Terrain D'entente

Pour que chaque enfant puisse trouver sa place

L’école est essentielle. Elle fournit à l’enfant des outils pour grandir, pour devenir indépendant, pour comprendre le monde qui l’entoure ».

C’est à l’occasion d’une rencontre entre parents d’élèves et enseignants qu’une mère, dont les 4 enfants sont scolarisés, a su trouver les mots pour traduire ce qu’elle espère de l’école pour le devenir des enfants. « Fournir à l’enfant des outils pour comprendre le monde qui l’entoure ». Cette personne donne à l’ensemble de la communauté éducative, l’opportunité de re questionner le sens des apprentissages, et d’identifier les savoirs à mobiliser pour ce projet d’envergure. Une aspiration de cette ampleur ne peut pas être la seule affaire de l’école. C’est une ambition qui nous implique tous.

Lire, écrire, parler, des aptitudes qui ont toujours été considérées comme les fondements de toute vie en société. Lire et écrire, c’est prendre du pouvoir sur sa propre vie, et sur tous ceux qui prétendent détenir la vérité. Savoir lire, c’est pouvoir vérifier, comparer, critiquer ; c’est pouvoir chercher soi-même l’information et accéder directement aux sources. Lire, c’est pouvoir voyager et rêver, découvrir le monde, les autres et soi-même. Écrire, c’est pouvoir exprimer ce que l’on pense et ce que l’on croit. La lecture et l’écriture sont ainsi pensés comme moyens de libérer le peuple de ses chaînes.

Mais aujourd’hui, lire et écrire sont devenus, pour des milliers d’enfants, une obligation fastidieuse, le début de l’échec, de l’exclusion. A l’école, en apprenant à lire l’enfant découvre aussi la concurrence et comprend que la réussite des uns ne prend sa valeur qu’avec l’échec des autres. Cette souffrance liée aux premiers apprentissages scolaires, cette méfiance qui se développe à l’égard d’autrui, ont des conséquences sur la construction de la personnalité et sur le comportement social de l’enfant devenu adulte.

Cette aspiration à comprendre et à maîtriser son destin, est devenue aujourd’hui, pour beaucoup trop d’enfants scolarisés, une contrainte inutile imposée par les adultes. Combien d’enfants rejettent l’écrit au profit de la télévision et autres écrans, sans d’ailleurs prendre la peine de consulter le magazine qui informe sur les programmes ?

La logique libérale a modifié le projet éducatif républicain. L’objectif final est d’adapter l’ensemble des formations aux intérêts du marché, contrairement aux belles valeurs affichées. Ce qui instaure une compétition féroce entre les enfants, les institutions, les éducateurs. Ce changement de trajectoire a été redoutablement opérant. Nos bases culturelles et politiques sont ébranlées, elles sont traversées par une crise des modèles éducatifs qu’ils soient familiaux, sociaux ou scolaires. Une crise aggravée par le recul des solidarités familiales et de proximité, par la baisse des moyens dont disposent les acteurs de l’éducation.

Le système scolaire est en plein paradoxe : il affiche un objectif de réussite pour tous les élèves à l’école , avec le socle commun de connaissances et de culture, et le choix pour tous de leur orientation. La loi de Refondation de l’écoleinsiste sur le caractère inclusif del’école, elle a l’ambition de se préoccuper de la réussite de tous. L’école est un service public pour tous les publics. Elle reconnaît que tous les enfants partagent les mêmes capacités d’apprendre et de progresser. Mais les actes posés par l’institution tendent à rendre impossible ces objectifs démocratiques: l’éducation à la compétition, les modalités d’évaluation, les conditions d’encadrement des élèves, les carences de la formation, le manque de personnel soignante te aidant etc…

Les enfants des milieux populaires sont majoritairement en difficulté d’apprentissage à l’école, ils subissent des orientations précoces qui les excluent de possibilités de réaliser des études en fonction de leurs aspirations.

L’école ne fait plus référence pour ces enfants qui vivent ce qui s’y passe comme sans rapport avec leur réalité, leur identité, leur culture, leur famille, leur condition de vie, leur avenir.

Les enfants qui n’ont pas été préparés à cette connaissance des codes et des attentes du système scolaire arrivent à l’école avec leur différence. Dès la maternelle ce projet les situe en difficulté, ils ne parlent pas bien, ils ne savent pas écouter et respecter les consignes… Le projet scolaire les sélectionne sur des compétences abstraites et organise un enseignement qui valorise le fait de pouvoir se projeter dans l’école et la société telles qu’elles sont. Ce système privilégie certains domaines au détriment des autres. Il y a un problème d’identification.

Ainsi, l’école n’arrive pas à atténuer les inégalités dues à l’origine sociale et culturelle, elle a même tendance à les amplifier. Chaque année, depuis 15 ans, plus de 100 000 jeunes sortent du système scolaire sans aucun diplôme. Et ceux qui échouent à l’école sont les exclus de demain. Des milliers de jeunes se retrouvent sans emploi, sans formation, sans accompagnement. Notre pacte républicain est en danger si on ne réduit pas les écarts. Lorsqu’on a on moins de droits que les autres, comment peut on accepter d’avoir les mêmes devoirs?

Ce n’est pas la capacité de l’enfant à comprendre qui est en jeu, mais la nécessité de connaître les normes spécifiques. Cette école n’offre pas, à certains enfants, matière à y trouver du sens. L’enfant peut réussir à l’école s’il sait faire des liens entre ce qu’il apprend dans les différentes sphères de sa vie, tant dans les principes éducatifs que dans les savoirs eux mêmes. Il est donc nécessaire de considérer l’enfant dans toutes ses dimensions.

Les enseignants ne peuvent pas faire la classe sans se soucier de la façon dont les élèves vivent la relation entre la culture qu’ils dispensent à l’école et celle de leur milieu familial. L’école doit tenir compte de l’environnement social.

Or, nous vivons dans une société cloisonnée, les différentes institutions, les structures associatives, sont trop souvent sans lien les unes avec les autres. Beaucoup d’enseignants ne connaissent pas le tissu social dans lequel vivent leurs élèves. Et ils ne prennent pas la mesure des difficultés. Certaines familles sont grande difficulté sociale, inquiètes, malmenées, préoccupées par un quotidien instable et incertain. Les enfants vivent dans un climat familial empreint de préoccupations quotidiennes multiples et parfois insolubles.

L’élève se retrouve dans une posture de conflit de loyauté qui bloque les apprentissages, et dans une double solitude. A l’école il ne peut pas parler de son environnement social, en famille il ne peut pas partager ses expériences scolaires.

Devant l’inadaptation croissante de l’école au monde d’aujourd’hui, un recours aux familles semble nécessaire. Pour identifier les besoins et adapter au mieux les pratiques, la parole des parents est indispensable. Une tentative se met peu à peu en place : la co éducation, l’ouverture de l’école aux familles. Il s’agit de construire une relation de confiance et de reconnaissance réciproque entre l’école et les familles.

Historiquement l’école a été conçue pour sortir l’enfant du cadre familial, et lui assurer le droit à l’apprentissage, au savoir, dans une visée émancipatrice, en opposition à l’influence de la famille.

Cette coéducation ne va donc pas de soi, elle se heurte même à de profondes difficultés. Dans la relation parents/enseignants les représentations envahissent et déterminent les relations. Les parents sont souvent saisis à partir de leurs défaillances et les professionnels sont encore hissés au statut d’experts. Et ils devraient pouvoir coopérer !

La question de la communauté éducative, de la place des parents reste très complexe à  construire et comporte des risques réels.

Face à ce qui met en cause le fonctionnement institutionnel, face au sentiment d’impuissance que les enseignants peuvent ressentir par rapport aux enjeux de « la réussite de tous les enfants »,  le risque de reporter la responsabilité à l’extérieur est permanent. Depuis de nombreuses années, des dispositifs fleurissent dans chaque commune, portés par différentes institutions,  pour organiser le « soutien à la parentalité »,  avec comme objectif essentiel de « responsabiliser » les parents dans leur fonction éducative, selon des modèles et des postures normés imposés.

La violence de cette injonction:  « Responsabiliser les parents », met en évidence le postulat de leur irresponsabilité. Ce climat de suspicion quant à la mauvaise tenue de la famille par les adultes, peut très facilement faire glisser sur ces parents  la responsabilité de l’échec d’une « école de la réussite pour tous ».  Ces parents qui ne répondent pas aux convocations, ces parents qui laissent les enfants sans surveillance, dans la rue, après l’école, ces parents qui utilisent sans discernement les écrans comme mode de garde pour leurs enfants, ces parents qui…..

C’est une posture adoptée de plus en plus systématiquement par les institutions responsables du champ éducatif. Elles font appel à la responsabilité parentale pour résoudre des difficultés pour lesquelles elles ne trouvent aucune solution adaptée. On évite ainsi de mettre en lumière l’origine des problèmes : les inégalités, source d’exclusion, qui continuent de s’aggraver.

Mais les familles ne sont pas moins compétentes qu’auparavant, elles sont par contre beaucoup plus isolées. Dans l’optique d’une transformation sociale, il est indispensable que la question de l’isolement de certaines familles devienne l’affaire de tous les membres de la communauté éducative.

Dans le monde enseignant, dans le monde associatif, de nombreuses voix s’interrogent sur d’autres alternatives pour l’école, ou plutôt avec l’école. Des alternatives qui relèvent le défi du devenir de chaque enfant.

Qu’est ce qui est important aujourd’hui pour que ces enfants puissent trouver une place dans le monde de demain, un monde que l’on voudrait meilleur, moins impitoyable, donnant une place à chacun?

Plutôt que de s’interroger sur les résultats des élèves, peut-on interroger sur les conditions d’enseignement et sur le projet d’école ? Il y a matière à s’ouvrir dans d’autres directions qui situeraient le projet scolaire et les élèves autrement.

Pour sortir du simple constat que l’école publique est un système toujours plus inégalitaire, nous devons créer une organisation pédagogique pour un système éducatif pour tous qui ne soit pas centré sur le tri et la sélection des meilleurs. Pour permettre à tous les enfants et les jeunes de devenir citoyens dans une démocratie, pleinement insérés dans la société. Favoriser l’inscription dans des projets qui dépassent le scolaire et redonnent du sens à l’humain dans son ensemble. L’avenir de tous sur la planète pourrait conduire un fil directeur.

Un des principes fondamentaux de la pédagogie sociale est de s’efforcer d’exercer de manière effective notre responsabilité collective dans l’éducation et la protection des enfants et des jeunes. Les différents acteurs du champ éducatif, les parents, sont invités à s’engager ensemble, à égalité pour se mettre à l’écoute des besoins et des aspirations manifestés par chaque enfant, chaque jeune et construire avec lui un cadre de vie adapté. Il suffit de se laisser guider par l’enfant lui même. A Terrain d’Entente, chaque fois que possible, nous accompagnons un groupe d’enfants dans une librairie du centre ville. Un bel espace dédié à tous ceux qui aiment lire, découvrir, apprendre. Un de ces moments magiques où nous nous laissons portés par l’enthousiasme des enfants, leur capacité d’émerveillement et surtout…. cette aspiration, cette envie de savoir, de connaître, de comprendre. Chaque enfant porte en lui ce puissant désir. Tous les enfants sont égaux face à cette profonde aspiration à voir plus loin, plus grand, à ouvrir de nouveaux espaces et à les partager avec d’autres. Il est impossible au système scolaire de porter seul cette lourde responsabilité d’accrocher ce désir, de lui permettre de s’épanouir et de porter tous ses fruits.

Pour tous ceux qui sont pris entre des idéaux et des contraintes institutionnelles, la question de l’éducation reste très complexe. Il est nécessaire de prendre en considération tous les acteurs qui tentent d’œuvrer tant pour la socialisation que pour l’égalisation des chances. Il s’agit non seulement de trouver des moyens de communication face à une population en grande difficulté sociale, mais d’adapter des pratiques éducatives face à des enfants inquiets, malmenés, préoccupés par un quotidien instable et incertain. Cette nécessité d’une approche globale de l’enfant dans son environnement familial et social relève de la responsabilité de tous les acteurs du champ éducatif qui doivent s’engager et s’impliquer dans ce travail s’ils veulent espérer de réels changements. Pour être dans de bonnes conditions d’apprentissage, l’enfant a besoin que se construise autour de lui une communauté éducative.

Il faut tout un quartier pour élever un enfant!

Cette invitation de l’ouverture de l’école aux parents peut nous permettre d’envisager une école différente,  plus humaine, et plus respectueuse de nos différences. Une école capable de se laisser interpeller par ce qui se vit autour d’elle, par ce que manifestent les enfants lorsqu’ils arrivent en classe. Une école qui sait écouter les difficultés réelles des familles et qui les prend en compte dans la façon de construire la journée à l’école, qui sait se saisir des ressources et en faire un appui dans les apprentissages.

C’est ce qui nous est proposé dans de nombreux travaux (cf. bibliographie).Il évoquent la relation école/famille en terme de parité d’estime.

Pour les acteurs de la pédagogie sociale, le but de l’éducation est de former un être apte à se gouverner lui-même, non un être apte à être gouverné par les autres. Nous voulons pour nos enfants toujours plus de formation afin qu’ils puissent affronter la terrible complexité du monde. Nous devons unir toutes les compétences pour y contribuer.

Josiane Gunther Janvier 2020

Bibliographie :

 – Frédéric Jésu, auteur du livre « Co éduquer: pour un développement social durable » Cet ouvrage est issu de l’expérience d’un pédopsychiatre de service public impliqué dans le champ des politiques sociales, familiales et éducatives. Il est destiné à étayer et à guider les initiatives des décideurs, politiques et administratifs, et des acteurs, professionnels et associatifs, impliqués de près ou de loin dans l’éducation des enfants et des jeunes. II s’adresse en particulier à ceux qui ont acquis la conviction que l’éducation ne peut et ne doit plus rester cantonnée dans des approches sectorielles et cloisonnées.

 – Catherine Hurtig Delattre, auteure du livre: « la coéducation à l’école, c’est possible » Réduire les tensions éducatives et relationnelles à l’école, au bénéfice de tous et notamment des enfants, de leurs apprentissages et de leur bien-être, est l’un des principaux objectifs visés par Catherine au fil de son ouvrage, qui s’avère constituer le premier véritable guide pratique de la coéducation à l’usage des enseignants et des parents.

– Jean-Paul Delahaye, Inspecteur général de l’Éducation nationale, auteur du rapport: « Grande pauvreté et réussite scolaire : le choix de la solidarité pour la réussite de tous » L’école face aux situations de grande pauvreté des élèves ; quatre leviers pour une politique globale au service d’un objectif unique : la réussite des élèves.

Publié par Terrain D'entente dans Texte de reflexion, 0 commentaire

Projet co éducation avec le centre social Cré Actif et les groupes scolaires du Chambon Feugerolles (dernier trimestre 2019)


De plus en plus, l’école cherche à construire des liens avec les familles. Il est unanimement constaté qu’ils favorisent la cohérence éducative, le bien-être et la réussite de l’enfant. Cette question est plus prégnante encore pour les familles populaires qui sont plus souvent éloignées de la culture scolaire et des exigences de l’école.

Un des enjeux majeurs de la  réussite à l’école est d’aider l’enfant à vivre la complémentarité entre sa culture familiale et la culture scolaire. Il doit être accompagné pour dépasser le « conflit de loyauté » entre deux référents forts – ses parents et ses enseignants- afin de s’investir sereinement dans les apprentissages.

L’école ne peut assumer son rôle que si elle considère l’enfant dans toutes ses dimensions. Hors, nous vivons dans une société cloisonnée. Beaucoup d’enseignants ne connaissent pas le tissu social dans lequel vivent leurs élèves.

 Pour aider l’enfant à trouver du sens et de la cohérence dans les apprentissages organisés de manière différente à l’école, en famille, dans le milieu associatif, il est nécessaire de tenter de construire une communauté éducative, où les différents acteurs du champ éducatif apporteraient leur contribution. Avec la volonté de créer des espaces de rencontres adaptés au cadre de l’école pour travailler sur les questions de co éducation, de la place des parents, et du rôle qu’ils peuvent jouer dans les apprentissages.

Les écoles du Chambon Feugerolles ont investi depuis quelques années cette question de la nécessité d’engager des moyens concrets pour construire une meilleure communication avec les familles. Plusieurs actions ont été initiées, notamment:

 –    un travail avec le centre social Créactif qui a organisé au sein des écoles des rencontres à thème en direction des parents. 

Et pour certains groupes scolaires:

 –   « Troc talent » mis en place dans le cadre du dispositif  « source de l’innovation », 

 –    Un espace de dons, à partir de la thématique du recyclage des déchets, 

 –    Différents évènements qui ont ponctué l’année scolaire et sollicité la présence des parents

Terrain d’Entente a été sollicité pour poursuivre ce travail avec les écoles, les familles, les structures responsables du champ éducatif sur la commune.

Cette association d’éducation populaire propose depuis 2011, des ateliers de rue, aux pieds des immeubles, dans le quartier de Tarentaize à St Etienne. Nous partons du postulat que nous sommes collectivement responsables de l’éducation des enfants et nous nous efforçons de construire une communauté éducative avec tous les acteurs du champ éducatif, les parents, où chacun se sent impliqué à égalité. Depuis 4 ans Terrain d’Entente est investi dans un travail de recherche sur les questions de co éducation avec plusieurs écoles de St Etienne, des parents, des associations.

Suite à différents échanges avec des directeurs d’écoles, l’association Créactif, nous avons pu identifier des besoins pour assurer les meilleurs conditions d’une bonne communication entre tous les acteurs. Il semble important de faire un travail de repérage et de dépassement des représentations, de construire les conditions de la mise à plat de ce que chaque pôle concerné estime apporter et pense que les autres apportent, dans un climat de reconnaissance et de respect des préoccupations des uns et des autres . Les techniques de croisement des savoirs permettent de prendre en compte les approches et les compétences de chacun et de communiquer de manière plus efficace. 

Nous avons établi différents temps de rencontre tout au long du premier trimestre de cette nouvelle année scolaire. Ils permettront des échanges entre paires (enseignants, parents, acteurs du périscolaires) pour favoriser, dans un second temps, des rencontres avec toute la communauté éducative.

Pour ce qui concerne les enseignants deux rencontres sont prévues: 

 Mercredi 25 Septembre et 16 Octobre de 8h30 à 11h30 à l’école Victor Hugo

Mercredi 25 Septembre:  

              Proposition d’une réflexion sur le sens de la coéducation à partir de différents travaux:

 – Frédéric Jésu, auteur du livre « Co éduquer: pour un développement social durable« 

Cet ouvrage est issu de l’expérience d’un pédopsychiatre de service public impliqué dans le champ des politiques sociales, familiales et éducatives. Il est destiné à étayer et à guider les initiatives des décideurs, politiques et administratifs, et des acteurs, professionnels et associatifs, impliqués de près ou de loin dans l’éducation des enfants et des jeunes. II s’adresse en particulier à ceux qui ont acquis la conviction que l’éducation ne peut et ne doit plus rester cantonnée dans des approches sectorielles et cloisonnées.

 – Catherine Hurtig Delattre, auteure du livre: « la coéducation à l’école, c’est possible » Réduire les tensions éducatives et relationnelles à l’école, au bénéfice de tous et notamment des enfants, de leurs apprentissages et de leur bien-être, est l’un des principaux objectifs visés par Catherine au fil de son ouvrage, qui s’avère constituer le premier véritable guide pratique de la coéducation à l’usage des enseignants et des parents.

 Jean-Paul Delahaye, Inspecteur général de l’Éducation nationale, auteur du rapport: « Grande pauvreté et réussite scolaire : le choix de la solidarité pour la réussite de tous »

L’école face aux situations de grande pauvreté des élèves ; quatre leviers pour une politique globale au service d’un objectif unique : la réussite des élèves.

Temps d’échange en plusieurs groupes, pour évoquer différentes questions

Un projet de l’école fidèle aux valeurs de l’école publique?

De quoi on a besoin au quotidien pour que ce projet aboutisse?

Les difficultés, avec les familles (les représentations), les élèves, l’institution

Ce qui aide à les dépasser (les dispositifs, les initiatives, leur impact, …)

Les craintes concernant la place des parents dans l’école, la place des autres acteurs, partenaires

Ce qui manque, ce qu’on peut envisager à court, moyen et long terme

Mercredi 16 Octobre:

 A partir de différentes projections ou témoignages, qui évoquent des initiatives concrètes au sein de l’école pour les analyser et envisager des perspectives pour l’année en court et pour le plus long terme

Témoignages sur ce qui est en court au Chambon depuis ces dernières années

Catherine Hurtig Delattre propose différentes séquences qu’elle met en place tout au long de l’année dans sa classe, notamment une intitulée « les enfants soleil » qu’on peut découvrir à partir d’une vidéo

Rencontre avec tous les membres de  la communauté éducative

Samedi 9 Novembre de 9h à 12h 

Restitution des échanges

Les difficultés, les perspectives

Travail en présence de Catherine Hurtig Delattre

Publié par Terrain D'entente dans Co-éducation et communauté éducative, 0 commentaire

Rencontre co éducation avec les écoles Mercredi 25 Septembre

          

Pourquoi aujourd’hui, on parle autant de co éducation? De l’ouverture de l’école aux familles? Pourquoi on estime que, pour être dans de bonnes conditions d’apprentissage, l’enfant a besoin qu’il se construise autour de lui une communauté éducative, avec la participation de ses parents? Alors qu’historiquement l’école a été conçue pour sortir l’enfant du cadre familial, et lui assurer le droit à l’apprentissage, au savoir, dans une visée émancipatrice, en opposition à l’influence de la famille.

De considérables problèmes d’éducation se manifestent aujourd’hui. Les bases culturelles et politiques sont ébranlées, et sont traversées par une crise des modèles éducatifs qu’ils soient familiaux sociaux ou scolaires.

Une crise aggravée par le recul des solidarités familiales et de proximité

Une crise aggravée par la baisse des moyens dont disposent les acteurs de l’éducation

La logique libérale modifie le projet éducatif républicain. Elle introduit des savoirs scolaires pour adapter l’ensemble des formations aux intérêts du marché. Elle instaure la compétition entre les enfants, les institutions, les éducateurs.

Face à l’idéologie libérale individualiste nous avons des principes:

La Convention des droits de l’enfant:  reconnaît à tout enfant des droits politiques:  avoir une opinion sur toutes les questions qui le concernent, disposer des moyens de se là forger, de l’exprimer et de là voir prise en considération.

Nous manquons d’expérience et de référence pour reconnaître aux enfants des droits politiques et pour les aider à se les approprier

Des tensions se manifestent autour d’objectifs en apparence contradictoires: protéger et autonomiser, autoriser et interdire, émanciper et intégrer.

La responsabilité en matière d’éducation revient à la famille et l’école. S’il existe des divergences importantes, les enfants risquent de le vivre comme source de douloureux conflits de loyauté et motifs de confusion quant à la hiérarchie des valeurs à respecter et des comportements à adopter

Il est nécessaire de reconnaître les parents dans leurs rôles de coordinateurs, sur la durée de toutes les interventions éducatives. D’autres acteurs sont à prendre en considération: qui conditionnent tant la socialisation que l’égalisation des chances.

La loi d’orientation sur l’éducation insiste sur la question de  la communauté éducative 

La loi de Refondation de l’école insiste sur le caractère inclusif de l’école, il est essentiel de se préoccuper de la réussite de tous. L’école est un service public  pour tous les publics. Elle a le devoir de connaissance et de meilleure prise en compte de la précarité de vie des familles. 

La pauvreté est l’un des plus grands empêchements à apprendre et à réussir à l’école, qui n’arrive pas à atténuer les inégalités dues à l’origine social et culturelle, elle a même tendance a les amplifierChaque année, depuis 15 ans, plus de 100 000 jeunes sortent du système scolaire sans aucun diplôme. Ceux qui échouent à l’école sont les exclus de demain. Notre pacte républicain est en danger si on ne réduit pas les écarts: lorsqu’on a on moins de droits que les autres, comment peut on accepter d’avoir les mêmes devoirs? 

L’école ne fait plus référence pour des enfants qui vivent ce qui s’y passe comme sans rapport avec leur réalité, leur culture, leur famille, leur condition de vie, leur avenir.

Dès la maternelle ce projet les situe en difficulté, ils ne parlent pas bien, ils ne savent pas écouter et respecter les consignes…Ce projet les sélectionne sur des compétences abstraites et organise un enseignement qui valorise l’écrit et le fait de pouvoir se projeter dans l’école et la société telles qu’elles sont. Il y a un problème d’identification.

L’élève se retrouve  dans une posture de conflit de loyauté qui bloque les apprentissages, et une double solitude. A l’école il ne peut pas parler de son environnement social, en famille il ne peut pas partager ses expériences scolaires. Les parents ne peuvent pas s’intéresser à ce qui se vit à l’école parce qu’ils n’ont aucune connaissance de cette réalité. 

Dans la relation parents/enseignants les représentations envahissent et déterminent les relations. Elle relève du non dit ou de l’impossibilité à dire.

Comment des parents saisis à partir de leurs seules défaillances et des professionnels hissés au statut d’experts pourraient- ils coopérer?

Un des enjeux majeurs de la réussite à l’école, est d’aider l’enfant à vivre la différence entre sa culture familiale et la culture scolaire sur le mode de la complémentarité. Les enseignants ne peuvent pas faire la classe sans se soucier de la façon dont les élèves vivent la relation entre la culture qu’ils dispensent à l’école et celle de leur milieu familial. L’école doit tenir compte de l’environnement social  

Hors, nous vivons dans une société cloisonnée. Beaucoup d’enseignants ne connaissent le tissu social dans lequel vivent leurs élèves.  

Les leviers pour que le poids de l’origine sociale pèse le moins:

Réduire la méconnaissance mutuelle 

Travail d’explicitation du cadre scolaire

Construire  des alliances éducatives avec les parents, les collectivités locales, les associations. Ouvrir l’école aux partenaires qui ont une connaissance du territoire. 

Croisements des avoirs pour faire face à ce défi de dialogue : prise en compte des approches et des compétences de chacun; apprendre à communiquer lorsqu’on est d’horizon très différents, réfléchir ensemble aux objectifs de l’école

Travail de repérage et de dépassement des représentations construire les conditions de la mise à plat de ce que chaque pôle concerné estime apporter et pense que les autres apportent.     

Des principes:

 –    L’épanouissement familial et sociale des enfants, leur réussite scolaire forme un tout. 

 –    Les raisons pour lesquels les parents désertent les lieux de rencontre. Sont-ils ajustés aux attentes et aux contraintes? Quel objectif on poursuit lorsqu’on cherche à impliquer les parents 

–     Dans un contexte de reconnaissance les parents sauront s’investir dans des projets où leur compétence pourront être mise au service d’autres enfants.    

 –   La coéducation est toujours en tension, faire le deuil d’une pseudo entente cordiale. 

 –  Enseigner est un métier de rencontre. Rencontrer ce n’est pas s’enfermer dans des certitudes, c’est se laisser interroger, devenir inter dépendant.    

–   Il n’est pas demandé à l’enseignant d’amener les parents à adhérer à tel modèle éducatif.  –   –   Construire une relation de coéducation demande à l’enseignant de se défaire de ses certitudes sur la bonne manière d’éduquer un enfant

 –   La relation est asymétrique: le professionnel n’est pas dans une situation de vie personnelle. Le dialogue avec les familles est un acte professionnel obligatoire 

 –   La notion d’accueil des parents est première Mettre en place des cadres permet de faciliter cette mission, de dégager des temps de disponibilité prioritaire. 

La question de l’éducation est devenue très complexe. Les enseignants ne peuvent pas agir seuls pour construire un cadre adapté aux réalités actuelles et aux enjeux: Créer une organisation pédagogique pour un système éducatif pour tous qui ne soit pas centré sur le tri et la sélection des meilleurs. Permettre à tous les enfants et les jeunes de devenir citoyens dans une démocratie, pleinement insérés dans la société.

Les enfants sont d’autant moins délaissés que leurs parents sont moins isolés et qu’ils ont la possibilité de participer à la création de liens utiles et valorisants. 

Echange en groupes autour de différentes questions: 

 –   Pour qu’un projet d’école soit fidèle aux valeurs de l’école publique? De quoi a-t-on besoin au quotidien pour que ce projet aboutisse? 

 –   Les raisons pour lesquelles les parents désertent les lieux de rencontre? Quel objectif on poursuit lorsqu’on cherche à impliquer les parents d’élèves? 

 –   Pour assurer les bonnes conditions d’apprentissage:

 le rôle des enseignants,  le rôle des parents, le rôle du périscolaire

 –   Les difficultés avec les familles, ce qui aide à les dépasser

Pourquoi les parents désertent les lieux de rencontre? Différentes hypothèses:

 –  L’ Institution est jugeante. 

 –  Difficulté de reconnaissance des différents milieux  culturels, et de respect mutuel

Problème avec certains positionnements de parents en réaction avec les signes religieux, leur manifestation dans l’enceinte scolaire, également la revendication autour de la religion Ne pas être mélangé (homme/femme) Différences de culture (en conflit) mentalité par rapport aux valeurs de l’école.

 –  Problème de légitimité de l’école en regard de certaines valeurs, des familles par rapport à leur capacité éducative Remise en cause de l’éducation des parents par l’école, ce n’est pas une aide, ne pas les faire culpabiliser

 –  Prise en compte  des familles avec leurs enfants en bas âge au cours des rencontres proposées à l’école

 –  Un investissement différent des parents, plus d’individualisme

 –   Passif du parent avec l’école. Mauvais vécu de l’école. Peur de se mettre en difficulté (langue, code…)

 –  Accessibilité du discours (langue, contenu)

 –  Manque d’envie, fatigue, horaires, problème de voisinage, peur du jugement

 –  Postula: lieu insécurisant pour certains parents 

 –  Héritage d’une époque où ils n’étaient pas les bienvenus, avec des enseignants réticent à la présence d’autres adultes dans l’Ecole ou la classe : aide éducateur, AVS, maitre +, co-enseignant ?, parents

Les positionnements évoluent … , mais d’avoir sciemment tenu les partenaires à l’écart du fonctionnement de nos établissements complique les rapports avec les familles.

 –  le discours enseignants, qui estiment pour certains que ça ne sert à rien ; d’où l’intérêt de ce type de formation qui permet de montrer à l’ensemble de la communauté enseignante que tous les sites scolaires s’interrogent, s’essayent et que cette problématique n’est pas uniquement à traiter au niveau de la direction

Impliquer les parents pourquoi?

Mieux se connaitre

Aider les enfants à comprendre les codes de l’école

Importance que les enfants se sentent soutenus par leurs parents et que leurs parents soient reconnus à l’école

Donner du sens aux apprentissages Intérêt, sens de l’école, du collectif (trop ou pas assez confiance?)

La qualité d’investissement des parents peut induire l’augmentation ou la diminution des actions, projet d’école

Objectif du partenariat: Réussite de l’enfant, Créer un lien de confiance, lisibilité de l’école

la responsabilité de l’enseignant: meilleure connaissance des milieux sociaux, expliciter l’école

Conflit de loyauté réduit, plus facile pour l’enfant de rentrer dans les apprentissages

Responsabilité de l’école: faire des liens et donner du sens aux apprentissages

Les difficultés avec les familles, ce qui aide à les dépasser

Conflit: métier qui est  choisi/avenir déjà construit, prédéterminé 

Entrée par le jeu assister aux débats philo avec les élèves

L’écoute, l’entretien individuel

Les rassurer à s’investir avec leurs enfants à la maison (faire le lien avec l’école)

Revoir les représentations: homme/femme. Non élitisme

Penser dans la globalité (pas familles riches ou pauvres)

Expliciter les codes, les attentes de l’école.

Restitution: Partage à partir de la question: Où sont les parents?

Au conseil d’école, une instance obligatoire, avec du jargon,

Les équipes éducatives qui sont difficiles à vivre pour les parents.

Les accompagnements scolaires,

Association de parents: la place des enseignants, quelles attentes? (pour le financement de la kermesse?)

Où on aimerait qu’ils soient? 

En classe, pour participer en tant qu’intervenant  pour des jeux, les arts plastiques (quid de la loi: faut-il un agrément?)

                 pour observer comment on apprend pour qu’ils puissent s’en ressaisir avec les enfants

Dans l’école pour améliorer les relations,  mieux se connaitre entre familles

Ecole comme lieu associatif, lieu de vie, avec d’autres partenaires, qui pourrait favoriser  du « troc des savoirs faire »

Est ce que c’est bien une envie des parents d’avoir plus de place dans l’école. Nous avons besoin de nous mettre d’accord pour définir la co éducation,  pour décider  des objectifs du partenariat

Pour nous l’objectif reste la réussite des enfants, la volonté de créer un climat de confiance (mais on attend que les parents soient OK sur notre démarche pédagogique et  qu’ils détiennent les codes) L’enseignant est perçu comme celui qui sait comment faire 

Les parents ont-ils envie de rentrer dans l’école? On ne sait pas….

S’ils sont absents, ce n’est pas de la démission, mais surtout un problème de confiance

Volonté de faire venir à l’école, créer une relation, mais comment aider à dépasser  la peur de l’école?. 

Redéfinir mon rôle, qui est d’enseigner, alors qu’il faut que je fasse autre chose et on ne m’a pas appris à le faire

Etre professionnel/les affects: des situations familiales qui me touchent. il est nécessaire de redéfinir les termes pour savoir adapter notre posture au mieux

Les problèmes des clichés par rapport à la laïcité

Je ne suis jamais sortie de l’école, des représentations, je ne connais pas suffisamment d’autre milieux culturels. Un autre parcours professionnel avant de se retrouver enseignant apporte autre chose et enrichit la vie de l’équipe

Paradoxe, injonction à s’investir dans la co éducation/ les freins de l’institution

L’image de la femme: les petites filles qu’on n’encourage pas dans la poursuite des études/ les populations de confession musulmane insistent sur l’importance de l’instruction des filles. Il nous faut être vigilants par rapports aux stéréotypes qui sont véhiculés Risque de généralisation à partir d’un cas particulier

L’institution scolaire peut être malveillante envers certains enfants

Formation des enseignants, que manque-t-il pour avoir des éléments de réponses?: 

Question des rôles de chacun qu’il nous faut interroger. Question du vécu personnel des parents. Qu’attendent les parents de l’école? Rôle des uns et des autres

Comment on apprend dans l’école pour répondre aux questions des parents?

RDV manqués, pas les mêmes préoccupations? D’autres raisons?

Intervention de parents à l’école: comment? Quel cadre?

Importance des échanges de pratiques et d’en faire une analyse.

Des propositions

Ex de réunion de rentrée: 8 créneaux où les parents s’inscrivent (temps pris sur les APC) Ils viennent par petits groupes d’affinité qui les rassurent, certains traduisent à d’autres

Position d’équipe dédramatiser les propos autour de la religion

Accueil des familles, pot de rentrée, café des classes….

Réunion de parents: Forma de la réunion (collective, petits groupes, inscription préalable?)

Eviter les réunions collectives avec les familles les plus éloignées, différer: prendre RDV individuel. 

Publié par Terrain D'entente dans Co-éducation et communauté éducative, 0 commentaire

Rencontre parents d’élèves des cinq groupes scolaires du Chambon-Feugerolles


Rappel des objectifs : 

Les écoles du Chambon souhaitent construire une relation de confiance avec les familles.

La présence des  parents jouent un rôle essentiel dans la lutte contre l’échec scolaire. Elle favorise le bien être et la réussite de l’enfant. Un des enjeux majeurs de la réussite à l’école, est d’aider l’enfant à vivre la différence entre sa culture familiale et la culture scolaire sur le mode de la complémentarité. Les enseignants ne peuvent pas faire la classe sans se soucier de la façon dont les élèves vivent la relation entre la culture qu’ils dispensent à l’école et celle de leur milieu familial. 

Les enseignants ont besoin de savoir comment les familles vivent l’école. Leur parole est indispensable pour pouvoir s’adapter au mieux aux besoins et chercher de bons moyens pour communiquer.

Plusieurs mères de familles ont pu s’exprimer dans chaque groupe scolaire, où un espace était dédié pour ces rencontres. Nous avons pu aborder différentes questions concernant la relation de l’école avec les familles.

Ce qui donne un sentiment de confiance:connaître le déroulement d’une journée à l’école

La confiance est possible à condition d’avoir des infos précises sur le contenu des journées, leur organisation.  Les conditions d’apprentissages à l’école sont une inquiétude permanente

« Je me dis que la scolarité de mes enfants se déroule bien tant que la maîtresse ne se manifeste pas. Si j’ai des doutes, je demande un rendez vous« . 

–  La réunion de rentrée est importante, elle permet de  connaître le programme, les sorties, ce que font les enfants en classe. « On parle de votre enfant, on se sent tout de suite concerné« .  

 –  Réunions prévues à la fin de chaque trimestre de façon individuelle. 3 plages horaires sont proposées 

 –  Le carnet de liaison permet de signaler les problèmes et de solliciter un temps de rencontre quand c’est nécessaire, les parents doivent le signer donc le consulter régulièrement

 –  Les journées « porte ouverte » de la première semaine, où deux ou trois parents sont présents dans la classe pendant une heure. C’est une bonne manière de bien comprendre une journée à l’école, les conditions d’apprentissage des enfants. Il est possible de rester en classe le premier jour pour les élèves en CP.

 –   Réunions personnalisées proposées à deux ou trois familles en fonction de leur disponibilité.  –   Possibilité de parler à l’enseignant chaque matin entre 8h20 et 8h30 et à chaque heure de sortie. « On n’est pas obligé d’attendre le jour du RDV« . 

 –  A la maternelle, les relations quotidiennes des parents avec les enseignants facilitent la cohérence éducative. La présence d’enseignants depuis plusieurs années dans l’école aide à la construction de relations de confiance.

Mais ces bonnes expériences sont dépendantes et tributaires de la bonne volonté de l’enseignant. Certains sont patients et s’adaptent aux possibilités de l’enfant, d’autres ont tendance à imposer un rythme et une manière de considérer les choses.

Plusieurs parents évoquent une appréhension chaque rentrée scolaire sur la personnalité, le caractère de la maîtresse qu’on va devoir subir, avec laquelle on va devoir s’adapter, se résigner. « On n’a pas la choix, on est obligé de faire avec. Il faut tenir le coup toute l’année. C’est à nous de céder. Se soumettre« 

Les parents ne se sentent pas légitimes pour donner leur avis « L’école est un lieu de savoir et c’est l’enseignant qui sait ».

Il arrive que des difficultés se manifestent entre différents adultes dans le cadre de l’école: l’enseignant et l’AVS. Pour être dans de bonnes conditions d’apprentissage, l’enfant ne doit pas subir les tensions d’adultes en conflit. Le rôle de chacun doit être clairement définit.  

Un autre problème pour la question des AVS: leur contrat est en CDD, il peut se terminer en cours d’année. Ce sont les parents qui doivent faire la demande auprès de la MDPH, l’école remplit le GEVASCO, les parents sont présents à cette réunion avec les enseignants (ESS) pour constituer le dossier. Il y a souvent 8 mois d’attente avant qu’une intervention se réalise.

Qu’est ce qui nous fait dire que c’est un-e bon-ne maître-sse?

 –   Il/elle est à l’écoute, les enfants se sentent en confiance. Il/elle sait prendre en compte la famille. Comment elle arrive à traverser les problèmes Il s’intéresse à la façon dont on vit le quotidien. Il/elle manifeste qu’il s’en préoccupe. 

Pour traverser ces difficultés, on a besoin de se sentir soutenu, de rencontrer d’autres parents qui traversent la même situation.

 –   Il/elle sait s’organiser pour faire évoluer chaque enfant à son rythme: ex du décloisonnement en CP avec 3 maîtresses qui encadrent 3 groupes d’enfants qui circulent dans 3 ateliers, en fonction de leur niveau. 

 –   Il/elle est soucieux de transmettre des valeurs, les limites. Parfois il y a un décalage entre la façon de procéder à l’école et en famille. A l’exemple des points verts, jaunes et rouges qui sont distribués pendant la semaine. Pour décrisper la situation, c’est nécessaire de savoir accepter les règles de la maîtresse. Un rendez vous est peut être utile pour bien comprendre le mode de fonctionnement. 

Pour que les enfants soient dans de bonnes conditions d’apprentissage: le rôle des parents:

Ils doivent être à jour tout au long de la semaine. « Si je suis perdue, mon enfant sera perdu« . 

Difficile de s’impliquer, comme parent d’élève, les temps de réunion sont difficiles pour beaucoup.

Leur rôle: « Ils servent surtout à organiser  la kermesse« .  Participer aux Conseil d’école avec la présence de tous les enseignants, la maire, où on demande l’avis des parents sur le projet d’école 

Pourquoi il y a aussi peu de parents présents? « Ça prend trop de temps. Les réunions sont  à 20h après la journée. Demande d’être très disponible. Ca fait trop pour une vie de famille« . Peur de s’engager et de ne pas tenir dans la durée. Le Manque de confiance peur de ne pas s’exprimer suffisamment bien. Prendre la parole pour les autres, il faut savoir bien dire les choses. La barrière de la langue. 

Ils doivent  porter la parole de l’ensemble. Etre à la sortie de l’école pour parler. 

« On a besoin de construire un réseau de parents pour s’entraider. Pour rencontrer les parents il faut faire la démarche d’aller là où ils sont, le marché le vendredi matin! »

Il est possible de solliciter la présence d’un parent d’élève pour faire médiation si le problème semble difficile à aborder. Mais les parents ne connaissent pas cette procédure et y ont très peu recours.

Un ex. d’initiative des parents élus. Une année où plusieurs actes de violence entre parents s’étaient manifestés devant la sortie en présence des enfants, une formation sur la communication NV a été proposée aux parents, aux enseignants. Ca qui a permis un travail qui s’est prolongé sur toute la commune, avec le personnel périscolaire. Un regret, les réunions étaient proposées à 18h et beaucoup de parents n’ont pas pu participer.  

Beaucoup de parents n’ont pas la culture de la réunion le rôle de délégué n’est pas accessible à tous par contre beaucoup sont prêts à rendre des services concrets. L’école ça fait peur.

« Quand c’est détendu on parle plus facilement, quand c’est trop sérieux je ne me sens pas à ma place« . Quand c’est du concret, c’est possible. Une présence ponctuelle est plus accessible, à l’occasion d’une journée organisée, pour rendre service

Qu’est qu’on attend de l’école?

« L’école est indispensable, elle fournit à l’enfant des outils pour grandir, pour devenir indépendant, pour gérer ses besoins quotidiens de manière autonome« . 

 –   Que nos enfants réussissent. Qu’ils puissent choisir leur orientation. Qu’ils se développent au maximum de leur possibilité. Qu’ils aillent le plus loin possible. Jusqu’au bout de ce qu’ils peuvent faire. 

Il n’y a pas que l’école pour assurer cette fonction: sur le Chambon, il existe plusieurs structures: la ludothèque, le centre de loisir, l’espace jeunesse, la médiathèque, le centre social Cré actif. Ce n’est pas le même cadre que l’école les apprentissages sont différents et complémentaires, ce sont des lieux plus libres. « Que l’enfant se confronte à différentes méthodes lui permet de se rendre compte qu’il n’y a pas qu’une seule manière d’apprendre« . 

Les devoirs à la maison: «  c’est la révision de ce qui a été fait à l’école. Le temps de classe n’est pas toujours suffisant pour intégrer une notion , c’est un entraînement supplémentaire à la maison. Ca ne doit pas durer plus d’1/4 d’heure, 20mn. Reprendre ce qu’on a fait à l’école, c’est important. Ce qui aide l’enfant c’est la cohérence éducative entre ce qu’il vit à l’école et à la maison. Etre couché à l’heure, levé à l’heure, arriver à l’heure à l’école« . 

Est ce que cette demande est accessible à toutes les familles? Parfois les enfants refusent de faire leurs devoirs à la maison. L’enfant n’est pas forcément disponible, les parents non plus.

Peut être prendre le relais avec d’autres adultes?

Les aides aux devoirs faisait partie de la journée d’école. Aujourd’hui le péri scolaire est payant et on ne propose plus d’aide aux devoirs

Pas suffisamment de repère sur la façon dont on apprend à l’école. « Les devoirs à la maison m’aident à comprendre son niveau ».

Des exemples de difficulté

 –  J’ai appris dans un autre pays, d’une autre façon comment je dois m’y prendre? Je ne sais pas comment ça se passe une journée à l’école. La réunion de rentrée m’a permis de comprendre certaines choses. 

 –   Peur que mon enfant soit en retard, ne soit pas comme les autres. Tout en sachant que chacun apprend à son rythme. Les enfants en classe, n’ont pas tous les mêmes envies au même moment. Différence entre être inquiet et être tendu par envie d’apprendre et de réussir qui est un bon moteur pour grandir. 

 –  Mon enfant ne voulait pas travailler, « j’ai laissé tomber »

 –  ma fille depuis le début de sa scolarité c’est difficile, je ne sais pas ce qu’elle a. Qu’est ce que j’ai fait? A qui je peux en parler? Je suis dans le vide, j’ai besoin de mettre des mots sur ce qu’elle a

 –  La cantine: il faut s’inscrire la semaine d’avant. S’il y a un imprévu, je ne peux pas l’inscrire. Si je ne respecte pas les délais je paye une pénalité de 2 euros par repas.

 –  Peur d’une orientation qui réduise le champ des possibles »on se fixe sur la moyenne alors que la motivation peut tout changer ». Il y a plein de métiers qu’on ne connait pas, on ne sait pas les bonnes filières pour y avoir accès. 

–   Un enfant diabétique. Les règles administratives imposées à l’école pour sa prise en charge spécifique exigent des démarches très contraignantes pour la famille qui est soumise à des délais très courts en début d’année, pour des remises de documents. Chaque rentrée scolaire,  cette pression de l’école est ressentie par les parents, ce qui tend les relations avec l’enseignant. Le médecin référent de l’école ne semble pas suffisamment sollicité pour rassurer les enseignants, donner des info précises sur les règles de conduites des adultes envers cet enfant….

 –   Si un enfant se blesse ou est malade pendant la journée d’école,  les parents doivent être disponibles immédiatement pour venir le récupérer. Les parents  s’étonnent de l’absence d’infirmière pour assurer une présence adaptée auprès des enfants

 –   Une petite fille qui a fait sa première rentrée scolaire toussait en arrivant à l’école. la maîtresse a demandé à la mère de là ramener chez elle. Cette mère n’a pas pu donner des arguments sur l’état de santé de sa fille, elle s’est sentie disqualifiée par cette maîtresse qui semblait mieux savoir de quoi cette petite fille avait besoin ce jour là. Depuis, les relations sont tendues. Ce que cette mère souhaitait c’était la possibilité d’un dialogue où elle aurait pu expliquer son point de vue « je suis la maman, je ne suis pas une gamine », entendre celui de la maîtresse et prendre ainsi une décision éclairée. Cette mère s’est sentie remise en question dans sa personne

 –   Une petite fille s’est sentie injustement traitée par sa maîtresse durant toute une année scolaire. Elle pris le parti de n’en parler à sa maman qu’en fin d’année pour éviter de créer un conflit entre sa mère et sa maîtresse. » Il y a des enfants intelligents à l’école et des enfants intelligents de la vie ».

 –   Une mère demandait à ce que sa fille de 4 ans puisse faire la sieste. la maîtresse lui a répondu qu’à 4 ans un enfant n’a plus besoin de faire la sieste. « Moi je lui parlais de ma fille, elle me répondait sur une théorie des besoins des enfants en fonction de l’âge ».  Ca voulait dire pour moi: vous ne connaissez pas les besoins des enfants, mais moi je sais. Le pouvoir est du côté de l’enseignant ». 

 –   Pour la réunion de rentrée en maternelle, il a été précisé aux parents de venir sans les enfants. Beaucoup n’ont donc pas assisté à cette réunion

 –   Un de mes enfants a été hospitalisé sur une longue période. Un jour, j’ai laissé son petit frère dans sa classe sans prendre le temps de lui dire au revoir. Il m’a suivi dans la rue, il a échappé à la surveillance de la maîtresse. J’étais pressée, et choquée de le voir dans le rue, je lui ai donné une fessée et l’ai ramené à l’école. Ni la maîtresse ni la directrice ne m’ont parlé de cette fessée. J’ai reçu un courrier quelques semaines après cet incident, qui m’annonçait une enquête sociale. Des AS sont venues régulièrement à mon domicile et m’ont beaucoup remise en question sur mon rôle de mère. 

Depuis cet évènement, une ATSEM est devant l’entrée de l’école pour surveiller les sorties des enfants. Mais ni la maîtresse ni la directrice n’ont été remises en question par le service social sur le fait que mon fils s’était retrouvé dans la rue.

 –  Problème de nombre de couchettes insuffisant et de personnes pour accompagner ce temps. Les maîtresses demandent donc aux parents que la sieste se passe à la maison et qu’ils ramènent les enfants à 15h Ce qui demande aux parents  de faire des trajets supplémentaires entre le domicile et l’école. Donc beaucoup de familles gardent les enfants à la maison et ils sont privés d’un temps de socialisation l’après midi. Il est estimé qu’une mère qui ne travaille pas a tout le temps pour s’occuper des enfants en dehors de l’école. 

On ne sais pas combien de temps dure la sieste à l’école. Les parents ne s’autorisent pas toujours à poser des questions sur ce qu’ils ne comprennent pas.

Le risque c’est de rajouter une difficulté à une autre difficulté en s’inquiétant sans trouver d’interlocuteur, un lieu pour être rassurée. Les informations manquent sur les  recours, (réseau de ressources pour répondre aux problèmes (apprentissage, comportement…), les suivis réguliers….)

Besoin de se sentir pris au sérieux dans les observations Ca aide l’école que les parents puissent faire des commentaires sur le comportements des enfants à la maison.

les enfants à l’école savent se conformer à certaines attentes, en respectant les codes de l’école. Ils se retrouvent face à des adultes qui ne sont pas dans le registre émotionnel, qui s’efforcent d’être objectif. A la maison, c’est plus difficile, ce sont les affects qui sont déterminants dans le relation parents/enfants.

Ce qui permet de briser la glace:

Les parents aiment être invités à l’école et pouvoir apporter leur contribution.

Ex. de l’impact de la présence des parents dans la classe. Ca crée beaucoup d’émulation chez les enfants qui veulent montrer ce qu’ils savent faire, ça crée une ambiance de travail forte, les parents sont gratifiés. l’enfant voit sa mère parler à la maîtresse, il se sent bien. Cette présence le rassure C’est un temps positif où chacun donne le meilleur

Une proposition : présence de parents volontaires pendant les premières semaines d’accueil en petite section pour seconder la maîtresse qui est débordée.

Accueil tout au long de l’année avec une pause café où les parents sont invités à rester un moment dans la classe.

Une journée « repas partagé » dans la cour de l’école où Cré actif est présent et qui laisse de forts souvenirs. Il faudrait là renouveler dans l’année plusieurs fois.

Pour que tous les parents se sentent concernés, il est important d’être très précis sur l’info. (ça se passe en primaire mais c’est aussi pour les maternelles…)

La présence des enseignants chaque jour à la sortie

« Si on pense que la réunion de rentrée est importante, que la présence des parents est nécessaire, il est indispensable de transmettre un compte rendu aux parents absents« 

Un espace « parents » à l’intérieur de chaque  l’école. 

La rencontre avec l’ensemble de la communauté éducative, prévue un samedi matin risque de poser problème à de nombreuses familles. Il faudrait aussi penser à un accueil pour les enfants

Publié par Terrain D'entente dans Co-éducation et communauté éducative, 0 commentaire

Rencontre co éducation avec les enseignants Mercredi 16 Octobre

Echanges suite à la restitution de la parole des parents d’élèves

Les dispositifs d’ouverture de l’école qui ont été cités sont pour tous et la satisfaction a été exprimée en premier. Les témoignages de difficulté sont individuels et n’annulent pas les bénéfices des démarches ni un climat positif général.

Des parents sont conscients de la tâche des enseignants, certains souhaitent participer aux efforts à tenir.

Les difficultés de communication sont essentiellement dues à une mauvaise compréhension et difficulté d’identification des contraintes des uns et des autres. (logistique de l’école/ difficultés intra familiales) qui provoquent un sentiment de décalage.

Nous déplorons l’évolution du cadre scolaire avec de plus en plus de contraintes, des moyens qui se réduisent sans cesse.

Il nous faut donc réinventer d’autres chemins sans modifier les objectifs d’une école publique pour tous les publics.

Le métier d’enseignant reste sacralisé, avec le sentiment que l’enseignant a le pouvoir. « L’école est un lieu de savoir et c’est l’enseignant qui sait » Les parents en difficulté ne se sentent  pas autorisés à aller lui parler. 

Problème de la projection personnelle du vécu scolaire des parents, qui provoque crainte inquiétude pour l’enfant et des tensions envers l’enseignant. Les manifestations de cette souffrance  peuvent être ressenties comme une agression. Un cap difficile à passer qui demande de la patience et de l’attention de la part des enseignants. Le décalage peut être important entre ce qui est demandé par l’école et ce qui se vit dans les familles. Certaines familles sont trop éloignées du cadre de vie scolaire.

Comment mobiliser davantage les autres membres de la communauté éducative qui peuvent intervenir comme tiers, prendre le relais?

Rappel des objectifs de la co éducation

 –    trouver des moyens de communication adaptés face à une population en grande difficulté sociale. La précarité, est un vécu de peurs. La peur que demain soit pire, le sentiment d’un avenir indépassable, des préoccupation quotidiennes multiples et parfois insolubles.

L’enfant ne réussira à l’école que s’il sait faire des liens entre ses différents espaces de vie, entre sa culture familiale et le milieu scolaire. L’école est responsable de l’apprentissage de ces liens. Nécessité d’une approche globale de l’enfant dans son environnement familial et social

 –   Apprendre à communiquer lorsqu’on est d’horizons très différents.  Se défaire de nos certitudes sur la bonne manière d’éduquer les enfants. C’est une ouverture qui transforme nos manières de voir le monde. 

 –   Cohérence entre les différents temps éducatifs (école, maison, périscolaire…) qui  favorise de meilleures conditions d’apprentissage

 –   faire face à l’évolution des objectifs de l’école: Passage d’un modèle très cloisonné à des modèles plus perméables pour permettre à chaque enfant de devenir un citoyen éclairé pour trouver sa place dans la société et contribuer à son amélioration 

Définition de la co éducation: nos mots

Richesse des différences

Eduquer ensemble, Objectifs communs

Partage, confiance, Ecoute, Dialogue, Rencontre, Echange,

Equilibre entre les différentes compétences

S’entendre sur les grands principes de l’éducation

La co éducation: Une relation de mutualisation entre les éducateurs dits premiers que sont les parents et les éducateurs qui agissent en parallèle et successivement. 

Considérer les parents comme de véritables interlocuteurs éducatifs.  

3 Principes: parité d’estime

                    principe de coopération (faire oeuvre commune)

                    explicitation du cadre de l’école

Définition des modèles de relation école/famille/commune

L’école publique navigue entre le modèle cloisonné et la co éducation. Pour certains enfants on s’adapte aux difficultés manifestées et on se rapproche de la co éducation par un effort de compréhension de leur cadre de vie.

Modèle cloisonné: L’école ne cherche pas à collaborer avec les familles. Elle les informe du cadre mis en place, et les familles doivent se plier à ce cadre. Seul « l’élève » va concerner l’école, sur ses apprentissages, son comportement scolaire dans le temps de l’école

Modèle « co éducatif« : Notion d’intérêt de l’enfant indique des modalités de collaboration où les deux parties vont faire effort pour se connaître, se comprendre, gérer leur différence de point de vue. L’école va se préoccuper du conflit de loyauté . Volonté de prendre en compte tous les aspects de la vie de l’enfant  et de différentier les réponses. Son rythme de vie est pris en compte à travers les liens  entre le monde scolaire et péri scolaire. 

Modèle co-gestionnaire: Parents et enseignants co construisent un projet pédagogique et éducatif scolaire. Parents partie prenante du fonctionnement de l’école

Modèle fusionnel: Parents et enseignants recherchent une hyper cohérence des principes éducatifs. Il existe aussi des associations de parents qui déscolarisent leurs enfants 

Objectif essentiel: construire une meilleure compréhension commune. Besoin de tous les membres de la communauté éducative  en appui de cet effort. 

Est ce que c’est énergivore? C’est plutôt un gain dans tous les exemples évoqués

Les constats

 –   Le fossé entre le primaire et le secondaire est immense. Le cloisonnement entre les établissements est tel que le collège ne mesure pas les efforts importants des écoles pour tenter de soutenir les élèves les plus fragiles qui arrivent malgré tout au collège avec des carences importantes. Au collège les parents ne se sentent pas pris en compte par l’équipe enseignante. Pour construire un climat de co éducation la présence du collège est nécessaire.  

 –   On déplore le manque de moyens sur les prises ne charge spécifiques: les délais d’accueil au CMPP sont toujours plus long, idem chez l’orthophoniste. Le RASED  est voué à disparaître  Les difficultés s’aggravent pour ces enfants qui ne bénéficient pas des soins adaptés. L’éducation nationale a de moins en moins de solutions à disposition des enseignants.   –    Avec cette injonction d’école inclusive, les classes se doivent d’accueillir des enfants qui relèvent d’établissement spécialisés.   

Des pistes de solution: 

 –   Adultes relais un travail rémunéré, avec une formation pour des habitantes du quartier qui accompagnent les démarches des familles, assurent la traduction, font le relais entre l’école, les familles, et les autres institutions. Il est peut être possible de relancer la Mairie pour renouveler  ces postes. Certains parents délégués sont réellement des personnes ressources pour l’école, elles donnent énormément de façon bénévole et finissent pas s’épuiser. 

 –   Renforcer le travail avec les asso, les clubs sportifs de quartier, et prévoir des temps réguliers de rencontres. Le PRE assure le lien avec le milieu associatif, il peut être un partenaire ressource pour organiser ces rencontres. 

 –    L’organisation du temps périscolaire a mis la priorité sur le pôle culturel et sportif. Les devoirs ne sont plus assurés à l’école. On pourrait imaginer le temps périscolaire  avec la présence de parents, et organiser des  ateliers de façon à leur permettre  de mieux être outillés sur la façon d’aider les enfants à la maison pour favoriser les apprentissages. 

 –   Décalage considérable pour les familles quand les enfants arrivent au collège qui donne chaque jour des devoirs à faire à la maison. 

On pourrait s’appuyer sur ce qui existe comme passerelle sur le pôle petite enfance, entre la crèche et l’école maternelle, pour imaginer également des passerelles entre le primaire et le secondaire.

 –   Cloisonnements à l’intérieur même de chaque école. Les équipes du périscolaires n’ont pas de lien de travail avec les enseignants. Il faudrait les intégrer aux réunions de pré rentrée. La présence des Atsem, des AVS serait également bénéfique. 

 –    Les projets de groupe de travail mis en place cette année concernent tout le cycle des apprentissages, de la maternelle au collège. Ils vont permettre de casser ces cloisonnements. 

 –    Le coordonnateur REP est censé assurer tous ces liens. Ce poste est actuellement très réduit en temps et dans ses missions. Il faudrait ré envisager cette fonction indispensable. 

Les ressources:

Les écoles du Chambon sont toutes en REP ce qui attribue à chaque école des moyens supplémentaires, notamment le dédoublement des classes CP/CE1. Ce dispositif marche. Le travail quotidien est considérablement amélioré, il permet une individualisation des apprentissages, d’être plus serein dans sa classe, de diminuer les crispation avec les élèves « difficiles ». Les parents sont satisfaits, rassurés, la relation avec eux s’améliore nettement.

Il y a nécessité à se remettre en question dans notre façon d’aborder les familles. On peut parfois porter un regard méprisant sur certaines familles sans connaitre leur histoire.

Réclamer les heures API pour trouver le temps d’organiser le travail en équipe sur des projets pour réfléchir à la question de la co éducation, de la difficulté de communication avec les parents, les autres partenaires.

Comment nous oeuvrons tous ensemble pour le bien être des enfants?  

Des pratiques qui fonctionnent (malgré les contraintes institutionnelles)

 –   Repas partagé pendant le temps de midi, journée multiculturelle. Les parents animent un atelier en fonction du pays d’origine, en présence de Cré actif et des agents de la Mairie responsables du lien entre les institutions. Certains parents posent une journée de congé pour participer. 

 –   Initiative de parents: pic nique partagé au parc où Cré actif est également invité

 –   Journée « marché des connaissances » mélange des classes, des grandes sections au CM2

Un thème, pour favoriser l’échange de savoirs: « jeux du monde ». Les AVS sont très impliquées dans ces journées; L’intérêt est de mixer les classes, les CM2 jouent le rôle d’accompagnateurs des plus petits. Plus de problèmes de frontières ce jour là entre les générations et les fonctions (enseignants/parents/AVS…)

Le marché de connaissances peut commencer « tout petit », entre deux classes…

On peut imaginer une boite à idée où les parents, les enfants pourraient faire de suggestions pour enrichir ces journées.

 –   Espace de dons: installation d’un chalet au centre de la cour en co gestion parents/enseignants, avec une charte de bonne conduite. Les parents peuvent déposer leurs dons: jeux, livres, habits). Suite au constat que les vêtements poussent chaque année sur les portes manteaux des écoles, une façon de les remettre en circuit 

 –   La semaine des parents qui peuvent être présents une heure dans la classe. Temps très stimulant pour tous. Nécessité pour l’enseignant de faire un effort d’explication et de bienveillance qui se poursuit au fil des semaines. Certains parents savent se rendre utiles, les enfants sont plus tranquilles et attentifs. 

 –    Pot d’accueil, le jour de la rentrée. Des tables où chaque enseignants accueille les enfants de la classe et leurs parents pour partager un petit goûter. Un temps qui crée une ambiance détendue et qui dédramatise cette journée appréhendée par certains. On ne se retrouve pas d’emblée dans le face à face. 

 –    Accueil des parents autour de « jeux de société« entre 8h20 et 9h, un jour par semaine prévu pour chaque classe. L’enseignant invite les parents à gérer ce temps de jeux, il explique les règles si nécessaire. Projet à l’occasion de NOël, que chaque enfant reparte avec un plateau  de jeu qu’il aura fabriqué pendant ce temps d’école. (voir pour financement Mairie)

Possibilité de prévoir un travail avec la ludothèque qui peut intervenir dans les classes.

 –    Après midi contes dans la langue d’origine (5, 6 langues représentées)et lus par l’enseignant en français. Valoriser la langue maternelle. On peut également s’appuyer sur les parents « musiciens ». Objectif de valoriser le savoir des familles, d’assurer leur légitimité en tant que personne

Courrier individuel fin Aout pour signifier à chaque enfant qu’il est attendu à la rentrée

Prévoir un bilan de ces différents rencontres proposées tout au long de l’année avec les parents

Des propositions de Catherine Hurtig Delattre (qui complètent celles déjà pratiquées)

La réunion collective de présentation de l’école:

Inciter le plus grand nombre de parents à y participer. Organiser une garderie pour les enfants

 –    Expliciter les différents professionnels qui interviennent dans l’école, le règlement intérieur:  (fonctionnement de la cantine, des garderies, des temps périscolaires, les règles de sécurité). 

 –    Forum des métiers. Chaque partenaire tient un stand: les professionnels chargé de l’aide aux enfants en difficulté, l’équipe périscolaire, les associations actives dans l’école, les associations de quartier. 

Les expositions des travaux des élèves, les diaporamas tout au long de l’année

Les rendez vous individuels systématiques chaque trismestre

Avoir un autre regard sur les enfants et aborder plus facilement la gestion de leurs éventuelles difficultés de comportement. Pour les parents, s’approprier les questions éducatives et l’exercice de l’autorité parentale, partager des outils d’apprentissages

Coopérer avec les associations, permettant ainsi de passer du face à face à une éducation partagée et d’aller ainsi à la rencontre des parents les plus éloignés de l’école. 

Proposer la participation par des passerelles entre culture scolaire et cultures familiales

Pour approfondir notre connaissance mutuelle, s’atteler aux objets de savoir. Cette démarche, au coeur de la mission de l’école pourrait donner une place active aux élèves, et aux parents, mis en position d’acteurs aptes à faire des propositions.

Comment faire entrer les cultures scolaires dans les familles et comment faire entrer les cultures familiales dans l’école?. Comment donner à voir, à comprendre ce qu’on apprend à l’école et comment on y apprend.

 –    Les portes ouvertes: Ouvrir la classe aux parents assister à des séances d’apprentissage. 

 –    L’accompagnement des sorties 

 –    Les cahiers individuels 

 –    Les albums collectifs et les journaux de classe 

Les temps de parole:

Mettre en place de manière ritualisée, des temps de parole permettant aux élèves de parler de leur univers familial en classe et d’utiliser la parole comme objet d’apprentissage

Les objets apportés:

Proposer aux enfants d’apporter des objets de la maison de manière libre ou avec des consignes et en faire des supports des apprentissages

Les ateliers parents-enfants 

Les enfants soleil 

Consacrer à chaque élève une demi-journée privilégiée pour son anniversaire. Ses parents sont invités et peuvent proposer une activité de leur choix.

Permettre aux parents de faire profiter la classe de leurs compétences propres, l’univers familial est considéré comme porteur de savoir.

Les activités plurilingues:

Proposer des activités prenant en compte la diversité linguistique présente dans la classe

Contes en plusieurs  langues, fleurs des langues 

Comment l’enfant, quand il vient à l’école est disponible?

Les incontournables principes éducatifs ne sont pas forcement les mêmes pour tous. Risque de se référer à une norme. Il existe d’autres façons plus collectives de prendre soin des enfants. Face aux enfants dont on ne prend pas suffisamment soin à la maison, comment exercer notre responsabilité collective dans leur éducation et leur protection?

Bilan de cette rencontre

Echanges bénéfiques, certaines écoles ont réalisé ce que d’autres avaient imaginé. Elles mettent ainsi en évidence qu’il y a des choses possibles à construire et que c’est réaliste, accessible. Il reste des choses sur lesquelles on peut agir (le sentiment d’impuissance nous condamne à reporter sur l’extérieur les problèmes face auxquels on n’a aucune réponse, bien souvent les parents!)

En REP c’est impossible de travailler seul. Et C’est un enrichissement de travailler à plusieurs

La différence, on ne peut pas là mettre de côté, elle est là.

Inquiétude suite à la première rencontre face à la masse de choses à bouger, mais aujourd’hui rassuré sur le fait qu’on peut faire des choses.

Besoin de provoquer des temps de rencontre: un pic nique avec tous les enseignants des écoles, le jour de la pré rentrée?

Pour la rencontre du  Samedi 16 Novembre de 9h à 12h

Nous aurons au préalable rencontré les autres acteurs de la communauté éducative (périscolaire, Atsem, AVS, agents de la Mairie, coordonnateur REP, éducateurs de prévention). Cette rencontre va donc rassembler tous ses membres.

On pourrait s’intéresser plus particulièrement aux familles isolées, en plus grande difficulté et se questionner sur notre responsabilité collective:

 –    Comment pallier à la solitude des enfants en leur offrant une solution alternative aux difficultés familiales? 

 –    Comment soutenir les parents perturbés par un ensemble complexe de trop lourdes difficultés et qui se retrouvent isolés?.

Publié par Terrain D'entente dans Co-éducation et communauté éducative, 0 commentaire

Rencontre projet co éducation, avec les acteurs du péri scolaire, 12 Novembre 2019


Rappel des objectifs:

Les écoles du Chambon sont classées en REP, on note chaque année 20% d’enfants en grande difficulté d’apprentissage.

Les enseignants souhaitent construire une relation de confiance et de reconnaissance avec les familles, sachant que la présence des  parents joue un rôle essentiel dans la lutte contre l’échec scolaire. Ils ont besoin de savoir comment les familles vivent l’école. Leur parole est indispensable pour pouvoir identifier les besoins et adapter au mieux les pratiques. 

Les écoles ont investi depuis quelques années cette question de la nécessité d’engager des moyens concrets pour construire une meilleure communication avec les familles.

La volonté est de poursuivre ce travail en insistant sur l’intérêt de construire une démarche de communauté éducative, où tous les acteurs du champ éducatif seraient invités à apporter leur contribution.

Il s’agit non seulement de trouver des moyens de communication face à une population en grande difficulté sociale, mais d’adapter des pratiques éducatives face à des enfants inquiets, malmenés, préoccupés par un quotidien instable et incertain.  Ces enfants  vivent dans un climat familial empreint de préoccupations quotidiennes multiples et parfois insolubles. 

Cette nécessité d’une approche globale de l’enfant dans son environnement familial et social ne peut pas être de la seule responsabilité de l’école, tous les acteurs du champ éducatif doivent s’engager dans ce travail si on veut espérer de réels changements.

Les leviers pour que le poids de l’origine sociale pèse moins

 –   Réduire la méconnaissance mutuelle

 –  Croisement des savoirs: prise en compte des approches et des compétences de chacun

 –  Travail de repérage et de dépassement des représentations. Mise à plat de ce que chaque pôle concerné estime apporter et pense que les autres apportent 

 –  Construire des alliances éducatives avec les parents, les collectivités locales, les associations. Ouvrir l’école aux partenaires qui ont une connaissance du territoire   

Proposition d’échange:

 –   nos postures qui permettent ou pas d’exercer de manière collective notre responsabilité dans l’éducation et la protection des enfants

 –   définition de la co éducation, de la communauté éducative et ses objectifs

Echanges suite à cette introduction:

On constate  un décalage  entre les rencontres à thème proposées sur la commune en direction des familles, à partir de besoins identifiés  et les attentes des parents. Ces différents rendez vous ne répondent pas forcement à leurs difficultés. A l’exemple de la prévention sur les danger des écrans et la nécessité des familles de pouvoir proposer des formes d’animation de la journée à leurs enfants. Les écrans sont parfois une solution « mode de garde » qui permet aux adultes de souffler. Comment sommes nous à l’écoute de cette réalité?

Sentiment d’être dépassé, impuissant face à l’ampleur des enjeux de cette société. Et l’impuissance nous met en danger de renoncer ou de reporter les problèmes sur un autre et notamment en ce qui concerne les questions d’éducation: les parents.

La difficulté des réponses aux appels à projets qui assurent le financement des actions qui ont une grande limite dans le temps. Elles peuvent se renouveler au maximum, 2 ,3 ans puis il faut mener à bien d’autres actions. Le temps administratif a de réelles limites: tout est fermé après 17h durant le week end….Hors nous savons que c’est dans le temps long qu’on peut véritablement contribuer à transformer les choses et à agir de manière adaptée à la réalité.

Une autre difficulté est ne pas  pouvoir agir dans la globalité mais sur des actions ponctuelles et morcelées. Chacun prend un « bout » en fonction de son champ d’actions et ces différentes mesures n’ont pas toujours de lien les unes avec les autres. Alors que toutes ces actions mises bout à bout permettent de rendre compte d’un travail qui assure des évolutions. 

Notre façon de prendre en compte l’individu et ses difficultés propres peuvent être source de problèmes pour toutes ces personnes qu’on ne convoque et auxquelles on accorde de l’intérêt que sur la base de leurs problèmes.

Présentation de chacune à partir de la question: comment permettre à l’enfant d’apprendre au mieux, d’être sécuriser au mieux?

Coordinatrice parentalité

Avec une entrée collective. Des actions à partir de ce qui émerge comme besoins des familles

Gestion de la ludothèque où « on vient pour jouer » Les enfants peuvent être accueillis seuls à partir de 6 ans.

Le mode de fonctionnement est souvent questionné. L’objectif de cet accueil est de favoriser des temps partagés entre les parents et les enfants sur la base des jeux, hors les parents manifestent souvent l’envie de se retrouver entre adultes et souhaitent pouvoir confier leurs enfants au ludothécaire. Comment respecter ce besoin de répit?

La ludothèque est présente un jour par semaine, sur deux quartiers à la périphérie de la commune. 80% des enfants présents ne sont pas accompagnés de leurs parents. La réponse serait-elle de leur fermer la porte en raison de la responsabilité légale?

Organisation chaque année du festival du jeu qui a un très bon écho sur les habitants de la commune, des soirées jeux tout au long de l’année où 300 personnes participent à chaque séance.

Dispositif CLAS avec la volonté d’une approche croisée des pratiques est très bon support pour valoriser l’enfant

Coordinatrice politique de la ville, du développement local sur une petite commune de 12000 habitants. Ce qui facilite la connaissance du territoire et de ses acteurs.

Mise en place de projets sur les quartiers prioritaires et non prioritaires. Responsable du diagnostique pour définir les priorités conditionnées par  les directives nationales et développer des actions tout au long de l’année. 

Il n’est pas seulement question de l’enfant mais c’est important de pouvoir faire le pari du devenir de la commune à partir de la prise en compte de la jeunesse et de son épanouissement.

Dans ces actions il y a beaucoup d’attendus quant à la mobilisation des parents. Mais ils ne sont pas toujours présents, ils ne rentrent pas dans le moule qu’on projette sur eux. Cette réalité nécessite de faire un pas de côté.  Une formation sur l’inter culturalité a permis de prendre conscience des représentations, ce qui nous semble légitime et qui correspond finalement à une norme établie comme une vérité. Hors il y a d’autres modèles éducatifs, d’autres priorités. C’est souvent à partir du filtre de nos représentations que des actions sont proposées et qui peuvent devenir des rendez vous manqués avec les familles que nous cherchons à rejoindre. 

Ces interrogations, ces pas de côté, permettent de faire bouger des lignes. On peut s’adresser aux enfants sans convoquer toujours les parents. les enfants sont très en demande d’activités mais on cherche toujours à tenir l’objectif de les amener sur des temps structurés type centre de loisir et qui ne correspondent pas toujours à leur possibilité et envie….Tout ce qu’on peut apporter aux enfants ça va les nourrit, ce sont pour eux des opportunités d’ouverture.

Coordinatrice action éducative

Renouvellement Contrat Enfance Jeunesse géré par la ville et la CAF (accueil loisirs, crèche)

L’objectif est de mener des projets à partir de l’expertise des structures.

Projet éducatif local qui dépend de la politique de la ville qui concerne les enfants et les jeunes de 0 à 25 ans. Une politique qui n’est pas définie de façon explicite et qui est pourtant le socle sur lequel se base toutes les actions.

Coordinatrice PRE, dispositif en place depuis 12 ans sur la commune . Parcours individuel de l’enfant en lien avec les parents. Ateliers proposés à partir de leurs problématiques identifiées avec les parents qui sont demandeurs d’aide.

Ce dispositif rassemble une vingtaine d’intervenants: des jeunes étudiants, des enseignants à la retraite, et en activité, des AVS. Une cellule de veille en appui avec des psychologues, des AS, prend les décisions,  assure le suivi et l’arrêt de la mesure quand les objectifs sont atteints. Des liens sont construits dans la durée avec de nombreux partenaires dans une grande diversité de fonction 

Equipe parentalité: Référente soutien à la parentalité

En lien avec le PRE pour l’accompagnement et l’orientation des familles.

On note ensemble que ce nouveau concept « parentalité » induit une relation où on ne s’intéresse aux adultes qu’en regard de leur fonction de parents. Des adultes avec des préoccupations et des centres d’intérêt très divers, ne sont perçus qu’à travers ce prisme là.  Certains adultes qui ne sont ni en emploi ni en activité associative n’intéressent la société qu’à partir de cette fonction au risque de nier tous les autres champs de leur personnalité. 

Dans cette société très individualisée où les pertes de solidarité familiales et de voisinage sont considérables, les différents acteurs de la commune prennent le risque de se refermer sur cette cellule familiale très restreinte, qui est devenu un noyau très fragile. Les familles ne sont pas moins compétentes mais beaucoup plus isolées. Avec toutes les problématiques de peurs et de représentations qui renforcent encore plus cet enfermement. Comment cette question de l’isolement de certaines familles peut devenir l’affaire de tous les membres de la communauté éducative?

Centre social associatif

L’objectif est de favoriser les relations inter et intra familiales. Arriver à ce que les parents prennent du temps avec leurs enfants. Proposition tout au long de l’année de rencontres parents/enfants et parents.

Si l’accueil est centré sur le difficultés, comment trouver de l’intérêt à venir? Difficile pour chacun de parler au groupe à partir de ses difficultés. Un sujet peut être important à évoquer mais le groupe peut être une limite à l’expression.

On instaure quelque chose qui ne répond pas forcement aux besoins. Constat du besoin de répit manifesté par les adultes qui fréquentent la structure, et des questions de pratiques familiales où on ne joue pas forcement avec ses enfants. C’est pas facile d’y répondre. L’objectif actuel est de pouvoir proposer du temps pour les adultes, des espaces pour se retrouver.  

Un grand mouvement du personnel ces dernières années met en difficulté l’instauration d’un lien de confiance avec les familles.

Cette difficulté a été aussi noté du côté de la commune. Depuis deux ans, elle a pris le parti d’embaucher de façon pérenne des responsables référents du secteur périscolaire pour chaque groupe scolaire. Chacun de ces référents assure le lien avec les enseignants, les parents, la commune sur les questions de cantine, de centre de loisir, de péri scolaire.

Pour la rencontre du 16 Novembre nous nous retrouvons avec des parents, des enseignants,  des agents de la commune

En introduction: un état des lieux suite aux différentes rencontres

Des questionnements à discuter entre petits groupes

–   La journée d’un enfant, les différents acteurs du champ éducatif qu’il côtoie: les besoins concrets pour que chaque jour offre un climat suffisant de sécurité et de bien être aux enfants et à leur famille: cantine, accueil périscolaire , présence d’adultes auprès des familles …..

–   La place de chaque acteur pour contribuer à de meilleures conditions d’apprentissage

Partage des échanges, des pistes d’ouverture

Publié par Terrain D'entente dans Co-éducation et communauté éducative, 0 commentaire

Pour construire une démarche de communauté éducative

 

La réussite à l’école signifie que les élèves ont tous acquis le socle commun de connaissances et de culture, et qu’ils choisissent leur orientation. Si l’école reconnaît que tous les enfants partagent les mêmes capacités d’apprendre et de progresser, qu’elle est un service public pour tous les publics, elle reste cependant très inégalitaire.

Dans les groupes scolaires  classés en REP, on note chaque année 20% d’enfants en grande difficulté d’apprentissage. C’est à dire, un enfant sur cinq qui arrive au collège avec de lourdes carences. L’école n’arrive pas à atténuer les inégalités dues à l’origine sociale et culturelle, elle a même tendance à les amplifier. Chaque année, depuis 15 ans, plus de 100 000 jeunes sortent du système scolaire sans aucun diplôme. Et ceux qui échouent à l’école sont les exclus de demain. Des milliers de jeunes se retrouvent sans emploi, sans formation, sans accompagnement.

L’école ne fait plus référence pour ces enfants qui vivent ce qui s’y passe comme sans rapport avec leur réalité, leur identité, leur culture, leur famille, leur condition de vie, leur avenir. Ces enfants se retrouvent souvent dans une posture de conflit de loyauté qui bloque les apprentissages.

Les enfants qui n’ont pas été préparés à cette connaissance des codes et des attentes du système scolaire arrivent à l’école avec leur différence. Le projet scolaire les sélectionne sur des compétences formelles et abstraites et organise un enseignement qui valorise l’écrit et le fait de pouvoir se projeter dans l’école et la société telles qu’elles sont. Ce projet  privilégie certains domaines au détriment des autres.

 Ce n’est pas la capacité de l’enfant à comprendre qui est en jeu mais la nécessité de connaître les normes spécifiques. Il peut réussir à l’école s’il sait faire des liens entre ce qu’il apprend dans les différentes sphères de sa vie, tant dans les principes éducatifs que dans les savoirs eux mêmes. 

Il est peut être possible aujourd’hui de s’interroger sur le fait que cette école n’offre pas, à certains enfants, matière à y trouver du sens. L’enjeu est de réussir à former un citoyen qui soit capable de vivre en société en intégrant la culture scolaire tout en étant loyal vis à vis de l’héritage de sa culture familiale. Il est donc nécessaire de considérer  l’enfant dans toutes ses dimensions. Or, nous vivons dans une société cloisonnée. Beaucoup d’enseignants ne connaissent pas le tissu social dans lequel vivent leurs élèves et les différentes institutions sont trop souvent sans lien les unes avec les autres. 

Bon nombre d’enseignants souhaitent sortir du simple constat que l’école publique est inégalitaire et s’engager dans la lutte contre l’échec scolaire. 

Pour identifier les besoins et adapter au mieux les pratiques, la parole des parents est indispensable. Il s’agit donc de construire une relation de confiance et de reconnaissance réciproque entre l’école et les familles.

Les écoles du Chambon Feugerolles ont investi depuis quelques années cette question de la nécessité d’engager des moyens concrets pour construire une meilleure communication avec les familles. Plusieurs actions ont été initiées et se poursuivent

En Septembre 2019, pour prolonger ce travail, il a été identifié la nécessité de construire une démarche de communauté éducative. Tous les acteurs du champ éducatif doivent être invités à apporter leur contribution.

Terrain d’Entente a été sollicité pour engager ce travail avec les écoles, les familles, les structures responsables du champ éducatif sur la commune.

Dans le collectif  de Terrain d’Entente beaucoup d’inquiétudes émergeaient des discussions concernant l’école et les difficultés d’apprentissage. En Avril 2016, avec le centre social du Babet Terrain d’Entente s’est saisi de l’action « 1001 territoires pour la réussite de tous les enfants à l’école ». Cette initiative est le fruit d’une réflexion engagée par le mouvement ATD Quart Monde, autour du constat que les enfants des milieux populaires sont majoritairement en difficultés d’apprentissage à l’école, ils subissent des orientations précoces qui les excluent de possibilités de réaliser des études en fonction de leurs aspirations

Le travail engagé durant deux ans, avec une quinzaine de parents d’élèves volontaires, la responsable du REP et du DRE a été très encourageant. Ces adultes savaient évoquer les freins, les difficultés de communication, les incompréhensions face au cadre de l’école, et apportaient des propositions concrètes pour enrayer ces différents problèmes.  

Ce travail s’est prolongé depuis deux ans avec des enseignants militants de l’ICEM Freinet de différents groupes scolaires de St Etienne, de Lyon, des parents, des associations, en présence de Catherine Hurtig Delattre. Elle relate dans son livre « la co éducation à l’école, c’est possible » une expérience de 30 années d’ouverture de l’école aux familles et aux associations.

Déroulement de l’action sur le dernier trimestre 2019 avec les groupes scolaires du Chambon Feugerolles

Suite à différents échanges avec des directeurs d’écoles, le centre social Cré’actif, nous avons pu identifier des besoins pour assurer les conditions d’une meilleure communication entre tous les acteurs:

Faire un travail de repérage et de dépassement des représentations qui constituent un filtre et un frein préjudiciable à l’instauration de relations basées sur le respect et le reconnaissance réciproque.  

Que chaque pôle concerné (parents, enseignants, périscolaire) exprime ce qu’il estime apporter et pense que les autres apportent pour encourager chaque enfant dans ses apprentissages.

Nous avons établi différents temps de rencontre entre pairs, tout au long de ce  premier trimestre, pour permettre au final, une rencontre avec des membres de cette communauté éducative et envisager ensemble des actions concrètes. 

Suite aux différentes rencontres nous avons pu identifier des ressources et des besoins :

Pour les parents:  

Ce qui assure un climat de confiance et de sérénité: ce sont les relations quotidiennes avec les enseignants. La présence d’enseignants depuis plusieurs années dans l’école aide à la construction de relations de confiance.

Pouvoir connaître et comprendre le déroulement d’une journée à l’école.

En règle générale les parents aiment être invités à l’école et apporter leur contribution.

Des situations particulières, source d’inquiétude: des enfants porteurs de handicap, des familles nouvellement arrivées en France et/ou isolées, des différences de conceptions éducatives assez tranchées…. Ces inquiétudes sont aggravées par un manque de compréhensions de la façon dont on apprend à l’école. 

Dans ces situations, les parents ne se sentent pas légitimes pour donner leur avis. Ils ressentent que l’école étant un lieu de savoir, et c’est l’enseignant qui sait. Ils ne s’autorisent pas toujours à poser des questions sur ce qu’ils ne comprennent pas du fonctionnement de l’école.

Pour les enseignants:

 Les familles avec lesquelles la communication est plus difficile sont des gens isolés. Les incompréhensions difficiles à dépasser relèvent des différences de valeurs, de conceptions éducatives. Le problème de la légitimité du rôle de chacun est chaque fois présent. Les inquiétudes, les réticences des parents peuvent freiner des projets d’ouverture, des expériences nouvelles pour leurs enfants. Comment on reste intègre par rapport à ses missions d’enseignant, tout en étant à l’écoute des inquiétudes voire même des refus de certaines familles ? 

Les difficultés de communication sont essentiellement dues à une mauvaise compréhension et difficulté d’identification des contraintes des uns et des autres. (logistique de l’école / difficultés intra familiales) qui provoquent un sentiment de décalage.

Pour décider  des objectifs du partenariat, il est nécessaire de définir la co éducation avec les parents.

Pour les responsables « périscolaire » des services de la commune

Décalage entre les rencontres à thème proposées sur la commune en direction des familles, et les attentes réelles des parents. A l’exemple de la prévention sur les dangers des écrans, qui sont parfois une solution pour les parents de pouvoir souffler. 

Le « temps des familles / le « temps des administrations. Les appels à projets assurent le financement des actions avec une grande limite dans le temps, un an, deux ans. Ces contraintes obligent à agir non pas dans la globalité mais sur des actions ponctuelles et morcelées qui n’ont pas toujours de lien les unes avec les autres. 

Le temps administratif où tout est fermé après 17h, durant le week-end… qui limite les possibilités de rencontres. Or, c’est dans le temps long, parfois informel, qu’on peut contribuer à transformer les choses et à agir de manière adaptée à la réalité.

Le décalage peut s’expliquer également par la tendance à accorder de l’intérêt aux personnes sur la base de leurs problèmes et peu sur les ressources, ce qu’elles peuvent apporter.                   

 Le concept « parentalité » induit une relation où on ne s’intéresse aux adultes qu’en regard de leur rôle de parents. 

Intervention de Catherine Hurtig Delattre.

Formatrice, coordonnatrice REP, enseignante et chercheuse à l’IFE. Elle est membre du mouvement de la pédagogie Freinet. 

Un constat : on relie souvent l’incompréhension qui naît dans une relation, aux personnes, alors qu’elle est plus souvent liée à une divergence d’objectifs ou de projets. Les désaccords doivent rester des débats d’idées, et non de personnes.

Un principe associé : l’éducabilité des enfants (tous les enfants, n’importe quel enfant, dans n’importe quelle situation de vie). Les autres éducateurs, les parents, doivent être considérés comme différents, et compétents.

Une posture importante : aider l’enfant à vivre dans des modèles éducatifs différents (être conscients de l’asymétrie qui existe dans la relation école/famille)  Nous ne gagnons jamais à essayer de convaincre que notre posture est la bonne. Par contre, nous gagnons toujours à expliciter ce qu’on fait

 Selon Catherine, en s’inspirant des principes de la pédagogie Freinet, comme l’expression, les prises d’initiatives, l’explicitation….  on peut trouver un chemin pour aller à la rencontre des familles.

Historiquement l’école s’est construite contre l’éducation de la famille « obscurantiste ». Ce modèle est abandonné officiellement avec l’instauration de l’intérêt centré sur l’enfant et ses conditions d’apprentissage. Le dispositif actuel dans le modèle de co éducation met en évidence la responsabilité éducative partagée. Sachant que les parents ne vont pas choisir le projet pédagogique, et qu’ils sont libres de l’éducation qu’ils donnent à leurs enfants. 

La coéducation est une relation de mutualisation sans hiérarchie, entre les parents et  les éducateurs pro ou non (famille élargie, voisinage, associations…)   La communauté éducative ce sont des adultes estimés compétents et différents les uns des autres. Il s’agit de construire une relation de réciprocité et non persister sur un modèle de supériorité.

 L’enfant vit un conflit de loyauté s’il entend des choses trop différentes et s’il constate que les adultes ne se parlent pas, voire sont en conflit. La co éducation aide l’enfant à construire du lien.    

Cette valeur de la co éducation où les familles et l’école sont  complémentaires, n’est pas partagée par tous les enseignants. Malgré tout, ils peuvent trouver de l’intérêt à s’engager dans un dialogue serein et constructif avec les familles et estimer ce dialogue possible.                            

 La première étape est de pouvoir faire le lien entre cette conviction partagée de l’éducabilité de tous les enfants, et la reconnaissance de la capacité des parents à pouvoir dialoguer avec les enseignants.

La deuxième étape: pour s’entraîner à cette estime de l’autre il faut faire le deuil de l’acquiescement systématique. Le but ce n’est pas que les parents soient toujours contents mais qu’ils puissent dire quand ils ne sont  pas d’accord.

 Nous sommes parfois confrontés à des chocs culturels. Face aux comportement adultes qu’on estime inacceptable, il est indispensable savoir juger les actes et non juger les personnes. On sait le faire avec les enfants. Cette attitude du parent qui me choque, je peux  chercher à là comprendre, et éviter le piège d’essayer de  convaincre que ma façon de voir est la bonne.  Cette posture  est le gage d’une relation qui se construit sur une parité d’estime et la confiance. Que le professionnel et le parent puissent se sentir enrichis par cette relation.                              

 L’enseignant doit accepter que les parents se mettent à distance de l’école. Leurs obligations essentielles par rapport à l’école est de  s’intéresser à la journée d’école, signer le cahier de liaison. On ne peut pas décider qu’elle serait la bonne place pour les parents. Le parent idéal est différent d’un enseignant à l’autre. 

Nous savons que pour les enfants, une relation qui se construit entre l’enseignant et ses parents, est favorable à leurs apprentissages. C’est la condition de la sécurité psychique dont ils ont besoin.  Les conditions de son émancipation repose d’abord sur le fait  que son éducation familiale est estimée, que les savoirs de sa famille sont reconnus par l’école. 

Il existe des décalages préjudiciables entre les savoir-faire que l’enfant est amené à développer dans la sphère familiale et ceux qui sont demandés par l’école. Par exemple, l’autonomie scolaire (se débrouiller seul pour faire ses exercices, se documenter…) n’est pas la même chose que l’autonomie à la maison. L’autonomie que développe l’enfant lorsqu’il contribue concrètement au maintien de l’équilibre de la vie familiale, sa capacité à faire preuve de compassion envers les membres de sa famille, sa contribution concrète à l’entraide au quotidien….n’est pas valorisée à l’école. Les enseignants n’en n’ont pas toujours conscience et d’un autre côté les parents n’imaginent pas ce que l’école demande car pour eux être un bon élève c’est se taire et obéir. Le dialogue entre l’école et la famille pourrait permettre de reconnaître et valoriser tous ces savoir-faire et ses savoirs être que l’enfant est amené à développer, et les rendre complémentaires.

Nos propositions

Les familles ne sont pas moins compétentes qu’auparavant mais beaucoup plus isolées. Comment cette question de l’isolement de certaines familles peut devenir l’affaire de tous les membres de la communauté éducative?

 Pour construire cette communauté éducative et exercer de manière effective notre responsabilité collective dans l’éducation des enfants, un travail préalable est nécessaire entre tous ses membres, avec comme principes: 

– 1 Construire un climat favorable à la communication lorsqu’on est d’horizons très différents. avec une reconnaissance et un respect des préoccupations des uns et des autres

– 2  Se défaire de nos certitudes sur la bonne manière d’éduquer les enfants. C’est une ouverture qui transforme nos manières de voir le monde. 

– 3  Construire une cohérence entre les différents temps éducatifs (école, maison, périscolaire…) qui favorise de meilleures conditions d’apprentissage

Pour mobiliser davantage tous les membres de la communauté éducative et définir le rôle de chacun: il nous faut répondre ensemble à différentes questions

– Connaître la réalité de la journée d’un enfant et réfléchir à son aménagement concret, pour favoriser ses apprentissages. Que chaque jour offre un climat suffisant de sécurité et de bien être aux enfants et à leur famille: cantine, accueil périscolaire, présence d’adultes auprès des familles …..                   

– La place de chaque acteur. Lien entre école/famille/commune.  Pour favoriser de bonnes conditions d’apprentissage, quel est le rôle de chacun auprès des enfants pour qu’ils apprennent? Avec quels outils et sur quels  modes de communication?

– Importance de récolter la parole des enfants. Comment tenir compte des différents besoins manifestés par les enfants dans le cadre scolaire et périscolaire?   

Voici ce qui semble  nécessaire à interroger  pour mettre en place des actions adaptées 

–   La journée de l’enfant.  En plus des périodes d’apprentissage en classe, des « activités d’éveil » sont proposées chaque jour  à l’enfant qui  se retrouve en permanence stimulé, sur des temps fractionnés qui n’ont pas de liens les uns avec les autres.  Pour tenir compte de la fatigue engendrée par la vie en collectivité, comment on peut répondre au besoin de rêverie, de solitude, de tranquillité, dans un espace sécurisé? 

Les trajets école-maison sont parfois démultipliés et souvent irréalisables:(revenir à l’école après la sieste, instauré dans de nombreuses écoles maternelles).

A quel âge un enfant peut aller à l’école seul, ou accompagner sa petite sœur ? A quel âge on peut aller dans les structures de façon autonome?                                                                          

 –   La place de chaque acteur.

 La réforme des rythmes scolaires, de nouveaux temps de périscolaire, vécus parfois comme des intrusions, dans les locaux scolaires.

Quelle est la formation des éducateurs? Que leur demande-t-on en terme de qualité: activités non-stop ou dispositifs permettant un choix de l’enfant ? 

Des éléments de réponses :

Aménager des espaces au sein des écoles, les bibliothèques sur les périodes de récréation, d’accueil en début de journée

 Nécessité  d’espaces d’accueil libre et inconditionnel, de créer des occasions de se rencontrer : réunions de parents avec garderie, faire entrer les parents dans la cour à la fin des heures de classe….

 Nécessité d’une coordination entre tous les acteurs. Faire du lien entre les équipes pour favoriser les apprentissages. Temps pour se concerter et réfléchir à ce partage de lieux, de temps éducatifs… du sens aux apprentissages : un projet, qui permet de travailler des compétences dans de nombreux domaines pour  une  meilleure compréhension de chaque situation familiale

Importance d’une même ligne de conduite ? D’un même discours ? Oui, dans les grands principes (valeurs de la République), et pour les situations de crise, mais les enfants peuvent entendre que les règles varient, si les adultes qui les portent sont en communication les uns avec les autres. Les avis peuvent diverger, être complémentaires.

 Une technique pour comprendre l’environnement éducatif d’un enfant. Un dessin où sont  notés tous les partenaires et les liens, ceux qui fonctionnent et ceux qui pêchent. (voir ce qui existe déjà, ce qu’on peut améliorer ou ajouter).

–   La parole des enfants. Le conseil des enfants, les débats philo peuvent être l’occasion d’inviter les enfants à donner leur avis sur le déroulement de leur journée. En proposant des questions ciblées: Qui m’aide à apprendre?  Où j’apprends? Que faire quand les adultes autour de moi ne sont pas d’accord? « Il faut tout un quartier pour élever un enfant » Comment les enfants  comprennent cette formule?

Conclusion

On peut se demander pourquoi aujourd’hui, on parle autant de co éducation, de l’ouverture de l’école aux familles. Pourquoi on estime que, pour être dans de bonnes conditions d’apprentissage, l’enfant a besoin qu’il se construise autour de lui une communauté éducative, avec la participation des parents? 

Alors qu’historiquement l’école a été conçue pour sortir l’enfant du cadre familial, et lui assurer le droit à l’apprentissage, au savoir, dans une visée émancipatrice, en opposition à l’influence de la famille. 

Nous sommes  traversés par une crise des modèles éducatifs qu’ils soient familiaux, sociaux ou scolaires. Une crise aggravée par le recul des solidarités familiales et de proximité, par la baisse des moyens dont disposent les acteurs de l’éducation.

L’école ne se suffit plus à elle même, il lui faut prendre en considération tous les acteurs qui tentent d’oeuvrer tant pour la socialisation que pour l’égalisation des chances. Un recours aux familles semble nécessaire aujourd’hui, devant l’inadaptation croissante de l’école au monde d’aujourd’hui

La question de la communauté éducative, de la place des parents reste très complexe à  construire. Face à ce qui met en cause le fonctionnement institutionnel, face au sentiment d’impuissance que les enseignants peuvent ressentir par rapport aux enjeux de « la réussite de tous les enfants »,  le risque de reporter la responsabilité à l’extérieur est permanent. Quand l’école répond à cette injonction de l’ouverture de l’école aux parents, de quoi est-il question? Depuis de nombreuses années, des dispositifs fleurissent dans chaque commune, portés par différentes institutions,  pour organiser le « soutien à la parentalité »,  avec comme objectif essentiel de « responsabiliser » les parents face à leur fonction éducative, selon des modèles et des postures normés imposés.

La violence de cette injonction: « Responsabiliser les parents », met en évidence le postulat de leur irresponsabilité. Ce climat de suspicion quant à la mauvaise tenue de la famille par les adultes, peut très facilement faire glisser sur ces parents  la responsabilité de l’échec d’une « école de la réussite pour tous ».  Ces parents qui ne répondent pas aux convocations, ces parents qui laissent les enfants sans surveillance, dans la rue, après l’école, ces parents qui utilisent sans discernement les écrans comme mode de garde pour leurs enfants, ces parents qui…..

Mais cette invitation de l’ouverture de l’école aux parents peut nous permettre d’envisager une école différente,  plus humaine, et plus respectueuse de nos différences. Une école capable de se laisser interpeller par ce qui se vit autour d’elle, par ce que manifestent les enfants lorsqu’ils arrivent en classe. Une école qui sait écouter les difficultés réelles des familles et qui les prend en compte dans la façon de construire la journée à l’école, qui sait se saisir des ressources et en faire un appui dans les apprentissages.

C’est ce qui nous est proposé dans le travail de Catherine Hurtig Delattre qui évoque la relation école/famille en terme de parité d’estime.

Il s’agit non seulement de trouver des moyens de communication face à une population dont certaines familles sont grande difficulté sociale, mais d’adapter des pratiques éducatives face à des enfants inquiets, malmenés, préoccupés par un quotidien instable et incertain. Ces enfants vivent dans un climat familial empreint de préoccupations quotidiennes multiples et parfois insolubles. Cette nécessité d’une approche globale de l’enfant dans son environnement familial et social ne peut pas être de la seule responsabilité de l’école, tous les acteurs du champ éducatif doivent s’engager dans ce travail si on veut espérer de réels changements. Il faut tout un quartier pour élever un enfant!


Publié par Terrain D'entente dans Co-éducation et communauté éducative, 0 commentaire

THEATRE FORUM: « Gens d’ici et d’en face » Compagnie Les Fées Rosses

Une centaine de spectateurs

A Terrain d’Entente, depuis plus de 8 ans, avec les familles de Tarentaize, nous ne nous contentons pas de dénoncer ce qui est inacceptable. Nous cherchons collectivement  des réponses à toutes ces situations d’injustice et d’inégalité pour qu’elles ne nous écrasent plus, pour ne plus les subir. 

Pour tenter de sortir de ces impasses, nous devons faire face ensemble aux problèmes qui nous accablent et  nous efforcer de mieux comprendre ce qui est en jeu. Nous  savons qu’il ne faut pas renoncer, il faut chercher encore et encore. C’est un long chemin, douloureux, incertain. Parfois il devient possible de régler un problème. 

Il est indispensable de rendre visible ce qui est caché.

Il y a toujours un grand sentiment de honte à vivre des difficultés face auxquelles ont se sent impuissant. Le danger est de garder en soi ce qui nous fait souffrir et de s’isoler pour ne pas prendre le risque d’être mis à nu dans cette détresse là. L’impuissance nous condamne au silence et nous enferme. Ce sentiment d’être impuissant, d’être condamné à subir, nous amène à projeter les problèmes qui nous envahissent,  ailleurs, sur d’autres qu’on imagine responsables, sans discernement. L’impuissance brouille notre vision, notre compréhension. Ce sentiment d’être impuissant nourrit les amertumes, les rancoeurs, et parfois nous fait ressentir de la haine. L’impuissance est un danger qui menace nos relations, nos liens. 

La meilleure façon de tenter de sortir de ces impasses, c’est de donner la parole à ceux qui ne l’ont jamais, et d’inventer des formes de manifestations qui rassemblent. A Terrain d’Entente, nous cherchons aujourd’hui à rejoindre d’autres collectifs qui trouvent d’autres formes de constructions collectives et d’expression.

Et nous avons fait tout récemment une belle rencontre avec une troupe de théâtre les « Fées Rosses ». Des femmes et des enfants, des comédiennes et des amateurs qui proposent des animations avec la technique du « Théâtre Forum ».

La troupe « les Fées Rosses »


Le théâtre forum est un moyen puissant pour exprimer, extérioriser, donner à voir et à comprendre, partager ce qui nous accable et ce qui nous fait espérer. Il propose un spectacle inter actif qui invite le public à participer. Il met en scène des situations vécues comme injustes, discriminantes, des petites tranches de vie qui font écho en nous, qu’on se reconnaisse dans ce qui manifesté ou bien qu’on s’en  indigne. Ce qui est mis en scène mobilise très fortement les affects et permet ainsi de comprendre de quoi il est vraiment question pour celui qui se sent victime. L’objectif est de réfléchir à la meilleure façon de transformer ces situations injustes. Les spectateurs peuvent donc se porter volontaires pour devenir acteurs, monter sur scène et contribuer à un changement dans les rapports humains tels qu’ils étaient instaurés. En jouant un rôle dans la saynète, chacun s’essaye  à trouver des issues à cette injustice. 

des spectateurs interviennent
un spectateur intervient

Le théâtre forum est une invitation pour chacun d’entre nous justement de ne plus rester un spectateur impuissant face à ce qui nous accable, de se sentir victime, mais de prendre conscience qu’il peut être possible de ne plus subir. En créant un cadre, un espace de réflexion, un petit laboratoire d’expérimentation, nous pouvons nous essayer à participer, rechercher le rôle que nous avons à jouer, et réaliser qu’il nous reste une partie de responsabilité donc une possibilité d’agir pour résoudre les problèmes.

Ce mode d’expression qui interpelle et qui invite à devenir acteur, nous vient du Théâtre des Opprimés de Paolo Freire. L’objectif essentiel est de résoudre les problèmes qui se posent à certains et mettre en évidence qu’ils nous impactent tous, que l’on en soi victime ou pas. Ils impactent notre devenir d’humains, nos aspirations à vivre selon les principes fondamentaux d’égale dignité de chacun. Des principes de relations humaines respectueuses de chacun, qui nous protègent tous.

Troupe et intervenants, tous sur scène pour saluer!

Ce Dimanche 20 Octobre, nous avons vibré au rythme des expériences évoquées par la troupe les Fées Rosses qui ont fait le chemin depuis Grenoble pour nous rejoindre. Une poignée de femmes, accompagnées de deux enfants nous ont offert le spectacle « Gens d’Ici et d’en Face ». Voici la démarche essentielle de cette troupe:

« Pour tenter de prendre le temps de se regarder autrement, de déconstruire les préjugés qui nous enferment et de créer ensemble afin de nous comprendre, pour que chacun-e puisse interroger sa relation à son identité et à sa communauté, à son espace de vie, à ce monde complexe en perpétuel mouvement… »

« Gens d’ici et d’en face » nous a tous, petits et grands, parlé au coeur. Ce spectacle était joué par des comédiens rayonnants. Rayonnants parce que debout à prendre à bras le corps leurs problèmes pour ne plus rester victimes.

Ils ont su nous livrer des épisodes de leur vie dans lesquels beaucoup se sont reconnus, beaucoup se sont indignés. Parce que ce sont chaque fois des expériences d’humiliation qui laissent des traces et qui risquent une mise à mal durable de notre devenir collectif.

Un spectacle qui manifeste d’une émancipation aboutie où l’on refuse d’être enfermé dans une identité.

Nous avons fait ce jour là, un grand voyage dans les méandres de ce qui nous déshumanise. Il a été question de discrimination face à l’emploi, de la fermeture brutale, violente, destructrice  des frontières de l’Europe, du contrôle au faciès, du voile à l’école, du voile dans nos espaces publics, du voile qui alimente jusqu’à la nausée tous nos phantasmes d’invasion. 

Il a été question de  tout ce qui verrouille, enferme et isole. Il a été question de tout ce qui  interdit la différence, la rencontre de l’altérité, et l’infinie richesse qu’elle nous promet de découvrir et de partager. 

Nous étions une centaine à partager les questions évoquées. Des familles du quartier de Tarentaize avec tous leurs enfants, des amis militants qui s’inquiètent de toutes ces questions de société qui se manifestent de plus en plus durement autour de nous. Des questions représentées systématiquement comme des menaces alors que l’on sait que ce sont pour nous tous des ressources pour apprendre à mieux vivre tous ensemble, à ouvrir nos horizons et à mieux comprendre le monde qui nous entoure.

Nous nous sommes donc retrouvés dans un côte à côte, et nous avons tenté, petits et grands, de prendre notre place pour tenter d’agir et transformer ce que nous n’acceptons pas.

Le Théâtre Forum est un outil qui redonne de l’espoir parce qu’il permet à chacun de prendre sa place et d’être encouragé à mobiliser ses ressources: sa réflexion, son inventivité, son courage, au service de notre intérêt commun, pour tenter de régler des problèmes qui nous concernent tous.  


Il nous faut donc chercher tous les moyens possibles pour que, face aux injustices, nous  choisissions l’engagement, face aux différences,  nous choisissions la rencontre, face au combat du quotidien, nous puisions notre  énergie dans nos identités plurielles. 

Josiane GUNTHER Octobre 2019

Publié par Terrain D'entente dans 2019, Évènements, Rencontres, Théâtre, 0 commentaire

Gens d’ici et d’en face, Les fées Rosses

A Terrain d’Entente, depuis plus de 8 ans, avec les familles de Tarentaize, nous ne nous contentons pas de dénoncer ce qui est inacceptable. Nous cherchons collectivement  des réponses à toutes ces situations d’injustice et d’inégalité pour qu’elles ne nous écrasent plus, pour ne plus les subir.

Pour tenter de sortir de ces impasses, nous devons faire face ensemble aux problèmes qui nous accablent et  nous efforcer de mieux comprendre ce qui est en jeu. Nous  savons qu’il ne faut pas renoncer, il faut chercher encore et encore. C’est un long chemin, douloureux, incertain. Parfois il devient possible de régler un problème.

Il est indispensable de rendre visible ce qui est caché.

Il y a toujours un grand sentiment de honte à vivre des difficultés face auxquelles ont se sent impuissant. Le danger est de garder en soi ce qui nous fait souffrir et de s’isoler pour ne pas prendre le risque d’être mis à nu dans cette détresse là. L’impuissance nous condamne au silence et nous enferme. Ce sentiment d’être impuissant, d’être condamné à subir, nous amène à projeter les problèmes qui nous envahissent,  ailleurs, sur d’autres qu’on imagine responsables, sans discernement. L’impuissance brouille notre vision, notre compréhension. Ce sentiment d’être impuissant nourrit les amertumes, les rancoeurs, et parfois nous fait ressentir de la haine. L’impuissance est un danger qui menace nos relations, nos liens.

La meilleure façon de tenter de sortir de ces impasses, c’est de donner la parole à ceux qui ne l’ont jamais, et d’inventer des formes de manifestations qui rassemblent. A terrain d’Entente, nous cherchons aujourd’hui à rejoindre d’autres collectifs qui trouvent d’autres formes de constructions collectives et d’expression.

Et nous avons fait tout récemment une belle rencontre avec une troupe de théâtre les « Fées Rosses ». Des femmes et des enfants, des comédiennes et des amateurs qui proposent des animations avec la technique du « Théâtre Forum »

Le théâtre forum est un moyen puissant pour exprimer, extérioriser, donner à voir et à comprendre, partager ce qui nous accable et ce qui nous fait espérer. Il propose un spectacle inter actif qui invite le public à participer. Il met en scène des situations vécues comme injustes, discriminantes, des petites tranches de vie qui font écho en nous, qu’on s’y reconnaisse ou bien qu’on s’en  indigne. Ce qui est mis en scène mobilise très fortement les affects et permet ainsi de comprendre de quoi il est vraiment question pour celui qui se sent victime. L’objectif est de réfléchir à la meilleure façon de transformer ces situations injustes. Les spectateurs peuvent donc se porter volontaires pour devenir acteurs, monter sur scène et contribuer à un changement dans les rapports humains tels qu’ils étaient instaurés. En jouant un rôle dans la saynète, chacun s’essaye  à trouver des issues à cette injustice.

Le théâtre forum est une invitation pour chacun d’entre nous justement de ne plus rester un spectateur impuissant face à ce qui nous accable, de se sentir victime, mais de prendre conscience qu’il peut être possible de ne plus subir. En créant un cadre, un espace de réflexion, un petit laboratoire d’expérimentation, nous pouvons nous essayer à participer, rechercher le rôle que nous avons à jouer, et réaliser qu’il nous reste une partie de responsabilité donc une possibilité d’agir pour résoudre les problèmes.

Ce mode d’expression qui interpelle et qui invite à devenir acteur, nous vient du Théâtre des Opprimés de Paolo Freire. L’objectif essentiel est de résoudre les problèmes qui se posent à certains et mettre en évidence qu’ils nous impactent tous, que l’on en soi victime ou pas. Ils impactent notre devenir d’humains, nos aspirations à vivre selon les principes fondamentaux d’égale dignité de chacun. Des principes de relations humaines respectueuses de chacun, qui nous protègent tous.

Ce Dimanche 20 Octobre, nous avons vibré au rythme des expériences évoquées par la troupe les Fées Rosses qui ont fait le chemin depuis Grenoble pour nous rejoindre. Une poignée de femmes, accompagnées de deux enfants nous ont offert le spectacle « Gens d’Ici et d’en Face ». Voici la démarche essentielle de cette troupe:

« Pour tenter de prendre le temps de se regarder autrement, de déconstruire les préjugés qui nous enferment et de créer ensemble afin de nous comprendre, pour que chacun-e puisse interroger sa relation à son identité et à sa communauté, à son espace de vie, à ce monde complexe en perpétuel mouvement… »

« Gens d’ici et d’en face » nous a tous, petits et grands, parlé au coeur. Ce spectacle était joué par des comédiens rayonnants. Rayonnants parce que debout à prendre à bras le corps leurs problèmes pour ne plus rester victimes.

Ils ont su nous livrer des épisodes de leur vie dans lesquels beaucoup se sont reconnus, beaucoup se sont indignés. Parce que ce sont chaque fois des expériences d’humiliation qui laissent des traces et qui risquent une mise à mal durable de notre devenir collectif.

Un spectacle qui manifeste d’une émancipation aboutie où l’on refuse d’être enfermé dans une identité.

Nous avons fait ce jour là, un grand voyage dans les méandres de ce qui nous déshumanise. Il a été question de discrimination face à l’emploi, de la fermeture brutale, violente, destructrice  des frontières de l’Europe, du contrôle au faciès, du voile à l’école, du voile dans nos espaces publics, du voile qui alimente jusqu’à la nausée tous nos phantasmes d’invasion.

Il a été question de  tout ce qui verrouille, enferme et isole. Il a été question de tout ce qui  interdit la différence, la rencontre de l’altérité, et l’infinie richesse qu’elle nous promet de découvrir et de partager.

Nous étions une centaine à partager les questions évoquées. Des familles du quartier de Tarentaize avec tous leurs enfants, des amis militants qui s’inquiètent de toutes ces questions de société qui se manifestent de plus en plus durement autour de nous. Des questions représentées systématiquement comme des menaces alors que l’on sait que ce sont pour nous tous des ressources pour apprendre à mieux vivre tous ensemble, à ouvrir nos horizons et à mieux comprendre le monde qui nous entoure.

Nous nous sommes donc retrouvés dans un côte à côte, et nous avons tenté, petits et grands, de prendre notre place pour tenter d’agir et transformer ce que nous n’acceptons pas.

Le Théâtre Forum est un outil qui redonne de l’espoir parce qu’il permet à chacun de prendre sa place et d’être encouragé à mobiliser ses ressources: sa réflexion, son inventivité, son courage, au service de notre intérêt commun, pour tenter de régler des problèmes qui nous concernent tous.  

Il nous faut donc chercher tous les moyens possibles pour que, face aux injustices, nous  choisissions l’engagement, face aux différences,  nous choisissions la rencontre, face au combat du quotidien, nous puisions notre  énergies dans nos identités plurielles.

Josiane GUNTHER Octobre 2019

Publié par Terrain D'entente dans Évènements, 0 commentaire

Lorsqu’on a moins de droit que les autres, comment accepter d’avoir les mêmes devoirs?

« Ha ça, c’est sûr, ça serait bien que le goûter devienne un temps de partage! »

C’est un jeune de 14 ans qui parle ainsi. Il a des pépites dans les yeux quand il évoque cette perspective.

C’était au début de nos rencontres aux pieds des immeubles, à l’occasion de nos premiers ateliers de rue les samedis après midis. Notre premier goûter avait été catastrophique, les chocos avaient volés, certains même piétinés dans la précipitation des jeunes  à réclamer leur part!

A l’époque, nous nous adressions essentiellement à des garçons adolescents qui nous ont rapidement encouragés à revenir pour construire ensemble ces temps de « partage ».

Au début de nos rencontres, les coups et les insultes pleuvaient. Mais chaque fois que nous savions nous interposer dans ces rudes bagarres, en y accordant le temps nécessaire, les maux savaient s’exprimer, on apprenait ensemble à trouver les mots justes pour donner du sens à ces colères explosives. Ils nous ont rapidement sollicités pour intervenir dans ces conflits. Ils ont fini par nous demander de venir plus souvent et de rester plus longtemps.

De ces jeunes dont on parle trop souvent avec un discours empreint de crainte, de mépris, d’une multitude de présupposés qui ne sont jamais vérifiés mais toujours affirmés avec conviction. On leur reproche d’être à l’origine de tous ces désordres sociaux, ces incivilités qui nous les font rapidement considérés comme délinquants.

Moins on a de relation, d’expériences partagées, moins on a de connaissance, et de compréhension. S’ouvre à nous alors un champ très libre pour les phantasmes générateurs de peurs et de rejets. Cette tendance facile à penser de façon simplifiée et schématique.

Il faudrait donc les éduquer! Instaurer fermement  des règles pour apprendre « le cadre » à ces jeunes qui ne respectent rien ni personne »! Un « cadre »  posé de façon autoritaire et strict pour leur apprendre les rudiments des règles du vivre ensemble. On voit qu’ils crachent par terre, qu’ils profèrent des insultes, qu’ils narguent les adultes.  

Mais qui fait l’effort de connaître un peu la réalité de leur quotidien? Qui s’interroge des conséquences de cette vie de galères?

Un jeune que je rencontrais régulièrement en prison me posait un jour cette question. « Comment on fait quand on est une famille très pauvre, qu’on a été nul à l’école, ,qu’on vit dans un quartier où il y a de la violence, de la délinquance? »….

Qui est capable de répondre?

Comment on fait quand les collèges excluent des collégiens pendant plusieurs mois et qu’ils précisent qu’ils n’ont plus rien à faire dans un établissement scolaire? Comment on fait quand on a raté plusieurs semaines d’école suite à une situation familiale explosive et qu’il n’est pas possible d’envisager le redoublement parce qu’il y a trop d’élèves par classe?! Comment on fait quand on a 11 ans, et qu’il est indispensable de contribuer à l’organisation familiale dès la première heure du jour et qu’on reçoit des sanctions et des menaces d’éviction scolaire parce qu’on arrive en retard à l’école? Comment on fait quand les structures du quartier organisent un départ en vacances pour 7 alors qu’on est 40 à l’espérer? Comment on fait quand on démultiplie les démarches de recherche d’emploi et que c’est toujours « non »?

Qui peut répondre?!

Ils sont pourtant nombreux, les chercheurs, les intellectuels à nous proposer des pistes pour comprendre et tenter de trouver des  manières adaptées de répondre. Parce que la responsabilité de toute la communauté éducative est de chercher d’abord et sans relâche, à comprendre ce que manifestent ces jeunes!

Fernand Deligny (1) a été l’un des pionniers pour rechercher sans relâche ce qui dans son propre comportement empêchait que la rencontre se produise, que le lien se construise. C’est d’abord ça le travail éducatif, considérer ses propres limites et défaillances pour mieux cheminer avec l’autre, pour se laisser transformer par ses attitudes qui peuvent nous déconcerter, provoquer un sentiment d’insécurité. Pour rejoindre sa souffrance et tenter de là traverser avec lui.

Christophe Dejours (2) nous invite à nous laisser coloniser par le doute. Parce que « le réel se fait connaître par l’échec« , parce que « la souffrance guide l’intelligence« .

Dans un entretien sur la question de la violence des banlieues, Christophe Dejour répond « la violence du non travail »!

L’accomplissement de soi dans le champs social, passe par le travail. Inscrire notre existence dans la société passe par le travail et la reconnaissance de notre contribution à l’intérêt commun. Pour ces jeunes, il n’y a plus d’espoir d’apporter cette contribution à la société, ce qui pourrait les inscrire dans la communauté des hommes. Ils sont privés de la possibilité d’espérer le travail.

Pour supporter cette situation, résister à cette souffrance de se sentir exclus, certains s’efforcent d’organiser des stratégies de défense. Il s’agit pour eux de renverser le rapport au travail. Ils inversent cette humiliation d’être récusé du rapport au travail dans l’affirmation que rien n’est plus humiliant que d’accepter de travailler.

Cette attitude de défiance se construit dès l’école. Les difficultés d’apprentissage, les efforts très contraignants sont possibles à condition que se profile la promesse d’une émancipation grâce au travail. Pour eux, le travail scolaire devient donc le symbole de ce qu’il faut rejeter. Ne pas se soumettre à la discipline, s’opposer au travail scolaire, à l’enseignant, à tout ce qui représente ce qu’il est interdit d’espérer pour eux même.

Ce rapport d’humiliation du fait de l’exclusion produit des comportements par lesquels ils s’endurcissent pour supporter tout ça: il faut devenir insensible à toute forme de message qui rappel le rejet. Est un homme celui qui est capable d’assumer la souffrance et de l’infliger à autrui. Tout ce qui représente cet ordre qui ne leur laisse aucune place est la cible de leur haine. L’ennemi est tout ce dont on est définitivement privé. C’est une idéologie défensive, une exaltation de la violence comme valeur. Ils ne sont pas victimes du système, ce sont eux désormais qui vont faire peur et qui vont humilier. Etant exclus de toute participation aux règles de la collectivité, ils rentrent dans « un rapport de force » et non plus un rapport de droit. Le « rapport de droit » est d’avance perdu pour eux tout le temps et partout.

Christophe Dejours estime que nos réponses sont inadaptées, inopérantes. Du côté de l’action sociale, l’objectif des éducateurs est d’attaquer ces défenses pour les déconstruire, ce qui amplifie d’autant la radicalisation de ces défenses.  La réponse sécuritaire et répressive ne fait également qu’aggraver les choses. La terrible dérive de ces réponses est de n’avoir bientôt que l’armée comme solution pour aller cogner sur ces gosses afin de les mater.

Il faut retrouver les voies qui permettraient à chacun d’apporter sa contribution à la vie sociale par le travail. »La centralité du travail est vitale pour chacun. »

Ceux qui échouent à l’école sont les exclus de demain. 1,9 millions de jeunes sont ni en emploi, ni en formation, ni en recherche, ni en accompagnement. Comment  peuvent-ils s’insérer? Notre pacte républicain est en danger si on ne réduit pas ces écarts: lorsqu’on a on moins de droits que les autres, comment peut on accepter d’avoir les mêmes devoirs?

« La coopération, l’explication, la compréhension sont une plus grande source de réussite que la compétition, le langage des initiés. Il faut une école inclusive avec un système d’évaluation qui encourage. Promesse d’une élévation du niveau pour tous, ce qui n’est jamais du nivellement par le bas.

Pour le vivre ensemble en société, il faut scolariser ensemble toute la jeunesse. L’école, c’est le temps du commun. » (Jean Paul Delahaye) (3)

Terrain d’Entente est engagé sur cette question de l’école. Les enfants des milieux populaires souffrent à l’école parce qu’il n’y a pas suffisamment de prise en compte et d’effort de compréhension de leur réalité. Le corps enseignant a la responsabilité de l’ouverture de l’école sur le quartier, de l’organisation de la rencontre avec les familles. Mais cette institution ne peut pas réaliser ce travail seule et de manière isolée.  
Nous souhaitons engager  un chantier, dans la durée, pour rechercher comment offrir les meilleurs conditions pour construire une communauté éducative qui assure de manière effective notre responsabilité collective dans l’éducation et la protection des enfants et des jeunes, avec les différents acteurs du champ éducatif, les parents. C’est une condition incontournable pour permettre à chaque enfant de faire des liens entre les différents espaces dans lesquels il évolue et de trouver ainsi du sens et de la cohérence dans les apprentissages organisés de manière différente à l’école, en famille, dans le milieu associatif.

Les enfants dont la structure familiale ou  sociale a été brisée peuvent devenir créateurs si on leur donne un lieu de parole, autant qu’ils peuvent devenir délinquants quand leur énergie ne trouve aucun lieu d’expression. Terrain d’Entente cherche à offrir une structure affective et sociale autour de ces jeunes. Nous prenons le risque de nous laisser déstabiliser, jusqu’à nous sentir parfois avec eux, à la limite du danger et nous puisons ensemble d’impressionnantes ressources. Il faut pour cela endurer les nombreuses expériences d’échec, et s’obstiner à ne pas lâcher. Il est nécessaire de développer une attitude de bienveillance et de compréhension. Nous mobilisons toute notre énergie pour créer un climat apaisant pour accueillir ces tempéraments tendus, blessés, hyper réactifs. On sanctionne le moins possible, on accueille, on  écoute, on s’efforce de comprendre.

Ainsi, ces mêmes jeunes ont su se saisir de l’opportunité que leur offrait un nouveau dispositif, le Fond de Participation des Habitants, qui aide au financement de différentes actions. Ils ont rédigé un projet de départ en vacances, et préparé ensemble la rencontre à la commission d’admission pour expliquer leurs motivations. Ils souhaitaient partager quelques jours entre copains. Ils se sont saisi de la seule opportunité que nous pouvions leur offrir: une semaine à la Ferme des Fromentaux, en Haute Loire.

Pour ces jeunes, ce séjour a été « une première fois » sur de nombreux aspects. La vie dans une ferme, le travail du quotidien, la « rencontre » avec la nature….

Malgré cet aspect déstabilisant, ils ont eu, durant tout le séjour, une attitude coopérative et positive.

Ils se sont intéressés aux activités, (conduite du tracteur, traite des chèvres….). Ils ont participé à toutes les tâches ménagères (repas, vaisselle, rangement) qu’ils avaient eux mêmes organisé en se répartissant le travail à partir d’un tableau qui établissait des tours de rôle.  Ils ont respectés les horaires qu’on avaient décidé avant le séjour. Ils ont eu un très bas niveau d’exigence concernant les activités, s’inquiétant du coût et des possibilités de l’association. Les soirées ont été l’occasion d’échanges authentiques autour de leurs préoccupations.

Aujourd’hui, ces jeunes ont souhaité organiser un « café des ados », un lieu pour se retrouver avec une présence adulte pour les accueillir .

Aujourd’hui les structures sont nombreuses à investir beaucoup d’énergie pour dénoncer le danger des écrans et faire des campagnes de prévention, de sensibilisation pour apprendre les  bonnes pratiques. Sachant que les écrans sont pour beaucoup la seule source de plaisir qui est vécue dans la solitude, sans aucun garde fou, les structures du quartier que nous avons sollicitées pour organiser ensemble cet accueil, nous ont toutes répondus:  « on ne peut pas tout faire! »

Nous avons donc ouvert ce café et une trentaine de jeunes nous rejoignent chaque jeudi. Nous réfléchissons ensemble à différents espaces pour discuter, se divertir. Des projets se pensent. Tout semble possible, mais un problème se profile: nous ne sommes que deux pour les accueillir! Nous risquons rapidement de toucher nos limites pour tenir cet accueil dans la durée.

Notre détresse à nous, c’est d’être trop peu nombreux, et de disposer de moyens insuffisants  pour construire une action à la hauteur des aspirations de ces jeunes qui réclament juste un peu d’espace et d’attention.

                                                                                    Josiane GUNTHER Mai 2019

(1) Fernand Deligny, né en 1913, une des références majeure de l’éducation spécialisée

(2) Christophe Dejours, psychiatre, psychanalyste et professeur de psychologie français, spécialiste en psychodynamique du travail et en psychosomatique

(3) Jean Paul Delahaye, Inspecteur général de l’éducation nationale honoraire. Ancien directeur général de l’enseignement scolaire.

Publié par Terrain D'entente dans Chanson, Texte de reflexion, 0 commentaire