Terrain D'entente

Les jeunes en galère et la pédagogie sociale

Depuis bientôt dix ans, Terrain d’Entente est présent sur l’espace public, au pied des immeubles. Nous avons d’abord rencontré des collégiens, puis des familles nous ont rejoint avec des enfants de tous les âges. Depuis trois ans, nous avons construit une relation avec les « jeunes du quartier ». Il nous a fallu tout ce temps pour créer un lien suffisamment solide pour mieux cerner leur comportement et surtout leurs difficultés, autant dire, leurs « galères ». Ce qui va être décrit est issu des réflexions et analyses de Ramzi, un pédagogue social engagé au sein de notre association depuis 4 ans. Dans cette description, nous sommes centrés sur les jeunes les plus en difficulté, notamment les garçons qui ont entre 16 et 20 ans.

Ramzi a su mobiliser énormément d’aptitudes pour savoir ainsi cheminer auprès de ces jeunes en souffrance. Pour gagner leur confiance, il lui a fallu rester impliqué et  loyal, il lui a fallu développer sans cesse sa capacité à s’adapter en faisant toujours le premier pas, à se remettre en question, à ne jamais céder à la tentation de juger. Il est porté par un objectif auquel il reste fidèle: construire un lien suffisamment fiable et solide pour que ces jeunes puissent trouver un appui pour se construire. Il est ainsi profondément ancré dans l’héritage de la pédagogie sociale que Paolo Freire nommait ainsi: « L’éducateur ne doit pas perdre sa capacité à s’indigner, il ne peut pas être neutre face aux injustices. Il doit entretenir l’espoir de pouvoir surmonter cet ordre injuste et d’imaginer des utopies réalisables« .

La posture de  certains membres de la communauté éducative

Grand nombre de sociologues qui étudient les phénomènes de délinquance s’accordent sur le même constat: l’approche préventive, éducative et sociale de la protection de l’enfance est passée sous silence dans les discours dominants au profit de l’accent mis sur son aspect judiciaire et sur la répression.

De façon générale, la relation « éducative » à l’enfant et au jeune de « quartier » est basée sur des rapports de domination. Les responsables d’établissement,  les policiers et bien d’autres adultes auxquels ils sont confrontés au quotidien, adoptent une posture très semblable. Dans la majeure partie des situations, face à ces mineurs l’adulte est celui qui sait! Il tient une posture haute dans cette relation. Il s’adresse à lui en endossant le rôle qu’il estime avoir à jouer. Confondant ainsi son devoir de protection, il s’arroge un droit de correction. Si l’enfant n’agit pas, ne pense pas, n’obtempère pas en fonction des attendus de l’adulte, il reçoit toute sorte de messages dévalorisants, disqualifiants, et bien souvent des sanctions. Il est renvoyé de manière systématique à sa position d’inférieur.

N’ayant pas le même langage que ces adultes, ces enfants restent victimes impuissantes de la façon dont la relation leur est imposée.

Ils sont considérés comme des « merdeux » et on les amène ainsi à se comporter comme tel. Ils se retrouvent emprisonnés dans une spirale où ils ne peuvent plus que réagir et non pas agir. Ces enfants et ces jeunes sont victimes de violences affectives, une violence invisible avec tout son cortège d’expériences de mépris, d’humiliation et d’échecs. Ils deviennent au fil du temps, hyper sensibles et hyper réactifs aux injustices qu’ils subissent.

Ca peut passer pas des petits rien presque insignifiants: un enfant demande des renseignements, et il lui est alors répondu: « comment tu t’exprimes? » « Tu dis d’abord bonjour! »… Avec cette double peine où il lui est reproché d’être dans la réactivité alors qu’il subit lui même, tout au long des journées, la réactivité des adultes.

L’impact de ces attitudes peut être dévastateur

Des petits rien cumulés jusqu’aux injustices avérées et ces enfants et ces jeunes plongent peu à peu dans la résignation. Cette façon de s’abandonner à son  propre sort, quand on n’a plus de fierté d’être soi même. Quand on n’ose plus faire les choses, parce qu’on a honte, et qu’on rentre dans cette spirale, où on « ose » de moins en moins…. C’est tout simplement et cruellement une perte de l’élan de vie. Nous connaissons son échéance ultime et nous là redoutons: la consommation de shit, puis de toutes sortes de stupéfiants.

Nous sommes face à des jeunes avec leur histoire d’abandon, leur vécu d’humiliation.

Nous en connaissons plusieurs qui vivent sous l’emprise des drogues, et sous l’emprise d’adultes encore plus malveillants. Ils deviennent alors victimes d’une forme de prostitution,  ivres d’alcool et de drogues, rémunérés pour leur participation au deal avec des doses de shit. Ils sont peu à peu vidés de leur volonté et de leur conscience. Les narcotiques provoquent des blocages neuro-psychiques qui empêchent  de rester suffisamment conscient de ses actes et de son comportement.

Les lieux où ces drames se perpétuent sont très identifiables. On retrouve ces jeunes dans des espaces où les habitants ne sont pas intégrés sur le territoire, des espaces qui concentrent la misère avec des  adultes qui n’ont aucuns moyens de réagir. Ces jeunes se retrouvent ainsi sans protection. Les actes d’incivilité, les actes de délinquance qui peuvent avoir de graves répercutions s’enchaînent et se multiplient. Les casiers judiciaires sont fréquents. Ces jeunes en viennent à perdre toutes leurs attaches. Parce que c’est trop dur d’être face à ce désastre qui s’enchaîne: ils finissent par capituler.

 

Privilégier l’approche préventive, éducative et sociale

A Terrain d’Entente, nous sommes particulièrement attachés à l’acte d’éduquer. L’éducation est une condition du développement humain, du développement social, du savoir vivre et agir ensemble. Nous nous efforçons de contribuer à la construction de ces enfants et ces jeunes, parce que nous sommes convaincus que tout enfant est censé réussir. La condition pour qu’il puisse y parvenir est qu’il puisse bénéficier d’une présence bienveillante et d’encouragements permanents.

Pour nous, le concept d’éducation rime avec protection et prévention mais aussi avec participation et émancipation.

« C’est parce qu’elle constitue un projet de développement, d’émancipation et de perfectionnement des individus et des groupes, pas seulement d’intégration passive à leur milieu, que l’éducation est un des principaux fondements des sociétés. (….) L’éducation  ne se résume pas à transmettre des connaissances, des normes et à inculquer le sens de leur respect, elle munit aussi les individus des capacités de les critiquer et de contribuer s’il y a lieu à les transformer« . (Frédéric Jésu  » Co éduquer. Pour un développement social durable »)

Nous nous revendiquons de cette éducation qui vise à développer les potentialités intrinsèques à chacun, qui lui ont d’ailleurs été  conférées en premier par son milieu d’origine.

 

« On développe un tel lien qu’ils n’ont pas peur de demander« . (sic )

Nous tentons effectivement de développer du lien, et notre première intention est de faire toujours le premier pas, de rester présent et attentif, de ne pas juger. Nos efforts sont centrés sur la construction de la qualité de ce lien. Avec la volonté de construire une relation de personne à personne, une relation qui soit la plus horizontale possible. Une relation où nous sommes suffisamment proches et impliqués pour considérer chaque enfant comme si c’était notre propre enfant, pour lequel on veut le meilleur, pour lequel on est prêt à aller jusqu’au bout. Prêt à se battre à ses côtés, prêt à ne jamais lâcher sa main pour qu’il puisse avancer, prêt à lui rester toujours fidèle, prêt à croire en lui encore et encore, prêt à tenter l’impossible pour le remettre debout.

Nous estimons que nous sommes collectivement responsables de l’éducation et de la protection de tous les enfants et de tous les jeunes. Nous exerçons ainsi, une démarche de  communauté éducative de manière effective, dans le quotidien.

La posture dans laquelle nous sommes engagés

« Et si au lieu de leur apprendre à parler, nous apprenions à nous taire? » (Fernand Deligny)

Etre adulte face à des enfants et des jeunes en détresse demande beaucoup de rigueur, et des efforts constants. Il est primordial et ceci requiert toute notre attention, de nous extraire de notre égocentrisme. Car dans toute relation que nous investissons dans la durée, ce qui nous mobilise en premier lieu, notre penchant naturel, c’est la satisfaction personnelle que nous en retirons. Nous avons tellement besoin de nous sentir gratifiés et valorisés! Il est très rare en fait que nous soyons  tournés vers une considération d’autrui qui soit désintéressée.

Nous sommes face à des jeunes avec leur histoire d’abandon, leur vécu d’humiliation. Des jeunes hyper sensibles, hyper réactifs. Des jeunes qui sont perdus, des jeunes qui nous échappent, des jeunes en danger. Des jeunes pour lesquels il faut prendre soin de la relation de manière à la rendre la plus sécurisante possible, la plus contenante, au prix d’une attention et d’efforts d’adaptation constants.

Tout ceci nous fait prendre personnellement de grands risques. Les jeunes nous font parfois vivre ce qu’ils n’ont pas été en mesure d’accepter de leur propre histoire. Nous risquons d’être amené à éprouver en miroir leurs insatisfactions, leurs déceptions, leur impuissance. Nous risquons de ressentir culpabilité et incompétence. Nous risquons de souffrir avec eux, en rejoignant ainsi leur détresse.

Mais l’évitement d’une difficulté n’est jamais la meilleure façon de là résoudre de manière durable. Au coeur de la difficulté on trouve souvent l’amorce de la solution. Alors, nous nous risquons.

 

Faire équipe pour rester mobilisé

Notre travail ne doit pas être incarné pas une personne mais par une démarche, une équipe.

Pour établir cette relation particulière, il nous est demandé au quotidien un « travail » sur nous même pour limiter toute réactivité. Nous devons devenir comme témoin de nous même, par une prise de distance indispensable par rapport à nos propres affects, tout en créant une proximité maximale pour rejoindre ces jeunes et essayer de comprendre avec eux leur vécu d’injustice. Une posture très paradoxale, un travail d’équilibriste!.

Pour préserver un certain confort, une sécurité suffisante pour nous même, nous avons besoin d’espaces pour penser notre travail. La qualité de la vie de l’équipe est essentielle, de façon à objectiver au mieux ces relations. La communication est centrale.  Il est indispensable d’échanger beaucoup, de créer un climat de confiance interpersonnelle, et de solidarité, d’apprendre à  coopérer.

L’équipe est un rempart contre nos difficultés personnelles, pour assumer ce qui nous dépasse où nous nous sentons démunis, pour ne pas se laisser envahir par les situations.

Nous faisons donc des apprentissages permanents qui nous permettent de développer entre adultes un discours cohérent et tenir ce qu’on a dit. Un cadre protecteur pour tous ceux qui viennent nous rejoindre.

Notre rôle également est de nommer les difficultés spécifiques de la vie de ces jeunes, pour espérer que les institutions  ne restent pas aveugles et sourdes aux risques de mise en échec. s nous efforçons de contribuer à plus d’égalité en cherchant à corriger les désavantages sociaux résultants des inégalités de ressources.

 

De quelle façon on agit dans la vie de ces jeunes?

Nous savons que les opportunités de rencontre rendent possibles d’autres trajectoires de vie.

Alors, qu’est ce qu’on fait avec ces jeunes?

Pour être suffisamment précis dans ce que nous tentons de décrire, il nous faut être concret.

Dans les expériences les plus emblématiques que nous avons partagées ensemble, on peut évoquer le processus qui nous a permis de constituer une équipe pour le foot à 7, avec l’exemple des certificats médicaux indispensables pour obtenir une licence. Les jeunes volontaires pour constituer une équipe étaient tous particulièrement motivés par cette perspective. Mais avec certains d’entre eux, 3 mois ont été nécessaires pour établir un certificat médical! Il faut préciser que les médecins généralistes refusent aujourd’hui les nouveaux clients et en règle générale, les familles que nous connaissons ont rarement un médecin traitant, un médecin de « famille ».

Pour un rendez vous médical, il faut désormais prendre contact sur  une plateforme téléphonique…. Ces jeunes ont fini par « avouer » qu’ils n’arrivaient pas à réaliser cette formalité!

Nous pouvons mesurer la qualité du lien qui nous unis à ces jeunes dans leur capacité à nous livrer leur vulnérabilité. Beaucoup d’entre eux sont pétris de peurs, de honte, qui les paralyse. Ce n’est pas le fait qu’une démarche administrative est rebutante qui empêche un jeune de la réaliser, mais son manque de confiance en lui, un blocage affectif. Tout risque de s’affronter à un refus, le renvoie à sa peur d’échouer. Certains jeunes souffrent d’un tel déficit de confiance qu’ils ne peuvent pas prendre le risque de se confronter une fois de plus à un échec. Une fois de plus serait une fois de trop! Ces jeunes développent une sentiment d’incompétence. Pour nous la réponse est de les ramener vers la victoire de manière symbolique.

Pour tout un chacun, on accepte de « perdre » parce qu’on a fait l’expérience de « gagner ». Quand on a toujours « perdu », il faut gagner énormément pour corriger l’incompétence apprise.

Il s’agit donc de reconstruire cette confiance, de faire cet apprentissage profond où on sait qu’on est capable, malgré les échecs.

Dans cet exemple précis, Ramzi a pris rendez vous auprès d’un médecin, avec les jeunes concernés, et a assisté à cette rencontre pour soutenir leur demande.

Nous sommes centrés sur les affects de ces jeunes qui vont mal: nous cherchons le plus possible à comprendre, à compatir. Ce cheminement demande une forme d’optimisme de la par des adultes, de savoir nous saisir de toutes les occasions pour leur manifester notre conviction de leurs capacités.

Nous devons proposer des buts clairs, commencer par ce qui est immédiatement accessible, pour reconstruire les choses à partir de petits pas.  Nous recherchons toute forme d’activités qui nourrissent, qui apportent du bien être, où on éprouve du plaisir, de façon à développer d’autres compétences. L’amusement permet de  développer des émotions qui nous nourrissent.

On encourage ainsi toute pratique susceptible de combler ce besoin de reconnaissance.

Le sport reste un puissant vecteur. Chaque pratique sportive est une opportunité pour faire l’expérience profonde de l’expire et de l’inspire. Ressentir ce mouvement de la respiration  qui nous relie à nous même et au reste du monde. Une reliance avec notre commune humanité et au vivant, qui nous sort du sentiment d’isolement,  qui devient une opportunité pour remettre ses problèmes face au monde.

On n’est moins enclin à prendre tout contre soi quand on a à son actif des expériences de réussites pleinement vécues.

Il s’agit ainsi d’investir toutes les forces qui contribuent à nourrir l’élan de vie, l’estime de soi.

On invite ainsi chacun à entrer en résilience, avec cette volonté de surmonter les choses en développant la capacité à demander de l’aide.

Personne ne peut réussir seul ce parcours. Et le problème pour les jeunes, c’est la perte de confiance en l’adulte. Pour reconstruire cette relation, il faut d’abord se sentir aimer, de façon inconditionnelle.

La résilience n’est pas innée, elle se construit avec des opportunités de rencontre. L’ego, la conscience que l’on a de soi-même, qui est au  fondement de notre personnalité, et la résilience, tout est lié. Pour nous,  « apprendre à se battre » permet de développer son intérêt propre et nous faisons le choix d’apprendre ensemble à « boxer avec les mots ».  Il s’agit d’apprendre à rester déterminé et de savoir trouver les mots pour argumenter, défendre la légitimité de la demande ou du positionnement.

Dans cette démarche très centrée sur l’individu nous ouvrons chaque fois que possible à la dimension collective. Nous invitons également à l’altruisme. En s’extirpant d’une problématique exclusivement personnelle, nous ouvrons d’autres possibilités de  surmonter les problèmes. L’ego est nourrit de ce sentiment de compter pour les autres, en développant l’empathie.

 

Nous restons parfois impuissants

Il nous reste malgré tous ces efforts, beaucoup de questions sans réponse.

Comment sortir de l’addiction, du réseau qui rend ultra dépendant ? Quelles priorités nous donner pour un jeune sous emprise de stupéfiants:  trouver des débouchés de formation  pour qu’il échappe à un placement qu’il redoute où bien ce placement lui offrirait-il une chance de sortir de cette dépendance? Parfois on peut juste signifier: « pour toi, il y a encore une main tendue », avec le risque de l’accompagner dans beaucoup d’échecs et peu de réussites, ne sachant comment pouvoir soigner tous les dégâts.

Nous tentons également de construire des partenariats et nous doutons parfois de leur pertinence pour l’intérêt du jeune. Certains éducateurs, dans le cadre de leur mission, doivent se placer du côté de l’ordre public, ils observent l’évolution des jeunes et doivent rendre compte de la dangerosité de leur comportement et envisager, si nécessaires, des mesures répressives. D’autres s’efforcent de préserver des espaces d’accueil inconditionnels en prenant en compte les besoins des jeunes et de leur famille. Nous restons donc extrêmement vigilants tout en souhaitant préserver ces liens parce que nous sommes convaincus des vertus de la communauté éducatives pour assurer à ces jeunes toutes les ouvertures possibles. Il est impossible de travailler de façon isolée.

 

Reconnaître la part de violence humiliante infligée à ces jeunes

Nous restons très préoccupés du comportement souvent discriminant des forces de police. Ils doivent faire appliquer la loi et reprendre les jeunes par rapport à leur conduite illicite. Hors nous sommes témoins de harcèlements arbitraires. Si on ne s’indigne pas, si on ne considère pas ces situations comme injustes,  ne risque-t-on pas de rentrer dans le discours « ferme ta gueule, baisse la tête ». Comment on défend, comment on protège?

Ces comportements discriminants aboutissent à une dangereuse pratique de la part des habitants dont certains prennent systématiquement la défense des jeunes tout en étant inquiets voire consternés des actes de dérive dont ils sont témoins. Un rapport à la loi qui se distord avec certaines familles qui cherchent à sortir leur jeune de la galère en niant le délit, en travestissant la réalité.

Quels enseignements peuvent en tirer ces jeunes, pour eux mêmes, dans leur rapport aux autres, à la place qu’ils n’ont pas dans la société ? Comment permettre à cette colère face à la façon injuste dont ils sont traités de pouvoir devenir un acte de revendication pour plus de justice qui devienne collectif? Comment apprendre à diminuer les impulsions, la réactivité, apprendre à contester?

Il nous faut reconnaître la part de violence humiliante infligée à ces jeunes dans ces attitudes répétées au fil des années. Les adultes, ont un devoir de protection, il est urgent de casser toute possibilité d’établir un rapport de force.

Une autre forme de violence peu reconnue également, celles des inégalités de ressources. C’est une réalité pour beaucoup de jeunes que  leur choix d’orientation scolaire implique des contraintes supplémentaires. Pour beaucoup le nouvel établissement va se trouver à une distance importante du domicile et nécessiter des trajets quotidiens qui peuvent durer deux heures par jours. On peut dire: « c’est pour tout le monde pareil ». Seulement on ne tient pas compte que tous les enfants ne sont pas égaux face à des réalités semblables. On ne peut pas ramener les difficultés que ces enfants traversent à l’expérience de tous les autres jeunes. Souvent ces jeunes ne choisissent pas leur orientation, elle se fait par défaut. Le principe d’égalité des droits ne peut être mis en oeuvre  dans un contexte d’inégalités sociales. Comment rendre compte de ces difficultés spécifiques  pour espérer que les institutions ne restent pas aveugles et sourdes aux risques de mise en échec?

Comment restons-nous fidèles à la démarche de la pédagogie sociale?

A Terrain d’Entente, nous cherchons à prendre en compte la diversité de tous ces jeunes qui nous rejoignent  et à construire des temps qui correspondent aux envies de chacun.

Le collectif est une richesse qui rend possible des actions où chaque personne volontaire peut devenir partie prenante. Il permet ainsi des apprentissages, il met en évidence des aptitudes qui renforcent l’estime de soi, la reconnaissance réciproque, le sentiment d’exister avec les autres et de compter pour les autres. Mais le collectif peut représenter également des expériences difficiles, où chacun ne trouve pas forcement sa place, et peut vivre parfois des expériences disqualifiantes. Il est forcement contraignant, ce qui peut être une lourde difficulté pour des personnes vulnérables, dont le parcours est parsemé d’échecs. Il est essentiel que personne ne soit en risque de « disparaître » dans le groupe, il est indispensable de prendre en compte chacun.

Nous nous efforçons de construire des temps spécifiques avec des groupes restreints, à partir des envies, où il est possible de construire entre chaque membre un climat sécurisé, une relation de confiance et de reconnaissance réciproque. Dans ce que nous entreprenons, nous évitons au maximum le risque de vécu d’échec pour quiconque, nous sommes attachés à la restauration et au bien être de chacun. Nos actions, sont donc centrées sur la construction d’une qualité d’attention à chacun.

C’est à la recherche de nouvelles formes de coopérations et de retissages de liens sociaux autour de l’éducation des enfants et des jeunes qu’il est urgent de s’atteler pour faire face aux menaces d’effritement de la cohésion sociale.

 

Josiane GUNTHER et Ramzi NEZZAR le 21 Janvier 2021

 

 

 

 

 

 

 

 

Publié par Terrain D'entente dans 2021, Notre posture avec les jeunes, Témoignage, Texte de reflexion, 0 commentaire

Lorsqu’on a moins de droits que les autres, comment accepter d’avoir les mêmes devoirs?

« Ha ça, c’est sûr, ça serait bien que le goûter devienne un temps de partage! »

C’est un jeune de 14 ans qui parle ainsi. Il a des pépites dans les yeux quand il évoque cette perspective.

C’était au début de nos rencontres aux pieds des immeubles, à l’occasion de nos premiers ateliers de rue les samedis après midis. Notre premier goûter avait été catastrophique, les chocos avaient volés, certains même piétinés dans la précipitation des jeunes  à réclamer leur part!

A l’époque, nous nous adressions essentiellement à des garçons adolescents qui nous ont rapidement encouragés à revenir pour construire ensemble ces temps de « partage ».

Au début de nos rencontres, les coups et les insultes pleuvaient. Mais chaque fois que nous savions nous interposer dans ces rudes bagarres, en y accordant le temps nécessaire, les maux savaient s’exprimer, on apprenait ensemble à trouver les mots justes pour donner du sens à ces colères explosives. Ils nous ont rapidement sollicités pour intervenir dans ces conflits. Ils ont fini par nous demander de venir plus souvent et de rester plus longtemps.

De ces jeunes dont on parle trop souvent avec un discours empreint de crainte, de mépris, d’une multitude de présupposés qui ne sont jamais vérifiés mais toujours affirmés avec conviction. On leur reproche d’être à l’origine de tous ces désordres sociaux, ces incivilités qui nous les font rapidement considérés comme délinquants.

Moins on a de relation, d’expériences partagées, moins on a de connaissance, et de compréhension. S’ouvre à nous alors un champ très libre pour les phantasmes générateurs de peurs et de rejets. Cette tendance facile à penser de façon simplifiée et schématique.

Il faudrait donc les éduquer! Instaurer fermement  des règles pour apprendre « le cadre » à ces jeunes qui ne respectent rien ni personne »! Un « cadre »  posé de façon autoritaire et strict pour leur apprendre les rudiments des règles du vivre ensemble. On voit qu’ils crachent par terre, qu’ils profèrent des insultes, qu’ils narguent les adultes.

Mais qui fait l’effort de connaître un peu la réalité de leur quotidien? Qui s’interroge des conséquences de cette vie de galères?

Un jeune que je rencontrais régulièrement en prison me posait un jour cette question. « Comment on fait quand on est une famille très pauvre, qu’on a été nul à l’école, ,qu’on vit dans un quartier où il y a de la violence, de la délinquance? »….

Qui est capable de répondre ?

Comment on fait quand les collèges excluent des collégiens pendant plusieurs mois et qu’ils précisent qu’ils n’ont plus rien à faire dans un établissement scolaire ? Comment on fait quand on a raté plusieurs semaines d’école suite à une situation familiale explosive et qu’il n’est pas possible d’envisager le redoublement parce qu’il y a trop d’élèves par classe ?! Comment on fait quand on a 11 ans, et qu’il est indispensable de contribuer à l’organisation familiale dès la première heure du jour et qu’on reçoit des sanctions et des menaces d’éviction scolaire parce qu’on arrive en retard à l’école ? Comment on fait quand les structures du quartier organisent un départ en vacances pour 7 alors qu’on est 40 à l’espérer ? Comment on fait quand on démultiplie les démarches de recherche d’emploi et que c’est toujours « non ?

Qui peut répondre ?!

Ils sont pourtant nombreux, les chercheurs, les intellectuels à nous proposer des pistes pour comprendre et tenter de trouver des manières adaptées de répondre. Parce que la responsabilité de toute la communauté éducative est de chercher d’abord et sans relâche, à comprendre ce que manifestent ces jeunes !

Fernand Deligny (1) a été l’un des pionniers pour rechercher sans relâche ce qui dans son propre comportement empêchait que la rencontre se produise, que le lien se construise. C’est d’abord ça le travail éducatif, considérer ses propres limites et défaillances pour mieux cheminer avec l’autre, pour se laisser transformer par ses attitudes qui peuvent nous déconcerter, provoquer un sentiment d’insécurité. Pour rejoindre sa souffrance et tenter de là traverser avec lui.

Christophe Dejours (2) nous invite à nous laisser coloniser par le doute. Parce que « le réel se fait connaître par l’échec« , parce que « la souffrance guide l’intelligence« .

Dans un entretien sur la question de la violence des banlieues, Christophe Dejour répond « la violence du non travail »!

L’accomplissement de soi dans le champs social, passe par le travail. Inscrire notre existence dans la société passe par le travail et la reconnaissance de notre contribution à l’intérêt commun. Pour ces jeunes, il n’y a plus d’espoir d’apporter cette contribution à la société, ce qui pourrait les inscrire dans la communauté des hommes. Ils sont privés de la possibilité d’espérer le travail.

Pour supporter cette situation, résister à cette souffrance de se sentir exclus, certains s’efforcent d’organiser des stratégies de défense. Il s’agit pour eux de renverser le rapport au travail. Ils inversent cette humiliation d’être récusé du rapport au travail dans l’affirmation que rien n’est plus humiliant que d’accepter de travailler.

Cette attitude de défiance se construit dès l’école. Les difficultés d’apprentissage, les efforts très contraignants sont possibles à condition que se profile la promesse d’une émancipation grâce au travail. Pour eux, le travail scolaire devient donc le symbole de ce qu’il faut rejeter. Ne pas se soumettre à la discipline, s’opposer au travail scolaire, à l’enseignant, à tout ce qui représente ce qu’il est interdit d’espérer pour eux même.

Ce rapport d’humiliation du fait de l’exclusion produit des comportements par lesquels ils s’endurcissent pour supporter tout ça: il faut devenir insensible à toute forme de message qui rappel le rejet. Est un homme celui qui est capable d’assumer la souffrance et de l’infliger à autrui. Tout ce qui représente cet ordre qui ne leur laisse aucune place est la cible de leur haine. L’ennemi est tout ce dont on est définitivement privé. C’est une idéologie défensive, une exaltation de la violence comme valeur. Ils ne sont pas victimes du système, ce sont eux désormais qui vont faire peur et qui vont humilier. Etant exclus de toute participation aux règles de la collectivité, ils rentrent dans « un rapport de force » et non plus un rapport de droit. Le « rapport de droit » est d’avance perdu pour eux tout le temps et partout.

Christophe Dejours estime que nos réponses sont inadaptées, inopérantes. Du côté de l’action sociale, l’objectif des éducateurs est d’attaquer ces défenses pour les déconstruire, ce qui amplifie d’autant la radicalisation de ces défenses.  La réponse sécuritaire et répressive ne fait également qu’aggraver les choses. La terrible dérive de ces réponses est de n’avoir bientôt que l’armée comme solution pour aller cogner sur ces gosses afin de les mater.

Il faut retrouver les voies qui permettraient à chacun d’apporter sa contribution à la vie sociale par le travail. »La centralité du travail est vitale pour chacun. »

Ceux qui échouent à l’école sont les exclus de demain. 1,9 millions de jeunes sont ni en emploi, ni en formation, ni en recherche, ni en accompagnement. Comment  peuvent-ils s’insérer? Notre pacte républicain est en danger si on ne réduit pas ces écarts: lorsqu’on a on moins de droits que les autres, comment peut on accepter d’avoir les mêmes devoirs?

« La coopération, l’explication, la compréhension sont une plus grande source de réussite que la compétition, le langage des initiés. Il faut une école inclusive avec un système d’évaluation qui encourage. Promesse d’une élévation du niveau pour tous, ce qui n’est jamais du nivellement par le bas.

Pour le vivre ensemble en société, il faut scolariser ensemble toute la jeunesse. L’école, c’est le temps du commun. » (Jean Paul Delahaye) (3)

Terrain d’Entente est engagé sur cette question de l’école. Les enfants des milieux populaires souffrent à l’école parce qu’il n’y a pas suffisamment de prise en compte et d’effort de compréhension de leur réalité. Le corps enseignant a la responsabilité de l’ouverture de l’école sur le quartier, de l’organisation de la rencontre avec les familles. Mais cette institution ne peut pas réaliser ce travail seule et de manière isolée.
Nous souhaitons engager  un chantier, dans la durée, pour rechercher comment offrir les meilleurs conditions pour construire une communauté éducative qui assure de manière effective notre responsabilité collective dans l’éducation et la protection des enfants et des jeunes, avec les différents acteurs du champ éducatif, les parents. C’est une condition incontournable pour permettre à chaque enfant de faire des liens entre les différents espaces dans lesquels il évolue et de trouver ainsi du sens et de la cohérence dans les apprentissages organisés de manière différente à l’école, en famille, dans le milieu associatif.

Les enfants dont la structure familiale ou sociale a été brisée peuvent devenir créateurs si on leur donne un lieu de parole, autant qu’ils peuvent devenir délinquants quand leur énergie ne trouve aucun lieu d’expression. Terrain d’Entente cherche à offrir une structure affective et sociale autour de ces jeunes. Nous prenons le risque de nous laisser déstabiliser, jusqu’à nous sentir parfois avec eux, à la limite du danger et nous puisons ensemble d’impressionnantes ressources. Il faut pour cela endurer les nombreuses expériences d’échec, et s’obstiner à ne pas lâcher. Il est nécessaire de développer une attitude de bienveillance et de compréhension. Nous mobilisons toute notre énergie pour créer un climat apaisant pour accueillir ces tempéraments tendus, blessés, hyper réactifs. On sanctionne le moins possible, on accueille, on écoute, on s’efforce de comprendre.

Ainsi, ces mêmes jeunes ont su se saisir de l’opportunité que leur offrait un nouveau dispositif, le Fond de Participation des Habitants, qui aide au financement de différentes actions. Ils ont rédigé un projet de départ en vacances, et préparé ensemble la rencontre à la commission d’admission pour expliquer leurs motivations. Ils souhaitaient partager quelques jours entre copains. Ils se sont saisi de la seule opportunité que nous pouvions leur offrir: une semaine à la Ferme des Fromentaux, en Haute Loire.

Pour ces jeunes, ce séjour a été « une première fois » sur de nombreux aspects. La vie dans une ferme, le travail du quotidien, la « rencontre » avec la nature….

Malgré cet aspect déstabilisant, ils ont eu, durant tout le séjour, une attitude coopérative et positive.

Ils se sont intéressés aux activités, (conduite du tracteur, traite des chèvres….). Ils ont participé à toutes les tâches ménagères (repas, vaisselle, rangement) qu’ils avaient eux mêmes organisé en se répartissant le travail à partir d’un tableau qui établissait des tours de rôle.  Ils ont respectés les horaires qu’on avaient décidé avant le séjour. Ils ont eu un très bas niveau d’exigence concernant les activités, s’inquiétant du coût et des possibilités de l’association. Les soirées ont été l’occasion d’échanges authentiques autour de leurs préoccupations.

Aujourd’hui, ces jeunes ont souhaité organiser un « café des ados », un lieu pour se retrouver avec une présence adulte pour les accueillir .

Aujourd’hui les structures sont nombreuses à investir beaucoup d’énergie pour dénoncer le danger des écrans et faire des campagnes de prévention, de sensibilisation pour apprendre les  bonnes pratiques. Sachant que les écrans sont pour beaucoup la seule source de plaisir qui est vécue dans la solitude, sans aucun garde fou, les structures du quartier que nous avons sollicitées pour organiser ensemble cet accueil, nous ont toutes répondus:  « on ne peut pas tout faire! »

Nous avons donc ouvert ce café et une trentaine de jeunes nous rejoignent chaque jeudi. Nous réfléchissons ensemble à différents espaces pour discuter, se divertir. Des projets se pensent. Tout semble possible, mais un problème se profile: nous ne sommes que deux pour les accueillir! Nous risquons rapidement de toucher nos limites pour tenir cet accueil dans la durée.

Notre détresse à nous, c’est d’être trop peu nombreux, et de disposer de moyens insuffisants  pour construire une action à la hauteur des aspirations de ces jeunes qui réclament juste un peu d’espace et d’attention.

Josiane GUNTHER Mai 2019

(1) Fernand Deligny, né en 1913, une des références majeure de l’éducation spécialisée

(2) Christophe Dejours, psychiatre, psychanalyste et professeur de psychologie français, spécialiste en psychodynamique du travail et en psychosomatique

(3) Jean Paul Delahaye, Inspecteur général de l’éducation nationale honoraire. Ancien directeur général de l’enseignement scolaire.

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Se mettre en danger, pour ne pas renoncer à changer sa vie

Nous traversons parfois, avec les adolescentes, des périodes extrêmement éprouvantes. De ces moments qui nous donnent l’opportunité de comprendre de façon plus aiguë, plus intense, les enjeux actuels.

Certaines d’entre elles multiplient les conduites à risque et se mettent véritablement en danger. Elles se laissent brutaliser sans broncher sur l’espace public, elles fument, elles boivent… Elles se « cramen » ! Et nous nous retrouvons face à notre impuissance.

En équipe on consacre de longues heures, à réfléchir, à ne pas comprendre, à tourner en rond… Eh puis, au fil de ces échanges, un peu de sens apparaît, et il s’ouvre à nous, souvent, quelque chose de tellement violent !

Ces filles, elles passent leur énergie à manifester que leur cadre de vie les asphyxient, et elles sont prêtes à y laisser leur vie. Elles y ont déjà un peu perdue leur âme. Elles ne peuvent pas faire autre chose que de manifester qu’elles ne peuvent pas juste obéir à ce qu’on leur impose, de toute façon, de ça aussi elles ne peuvent qu’en mourir, que s’éteindre.

Parfois, on arrive à parler, on trouve un peu les mots. Juste pour dire qu’elles ont raison de ne pas renoncer à ce qu’elles sentent au fond d’elles mêmes, que c’est extrêmement courageux, qu’elles sont vraiment « quelqu’un » de savoir faire ça. Mais le manifester de cette façon, l’issue fatale et inéluctable, c’est de s’exploser dans le mur.

Parfois, certaines répondent : « je ne sens rien ! » Petites filles qui s’asphyxient, qui se coupent d’elles mêmes. Alors on se risque à parler de soin, de prendre soin, de protection, on recherche ensemble des lieux adaptés, des espaces de sécurité et de bienveillance, en s’efforçant d’explorer de façon large toutes les issues possibles.

Le lien est fragile et ténu, le dialogue est vraiment difficile, mais on ne lâche pas ces mains qui prennent le risque de se tendre et de croire à autre chose. On s’efforce de trouver l’issue pour que chacune trouve le sens, l’envie surtout, pour construire son devenir, mais c’est tellement dure. Il faut être auprès de chacune pour lui donner une chance d’y arriver, mais bien souvent, elle nous échappe.

Nous savons que tout commence par un immense effort de compréhension. Aucune n’agit dans le but de faire souffrir qui que ce soit dans leur entourage, mais parce qu’il y a des choses qu’elles ne peuvent pas supporter et il faut qu’on le comprenne avec elles pour qu’elles puissent le comprendre elles mêmes. Il y a des moments très douloureux mais nous restons centrés sur ces enfants et parfois, on peut sentir qu’elles commencent à y croire un peu.

Ces jeunes filles, elles trouvent l’énergie et le courage de faire un pas dans le vide en prenant tous les risques, trop de risques…

Pour nous, pédagogues sociaux, tout ce chemin parcouru ensemble est une opportunité de faire aussi un pas pour notre propre émancipation. Sortir de la domination, c’est toujours un arrachement, c’est violent pour le dominé et le dominant, ça ne peut pas être autrement. Sortir de la domination, c’est ne jamais renoncer à la petite voix intérieure qui dit « non. » Sortir de la domination, c’est prendre tous les risques, même celui de mourir pour préserver ce qui est vivant en nous, ce coeur qui bat d’une manière unique. Ce qui est vivant en nous, c’est ce qui est libre de toutes les obligations, les croyances, les idéologies et qui rend possible un nouvel espace où il peut se créer autre chose qui nous permet à tous un pas de plus et qui peut tout transformer, parfois même radicalement.

Ce que manifestent toutes ces jeunes filles, comme elles le peuvent, c’est la capacité de refuser tout ce qui peut réduire nos vie, la capacité de se révolter, une pulsion de vie. C’est très semblable aux différentes bataillent qui se mènent un peu partout pour refuser l’inacceptable et tenter de construire autrement pour plus de justice et d’égalité. C’est proche par exemple du combat mené par les grévistes, employés dans toutes ces entreprises qui ferment et se délocalisent alors qu’elles font des bénéfices, mettant ainsi en péril des milliers de familles.

Ce que manifestent ces jeunes filles c’est ce que nous avons su inventer en prenant des risques chaque fois que nous savons écouter la petite voix intérieure qui dit « non » et qui nous pousse à nager à contre courent, pour ne pas être mort.

Ce que manifestent ces jeunes filles, c’est très semblable à ce que tous ces grands hommes et femmes qui ont marqué l’histoire ont du faire : un pas dans le vide. Beaucoup ont pris le risque de perdre leur vie pour chaque fois tenter de remettre le monde humain en ordre. Toutes ces actions qui prennent des formes différentes en fonction du contexte et qui sont des occasions pour nous tous de nous émanciper de toutes les dominations et de ne pas renoncer à nos rêves.

 

Josiane GUNTHER Août 2018

 

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LE PROJET VRAC : une alimentation de qualité accessible à tous.

Au vu de l’impact de l’alimentation et de sa production sur notre santé et sur la nature, au vu de l’intérêt manifesté sur cette question par une majorité d’habitants des milieux populaires, au vu de leur impossibilité majeure à y avoir accès, Il est nécessaire de développer un cadre qui rende accessible pour tous une alimentation de qualité, issue d’une production écologique. L’objectif est de construire une dynamique qui engage chacun d’entre nous à en devenir partie prenante.

Le projet VRAC Saint-Etienne (Vers un Réseau d’Achat en Commun) est issu d’une réflexion partagée de différents acteurs et associations d’habitants du territoire stéphanois, posant le constat d’inégalités persistantes d’accès à une alimentation de qualité, malgré le développement de nombreuses initiatives locales en la matière. La situation très précaire de certaines familles est l’explication essentielle de leur absence de participation concrète.

En passant par le groupement d’achat, l’association VRAC Saint-Etienne vise à offrir la possibilité aux habitants des quartiers de se réunir pour commander à prix coûtants, des produits biologiques, écologiques et locaux,  répondant ainsi aux enjeux sociaux et environnementaux actuels.

Cette démarche s’attache à placer au centre l’équitable accessibilité des produits pour les familles et la rémunération des producteurs. Il est indispensable de reconnaître à tous le droit à une alimentation de qualité et la possibilité pour ceux qui nous nourrissent de pouvoir vivre dignement de leur travail.

Cette démarche ne deviendra réellement soutenable et transformatrice, que si nous posons d’emblée la question financière pour les ménages et la rétribution juste des agriculteurs. Pour l’accès de tous à une alimentation saine et locale il est indispensable de sortir des différentes formes d’aides alimentaires humiliantes. Dans différents espaces de réflexion, et de réalisations concrètes de solutions alternatives, on envisage cette question sous l’angle de la sécurité sociale alimentaire.

NOS CONSTATS

Le coût de la nourriture reste une préoccupation permanente des familles aux faibles revenus. Il est très fréquent que les foyers renoncent à une alimentation de qualité par manque de moyens financiers. 

Certaines dynamiques engagées  permettent d’affirmer qu’il est indispensable d’aller à la rencontre des gens, d’être présents sur les territoires pour rendre possible des actions transformatrices. La précarité est un vécu si contraignant que la tendance pour une personne qui la subit est de renoncer à des droits fondamentaux comme l’alimentation de qualité, l’accès à la santé, à la culture…    

 CE QUE NOUS PROPOSONS

– L’association VRAC favorise le développement de groupements d’achats de produits de qualité (biologiques, équitables) *dans les quartiers prioritaires de la Politique de la Ville* (à discuter). En partageant des valeurs communes de solidarité, de justice sociale et alimentaire et de valorisation de produits de qualité et de leursproducteurs, l’objectif est d’offrir l’accès du plus grand nombre à des produits de consommation courante de qualité à prix accessible.

Elle se base sur l’implication des adhérent.e.s dans le fonctionnement de leur groupement d’achat : il s’inscrit dans une visée émancipatrice de réappropriation de l’alimentation. L’objectif est de créer des rencontres qui produisent du plaisir partagé et non de l’anxiété autour des questions d’alimentation, de santé et d’environnement.

Au sein des groupements, les prix sont raisonnables grâce à :

– la commande de produits en grande quantité à des producteurs engagés;

– la réduction des coûts intermédiaires en priorisant les circuits courts et en réduisant les emballages superflus;

– la vente à prix coûtant et sans marge.

– Des membres de l’association organiseront chaque mois la prise des commandes dans les lieux de permanence physique avec tous les habitants volontaires, complétées par des commandes passées en ligne sur la plateforme cagette.net. Une douzaine de jours plus tard, ils livreront les produits sur chaque point de distribution sur une demi-journée. Des événements conviviaux « autour de la cuisine », avec les habitants, seront aussi proposés régulièrement.

– Il s’agit de s’appuyer sur les dynamiques de collectifs déjà engagés dans la distribution des produits issus de l’agriculture paysanne locale et sur les structures de proximité impliquées dans la vie des quartiers de façon à mutualiser les ressources et faire converger les enjeux.

– Les produits du groupement d’achat incluront des produits alimentaires en vrac (huile d’olive, farine, chocolat, sucre, fruits secs, riz, pâtes, légumineuses…), des produits d’épicerie transformés (jus de fruits, compotes, café, thé, confitures, miel, purée de tomates…) produits d’hygiène (shampoings et savons, crèmes, dentifrices, lessive…),  et des produits frais locaux (fromages…).

– Les produits seraient vendus à prix coûtant aux habitants des QPV. Une cotisation solidaire peut s’appliquer pour les adhérents habitants hors-QPV, qui doivent pouvoir participer au projet sans devenir majoritaires parmi les adhérents : la priorité d’adhésion au groupement peut être donnée aux habitants des QPV. 

– L’association devra solliciter la participation et l’engagement des collectivités locales et des bailleurs au projet à sa gouvernance et leur financement dans l’objectif de soutenir un poste de départ et des frais de fonctionnement. Les distributions et prises de commandes ayant lieu dans les centres sociaux et structures de proximité souhaitant mettre à disposition des salles, il n’y aurait pas de loyer à payer pour les distributions.

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Pour une alimentation digne pour tous.

Terrain d’Entente a contribué à l’émergence de VRAC (Vers un Réseau d’Achat en Commun) sur le quartier de Tarentaize/Beaubrun.

Ce projet est issu d’une réflexion entre différents acteurs de terrain, notamment :

– « De la Ferme au Quartier » qui développe depuis 10 ans la dynamique des AMAP dans les quartiers. Son projet social initial était de rendre accessible cette distribution de paniers aux personnes à faibles revenus.

– « La Fourmilière », supermarché coopératif, qui souhaite que cet espace permette l’implication de tous, sans discrimination. Le coût des aliments, les parts pour devenir coopérateur, sont estimés de façon à limiter au maximum les freins à la participation.

– « Terrain d’Entente » dont un de ses objectifs est de réfléchir aux conséquences sociales de la pauvreté et à la manière de les faire reculer.

Une rencontre entre des membres de la Fourmilière et des adhérentes de Terrain d’Entente a mis en évidence une préoccupation et une volonté partagées de favoriser une alimentation de qualité pour tous, qui contribue à une meilleure santé et à la préservation de l’environnement. Malgré tout, depuis l’ouverture du magasin, et différentes tentatives pour organiser la découverte de cet espace, aucun.e habitant.e n’est devenu.e coopérateur.rice.

La situation très précaire de ces familles est l’explication essentielle de leur absence de participation concrète. Les dynamiques engagées par Terrain d’Entente sur le quartier permettent d’affirmer qu’il est indispensable d’aller à la rencontre des gens, d’être présents sur les territoires pour rendre possible des actions transformatrices.

La précarité est un vécu si contraignant que la tendance pour une personne qui la subit est de renoncer à des besoins fondamentaux comme l’alimentation de qualité, l’accès à la santé, à la culture…

D’autres structures ont rejoint VRAC pour s’y investir concrètement: L’Amicale Beaubrun, le centre social le Babet, l’AMAP de Beaubrun,

Nous sommes d’accord sur ces constats: Le coût de la nourriture reste une préoccupation permanente des familles des milieux populaires. Il est très fréquent que les foyers renoncent à une alimentation de qualité par manque de moyens financiers.

Or les prix « coûtants » affichés sur le catalogue VRAC restent pour beaucoup de familles inaccessibles. Les familles les plus pauvres ont été gravement impactées par les conséquences des confinements successifs, elles se retrouvent pour beaucoup surendettées. De plus en plus de personnes sont contraintes de faire appel à l’aide alimentaire.  La volonté de Terrain d’Entente est de rendre accessible à tous ce qui est indispensable à une existence digne. La possibilité de pouvoir subvenir aux besoins élémentaires, et également de choisir une alimentation de son choix nous semble être des objectifs à ne jamais perdre de vue.

Nous recherchons sans relâche, des solutions pour assurer à tous cette possibilité.

Terrain d’Entente a donc initié une rencontre pour engager différents acteurs avec VRAC 42, pour se questionner ensemble sur cette réalité très prégnante à St Etienne de situations de grandes précarité qui ne cessent d’augmenter. Les Brigades de solidarité, La Fourmilière, le réseau des AMAPS, la Fabrique de la Transition, De la Ferme au Quartier se sont rencontrés  fin décembre 2020.

Tous ces collectifs sont investis sur la question de l’alimentation et s’engagent dans des actions qui se déclinent de manière très différente.

Les Brigades de Solidarité ont pris le parti de s’adresser à tous ceux qui ne sont pas pris en compte dans les différents dispositifs d’aide alimentaire. Ils se sont organisés depuis le premier confinement pour repérer les personnes en demande d’aide, récolter des dons et les distribuer régulièrement.

La Fourmilière assure, auprès des coopérateurs, une collecte de denrées qui sont destinées à plusieurs lieux de solidarité dont  les Brigades.

Depuis sa fondation, ce marché coopératif à la volonté de rendre son accès possible pour tous. Son mode de fonctionnement particulier avec ses contraintes sont un élément d’explication de l’absence de coopérateurs issus des quartiers populaires.

Terrain d’Entente depuis plusieurs années s’interroge sur les meilleurs conditions possibles pour rendre une alimentation de qualité accessible à tous. Des liens se sont construits avec la Fourmilière, nous avons contribué à l’émergence de VRAC. Nous poursuivons nos recherches.

Les AMAPS, depuis plusieurs années s’interrogent sur les questions d’accessibilité alimentaire. Différentes tentatives pour constituer des paniers solidaires ont été réalisées, en lien avec d’autres structures comme le Secours Populaire, les producteurs (concernant les invendus).

De la Ferme au Quartier recherche un mode d’organisation financière pour rendre accessible ses produits. Un lien se construit avec les Brigades pour tenter un fonctionnement en réseaux avec les producteurs.

VRAC 42  se trouve à la croisée de tous ces chemins, de ces différents constats de l’immense difficulté à pouvoir rejoindre ceux qui sont aujourd’hui condamnés à consommer des produits que nous pouvons estimer dangereux, pour la santé, pour l’environnement, et dont le mode de  production met en péril l’agriculture paysanne.

La Fabrique de la Transition s’est constituée pour générer de la coopération sur les projets. Elle a contribué à la constitution de VRAC 42

Ce qui  est commun à tous ces collectifs, c’est essentiellement la question de la justice sociale, de l’accès à l’alimentation pour tous. Notre volonté est de s’adresser à ceux pour lesquels rien n’est accessible, qui ne sont pas partie prenante de tous ces réseaux. Nous sommes confrontés  à l’urgence sociale pour tous ceux qui n’ont pas de quoi se nourrir au quotidien, à l’urgence sanitaire pour tous ceux qui sont contraints à une alimentation polluée et à l’urgence environnementale, avec l’enjeu de la production alimentaire (comment sortir de la logique de l’agro-industrie et de tout son cortège d’aides, avec la  banque alimentaire comme variable d’ajustement, comment soutenir une agriculture paysanne viable pour les producteurs?)

L’urgence sociale est une question immédiate avec une organisation en réseau qui est déjà effective et qu’il faut amplifier : donner accès à de la nourriture pour tous ceux qui n’en n’ont pas les moyens d’une manière digne (l’accès aux colis alimentaires impose aux « bénéficiaires » des justifications humiliantes).

Le problème essentiel des différents « dispositifs d’aide alimentaire » est qu’ils maintiennent ceux qui y ont accès dans un statut de demandeurs de manière souvent définitive et construit un système de dépendance, de sélection et d’exclusion.

Le recours aux aides d’urgence devrait être un moment exceptionnel dans  l’existence, pour qu’ensuite chacun puisse avoir accès à des ressources suffisantes pour subvenir à ses besoins vitaux.

Tout en poursuivant les actions de solidarité et d’entraide, nous sommes confrontés à la question de notre contribution à ce que chacun puisse se nourrir  correctement et de manière digne, puisse choisir sa nourriture en fonction de ses goûts et habitudes pour une démocratie alimentaire.

Il y a nécessité de construire une réflexion et des démarches transformatrices qui prennent en compte les besoins vitaux en tant que droits universels et apportent des réponses pour pallier  aux catastrophes environnementales.  Un travail est en cours et que nous pouvons rejoindre sur la construction d’une sécurité sociale de l’alimentation, les engagements des communes sur le maraîchage…..

L’objectif est de prendre en considération les besoins sur toute la commune de St Etienne, l’organisation de l’alimentation sur tout le territoire, et de permettre une connexion entre les différents énergies pour tenter de  coordonner les dynamiques.

Nous aimerions construire une réflexion avec les  producteurs, les distributeurs pour rechercher un mode d’organisation qui nous permette de définir collectivement ce que nous voulons manger, comment on le produit, de façon à ce que ceux qui nous nourrissent puissent vivre dignement et comment en assurer l’accès à tous. Dans un premier temps, nous envisageons de tenter de construire une caisse de solidarité qui permette à chaque stéphanois de consommer le plus possible de la qualité.

Le lien avec la Fourmilière et la Ferme au Quartier vont nous permettre de mettre en synergie producteurs, distributeurs, transformateurs, clients, et faire des propositions de solidarité (prix arrondis, points de la carte de fidélité à destination des collectifs, systèmes de « prix cassés »)

Nous souhaitons engager d’autres collectifs à nous rejoindre.

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Appel à constituer un Fond de Solidarité pour une alimentation de qualité pour tous.

Terrain d’Entente, VRAC 42 (vers un réseau d’achat en commun), Les Brigades de solidarité, La Fourmilière, le réseau des AMAPS, la Fabrique de la Transition, De la Ferme au Quartier ont décidé d’interpeller tous les acteurs potentiellement concernés par l’alimentation et sa qualité.

Au vu de l’impact de l’alimentation et de sa production sur notre santé et sur la nature, de l’ impossibilité majeure à y avoir accès pour un nombre toujours croissant de nos concitoyens, il est nécessaire de développer un cadre qui rende accessible une alimentation issue d’une production écologique et équitable pour tous , avec la possibilité pour ceux qui nous nourrissent de pouvoir vivre dignement de leur travail.

Notre système alimentaire est principalement basé sur la loi du marché. Ses impacts sur l’environnement, la cohésion sociale et la santé de tous sont considérables. Ce système souffre d’un sérieux déficit démocratique.

L’alimentation de qualité, la préservation de l’environnement, la reconnaissance des travailleurs de la terre, la relocalisation de la production alimentaire, doivent être considérées comme une question de santé publique.

A St Etienne, de nombreux collectifs sont investis sur la question de l’alimentation et s’engagent dans des actions qui se déclinent de manière très différente.

Nous sommes confrontés  à l’urgence sociale pour tous ceux qui n’ont pas de quoi se nourrir au quotidien, à l’urgence sanitaire pour tous ceux qui sont soumis à l’aide alimentaire ou aux produits issus de la grande distribution, et à l’urgence environnementale, avec l’enjeu de la production alimentaire (comment sortir de la logique de l’agro-industrie et de tout son cortège d’aides, avec la  banque alimentaire comme variable d’ajustement, comment soutenir une agriculture paysanne viable pour les producteurs?)

Il s’agit également de s’adresser à ceux pour lesquels rien n’est accessible, et qui ne sont pas partie prenante de tous ces réseaux, pour justement les inclure.

Tout en poursuivant les actions de solidarité et d’entraide, nous sommes confrontés à la question de notre contribution à ce que chacun puisse se nourrir  correctement et de manière digne, qu’il puisse choisir sa nourriture en fonction de ses goûts et habitudes,  pour une démocratie alimentaire.

Il y a nécessité de construire une réflexion et des démarches transformatrices qui prennent en compte les besoins vitaux en tant que droits universels et apportent des réponses pour pallier  aux catastrophes environnementales.

L’enjeu est de pouvoir définir collectivement ce que nous voulons manger, comment le produire et comment en assurer l’accès à tous.

Pour envisager un changement résolu du modèle agricole qui ferait la part belle à l’agriculture paysanne, durable sur les plans sociaux et environnementaux, pour rendre possible la souveraineté alimentaire, et casser les dépendances avec les secteurs transnationaux agro-alimentaires, des étapes sont incontournables.

Un travail de réflexion est en cours sur la construction d’une sécurité sociale de l’alimentation. Des communes s’engagent pour augmenter les possibilités  de maraîchage à destination des collectivités. Le réseau des AMAPS, des coopératives envisagent le développement de systèmes solidaires qui concernent de manière équitable les producteurs, les distributeurs, les consommateurs.

A ce jour, il semble possible de nous engager ensemble pour constituer un fond de solidarité pour que tous les stéphanois puissent avoir accès au mode d’alimentation de leur choix.

Vous êtes différents interlocuteurs concernés: les différents espaces de distribution, les producteurs… C’est ensemble que nous pourrons faire pression sur les pouvoirs publics de façon à prendre en considération les besoins de tous pour assurer l’organisation des circuits alimentaires respectueux de chacun, sur tout le territoire.

« Le droit fondamental à la nourriture suffisante est d’une importance cruciale pour la jouissance de tous les droits »   (Hilva Elver, rapporteuse spéciale du droit à l’alimentation)

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Travaille et rentre chez toi !

 En réponse à l’urgence sanitaire, à l’épidémie qui se développe, le gouvernement a imposé une nouvelle organisation à toute la société, de manière toujours plus autoritaire et répressive. A partir de l’école primaire, les enfants et les jeunes, et avec eux, tous ceux qui sont employables, tous ont été sommés de sortir de leur domicile pour la seule raison considérée comme nécessaire et indispensable: le travail ! Le reste nous a été interdit ou limité à sa plus simple expression: faire les courses, promener son chien …. 

La vie culturelle, sociale, religieuse, affective… tout est terminé. La seule vie qu’on veut sauver est la vie biologique, celle du corps. Or, la vie ne se résume pas à un corps, il y a aussi les raisons de vivre. 

Cette épidémie nous renvoie à la menace de mort. La maladie et la mort sont des réalités de l’existence que nous redoutons tous. Nous espérons échapper à des maladies graves, invalidantes, et nous avons peur de la mort! Nous cherchons même à faire reculer son échéance. Nous saluons à juste titre comme un progrès, une victoire, l’augmentation de l’espérance de vie (seulement dans certaines régions du monde, dans beaucoup d’autres, la mort frappe au quotidien avec une ampleur dramatique). 

L’espérance de vie, il est bien question de cela aujourd’hui. Qu’espérons-nous vivre en fait? Que souhaitons-nous chaque jour pour nous, pour nos proches, pour notre vie en commun? Quel élan nous fait nous lever le matin, qu’est ce qui nous pousse à sortir de chez nous? Quelles envies nous mobilisent pour construire des projets, réaliser des actions? 

Est ce que nos ambitions, nos aspirations se résument chaque jour au fait d’avoir à aller travailler, de retrouver le chemin de l’école? Et pour beaucoup d’entre nous comment considérons-nous notre travail, ou plutôt notre emploi? 

Une promesse de dépassement de soi et d’accroissement personnel? L’opportunité de contribuer à l’évolution de notre vie sur terre, la possibilité pour chacun d’entre nous de pouvoir contribuer au bien commun? Ou bien seulement l’unique moyen de subsistance possible , un simple »gagne pain »? Beaucoup, beaucoup trop, pour qualifier leur emploi précisent « c’est juste alimentaire! » 

Pour une majorité d’enfants et de jeunes, que représente l’école? 

Une promesse de développement et de perfectionnement pour soi-même et avec les autres? La possibilité de savoir pour agir et d’agir pour s’émanciper et s’épanouir? La possibilité de mieux comprendre le monde, l’opportunité de découvrir l’altérité et de là considérer comme une richesse, un partage et non une menace et une réduction de soi même? Ou bien, malheureusement, une expérience douloureuse et humiliante d’échecs, de perte de considération et de confiance en soi? 

Une majorité d’entre nous se retrouve contraint de se rendre à l’école chaque jour et d’exercer un travail sans adhérer véritablement à cet acte obligatoire. Chacun se plie à cette exigence mais à quel prix? 

Le prix de dépressions, le prix du découragement, le prix du désespoir pour tous les « premiers de corvée » et les « derniers de la classe »! 

Une masse impressionnante de nos concitoyens. 

L’épidémie est une réalité que personne ne conteste. Mais son traitement actuel met en péril tout ce qui peut nous donner des raisons d’espérer, de sentir autour de soi du réconfort, de retrouver l’énergie et l’envie. Une atmosphère de mal être s’installe parmi nous. Une atmosphère qui nous épuise, qui nous oblige à puiser au fond de nous même des ressources pour tenter de tenir le coup et ne pas nous effondrer. Mais ces ressources demandent justement du soin pour se renouveler, elles nécessitent le lien aux autres, pour nous sentir bien vivants. Ces ressources se renouvellent lorsque la joie nous habite, lorsque le désir semble pouvoir devenir réalité, lorsque des possibles apparaissent dans un horizon atteignable. 

Aujourd’hui, à l’occasion de ce deuxième confinement il nous est interdit ce qui est justement indispensable à nos vies: le lien, la rencontre, des moments « gratuits » où on se donne mutuellement de l’attention, le bonheur de construire avec d’autres, d’inventer, d’imaginer des possibles parce qu’on devient plus audacieux lorsqu’on se retrouve ensemble. 

Aujourd’hui, on observe ce qui se passe pour beaucoup d’entre nous lorsque ces ressources s’épuisent : pour les familles que nous connaissons bien à Terrain d’Entente, la dépression s’installe, les maladies invalidantes se développent, les démarches pour construire au mieux le quotidien deviennent trop pesantes, beaucoup renoncent, tout en mesurant les conséquences irréparables de cet essoufflement. 

Il aura suffi d’un organisme de quelques nanomètres pour engendrer une crise économique et sociale d’une ampleur inconnue jusqu’alors en temps de paix. Depuis Mars une part grossissante de la population se trouve confrontée à une baisse dramatique de ses revenus, à une dégradation de son quotidien. La violence sociale s’ajoute à la violence de la situation sanitaire de manière fulgurante. Des violences se surajoutent à d’autres violences et la culpabilisation individuelle est prégnante dans tous les discours des autorités gouvernementales. Le soupçon est également jeté sur une catégorie de la population, les plus pauvres! 

Dans le budget de l’ARS, une partie est désormais consacrée à l’éducation aux gestes barrière pour les habitants des quartiers prioritaires de la politiques de la ville! Il est question pour eux d’un apprentissage au lavage des mains et au port du masque. 

Le manque de financement de tous les services publics qu’on nous impose, les restrictions budgétaires, la politique délétère de l’hôpital-entreprise, ces responsabilités là qui incombent aux décideurs politiques, il n’en n’est presque pas question . 

L’attention et le soin portés aux êtres humains comme aux territoires ne sont plus les priorités. 

« Travaille et rentre chez toi! » 

En ce qui nous concerne, à Terrain d’Entente, nous nous efforçons de continuer à prendre soin de ces familles qui vont de plus en plus mal. Nous avons pu préserver le soutient scolaire durant tout ce mois de Novembre, et nous avons augmenter nos périodes de présence. Les enfants étaient nombreux à venir nous rejoindre, et nous n’avons refusé personne. Nous avons su préserver ce qui nous est toujours apparu comme essentiel, l’accueil libre et inconditionnel. Les enfants ont accepté les nouvelles contraintes: le gel hydro alcoolique, le masque, l’évitement de la mobilité dans la salle, le retour au domicile après les leçons. 

La présence soutenue d’adultes durant ces différents temps d’accueil a permis de prendre soin et attention à chacun de ces enfants. Ce qui nous a tous mobilisé: que chaque enfant, chaque jeune s’investisse avec enthousiasme et plaisir dans les apprentissages. Et nous constatons pour beaucoup d’entre eux des progrès réels. Pour certains de ces enfants qui auparavant, n’osaient pas prendre le risque de démarrer un exercice scolaire pour ne pas avoir à affronter un nouvel échec, ces enfants là rentrent enfin dans un processus d’apprentissage. Ils manifestent du plaisir à mieux comprendre et de la curiosité à connaitre et à savoir d’avantage. Nous avons réussi ensemble à construire un climat propice à la concentration, à la réflexion, à l’appropriation du savoir. Nous constatons une fois de plus que c’est la relation, l’attachement, l’encouragement qui créent la motivation, l’envie. 

Du côté de la jeunesse, les ados ont continué à nous solliciter pour réfléchir à leur orientation, les possibilités d’être accueillis en stage s’amenuisent avec à nouveau le risque de vivre l’échec avec tout son cortège de tensions intra familiales. D’autres trouvent encore le courage de nous confier leur détresse et nous sommes extrêmement préoccupés pour certains, de l’évolution de leur parcours. 

Cette démarche d’aller au coeur de la réalité, de la difficulté, de la détresse des enfants, des jeunes, des adultes est l’unique possibilité de retenir la main de celui qui souffre et d’avancer à ses côtés pour éviter qu’il ne s’effondre, pour rester debout et vivants ensemble!. 

Le premier geste humain envers un autre est le soin. Un geste qui ne doit rien à la morale mais à la nécessité, car l’état de nature, l’état premier des humains c’est la vulnérabilité. Sans le soin primordial au nouveau né, il n’y aurait pas eu d’humanité, pas d’aventure humaine, parce que la vulnérabilité est la condition du vivant. 

Dans ce climat autoritaire et répressif, dans ce climat qui développe la peur, le découragement et la dépression, il est urgent d’inventer, et démultiplier des espaces de bien être ouverts à tous. C’est surtout ça notre urgence sanitaire actuelle. 

Josiane GUNTHER le 3 Décembre 2020 

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Communauté éducative

L’évolution de notre démarche

Depuis quelques années, Terrain d’Entente participe à un travail entrepris sur la question des difficultés d’apprentissage scolaire des enfants des milieux populaires. Dans un premier temps, notre association s’est engagée pendant deux ans avec les acteurs du quartier Beaubrun Tarentaize, les groupes scolaires, des parents, sur l’action « 1001 territoires, pour la réussite de tous les enfants à l’école ». A la suite d’une rencontre avec Catherine Hurtig Delattre autrice du livre « La co éducation à l’école, c’est possible », nous avons rejoint une équipe composée d’enseignants qui se réfèrent à la pédagogie Freinet, des parents, et le réseau 1001 territoires de Lyon où Catherine était investie. Cette réflexion a permis à Terrain d’Entente de contribuer à la réflexion engagée sur la co éducation avec les groupes scolaires du Chambon Feugerolles. La rencontre de ces différents réseaux durant ce travail au Chambon a rendu possible des rendez vous téléphoniques durant la période du confinement. 

 Ces différents échanges ont pu mettre en évidence que le projet affiché de la « continuité pédagogique » dans cette période de confinement avait mis à mal de nombreuses familles et enseignants. Il aurait dû être question de « continuité éducative » et engager alors de nombreuses institutions. L’école s’est retrouvée isolée, à devoir construire quelque chose d’impossible.
Nous avons fait le constat que l’absence de coordination entre les différents secteurs de l’éducation, leur cloisonnement, leur isolement avait paralysé les initiatives. Les tentatives pour briser cet isolement, sont malheureusement restées marginales. Il était indispensable d’inventer des modes de « présence » auprès de ceux pour lesquels la situation est devenue vite anxiogène. Des actions de solidarité se sont organisées sur le terrain, notamment concernant la survie matérielle de personnes  précaires (ex distribution de nourriture ou de bons d’achat, lien avec les familles sans hébergement ou sans papiers, visites aux personnes âgées ) mais elles sont restées cloisonnées au sein d’une école, d’une association, d’un réseau.

Les injonctions institutionnelles ont semblé ne concerner que l’école, laissant une fois de plus à penser qu’on n’apprend que dans ce lieu…
Certaines mères de familles consacraient plus de 6 heures par jour aux devoirs de l’école. De nombreux enseignants avaient le sentiment de faire intrusion dans les familles et d’imposer une manière de faire irrespectueuse, du cadre de vie familial. Des familles ne pouvaient matériellement pas faire travailler les enfants, ont  fini par renoncer. Les enseignants ont fait preuve d’inventivité pour mutualiser, pour maintenir le lien avec chacun, mais avaient le sentiment d’abandonner certains de leurs élèves. Les incompréhensions se sont multipliées.
La connaissance et le lien avec les familles par les différents acteurs de chaque territoire, aurait pu donner des indicateurs pour apporter un soutien adapté à tous ceux que cet enfermement dans le temps long oppressait.

De nombreux acteurs ( centres sociaux, Amicales, agents  des Mairies…) ont cessé toute activité auprès des enfants et des jeunes, imaginant que des permanences téléphoniques, l’ouverture de pages face book allaient prendre suffisamment le relais pour combler l’absence de lien et de présence.
 Nos échanges téléphoniques entre personnes engagées dans cette volonté de continuité, depuis différentes places – enseignants ICEM, professionnels de collectivité, et militante de pédagogie sociale-  nous ont permis de comprendre certains besoins. Nous avons entrepris des petites actions d’ouverture pour les familles sur nos territoires respectifs (des appels aux familles, des échanges de SMS, des liens  entre les écoles et les centres sociaux, des distributions de jeux, livres, coloriages sur la période des « vacances », des propositions de lectures de livres au téléphone, des distribution d’œufs de pâques dans les boites aux lettres, des anniversaires fêtés, les journaux de classe poursuivis….)

Cette expérience micro locale confirme le caractère indispensable de la mise en place d’espaces communs pour assurer la continuité éducative, notamment en direction des familles les plus marquées par la précarité. Et nous engager pour  faire alliance et trouver nos complémentarités dans une même conception de l’apprentissage.
L’école enseigne des savoirs construits dans  la logique des disciplines scolaires. Sont-ils suffisamment appuyés sur le monde réel et pensés pour contribuer aux évolutions de ce monde et à ses transformations indispensables?

Le manque de sens donné aux apprentissages est apparu particulièrement marqué dans ces moments « d’école à la maison », où il manquait la vie du groupe classe, la médiation des enseignants, et les projets qui soutiennent d’habitude les activités proposées.

Connecter  les savoirs avec la vie sociale c’est transformer les savoirs en objets vivants. Les enfants ne sont plus alors des collecteurs de connaissances dévitalisées mais ils deviennent auteurs de leurs apprentissages parce qu’ils font sens pour eux. Et l’école n’est pas l’unique possibilité offerte aux enfants pour accéder à ces apprentissages.
Tous les espaces de vie de l’enfant peuvent contribuer à construire des espaces d’apprentissage, de coopération, de mutualisation et  d’entraide. Des espaces qui dynamisent chacun, enrichissent le collectif et construisent des savoirs susceptibles de nous permettre à tous de percevoir, qu’en dépit de nos différences, nous sommes tous appelés à participer à la construction du commun.
« Il ne faut pas donner plus à ceux qui ont moins, mais donner mieux. Un environnement culturel de qualité, des situations plus riches et stimulantes » (cf: Philippe Meirieu, dans le café pédagogique 22/04/2020)

« Qu’advient-il si on dit que la vie sociale est ce pour quoi  on a besoin d’être éduqué? »

 C’est à partir de leur curiosité, leur enthousiasme que les enfants apprennent, parce qu’ils ont envie de comprendre le monde qui les entoure.  Pour préserver cet élan de vie, il  nous faut construire, dans tous les espaces où ils évoluent, ceux de l’école et ceux du temps libre, un climat de bien être et de sécurité. Nous devons développer une compréhension et une reconnaissance de ce qui les habite dans leur quotidien. 

« Pratiquer une pédagogie hors les murs permet de s’arrimer à la vie et d’y demeurer coûte que coûte ». « La joie du dehors » Guillaume Sabin)

Cette démarche spécifique « du dehors » est le moyen le plus sûr de comprendre et prendre en compte la réalité de ce que vivent les familles. Les pédagogues sociaux deviennent des partenaires incontournables pour contribuer à ce besoin d’être éduquer. 

Cette « pratique » du « dehors » permet également d’interroger les idées reçues et de proposer des postulats:  » il n’y a pas d’axe normatif autour duquel s’organisent  les apprentissages ». 

Permettre à l’enfant de découvrir par l’expérience une variété de pratiques sociales, de façon à ce que quelque chose de neuf surgisse chez les enfants. Les enfants accèdent à des savoirs nouveaux en apprenant à se repérer dans ce monde complexe. Multiplier les expériences, les liaisons entre les choses entraîne une disposition à accueillir la nouveauté, à susciter la curiosité.

Tous les partenaires éducatifs peuvent trouver leur place en complémentarité. Il devient urgent de « susciter la curiosité », l’intérêt et l’envie d’apprendre. A force de trier et de sélectionner les enfants à partir des attendus institutionnels, trop d’enfants sont amenés à décrocher. Ce « décrochage » n’est pas un choix, les enfants  ne peuvent tout simplement pas trouver leur place dans ce système.

Le travail de l’école est censé permettre cette « articulation entre le concret et l’abstrait qui passe par une culture disciplinaire approfondie des enseignants médiateurs » Il faut donc défendre le coeur de ce métier. 
« J’espère que dans l’école d’après nous n’accepterons plus la réduction technocratique de la classe, des exercices programmés, des aides individuelles prescrites à travers des protocoles standardisés ». (Philippe Meirieu)

Les préconisations sur les « gestes barrières » pour assurer la continuité pédagogiques dans les classes rendaient l’accueil des enfants très problématique. Hors, il est possible dès maintenant de prendre en compte  toutes ces familles avec lesquelles l’école n’a pas réussi à préserver le lien nécessaire, où les enfants ont très vite été débordés par les contraintes inaccessibles du travail scolaire à la maison et de leur donner la priorité.

Nous avons accès aux jardins publics, aux voies vertes, des jardins potagers sont en friche… On pourrait réquisitionner les cours d’écoles…. L’extérieur reste une source infinie de richesses à explorer, d’expériences à découvrir. Il nous est donner l’opportunité d’estimer sur chaque territoire d’autres manières de procéder. Donnons nous les moyens pour que ce contexte sanitaire devienne une réelle opportunité de pratiques transformatrices.

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Notre posture sur le déconfinement

                  Les conditions de la reprise de notre présence sur l’espace Jean Ferrat

Les enfants ont souffert de cet enfermement très prolongé. Qu’est ce qui devient le plus dangereux? Les empêcher de sortir? Les laisser  livrés à eux mêmes? Ils ont besoins de se retrouver à l’extérieur, avec les autres, et d’être accompagner dans cette étape de dé confinement.

Dans ce contexte d’urgence sanitaire, il nous faut réinventer d’autres façon de faire et de se retrouver collectivement. Nous souhaitons maintenir ce qui fait sens pour nous dans l’acte d’éduquer: la co construction collective de notre environnement, de la vie du groupe. Et créer ensemble un espace sécurisant où les interactions sont possibles, où il est possible de vivre du collectif. 

Tout ceci ne peut se réaliser que dans la relation, le dialogue, et les ajustements permanents.  Nous devons être des personnes ressources et organiser un espace où les enfants puissent s’échapper, rire, et être en sécurité. 

Nous ne voulons pas oublier les besoins et les droits des enfants. Le droit de jouer, de parler entre eux, d’exprimer leurs émotions, de manipuler des objets. Leur bien être psychique est aujourd’hui, notre principale préoccupation. Notre responsabilité d’adultes est de rendre la situation la moins anxiogène possible. 

Les protocoles sanitaires sont drastiques, ils nous semblent incompatibles avec le bien être des enfants. Nous ne pouvons  pas en être garants. Mais refuser d’être présents serait envisager le pire. Il nous faut prendre ce risque d’être présents avec eux, sur le terrain. Le comportement des enfants est lié à la dynamique de groupe, nous nous devons d’accompagner cette dynamique dans le sens de la protection de tous. 

Notre présence fait aussi sortir les enfants de chez eux. Nous souhaitons donc leur donner les moyens d’apprendre des réflexes de protection et de bienveillance sanitaire vis à vis de soi même et des autres, qu’ils puissent s’approprier en dehors de notre présence.

Il nous semble impossible d’imposer des « gestes barrières », tels qu’ils sont préconisés. Mais il est nécessaire de leur transmettre des attitudes de précaution respectueuses des personnes les plus vulnérables. Les enfants ne semblent pas être eux même en situation de danger, face à la contamination, mais ils doivent comprendre leur responsabilité dans la possibilité de transmission du virus. Plutôt que d’inspirer de la peur et de la culpabilité, nous souhaitons nous engager ensemble dans l’apprentissage  de « prendre soin les uns des autres ». Nous allons réfléchir en terme de « gestes de protection ». 

Les enfants doivent pouvoir reprendre prise sur un réel qu’on ne leur a pas suffisamment expliqué, et mettre des mots sur cette période de confinement qu’ils ont subi. On ne sait pas à ce jour ce qu’ils ont compris du virus et de cette obligation au confinement prolongé. Il est indispensable de parler , d’écouter et de partager notre position: notre prise en compte de leur besoin de jouer avec les autres, d’être dehors, notre envie de construire avec eux des temps de rencontre et s’interroger sur ce qu’il est possible de faire et de ne pas faire. 

Sur l’espace Jean Ferrat, qui est un espace public, ouvert à tous, nous avons organisé un conseil des enfants Mercredi 20 Mai, pour nous poser ensemble certaines questions déterminantes. Faire les choses que eux mêmes auront construit.

 Comment être responsables tous ensemble, s’il y a beaucoup de monde en même temps? Comment on peut se dire bonjour? Rechercher des activités où on ne se touche pas. Comment s’organiser pour éviter de se retrouver à plus de 8, 10 sur le même périmètre? Comment éviter que tout le quartier soit malade? (Proposition: rituel du gel en début et à la fin pour éviter les risque de propagation, désinfection systématique du matériel utilisé). Nous avons également pris l’avis des familles..

Nous veillerons à ce  que chaque adulte possède un masque, un flacon de gel hydro alcoolique dans sa poche et puisse proposer aux enfants de se laver régulièrement les mains à l’eau et au savon. 

La cour de récréation de l’école de Tarentaize nous permettrait d’organiser les espaces de jeux et de répartir au mieux les groupes d’enfants sur le terrain. Une fontaine sur le terrain devient indispensable pour assurer le lavage fréquent des mains.

D’autres besoins sont à prendre en compte: Le café des femmes, les sorties familles

Certaines familles ont été particulièrement éprouvées par cette période de confinement. Le retour sur l’extérieur les inquiète. Nous avons proposé des masques à celles qui manifestent le plus de difficulté. Il nous parait important d’organiser des rencontres collectives pour parler de ces deux mois et envisager plus sereinement le retour à une vie plus « normale ». Nous allons reprendre notre rituel du café des femmes sur l’espace Jean Ferrat. Nous allons proposer des randonnées en familles en utilisant les « voies vertes ». 

                                 Le soutien scolaire

De manière générale, les enfants, les jeunes et leur famille se sont investis dans le travail scolaire tout au long de cette période. Nous avons tenté de leur apporter une aide par téléphone, mais ce travail s’est très vite soldé par un échec. Il était impossible pour ceux qui avaient des problèmes de compréhension de pouvoir expliquer leur difficultés à distance. 

Certains parents ne pouvaient pas aider les enfants qui étaient le plus en difficulté scolaires. Certains enfants n’accordaient pas de légitimité à leurs parents dans ce rôle de « tuteur ». Ils refusaient parfois de réaliser leur travail scolaire sans la présence de leur maîtresse. Le manque d’écran dans la plupart des familles est devenu au fil du temps une contrainte insurmontable. D’autres ont rencontré des difficultés pour imprimer les documents. Certains enfants et jeunes n’ont pas tenu cet engagement durant toute la durée du confinement et le vivent mal. 

Ces différents échecs ont provoqué une grande inquiétude dans beaucoup de familles, concernant le parcours scolaire de leurs enfants. Les conditions de reprise de l’école inquiètent un grand nombre de familles. 

Il nous semble nécessaire aujourd’hui, de nous engager auprès d’elles pour assurer du soutien scolaire. Certains adultes et jeunes du quartier sont prêts à s’impliquer dans cet effort collectif.

Il est donc indispensable de pouvoir avoir accès à des locaux municipaux pour assurer un accueil le plus sécurisé possible. Il nous semble également indispensable que les différentes structures du quartier puissent définir les règles nécessaires à ces rencontres et réaliser ce travail toutes ensemble. 

Face au constat de manque d’équipement numérique, nous avons sollicité la Fondation Abbé Pierre ce qui nous a permis d’équiper  21 familles en ordinateurs avec tour. Nous avons privilégié les familles nombreuses avec des enfants scolarisés au collège et au lycée. Nous avons repéré également des besoins qui concernent également les adultes pour des questions notamment de formation. Nous n’avons pas la possibilité de satisfaire tous ces besoins. Où peuvent-elles s’adresser pour acquérir ce matériel indispensable? Le numérique aujourd’hui est devenu un produit de première nécessité.

                                       La présence auprès des adolescents.

Certains jeunes ont particulièrement mal vécu cette période et surtout mal compris les règles de confinement. Ils ont cumulés des amendes et risquent donc de plus lourdes peines. Ces expériences les laissent plein d’amertume. Ils ont également besoin de présence adultes pour exprimer leurs difficultés, réfléchir à la situation sanitaire actuelle pour mieux comprendre le sens de toutes les contraintes imposées.

Nous souhaitons pouvoir engager  ce travail auprès d’eux avec les différents acteurs du champ éducatif du territoire. 

                                      Des personnes vulnérables et seules

Durant les deux mois de confinement, nous avons pu organiser de l’aide pour assurer les courses de 3 familles qui étaient repérées en difficulté par des adhérents de Terrain d’Entente. Quelques jeunes du quartier se sont engagés avec nous dans ce travail. Ces personnes sont toujours demandeuses à ce jour. Elles n’ont pas ou très peu de soutien familial. Nous n’allons pas pouvoir poursuivre ce soutien dans la durée. A quoi peuvent-elles avoir recours?

Josiane GUNTHER le 18 Mai 2020

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Proposition pour un « Labo de co éducation »

La coéducation, c’est le partage des rôles entre différentes personnes qui oeuvrent ensemble à l’édu-cation d’un enfant, d’un jeune, ou d’un groupe. Cela concerne les parents – premiers éducateurs de leurs enfants – , les professionnels de l’école, des loisirs, du social, de la santé ainsi que les enfants et les jeunes eux-mêmes.

Cette notion de partage est aujourd’hui reconnue comme nécessaire et préconisée par les institutions. Elle représente un tremplin vers une autre conception de l’éducation, plus globale, plus ouverte, donnant une place à chacun. Mais elle s’avère difficile à mettre en oeuvre et semée d’obstacles : cela nécessite du temps, des bonnes conditions de dialogue, du respect et de la confiance mutuels, de l’espace pour des approches différentes qui peuvent devenir complémentaires.

A Saint-Etienne et au Chambon-Feugerolles une réflexion approfondie s’est amorcée sur ce sujet depuis deux ans, avec plusieurs temps de rencontres concernant des parents, des enseignants, des bénévoles et des professionnels d’associations et de collectivités territoriales.

Un petit groupe de professionnels (1) a poursuivi le dialogue sous forme de rendez-vous téléphoniques, pendant la période éprouvante du confinement puis du déconfinement, entre mars et juillet 2020. Ce groupe a pu mesurer combien le projet affiché de la « continuité pédagogique » a mis à mal familles, enseignants et acteurs éducatifs. Il aurait dû être plutôt question de « continuité éducative » et y engager alors de nombreuses institutions et associations. L’absence de coordination entre les différents secteurs de l’éducation globale a rendu compliquées les initiatives, pourtant nombreuses, des professionnels. Cette expérience confirme le caractère indispensable de la mise en place de ces espaces communs pour assurer une continuité, notamment en direction des familles les plus marquées par la précarité et/ou par l’isolement, le repli sur soi, l’inquiétude, le découragement.

Ce même groupe propose de créer, à partir de septembre 2020, un « labo de coéducation » afin de poursuivre la réflexion et de construire des propositions en confrontant les points de vue des divers «coéducateurs ».

La proposition concerne les parents et l’ensemble des professionnels qui travaillent auprès des enfants et des jeunes : dans les écoles, collèges et lycées, dans les centres sociaux et culturels, dans les associations, les services médico-sociaux, les équipements culturels et dans les espaces publics. Dans chaque établissement ou structure, tous les professionnels peuvent être concernés (par exemple dans une école : pas seulement les enseignants mais aussi les ATSEM, les AESH, les animateurs etc..) On veillera aussi, d’emblée, aux façons d’inclure progressivement des enfants et des jeunes. Il s’agit d’un engagement bénévole et non institutionnel, même si les différents professionnels s’attacheront à faire connaître et reconnaître ce travail à leurs institutions respectives.

Le groupe devra définir une ou plusieurs thématiques engageant tous les participants, en reconnaissant chaque acteur du champ éducatif dans son rôle, et sa légitimité, en impliquant les enfants et les jeunes.

Les directions précises de réflexion et les méthodes de travail seront construites et validées par le groupe lors des premières séances, à partir des propositions ci-dessous.

Propositions de questionnements :

De quoi a besoin un enfant durant sa vie éveillée pour entrer dans les apprentissages (scolaires et non sco-laires), pour y éprouver de l’intérêt et du plaisir ?

Que peut apporter aux uns et aux autres une mise en commun pour assurer l’éducation ? Quelles modalités, quels objectifs, quels contenus, quels destinataires pour ce partage?

Comment offrir à chaque enfant « une éducation au monde« , et se saisir de tout ce qu’il y a alentour de disponible pour produire de l’éducation ?

Comment donner du sens à des apprentissages scolaires construits dans la logique des disciplines, en les appuyant sur le monde réel, en les mettant en lien avec tous les apprentissages réalisés en dehors de l’école ? Comment permettre à ces apprentissages disciplinaires de contribuer aux évolutions de ce monde et à ses transformations indispensables ? Comment permettre aux enfants et aux jeunes de devenir acteurs/ auteurs de leurs apprentissages, de façon à ce qu’ils trouvent leur place et leur rôle dans cette société à laquelle ils se doivent d’apporter leur contribution ?

Proposition de méthodologie

A partir de la méthode d’élaboration de projets, dans un premier temps nous pourrons identifier tous ensemble des thèmes et des questions à partager.

Dans un deuxième temps, des « groupes de pairs » (2) (y compris des groupes d’enfants et des groupes de jeunes) seront mis en place pour échanger sur les mêmes thèmes et questions en fonction des expériences respectives des membres de chaque groupe.

Enfin, une mise en commun se fera régulièrement pour mettre en évidence les points de convergence/de divergence entre les groupes de pairs ainsi que les éventuelles perspectives à envisager (initiative à mettre en place, démarche à mener, nouveau thème et nouvelle question à explorer, etc.).

Les rencontres communes à l’ensemble des groupes de pairs se dérouleront dans des lieux publics, si possible en dehors des locaux scolaires afin de permettre une parole plus libre de chacun : parents, professionnels, enfants…

Les jours et horaires des réunions des groupes de pairs et des réunions communes seront choisis afin de convenir au maximum de personnes intéressées, compte tenu des importantes variables de contraintes selon les catégories de personnes (parents, enseignants, animateurs..).

Ce labo de co-éducation sera coordonné par Josiane Gunther, engagée dans l’association de pédagogie sociale « Terrain d’entente ». Il pourra s’appuyer sur la contribution de deux personnes-ressources bénévoles :

– Frédéric Jésu, ancien pédopsychiatre de service public et impliqué en tant que consultant dans le champ des politiques sociales, familiales et éducatives locales, auteur de plusieurs livres entre autre: « Co édu-quer: pour un développement social durable » ;

– Catherine Hurtig-Delattre, enseignante et formatrice, autrice du livre: « La coéducation à l’école, c’est possible » qui rapporte une expérience de 30 années d’ouverture de l’école aux familles et aux associations.

Une réunion destinée à présenter cette initiative, à échanger sur ses objectifs, ses contenus et ses modalités, et à programmer les étapes de son déroulement se tiendra le mercredi 30 septembre de 17h à 19h (lieu à préciser)

(1) groupe composé de plusieurs enseignants engagés en pédagogie Freinet, de responsables du secteur éducatif 1 dans une commune, d’une bénévole dans une association de pédagogie sociale

(2) Il s’agit de réunir les personnes ayant le même statut : un groupe de parents, un groupe d’enseignants, un groupe d’animateurs, un groupe de jeunes etc… 

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