre en place des espaces de co-éducation sur les territoires, tous les temps de vie de l’enfant pouvant en effet contribuer à construire des opportunités d’apprentissage, de coopération, de mutualisation et d’entraide.

Afin de répondre à ces enjeux, la création d’un « labo de co-éducation » a été proposée à la rentrée 2021, avec la contribution de Frédéric Jésu, ancien pédopsychiatre de service public impliqué dans le champ des politiques sociales, familiales et éducatives et de Catherine Hurtig Delattre, enseignante investie sur ces enjeux. En s’appuyant sur une méthodologie d’élaboration de projets impliquant l’ensemble des acteurs intervenant dans la vie de l’enfant, des groupes de pires seront mise en place en vue de partager des réflexions et de renforcer la coordination.

Pour les acteurs de la pédagogie sociale, le but de l’éducation est de former un être apte à se gouverner lui-même. Nous devons pour cela unir toutes les compétences en vue d’y contribuer. Il s’agit, à notre sens, non pas de programmer l’égalité des chances mais de lutter pour l’égalité du droit pour tous à l’éducation.

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Projet  couture: « Le terrain des créations »

Deux couturières adhérentes, Zaïa et Souhila, ont pris ce projet en main. A chacune de leur démarche, elles en parlent au café des femmes et on se met d’accord ensemble. Elles ont cherché des machines à coudre de qualité, elles ont discuté les prix, et on a pu acquérir 3 machines. Elles ont fait connaissance de « Pièce montée » pour acheter du tissus à un bon prix. C’est un magasin qui s’est ouvert sur notre quartier et qui vend tout ce qui est nécessaire pour la couture . Elles ont  rencontré l a directrice de l’Amicale de Beaubrun, qui est d’accord pour nous héberger. Nous avons donc ouvert début Novembre cet atelier à raison de deux fois par semaine: le Lundi et le Jeudi de 14h à 16h. Nous espérons pouvoir réaliser de belles choses que nous pourrions vendre (Marcher de la création, Fête du 8 Mars, et d’autres événements avec l’Amicale). Beaucoup de femmes souhaitent apprendre à faire des vêtements, à embellir les appartements….. Ce sont les deux couturières qui seront responsables de l’atelier, elles l’animeront bénévolement. Nous avons fixé à 5 euros/ personne le  montant de la participation à l’atelier pour payer le tissus et d’autres frais…..

A partir de cet espaces, d’autres évènements sont devenus possibles: deux couturières professionnelles nous ont transmis une méthode pour réaliser des serviettes hygiéniques, avec du matériel de récupération. Nous souhaitons ainsi contribuer à la lutte contre les déchets qui polluent l’environnement. Les serviettes à usage unique sont très coûteuses et inaccessibles pour beaucoup d’entre nous. Ce qui peut avoir des effets catastrophiques d’exclusion et d’isolement social. Le planning familial alerte sur le fait que certaines jeunes filles se sont résolues à ne pas fréquenter leur établissement scolaire à chaque période de leur cycle menstruel. Nous espérons à terme, pouvoir réaliser un atelier dédié à la confection de ces protections indispensables pour le mieux être de toutes les jeunes filles et des femmes.

Nous avons été « victimes » de notre succès! Beaucoup de femmes souhaitent s’investir dans cet atelier. Hors pour assurer un réel apprentissage de la couture, on ne peut pas accueillir plus de 8 personnes dans chaque atelier. Pour pouvoir accueillir tout le monde, nous imaginons d’autres activités en parallèle: l’apprentissage du crochet, du tricot, qui pourrait permettre à nos « anciennes » du quartier de nous transmettre leur savoir; un atelier dessin avec une amie art thérapeute, et ce à compter de janvier 2023.

Ce sera donc un atelier multi créatif !!!

Pour plus d’information Zaïa: 07 53 60 60 59

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