Terrain D'entente

Le journal de l’été 2020

 Josiane : Les vacances ont été considérées un droit pour tous au moment du Front Populaire, avec les premiers congés payés, entre autres conquêtes sociales de cette période de soulèvement des classes populaires et ses extraordinaires mobilisations collectives. Dans cette ambiance de libération sociale, l’accès pour tous aux loisirs et à la culture sont considérés d’intérêt général. Pour rendre cette pratique possible pour tous, une participation financière conséquente de la collectivité est d’emblée organisée. Il ne peut en effet y avoir de départ en vacances possible pour tous, sans une prise en charge collective des coût. Mais ce droit pour tous a été remis en question durant les dernières décennies, si bien que la moitié de nos concitoyens n’y ont à ce jour plus accès, essentiellement pour des raisons financières. La question du départ en vacances reste donc un enjeu pour notre société. Depuis plusieurs années Terrain d’Entente considère cette question comme essentielle et mobilise beaucoup d’énergie pour assurer cette possibilité pour le plus grand nombre.

Nous voulons défendre des vacances qui ont du sens. Partir, c’est l’occasion de rencontrer d’autres personnes, de découvrir d’autres façons de vivre et de mieux comprendre la réalité. Dans cette société qui se segmente, le temps des vacances peut être l’occasion de construire d’autres relations humaines. Cette aspiration concerne de plus en plus de monde, au delà des familles des milieux populaires. Nous voulons retrouver une dynamique d’éducation populaire où nous prenons, ensemble, en main des réalités qui nous concernent tous, et envisager les vacances en termes d’ouverture, d’échanges, de manière à reconstruire le tissu social, des liens d’entraide. Nous voulons construire du dépaysement, ré-enchanter la banalité du quotidien, rendre possible des « premières fois ». 

Nous organisons des départs pour nous retrouver « ailleurs », dans un autre espace de vie, un lieu qui nous appartient ensemble et qui nous aide à déconstruire des peurs, pour construire ensemble des compétences sociales. Ce qui s’est passé durant un séjour influe sur toute la vie du quartier dans le temps long.

N’oublions pas cet élan d’enthousiasme aux premiers jours du confinement. Très paradoxalement, malgré la conscience d’avoir à traverser une « catastrophe », à Terrain d’Entente, nous avions le sentiment, en acceptant de bonne grâce cette lourde réduction de nos libertés, de participer à cet effort collectif commun. Nous trouvions enfin notre place dans cette épreuve qui nous concernait tous. Nous étions « comme tout le monde » (sic). Nous devenions un peu égaux !

Cet été 2020 a été particulièrement prolifique en sorties, et le nombre des personnes qui ont participé a triplé. Nous le devons au soutien très conséquent de la Fondation Abbé Pierre qui a reconnu avec nous la nécessité de rendre possible des espaces de ressourcement à toutes ces familles qui ont été les premières impactées par la longue période de confinement. Il était indispensable que chacun puisse se restaurer. Nous le devons grâce à la participation du CDAFAL qui soutient efficacement ces départs en vacances depuis plusieurs années. Nous le devons au dynamisme et à la créativité de chaque membre de l’équipe. Nous le devons à la participation très efficace d’un nombre d’adhérents qui augmente d’années en années. Notre « commission vacances » s’est poursuivit pendant le confinement sous forme de réunion téléphonique, avec la présence constante de membres du CA. Cette commission a permis d’établir un budget à partir des projets qui partaient des aspirations manifestées et de ce contexte particulier où il ne serait pas possible de sortir du territoire. Les inscriptions aux différentes sorties se sont déroulées chaque fois en présence de membres du CA. L’une d’entre elle a permis à plusieurs familles, particulièrement démunies de rejoindre et d’intégrer notre collectif. « Il faut vivre des choses ensemble si on veut apprendre à se connaître » (sic). Une autre a pris la fonction d’animatrice durant certains séjours, elle fait aujourd’hui partie intégrante de l’équipe.

En plus de nos temps de présence sur le terrain tout au long de ces deux mois d’été, avec l’organisation de moments exceptionnels : des jeux Olympiques (organisés par des adolescents avec le soutien de l’équipe), un grand pic nique en familles, différents barbecues avec les jeunes, nous avons pu partager :

3 Séjours familles à Retournac qui ont concernés10 familles, soit 12 adultes, 4 Ado, 20 enfants

1 séjour familles à Champoly Qui a concerné 5 familles, soit 5 adultes, 2 ados, 14 enfants

2 séjours enfants/collégiens à Montmiral Qui ont concerné 28 enfants et collégiens

5 séjours jeunes à Champoly Qui ont concernés18 jeunes

5 sorties natures jeunes Qui ont concerné 30 jeunes

5 sorties natures familles Qui ont concerné 50 familles

Des sorties vélo à partir du mois de Mai Qui ont concerné 30 enfants

Une initiation de 3 jours au théâtre forum Qui a concerné 13 femmes et une petite fille

Pour que ces différents engagements puissent aboutir nous avons du employer 6 personnes pour compléter notre équipe.

Tout ne va pas pouvoir être retranscrit dans ce journal, nous souhaitons juste témoigner de l’impact profond de l’organisation des vacances pour chacun d’ente nous et à l’échelle d’un quartier.

Fathia On a tenu tout ce qu’on avait décidé à la commission vacances. Les projets ont tous aboutis. Cette commission avait commencé en février et elle s’est poursuivit pendant le confinement sous forme de conférences téléphoniques. Nous avions décidé de reprendre ce qui avait bien fonctionné l’été dernier et de répondre aux nombreuses demandes pour les séjours enfants/ados de Montmiral. Suite à l’annonce de la reprise de l’école obligatoire pour tous, nous avons pu nous organiser en fonction de cette nouvelle contrainte, en modifiant le séjour sans le remettre en question. Nous avons également tenu compte du manque de sorties à la journée l’été dernier. Tout ceci grâce au budget disponible pour l’été avec le financement de la FAP. Ces différentes décisions ont été validées au café des femmes.

La commission a permis d’anticiper un mode d’organisation. Nous voulions surtout éviter des désistements de dernière minute qui pénalisaient d’autres familles en demande de séjours et de sorties.

Nous avons transmis un texto à toute la liste des adhérents pour proposer des jours d’inscriptions et demander une participation financière qui confirmait l’inscription. Nous avons adapté ces contraintes en fonction de la connaissance que nous avons de certaines personnes. Nous n’avons pas hésité à inscrire certaines familles, enfants ou jeunes, qui nous en faisaient la demande, sachant qu’ils ne pourraient pas venir à ce rendez vous. Nous prenons toujours en compte la réalité. Nous avons eu le plaisir de rencontrer de nouvelles familles pour certains séjours et sorties à la journée. En espérant qu’on puisse les intégrer à notre association. La question que je me pose : est-ce que c’est à nous de les relancer, de leur donner envie ? Ou bien devons -nous laisser à chacun la possibilité de nous rejoindre quand il le souhaite ?

La recherche d’un mode d’organisation a nécessité un grand nombre d’heures de travail. Ce qui n’a pas permis d’éviter tous les imprévus. Nous souhaitions intégrer quelques adolescentes qui n’avaient aucun projet de vacances, au 2ème séjour de Montmiral. Elles se sont désengagées au dernier moment, alors que pendant plusieurs jours nous « leur avons couru après ». De même pour certaines sorties à la journée, des évènements douloureux ont empêché certaines familles de participer. La difficulté pour d’autres est de ne pas avoir su s’engager de manière claire et avec chaque fois le risque de priver d’autres personnes intéressées. La satisfaction de cet été c’est que tous ceux qui en ont fait la demande ont pu au moins faire une sortie ou un séjour. Personne n’a été mis de côté.

Pour les sorties à la journée nous n’avons pas hésité à proposer des activités exceptionnelles autant pour les familles que pour les ados. « du grand luxe ! » des « premières fois ». Globalement je ne reçois que des bons retours. C’est super important de faire des activités exceptionnelles, de sortir de ses habitudes, de son environnement habituel. C a apporte de la détente, du bien être.

J’ai participé aux deux séjours à Montmiral en tant que membre de l’équipe. Montmiral, c’est mon truc ! Je ne dors pas dans les cabanes, là j’avoue que je ne vais pas jusqu’au bout de ma responsabilité. Durant ces deux séjours, j’ai pu retrouver mon âme d’enfant. C’est moi qui réclamais certains jeux ! J’ai appris aussi un peu à nager ! Durant le séjour, je suis devenue le « totem », j’étais au centre pour partager, jouer avec eux, les consoler, j’étais la tata de tout le monde. J’ai tendance à avoir peur des chiens mais auprès des enfants j’étais obligée de surmonter ma peur. On se dépasse un peu. J’ai appris à connaitre les enfants, je les ai découvert autrement, leur vulnérabilité…On a pu établir une relation différente. Certains confient leur peine. Ça ne peut pas se produire sur le quartier. Les craintes, les a priori vis à vis de certains que j’avais en partant, ce sont tous révélés faux. Ce sont ceux qui ont été le plus attentifs, certains ont même pris soin de moi. De sortir de Tarentaize, ça les apaise. Ils n’ont pas à jouer un rôle, à tenir une image, à vouloir paraître plus grand.  Ils peuvent réaliser tranquillement leur âge réel, et jouer comme des enfants qu’ils sont. On est plus dans des rapports où on s’autorise à être soi même.

Dans ce contexte différent, ils deviennent plus respectueux des règles. Durant le séjour, il suffisait de rappeler régulièrement les consignes et elles étaient respectées. Ils étaient à l’écoute. Nous nous retrouvons tous au même niveau. J’ai trouvé facilement ma place au sein d’une belle équipe. Nous avons su nous soutenir, nous répartir le travail de façon égalitaire. Les enfants ont également beaucoup participé, à la cuisine, à la vaisselle, filles et garçons confondus. Beaucoup de mères au départ souhaitaient éviter le mélange. Mais ça n’a pas été nécessaire, les relations étaient plutôt fraternelles entre eux. J’ai réussi à partir sans mon fils. Ça ne m’était jamais arrivé de le laisser 4 jours de suite. Ça lui a permis d’avoir un peu plus d’autonomie. Il était avec moi pour le deuxième séjour. Je lui avais expliqué que j’allais m’occuper de tous les enfants. Je n’ai pas eu besoin de m’en occuper plus que les autres. Des séjours qu’il faut poursuivre.

Josiane : Le Théâtre Forum L’été a démarré par une formation au théâtre Forum avec les fées Rosses.

Le théâtre forum est une invitation pour chacun d’entre nous à ne plus rester impuissant face à ce qui nous accable, et prendre conscience qu’il peut être possible de ne plus subir. Il propose de mettre en scène des situations vécues comme injustes, discriminantes, des petites tranches de vie qui font écho en nous, qu’on s’y reconnaisse ou bien qu’on s’en indigne. L’objectif est de réfléchir à la meilleure façon de transformer ces situations injustes. En créant un cadre, un espace de réflexion, un petit laboratoire d’expérimentation, nous pouvons rechercher le rôle que nous avons à jouer, et réaliser qu’il nous reste une partie de responsabilité donc une possibilité d’agir pour résoudre les problèmes.

A Terrain d’Entente, nous cherchons collectivement des réponses à toutes ces situations d’injustice et d’inégalité pour qu’elles ne nous écrasent plus, pour ne plus les subir. La meilleure façon de tenter de sortir de ces impasses, c’est dedonner la parole à ceux qui ne l’ont jamais, et d’inventer des formes de manifestations qui rassemblent. Notre rencontre avec les « FéesRosses » nous a permis début Juillet de bénéficier d’un petit temps de formation durant trois jours, et l’Amicale de Tardy nous a, une fois de plus, ouvert chaleureusement sa porte et son théâtre! Aïda était présente à ces rendez vous pour assurer la prise en charge des enfants, de façon à donner à ces femmes un peu de temps libéré. Ce qui est chaque fois une gageure… !

Ces femmes restent en permanence envahies de préoccupations multiples pour tenter de préserver un cadre de vie qui réponde aux besoins de tous les membres de la famille. Plusieurs d’entre elles ont dû renoncer à s’investir sur les trois journées complètes. Certaines n’ont pas pu y participer. Par contre, celles qui nous ont rejoint en cour ont su investir ce temps et l’enrichir de leur expérience.

Fyala : J’ai connu le théâtre forum en octobre 2019 grâce à Terrain d’Entente. Nous avions invité « Les Fées Rosses », ce groupe de femmes venues de Grenoble, pour jouer quelques pièces de théâtre de la vie du quotidien. Moi personnellement après avoir vu ces Dames jouer, et la façon dont elles avaient passé le message à travers la pièce m’avait beaucoup émue moi qui d’habitude ne comprenait pas bien le théâtre. Et surtout ce qui m’avait impressionné c’est que la pièce ne se termine pas à la fin du dernier mot joué mais qu’après avoir discuté de ce qu’on avait compris et ressenti, pour trouver ensemble des solutions à tous ces problèmes du quotidien, sur le racisme et la discrimination.

Nous avons ensuite décidé d’organiser une sorte de petite formation sur le théâtre du forum et j’étais parmi les Dames partantes pour y participer.

Le jour venu j’étais un petit peu stressé, mais tout se passait bien. D’abord il fallait trouver le sujet de la pièce que nous allions jouer, ensuite trouver les comédiens et le comment faire. Tout se déroule très bien, étapes par étapes puis on change de rôle le méchant devient le gentil et ainsi de suite.

Tout en écoutant les sujets proposés pour jouer la pièce sur le racisme ou la discrimination d’une personne fragile ou surtout les problèmes que rencontrent les adolescents au collège puis raconter une histoire qui nous est arrivé sur l’un de ces thèmes je remarque que les Dames présentes prennent goût à raconter leur petit malheur et de dégager ce poids qui est sur leur cœur.

Je n’en revenais pas et je parlais à moi-même en me disant : à elle aussi ça lui est arrivé et à elle et elle !!! Alors il n’y a pas que moi et que la méchanceté gratuite est permise à beaucoup de gens.

Grâce à quelques histoires, nous jouons ensemble différentes pièces en deux parties, la première celle où la personne se fait écraser ensuite, une deuxième partie pour trouver des solutions de remède et rejouer la pièce mais cette fois en tenant tête à la personne par soi-même ou être aider par une autre personne qui refuse toute discrimination.

Le dernier jour de la petite formation et toute a la fin nous nous sommes installés sur les chaises en forme de cercle pour donner notre avis sur ce qu’on a fait et réalisé et ce que nous apporté cette formation.

Personnellement j’ai approuvé ce travail j’ai dit même que je me sentais mieux dans ma peau de savoir que ça n’arrive pas qu’à nous et surtout de pas baisser les bras et de se battre pour ce que nous trouvons juste et que vraiment l’union fait la force.

Merci au théâtre forum !

Amel : J’aime découvrir des choses nouvelles, et pour moi le Théâtre Forum c’était une belle expérience. J’avais jamais pensé que je pouvais faire du théâtre ! J’aime voir le théâtre, comme spectatrice. J’ai assisté dans toute ma vie à deux séances de théâtre.

C’était fort par rapport à ce qu’on a partagé, plein de choses, pleins d’émotions. J’ai compris ce que c’est le théâtre, des messages qu’il faut faire passer aux gens. Et il y a eu pleins de messages entre nous. La rencontre aussi avec les personnes de Grenoble qui nous ont emmenées loin. J’étais dans un autre monde. Par rapport à mon histoire, je suis repartie en 2013, dans la ville où j’habitais alors. Pour chacune qui partageait un peu de son histoire, c’était comme dans un film dans lequel on rentre, on rentrait dans l’histoire de chacune. Je ne jouais pas un rôle, c’était avec ma personne, on était dans le rôle, dans l’univers de la personne. Je me sentais comme une artiste sur scène, qui aurait fait du théâtre toute sa vie. Je ne me sentais pas être une maman qui a plein de soucis. C’était un moment différent de ma vie quotidienne.   J’ai compris que le théâtre ce n’est pas qu’un métier, c’est beaucoup plus profond. C’est un message à faire passer, même simplement avec des gestes, des mimiques. C’est fort. J’ai senti aussi que les spectateurs, que tout le monde a réagi, tout le monde a vécu quelque chose de ces scènes. On vit tous un peu les mêmes expériences, mais tout le monde se tait. Avec le théâtre, les gens parlent et on comprend qu’on est tous pareils.

Il y avait une force sur cette estrade, avec les lumières, les rideaux. Une force qui donne envie de continuer, de faire mieux, plus. La scène de théâtre donne une force qui sort de partout pour que je bouge mieux malgré ma fatigue et le poids du quotidien, que j’ai réussi à oublier ! Dans la vie déjà on cherche des solutions, on cherche celle qui va être la bonne. C’est pareil dans le théâtre, on cherche des solutions. Chacune a donné son avis, chacune a des solutions dans la tête.

Pour l’exemple de l’expérience de Latifa, je suis comme Latifa, dans la même situation, je me tais. Une autre personne ne va pas réagir comme ça : une autre va partir, une autre va mal parler, d’autres vont réclamer à parler au responsable…Il y a plusieurs solutions. Le théâtre montre que chacun a son avis, sa solution, qui est différente des autres. Comme Latifa, lorsque l’administratrice de la sécu jette mes papiers de CMU, je préfère me taire plutôt que d’appeler le responsable, faire la bagarre. C’est une solution qui permet aussi de régler le problème. Le risque de s’énerver c’est de ne pas régler le problème. Le message, c’est qu’il y a d’autres manières de faire.

J’aimerai que beaucoup de femmes de terrain d’Entente puissent vivre cette expérience. Quand j’ai commencé, j’avais peur, après j’ai senti que j’étais en direct avec beaucoup de force. Pour moi, j’étais une actrice. le rêve de l’enfance: être une actrice à la télévision! J’ai vécu ça! J’avais jamais oser parler de mon problème devant tout le monde. Mais le moment était fort, c’était possible, là.

Josiane : Les sorties à la journée, les séjours familles :

Depuis plusieurs étés nous sommes accueillis en amis à la Ferme des Fromentaux. Ce lieu est habité par des travailleurs qui depuis toujours prennent soin du vivant, de la terre, des animaux, des hommes. Ils sont très sensibles à la question du droit aux vacances pour tous. Les enfants ont une place très privilégiée dans cet espace. Ils peuvent faire différents apprentissages en toute sérénité, les encouragements accueillent chaque fois leurs efforts pour s’exercer à la traite des chèvres, les accompagner dans les bois. Un adulte se rendra toujours disponible pour accompagner un groupe à la piscine, en rechercher un autre à la plage quand l’orage menace….

Amel : J’avais réservé la sortie au Lac des Sapins. Mais j’ai dû annuler suite au décès de ma tante. je suis restée plus de dix jours à la maison sans sortir. J’ai finalement croisé Bertrand et je lui ai demandé de faire une autre sortie, juste pour mes enfants qui étaient à nouveau confinés. J’ai pu participer à la sortie du lac de Devesset. Pour moi c’était juste pour prendre un peu l’air, mais c’était surtout pour mes enfants. Pour eux c’était génial. Dans le bus ils ont pu regarder la nature, c’était mieux que les écrans! Mes enfants ne sont pas sortis de l’eau! Ils ont joué toute la journée. Ma rencontre avec les femmes de Terrain d’Entente m’a aidée à sortir de ma tristesse, de sentir que la vie continue, a produit un changement. Je suis toujours en deuil, je pleure ma tante chaque jour. C’est la première fois que je vais au bord d’un lac. Merci de me faire découvrir de beaux endroits. L’après midi, j’ai fait du pédalo avec mes enfants. C’est aussi la première fois de ma vie! Mes enfants sautaient du pédalo, nageaient.

A la fin de la journée, on a été surpris par un orage. C’était rigolo de voir tout le monde qui tentait de se protéger avec une serviette éponge sur la tête. Une fois dans le bus, je n’avais plus d’inquiétude et j’ai pu rassurer tout le monde. On est rentrés chez nous, mes enfants avaient beaucoup pris le soleil. C’était magnifique. Une journée pour oublier ce qui était difficile, le deuil, le confinement.

La journée à la ferme, c’était le top ! Une nouvelle découverte. Marcher pieds nus ! Mes enfants ont tout raconté à leur père. J’ai vu la joie dans leurs yeux. Ils lui ont proposé de vivre cette expérience tous ensemble. Ce qui m’a marqué le plus c’est l’histoire des chiens de berger. J’ai jamais imaginé comment ça se passe entre le berger et son chien. Le jour même j’ai envoyé des photos de la nature sur face book. C’est comme des tableaux. C’était top du top. Je remercie Terrain d’Entente de vivre ces moments joyeux, heureux.

Avec le démarrage de la rentrée, on sent qu’on est prêt. La sortie permet de prendre beaucoup d’énergie dans la nature, sa force. Le chien qui court qui court après les moutons… c’est un animal mais il fait son métier. C’est ça la force, chacun a sa place. Le chemin pieds nus, on était au milieu des arbres, on a respiré l’oxygène pur. C’était difficile, mais cette difficulté nous a donné la chance de vider nos poumons. On avait peur, il fallait monter, descendre, c’était une vraie oxygénation du corps tout entier. La marche pieds nus c’est une thérapie pour tous les organes. Bien respirer l’air pur, l’oxygène des arbres, et on a la force de continuer pour la rentrée, on est prêt.

Je n’ose pas aller au lac, à la ferme, au théâtre sans Terrain d’Entente !

Karima J’ai vécu deux sorties au bord d’un lac et un séjour à Retournac. C’était magnifique. Pour la première sortie au lac des sapins, c’est moi qui avais inscrit les familles. J’étais inquiète d’avoir inscrit des personnes qu’on ne connaissait pas. C’était des familles qui ne pouvaient pas s’inscrire au Babet, pour elles, c’était trop cher. Je trouvais injuste qu’elles ne puissent pas profiter d’une belle journée parce qu’elles ne pouvaient pas payer. Eh puis, si on n’a jamais l’occasion de partager un moment on ne peut pas apprendre à se connaître. Parmi celles qui sont partis, une n’avait pas vu sa famille depuis 5 ans. Elle nous a remercié « Pour la première fois mes enfants se sont sentis pris en compte comme tout le monde ». Ce départ a été gratuit pour ceux qui ne pouvaient pas payer. Ces familles ont partagé tout ce qu’elles avaient apporté avec tous. Le moment du pic nique a été partagé avec tout le monde. Tout a été déposé sur la nappe, personne ne savait qui avait apporté telle ou telle chose. On ramène toujours plus. Nous sommes pour des rapports d’égalité, il n’y a pas quelqu’un de mieux que l’autre. Et comme ça, on peut dire « merci » à tout le monde. Ce partage-là, on ne le retrouve pas dans les palaces ! On pouvait dire aux enfants « tu n’as pas besoin de demander à ta mère, il n’y a autour de toi que des « tatas » qui sont prêtes à t’écouter » Pendant que certains s’occupaient d’organiser le pic nique, les autres étaient avec les enfants. On aurait dit un village. On se retrouve comme au bled ! Un moment de paradis ! Il y avait du bonheur, si bien qu’on a oublier ce qui se passait autour de nous. C’est comme ça que les enfants apprennent à partager.

La bonne organisation sur le déroulement de la journée rendait chaque moment confortable. Pas besoin de s’inquiéter de risquer d’être oublié, les activités étaient prévues pour tous. Avec Terrain d’Entente c’est plus léger. Je suis responsable de rien et ça me soulage ; Et je peux prendre du plaisir pour moi même.

Pendant les 3 mois de confinement, on était mort. Seul le cœur battait. Nous avons pu vivre des premières sorties après toutes ces choses. On a oublié le Covid pour la première fois. Malgré le temps frais pour la première sortie, c’est nous qui avons allumé le feu !

A Retournac, j’ai l’impression d’être partie chez mes parents ! J’ai pas senti que quelque chose me manquait. J’étais avec ma mère, mes sœurs, mes cousines. J’avais des appréhensions de partir avec des personnes que je ne connaissais pas. Je suis très sensible et j’avais peur de me sentir blessée et que ça se répercute sur mes enfants. J’ai peur des histoires. C’est pas facile de rentrer dans un groupe. On ne se sent pas accueilli dès le premier pas. Certaines s’étaient découragées de nous rejoindre. Mon mari m’a encouragé à partir pour le bien des enfants.

Pendant ce séjour, on a pu parler de nos difficultés, on a pu se confier sur nos problèmes familiaux comme à de sœurs. On a pu parler de tout, les 3 mois de confinement, on a pu se donner des conseils…. Au début B. était très fermée, elle a peur des gens, elle ne connaissait personne ; elle s’est détendue au fil des jours, elle a pris confiance en elle. Aujourd’hui sa mère qui est au bled ne s’inquiète plus pour elle. Tout ce que je dis, c’est pas seulement mes paroles, c’est le retour de toutes les familles. N. est sortie des histoires familiales tristes, des disputes. René Jo elle est toujours accueillante, elle ne change pas. Retournac, ça ressemble à la nature du Bled, on retrouve des souvenirs. Pas de stress

On n’a pas eu besoin de regarder l’heure, on se lève quand on veut. Avec l’équipe, c’était bien organisé. Un temps que pour moi. J’ai jamais entendu « maman ». J’ai pu être moi aussi un peu enfant, pour rigoler, pour penser seulement à moi. Même s’il restait seulement deux enfants qui ne partaient pas avec vous, l’une d’entre vous restait pour s’en occuper. On trouve un temps de relais pour nos enfants comme au bled avec nos parents. Même si je réserve dans un palace je trouve pas ça ! Une grande attention. Une organisation pour soulager les mères, c’est parfait. On est parti juste à côté, pas besoin de chercher le bonheur loin. Pas de tension, donc pas de fatigue.

Au retour j’en ai parlé pendant deux semaines. Il y a toujours quelque chose à raconter ; Plein de détails qui apportent du bien être. Etre assis à l’ombre d’un arbre pour partager le repas. Se retrouver au bord de la Loire, le chemin pour s’y rendre où on s’arrête à chaque instant pour prendre des photos. Danser ensemble en faisant le repas. Regarder les enfants jouer dans la piscine… On a partagé toutes nos photos. Nous les avons envoyées chaque jour à Tarentaize et les pères des enfants se réjouissaient ensemble, parce qu’ils ne peuvent pas offrir ce genre de sortie à leurs enfants. J’ai même donné envie à mon mari d’y aller. Nous n’avions à nous inquiéter de rien, même le wagon de train était réservé pour Terrain d’Entente. On n’a rien eu à payer ! La porte est ouverte à tout le monde. J’avais prévu des repas de fête, et toutes les femmes ont travaillé pour apporter des plats à partager pour toutes la durée du séjour. Je me suis excusée de les avoir trop fait travailler ! On n’est pas des professionnelles, on fait des apprentissages en participant à l’organisation. Je n’ai pas l’habitude de faire les courses !

A notre retour, on a donné envie à tout le monde de partir à Retournac ! Après le confinement de 3 mois, et l’impossibilité de partir retrouver nos familles, comment on allait être prêt à assumer une autre année qui allait démarrer ? Ces séjours nous ont permis de passer à autre chose sans avoir rien à payer. Nous avions besoin de tout lâcher. Trois jours que pour moi, c’est dur de tout traduire. Il y a eu tellement d’émotions, de pleures…

Aujourd’hui je me demande : c’est où chez moi ? C’est pas le bled où j’ai vécu pendant 20 ans, ce sont les gens avec lesquels je vis mon quotidien. Alors que ça fait seulement 4 ans que je vis à Tarentaize, je peux dire que c’est ici chez moi. Quand je pars d’ici, j’ai toujours un appel, j’ai besoin d’avoir des nouvelles du quartier. J’appelle pas aussi souvent ma tante qui habite à Lyon !

Josiane : Champoly baptisé  » la Maison du peuple »! Un lieu qui souhaite rassembler le plus largement possible les collectifs d’individus qui s’efforcent de créer entre tous des rapports d’égalité et de solidarité. Un magnifique espace de vie construit pour accueillir jusqu’à 50 personne. Le lieu central est construit dans un cercle qui rassemble, qui permet la circulation de la parole….

Marion :  Ce séjour a permis de faire partir à la campagne 5 familles dont les mamans étaient des sœurs ou belle-sœur. Ainsi tous les enfants étaient des cousins-cousines et cela m’a permis de découvrir à la fois les mères de ces enfants que je vois très régulièrement au terrain et de comprendre leurs histoires, leurs situations, leurs liens du sang si particuliers. Enchaînant galères sur galères : lieu pas suffisamment nettoyé, problème d’eau chaude, de bactérie dans le lac, de batterie à changer sur une voiture, la route et le stress que cela a engendré … Nous avons tout de même passé des moments incroyables, barbecue géant, baignades, repas, rires, histoires, nuits tous ensemble etc… Au final les enfants (les plus grands) seraient bien restés plus longtemps.

Sortie à vélo, de mai à Aout 2020 :  Bertrand : Ce projet est issu de la demande d’enfants, coordonnée par le soutien des associations de réparation participatif de vélo du territoire (vélo en quartier et Occivélo), et des aménagements de la ville, (avec la mise en place de 30 km de pistes cyclables sécurisées et une indemnisation de 50 € de l’état pour l’achat ou la réparation de vélo).

Notre opportunisme légendaire a ensuite fait le reste. Le vélo paraissait adapté aux gestes de protection en cette période de limitation drastique des activités accessibles à tous, pour raison sanitaire.

Dès les premières semaines de déconfinement, nous avons essayé d’équiper le plus d’enfants et d’adultes possible. Nous avons alors été confrontés à des problèmes récurrents de place de stockage dans les appartements, de durée de vie d’un vélo sur le quartier, puis de rupture de stock de ces 2 associations. Le processus de remboursement étant très efficace.

Cependant, nous avons réussi durant ces trois mois à distribuer près de 15 vélos en bon état de fonctionnement aux habitants du quartier. Nous avons d’ailleurs encore une liste similaire d’enfants souhaitant s’équiper et nous nous inquiétons désormais de nos capacités à accompagner à l’entretien de ces vélos.

Nous avons pu lancer des sorties à vélo au départ de la médiathèque de Tarentaize. À partir de fin Mai. Pour la première sortie, 6 enfants étaient présents et équipés : vélos, casques et autorisations nous permettant de s’assurer que les familles étaient bien informées et d’accord.

Nous sommes sortis du quartier par une rue à faible circulation avant d’accéder à « la voie verte ». La première partie était difficile avec beaucoup de montée, mais le respect des consignes et l’envie des enfants n’ont pas faibli face à l’effort et nous avons ensuite pu bénéficier d’un décor champêtre dépaysant, alors que nous étions à moins d’un kilomètre de Tarentaize.

Lors des quelques inévitables chutes, l’ensemble des participants ont fait preuve de solidarité et de bienveillance à l’égard des accidentés. La promenade dura près de 2 heures, à la suite de laquelle nous avons fait un petit bilan entre néo cyclistes : l’ensemble des enfants souhaitaient repartir et ce dès la semaine suivante !

La motivation s’est largement propagée à notre retour sur le terrain et nous étions bien plus nombreux pour la deuxième sortie. Pas de chance, cette journée correspondait à l’enlèvement surprise des barrières de sécurisation installées par la mairie trois semaines plus tôt… Ce qui a rendu notre parcours bien plus périlleux !

A chacune des sorties, nous étions toujours plus nombreux, jusqu’à 17 enfants âgés de 6 à 14 ans. Le bouche à oreille faisant son effet, certainement aussi l’abandon des activités extrascolaire en ce mois de juin si particulier.

Puis, un groupe de femmes s’est organisé autour de bénévoles et services civiques de l’association pour se retrouver chaque mardi AM au parc Jean Marc afin de s’initier au vélo ; plus d’une dizaine de femmes du quartier était présente sur certains de ces après-midis !

Cette « activité » s’est peu à peu organisée : les mardis, en fonction de la météo, à 14h au parc de Villars avec un groupe de femmes, puis à 19h devant la médiathèque, pour les enfants. Des pères nous ont rejoint pour accompagner ces sorties, ce qui nous a permis de nous retrouver à 7 adultes pour sécuriser les parcours.

La réussite de ces sorties nous a rendu plus ambitieux, depuis quelque temps nous évoquions l’envie de nous rendre à St Victor en vélo… Avec une bonne organisation de la présence de bénévoles en lien avec « vélo en quartier », pour assurer le retour des vélos, nous avons validé la date du jeudi 30 Juillet pour effectuer ce projet un peu fou.

15 enfants âgés de 7 à 13 ans ont participé à cette expédition, encadrés par 6 accompagnateurs et deux mères qui nous suivaient en voiture, de façon à faire face aux imprévus. Rendez-vous à 15h30, avec un long temps de briefing, vérification des vélos et d’hydratation des enfants et adultes…

Et c’est parti !

3h30 plus tard l’ensemble des enfants sont parvenu à destination et ont ainsi pu profiter d’une bonne heure de baignade largement méritée avant de rentrer à Tarentaize en voiture. Les vélos sont rentrés en camion par le biais de Vélo en quartier.

Il est évident que les souvenirs de ces journées sont encore très présents chez les 32 participants et l’attitude des enfants vis-à-vis des dangers de ce type d’activité n’a cessé d’évoluer durant l’été. L’envie de renouveler de manière régulière ces sorties est fortement manifestée, mais les réalités financières prendront une nouvelle fois le dessus et ne nous permettront peut-être pas de reconduire ces belles découvertes à l’avenir.

Un grand merci aux associations d’OCCIVELO et de Vélo en quartier qui ont rendu cela possible par leur investissement bien souvent au-delà de leur mandat de fonctionnement, juste parce qu’ils en éprouvent le sens.

Un grand merci également aux 7 bénévoles qui sont régulièrement venus nous accompagner et sans qui nous aurions dû largement diminuer le nombre d’enfants présents.

Les sorties jeunes : Ramzi : Tout a commencé pendant le confinement lorsque des jeunes m’ont fait part de leur envie de sortir de chez eux, de quitter le quartier pour un temps. Le mot d’ordre est « on galère »

Au fil de nos rencontres, des discussions émergeaient sur des projets autour des vacances. Cette construction de projets a commencé pendant la période du confinement : lors des trajets « courses alimentaires » avec les adolescents, pour les personnes vulnérables, ou via les réseaux sociaux. Sur toute cette période nous sommes restés actifs et à l’écoute des jeunes, filles comme garçons. Certains ados comme Salima me répétait « Heichek (stp) est ce qu’on peu faire une sortie avec les filles cet été. ». Ou Ichem qui me disait « kho ( frere) on fait le projet que tu veux tant que moi je suis avec mon équipe ». Puis Malek précisait « ouais les frères tant qu’il y’a un peu d’eau pour nager, on va n’importe ou ». C’est là que Younes leurs a répondu « Y a Saint Victor (lac)» Mais Fares lui rétorqua « Frère c’est interdit là-bas ».

Toutefois, malgré ces obstacles, , j’ai pu remarquer que ces jeunes n’étaient pas du tout résignés mais bien au contraire, ils avaient une force de proposition assez étonnante. Ces jeunes ne se contentaient pas de demander et d’attendre que cela arrive. A titre d’exemple via son smartphone, Banfa nous as montré qu’il y avait de super points d’eau comme la cascade à Saint pierre de bœuf. J’ai alors proposé au groupe l’activité Rafting mais Yakoub était perplexe : « c’est pas pour nous ça » mais Wissem a expliqué qu’il avait déjà essayer avec des potes (Français) et c’était top. Youcef, via l’application Waze a fait une simulation de trajet afin qu’on s’organise sur les horaires. . Enfin Adem a pris le soin de regarder la météo afin qu’on puisse avoir une date optimale. En parallèle avec l’association et les jeunes nous avons réfléchit à un mode de financement afin de rendre ces micro projets possibles. D’ailleurs concernant le financement le leitmotiv côté jeunes était toujours le suivant « s’il faut cotiser, on cotise y’a pas de soucis »

Ainsi à travers ces activités aquatiques comme le rafting nous avons permis à plus de 40 adolescents de vivre des expériences d’aventure au combien enrichissantes pour leur vie d’adulte. J’ai en effet pu observer des valeurs en parfaite adéquation avec celle de l’association comme, la solidarité, le travail d’équipe car oui si l’équipe n’est pas coordonnée le rafting se renverse, ou sans aide il est difficile de pouvoir remonter sur le pédalo ou le bateau !

Marion : J’ai pu participer à deux sorties avec les jeunes : rafting et piscine. Au rafting il n’y avait que des garçons, au début je me suis sentie toute petite, sans trop savoir dans quoi je m’étais embarqué. Puis, j’ai créé des liens et rien que dans la voiture lorsqu’un camion a osé me faire une queue de poisson j’ai senti toute la rage des ados « Qu’est-ce tu fais là, t’es crus chez ta mère ? » « Klaxonne Marion il n’a pas à te faire ça » « On lui fait tous des doigts quand elle double » ! Egalement dans la voiture la découverte des play-liste musicale qui défilaient à plein régime m’ont permis d’instaurer un dialogue, parfois moquée car je ne connaissais pas tel ou tel rappeur ! Au-delà de l’activité que nous avons tous aimés, les discussions du midi ont été bien plus importantes pour moi, parce que parler de la religion, des vies de chacun, des similitudes malgré nos grandes différences dans nos modes de vie est pour moi une façon de s’ouvrir au monde, autant moi comme adulte, qu’eux en tant qu’adolescents !

Ramzi : D’autres envies ont émergé durant l’été notamment pour un groupe de 8 jeunes âgés de de 15 à 19 ans qui nous expriment trop souvent leurs désirs de conduire. Là aussi et après discussion nous avons pu aboutir à un projet karting.

Le point important à mon sens est que ces jeunes comprennent qu’on ne peut pas conduire sur la route comme sur un circuit car cela engendre des risques qui sont malheureusement et trop souvent dramatiques.

D’ailleurs ce jour-là la piste était glissante et la plupart des jeunes ont pu expérimenter le fait de perdre le contrôle de leurs véhicules (karting) si on n’anticipe pas la vitesse. Quelques minutes auparavant deux jeunes, Mekine et Djalil me disaient « on est des pilotes, nous on ne glisse pas »

Dans ce cadre très sécurisé cela ne pose pas de problème mais après discussion avec eux cela a en effet poussé la réflexion sur ce qui se passe avec un vrai véhicule sur la route avec toutes les conséquences qui en découlent : humaines, matériels etc.

Ainsi et malgré le coût financier, à mon sens cette démarche fut constructive pour ces jeunes notamment sur le fait de faire attention aux autres (en cas d’accrochage les pilotes étaient pénalisés) L’enjeu était d’anticiper (pour ne pas glisser certes), mais surtout apprendre à anticiper en général pour ne pas subir leur avenir sur la route comme dans leurs vies professionnelles.

En plus de ces sorties à la journée, d’autres projets plus conséquents ont pu voir le jour durant cet été. En effet la demande la plus récurrente était « c’est quant je pars à Champoly avec mon équipe ? ». A partir de cette revendication, nous avons pu construire ensemble plusieurs séjours pour pratiquement 30 jeunes. Nous étions accueillit dans une grande maison de campagne appelée « maison du peuple » car elle favorise à la fois une certaine liberté avec énormément d’espace mais aussi plein de rencontres notamment autour du cercle de barbecue.

Encore une fois la construction de ces séjours n’allait pas de soi, et les jeunes étaient mobilisés pour concrétiser le projet. Par exemple dès la programmation Ilyesse a créé un groupe sur Snapchat qu’il a nommé « séjours Champoly ». De plus, il a pris le soin d’ajouter chaque personne pour que toutes les informations concernant les séjours soient partagées par l’ensemble du groupe. Kais me dit « pour les courses je suis op (opérationnel), avec ma mère je les fais tout le temps ». Ce même jeune nous as montré une application pour scanner chaque produit alimentaire et ainsi respecter le budget qu’on avait établit en équipe en amont.

Par la contribution de chacun à la construction du séjour, les jeunes devenaient de plus en plus autonomes. Cette construction de l’autonomie de chacun se faisait dans un premier temps collectivement. En effet une fois sur place chacun pouvait choisir la tâche qu’il souhaitait réaliser. Sofiane me disait « moi je suis trop fort au barbeuc donc je le fais ». Il a même accepté de prendre avec lui une personne un peu moins expérimentée afin que chacun puisse partager sa compétence. Cette démarche était appliquée sur l’ensemble de la vie de groupe que ce soit pour les tâches ménagères, les repas et la planification des activités de loisirs.

Enfin ces séjours étaient aussi l’occasion de rencontrer de nouvelles personnes en dehors du quartier notamment à la campagne. Au lac de Villerest st Slimane me disais « pourquoi ici les gens sont gentils ? ». D’où la grande richesse des ces sorties hors du quartier. Chose que l’association Terrain D’entente et ses partenaires ont permis malgré une situation de grande crise sanitaire.

Marion : Les terrains du mois d’Août ont été plus légers que d’habitude. Par les fortes chaleurs qui se sont succédé nous avons adaptés nos terrains en venant plus tardivement (16h-18h). Les enfants « habitués » ne venaient pas plus que ça, et préféraient rester entre amis, ou en famille. Cela à permis à d’autres enfants et adolescents ne venant pas souvent, se sentant parfois « exclus » « n’ayant pas le droit d’être là » de s’investir et de comprendre que pour nous, en tant que Terrain d’entente ils ont toute la place qu’ils veulent occuper. Ce qui a pu se confirmer auprès des uns et des autres lors du retour des « habitués » ! Nous avons également pu répondre à des attentes bien particulières. Par exemple Rania qui avait un besoin immense d’escalader, de grimper a pu expérimenter en sécurité, avec un baudrier de corde et deux adultes pour elle, ce qu’était l’escalade ! Apprendre le vocabulaire, comprendre la manière de trouver des prises etc. Un projet qui pourrait voir le jour dans le cours de l’année.

Les dernières semaines ont été plus « sombres », la « déprime » se faisait un peu ressentir ; et pour cause : fin de l’été, fin des vacances, retour de l’école, appréhension scolaire, partie de l’équipe qui ne reviendra pas aussi régulièrement à partir de septembre. Ce qui ne nous a pas empêchés de continuer de jouer, de rire et de discuter.

Vincent : Parmi toutes les activités, les sorties, les séjours et les terrains cet été, on a eu l’occasion de faire pas mal de barbecues. 

Un vendredi soir pour clôturer une belle semaine d’olympiades, avec un gros tournoi de foot arbitré par Ramzi, ou l’on a pu voir énormément de nouvelles têtes, qui m’étaient inconnues pour ma part, et beaucoup de familles, des habitués et quelques personnes sûrement attirées par cette ambiance très chaleureuse. Une très belle soirée ou l’on a pu voir de l’entraide, du partage et beaucoup de sourires. Deux ou trois adolescents nous ont rejoint à cette occasion, ils étaient demandeurs de ce genre de soirée. Quelque temps après, avec quelques uns d’entre eux, nous nous sommes reparti les tâches de préparations.  J’étais en accompagnement du groupe parti faire les courses et étonnamment surpris par l organisation, l’efficacité ainsi que le pragmatisme de ces jeunes. Encore une bonne soirée, certains jouent aux cartes, d’autre discutent, certains s’occupent de Rex le chien de Fares qui nous a accompagnés tout l’été. Les plus aguerris s’occupent du barbecue avec un professionnalisme incroyable.  On a pu aborder pleins de sujets dans une ambiance très apaisée, jouer à des jeux dont ils étaient les investigateurs et les animateurs.  Ces ados ont découvert et adopté le camembert cuit sur le feu, et les légumes aussi ! 

Une soirée que l’ont a pu revivre deux fois pendant les séjours à Champoly avec d’autres groupes. Toujours aussi agréables et efficaces dans la gestion et le partage des tâches. 

J’en déduis que le barbecue est la recette d’un été réussie, ou peut-être est ce l’inverse ?

Josiane : Cet été nous a permis d’apprécier une très notable évolution de nos relations inter personnelles. Tous les séjours ont été rendus possibles grâce à notre capacité de plus en plus développée à nous organiser, entre voisins et avec les membres de l’équipe, tant sur les questions logistiques que sur le contenu des journées. La responsabilité de la qualité des journées a été partagée entre tous. Chacun à sa mesure a su réaliser l’effort nécessaire pour prendre soin les uns des autres, pour comprendre les difficultés qui ont pu se manifester et chercher la possibilité de les traverser.

Si globalement nous récoltons surtout des retours positifs, nous avons évidemment vécu des déceptions. L’évolution des relations qui se construisent au sein de notre collectif, à l’occasion de ces sorties, nous permet de tirer ensemble des enseignements de toutes ces expériences partagées, de nous projeter dans l’avenir pour envisager une meilleure façon de réaliser nos projets. La question n’est pas de vivre des expériences pour qu’elles soient toujours gratifiantes, mais de permettre à chacun de trouver sa place et d’apporter une contribution.

Ces différents témoignages nous permettent d’affirmer que le temps des vacances est bien une opportunité d’émancipation individuelle et collective.

Publié par Terrain D'entente dans 2020, Activités en extérieur, Co-éducation et communauté éducative, Évènements, Témoignage, Théâtre, Vacances pour tous, 0 commentaire

Ce temps long du confinement : Le journal de Terrain d’Entente

« L’annonce du confinement a été un choc, on ne s’y attendait pas. On a traversé des catastrophes mais pas sur notre période actuelle ». (Fathia)

Le temps a été suspendu. Une expérience inédite s’est imposée à nous tous. Face à une menace mortelle, nous avons du renoncer à tout ce qui construit notre quotidien qui nous a alors échappé. Nous avons du arrêter des activités qui assurent le maintient de notre existence, lui donnent du sens. Si cette remise en question radicale a concerné toute l’humanité, elle n’a pas été vécue de la même façon en fonction de la situation sociale de chacun.

Terrain d’Entente s’est efforcé de rester intègre par rapport à ses principes. Aujourd’hui, il nous semble indispensable de donner la parole à ses différents acteurs pour évoquer cette période. Il s’agit des différents membres de l’équipe et d’habitantes du quartier de Tarentaize-Beaubrun.Nous espérons que ce partage nous donne la possibilité de tirer des enseignements de ce que nous avons subi pour envisager autrement notre avenir.

Fathia: Le décès de la maman de Nabila, c’était horrible. C’est ce qui m’a marqué le plus. Elle s’est retrouvée seule pour faire son deuil. C’était inhumain de là voir pleurer de son balcon et de ne pas pouvoir là tenir dans nos bras. Sinon je sens que ça a rapproché les familles. Ca a crée des liens plus forts entre les parents et les enfants. Tu te découvres. J’ai retrouvé également des souvenirs en triant mes affaires. J’avais le temps. J’ai senti un élan de solidarité. Pour une fois, on était tous dans la même situation, tous pareils. Avec l’humain qui avait vraiment sa place d’humain. Des relations où ce n’est pas l’hypocrisie qui domine. De ne pas pouvoir être en lien avec les personnes ça permet de comprendre à quel point on y tient. Les gens te manquent, tu mesures plus ce qui a de la valeur dans la vie. La famille, l’amitié. Des relations qui sont précieuses. J’ai senti beaucoup d’émotions autour de moi la première fois qu’on s’est retrouvées. On a été mis face à la réalité. La vie, et la mort…. On le sait mais ça a permis une plus grande prise de conscience. Dans le quartier, un petit collectif s’est organisé pour que personne ne soit oublié. Le mari de Nabila y a participé. Une somme d’argent a été récoltée entre les habitants, durant toute la période du confinement, pour proposer des colis alimentaires à ceux qui n’avaient plus rien. Cette solidarité s’est prolongée durant toute la période du ramadhan. Des familles préparaient chaque jour des repas que des bénévoles de la mosquée distribuaient. Le regard des gens a changé. On est tous pareils avec les masques. Le port du voile qui était choquant auparavant a trouvé sa place comme une mesure de protection nécessaire aujourd’hui. Ca fait du bien la fin de ce racisme! Ce que je retiens surtout du Covid c’est le développement des solidarités ».

Une annonce que nous n’avons pas su anticiper: le coronavirus s’est propagé partout dans le monde! De l’épidémie annoncée en Chine, nous découvrons que la pandémie va immobiliser toute l’activité humaine! La veille du discours présidentiel qui annonçait l’injonction à l’auto enfermement, nous étions sur le terrain avec les familles, c’était un Samedi. Nous avions prévu des petites mesures d’hygiène: de l’eau, du savon pour encourager les enfants à se laver les mains. Les verres et le goûter étaient restés au garage. Le lundi tout le monde devait rester confiné chez soi!

Zahia: « Je vais vous exposer mon ressenti sur la situation actuelle qui est inédite et déroutante à la fois. CONFINEMENT. Un mot que beaucoup de gens ne connaissaient pas , mais qui allait mettre tout le monde, oui le monde entier dans une situation de retrait social , physique et économique pour cause de crise sanitaire mondiale. Ce virus a fait des millions de morts dans le monde sans distinction de lieu,de race, de couleur, de richesse ou de pauvreté. Tous les continents ont été touché, toutes les populations ont vécu cette situation inédite et particulière. Confinement, un mot que je ne connaissais pas . On a tous été obligés de nous confiner, tout s’est arrêté! On aurait cru être dans un film américain d’apocalypse! On a pu remarquer que même les grandes puissances mondiales, les pays dotés des dernières et meilleures technologies n’ ont pas pu échapper à la contamination de ce nouveau virus . Un virus venu de Chine et qui a provoqué une pandémie mondiale, une contamination à laquelle personne ne s’attendait et n’était préparé. J’ai été choquée d’entendre tous les soirs vers 20h00 , le Professeur SALOMON qui venait nous annoncer , nous énumérer le nombre de morts par jour. L’ image de l’alignement des cercueils dans une longue fosse aux Etats -Unis à été impressionnante. Tout le monde : riche comme pauvre, adulte comme enfant, patron comme chômeur, toutes les nationalités , toutes les cultures et toutes les religions du monde ont été touchés. L’Humanité sans aucune distinction et cela doit nous amener à réfléchir sur notre façon de penser, sur notre rapport à l’ autre , sur nos dirigeants etsur notre avenir surtout. Rien n’ est acquis , l’ Homme restera toujours vulnérable sa connaissance, son intelligence, malgré le progrès . Il faut réfléchir sur le sens même de la vie et sur notre rapport aux autres. Une chose positive , c’ est que cette expérience nous a permis de réfléchir et de nous recentrer sur l’essentiel, et non sur des choses éphémères. BON COURAGE A TOUS ».

Devant la bonne volonté manifestée par le plus grand nombre, d’utiliser ce « temps libre » imposé pour apprécier les petits plaisirs de la vie familiale, nous avons vécu la première semaine comme une opportunité. Pour notre vie d’équipe, comme pour l’ensemble de notre collectif, nous avions enfin du temps! Ce temps qui nous manque toujours pour enrichir notre site de témoignages; pour finaliser des projets tous ensemble, en réfléchissant aux enjeux, en prenant en compte l’avis de chacun; pour s’astreindre à rédiger les bilans exigés par chaque financeur; pour organiser des vacances dignes de ce nom…. Nous avons mis en place des temps de réunion plus fréquents pour tenter de répondre à la complexité de ce nouveau contexte. Car pour construire des actions qui répondent aux besoins réels, et qui deviennent transformatrices, les temps consacrés à la discussion sont essentiels, déterminants. Nous avons besoin de la capacité de chacun à comprendre, analyser, proposer. Nous avons pris également le temps de téléphoner à chacun et à chacune. Nous avons partagé ainsi des moments d’intense intimité, à parler de nos conceptions de l’existence, de ce qui avait du prix à nos yeux, et de ce qui était ressenti comme une difficulté… Des échanges en vérité qui renforcent les relations. Très paradoxalement, malgré la conscience d’avoir à traverser un moment difficile, inédit et plein d’incertitudes, les premiers jours ont été vécus comme un souffle un peu nouveau. Nous avions le sentiment, en acceptant de bonne grâce cette lourde réduction de nos libertés, cette limitation volontaire de nos déplacements et de nos relations, de participer à cet effort collectif pour vaincre cette maladie inconnue. Nous trouvions notre place dans cette épreuve qui nous concernait tous. Nous étions comme tous les autres. La question des lieux de prières fermés à tous concernaient les citoyens de toutes les confessions. Il n’y avait plus ce discours sur les musulmans qui, par leur pratique, semblaient pour certains, contrevenir aux valeurs de la République. Nous devenions un peu égaux.

Bertrand: « Guerre », « confinement », « Gestes barrières » et « mesures de distanciation sociale »… Autant, à titre personnel, le confinement m’a permis de vivre un temps unique de repli familial tourné vers des choses plus essentielles, avec un rythme de vie beaucoup moins épuisant. Autant en ce qui concerne mon engagement à Terrain d’Entente, au fil des jours, je m’épuisais à ne rien faire et trouvais de plus en plus difficile le fait de ne plus faire vivre les projets de l’association, les actions qui faisaient mon engagement. Les termes utilisés par notre système gouvernant pour justifier la gestion de la crise, étaient aux antipodes de ce que peut / veut proposer l’association : • « Confinement » alors que nous faisons le choix d’être dehors de manière inconditionnelle. • « gestes barrières » et « Mesures de distanciation sociale » alors que l’association lutte depuis 9 ans pour casser ces barrières et processus de distanciation déjà existant et enclavant socialement les habitant-e-s des quartiers. • « Guerre » alors que nous appliquons des principes de non-violence et sommes convaincus que la guerre ou l’affrontement visant la destruction ne sont en rien précurseurs de paix ou retour au calme. Ceci, cumulé aux nouvelles lois en vigueur interdisant ou limitant drastiquement nos déplacements sur l’espace public, la mise en place de nos actions devenait impossible. Cependant, les difficultés sociales que vivent des personnes fréquentant l’association étaient toujours d’actualité et le manque de services proposés sur le quartier devenait inquiétant. Ainsi, les premières semaines, nous avons essayé de concevoir nos missions à distance par le biais d’appels et conférences téléphoniques. C’était loin d’être suffisant, on captait les difficultés rencontrées par chacun mais restions impuissants à pouvoir y apporter des réponses collectives. Seules les projections sur des périodes futures soulageaient mon implication au sein de l’association : organisation de l’été et de l’année prochaine. On pouvait alors imaginer des jours plus libres. Finalement, juillet et août seront bien plus compliqués à projeter puisque à priori les voyages à l’étranger seront annulés. Il faudra revoir nos prévisions de fréquentation à la hausse, sans être sûr d’avoir des moyens supplémentaires…

Claire: Les trois premières semaines du confinement, la commission vacances a continué de se réunir. Nous avons eu trois réunions téléphoniques, grâce à Ramzi qui organisait ce temps : Bertrand, Ramzi, Fatiha, Stéphanie et Claire. Nous avons bien travaillé durant ces réunions, prévisions des séjours, du nombre de personnes, établissement des budgets : locations, transports, loisirs, nourriture… bref, tout comme l’an dernier, sauf que nous n’étions pas dans la même pièce mais chacun chez soi !ça nous faisait du bien de se retrouver au téléphone, et aussi de mettre en forme des projets pour l’été 2020, même si nous n’étions pas du tout certains que tous seraient possible avec ce satané virus. Une grande occupation a été aussi de chercher des idées de sites où l’on trouvait des activités pour les enfants qui puissent être réalisées avec ce que l’on a à la maison, des sites d’activités sportives à la maison pour les adultes, les enfants.

Au cours de nos longs entretiens téléphoniques, nous avons entendu aussi d’autres témoignages. Plusieurs de ces pères et de ces mères allaient devoir poursuivre leur travail: vider nos poubelles, remplir les rayons des super marchés, assurer le ménage et la désinfection des locaux, se rendre auprès de nos aînés pour en prendre soin. Les « premiers de corvée » n’ont pas eu de répit, bien au contraire. Les annonces en boucle des morts qui augmentaient, des hôpitaux saturés, des malades qui ne pouvaient pas tous être accueillis en réanimation, ont eu raison de notre premier élan de bonne volonté.

Amel: « Les deux premiers jours de confinement ont été très difficiles. J’étais malade, j’avais besoin de me reposer. Les enfants n’avaient pas l’habitude de rester enfermés à la maison. Quand ils voulaient sortir je leur disais « si vous sortez, vous allez m’apporter la mort! ». J’ai eu mal de les retenir, surtout les adolescents pour lesquels c’était le plus difficile. Les deux plus grands avaient envie de faire des jeux sur la play en même temps, ils étaient beaucoup en conflit. Peu à peu, on a trouvé un mode d’organisation. Dans notre appartement, nous n’avons pas de balcon. Il y a une petite cour pour tous les habitants de l’immeuble, mais nos enfants n’y allaient pas. Ils ont passé un mois, sans voir le soleil! Puis leur père les a sortis un par un, pour qu’ils prennent un peu l’air. Le sport à la maison, c’était difficile, on avait peur de déranger les voisins. Durant deux mois, je n’ai pas vu mes voisins. J’ai fini par leur envoyer un mail pour prendre de leur nouvelle. Les réseaux sociaux m’ont aidée. Il y a plein de choses à partager. J’ai apprécié tous les liens que j’ai eu avec les autres grâce à face book, « whatsapp » , le partage de vidéo avec les femmes de terrain d’entente. On se passait le « bonjour » avec l’association « vélo en quartier ». J’ai beaucoup écouté les informations pour savoir ce qu’il se passait dans le monde. Entendre que peu à peu, il y avait moins de morts, ça m’a rassurée. Je ne me suis pas sentie en difficulté pour aider mes enfants dans leurs devoirs, mais il y en avait trop, avec des limites de temps imposées pour réaliser certains exercices. On me demandait de chronométrer ma fille qui est en CE1!. On n’arrivait pas à tenir les temps. J’étais inquiète. Ca remplissait toute la journée, j’étais pas préparé à faire tout ça. Et j’avais autre chose à faire: le ménage, la préparation des repas pour 6 personnes. Je me suis organisée. J’imprimais tout le travail scolaire le matin. Mais nous nous sommes retrouvés en panne de cartouche. Mon mari a parcouru toute la ville, dans plusieurs grandes surfaces, il est allé jusqu’à Andrézieux et finalement il a trouvé la dernière cartouche, mais elle était en couleur, ce qui nous a coûté plus de 40 euros!. Il l’a achetée, on n’avait pas le choix. Le matin je faisais le travail de la maison pour toute la famille, et l’après midi , le travail de l’école qui nous prenait 6 heures par jours. C’était très dur de devoir sortir avec un virus qui circule. Les rares fois que je suis sortie, c’était très calme. Il y avait très peu de personnes dehors. L’air était lourd. Je sentais que beaucoup de morts circulaient. J’arrivais pas à marcher. Je suis sortie avec un masque, des gants, j’avais peur de toucher quoi que ce soit. Je ne savais pas vraiment comment ce virus se transmettait. J’avais trop de questions sans réponse. J’avais peur d’ouvrir les fenêtres avec le virus qui circulait, c’était étouffant. Mon mari sortait une fois par jour. L’enfermement était très dur pour lui. Au début il s’est occupé de faire des réparations dans l’appartement. Il aime beaucoup bricoler, mais on n’a pas de place pour ça. Tous les examens que je devais passer pour mes problèmes de santé ont été annulés. J’ai été rappelée au bout de plusieurs semaines. Mais certains examens n’ont pas pu être encore réalisés, il faut attendre encore, après le déconfinement. Je n’ai toujours pas eu de rendez vous. Ce qui m’aurait aidé, c’est d’avoir une maison avec un jardin pour que les enfants puissent profiter de l’extérieur. Le confinement nous a donné le temps de réfléchir. A tout ce à quoi on tenait, de ce qu’on avait « avant ». Notre liberté de sortir. On n’en tenait pas compte avant: le plaisir de partager le trajet de l’école avec les enfants, de voir les gens….Tout ça nous a manqué. Le confinement m’a donné le temps de réfléchir sur ce qu’il y a de mieux à faire. Nos réunions au café des femmes, c’étaient des moments ensemble. Des moments de partage, d’échanges pour savoir ce qu’il se passe. Il faut changer notre vie après le confinement. Je voudrais faire beaucoup de sport pour prendre soin de ma santé. Je voudrais avoir la liberté de sortir pour faire des choses pour moi même et pour les autres. Pour aider. Donner de mon mieux. Laisser de bonnes traces. Est-ce que j’ai fait du mal? Est-ce que j’ai demandé pardon? Est-ce que j’ai fait du bien? Quel est le sens de ma vie? On réfléchit pour mieux donner. Le virus est venu comme ça, il attrape des innocents qui n’ont rien fait. On réfléchit chaque jour à la mort, on se dit qu’on va mourir dans son lit. Mais mourir comme ça c’est trop difficile. Chaque jour je priais pour ne pas mourir dans le corona. J’ai vu comment ils traitaient les morts avec du désinfectant. Ils les mettaient ensuite dans un sac en plastique. Pas de famille pour entourer le défunt. Pas d’amis. C’était l’armée qui s’occupait d’emporter les corps et qui circulait la nuit. Personne ne savait qui était dans les camions. Si c’était mon père, je ne sais pas dans quel camion il est! C’est comme s’ils jetaient les morts. Les morts, ils ne méritent pas ça! Dans ma religion, il faut les traiter au mieux, les honorer. Aujourd’hui, c’est le déconfinement et je ne me sens pas libre. L’état nous dit « vous allez sortir 3 semaines en test » Qu’est ce que ça veut dire « en test »? C’est pas normal de faire prendre des risques aux gens! Le virus il est toujours là! C’est pas logique de « tester » les gens! Allez, sortez! Tout le monde va dehors! Et le virus, il est où? Est ce qu’il y a des médicaments? Est ce que c’est sûr que toute la France est désinfectée? Tester les gens? Ils attrapent le virus et ils meurent. Certains n’ont plus de symptômes. Qui peut savoir que telle personne est porteuse du virus? On ne doit plus s’embrasser, plus se serrer la main. On sait que les chinois ne se serrent pas la main. Mais le virus il vient de là! Au début, ils disaient que les enfants sont porteurs du virus. C’est pour ça qu’ils ont arrêté l’école. Mais aujourd’hui ils ouvrent les écoles. Moi, je suis une personne malade. C’est sur qu’ils vont se toucher les enfants! Un porteur de virus touche une table, et c’est bon! Le virus vit 3 heures sur un meuble. Le masque est une protection. Le lendemain ils disent que non! C’est juste les personnes malades qui doivent se protéger d’un masque. Je ne comprends pas: le masque, c’est une protection pour moi ou pour les autres? Est ce que le masque suffit? Ils disent: « il faut porter des gants ». Quand je suis allée à l’hôpital pour faire soigner mon fils qui s’était blessé, les soignants m’ont interpellée en m’expliquant que les gants c’étaient des conducteurs du virus! Il fallait prendre du gel. mais il y avait des ruptures de stock! J’ai donc touché des portes, sans pouvoir me nettoyer avec du gel, et je suis rentrée chez moi le virus à la main! J’ai finalement pu acheter du gel en pharmacie qui coûtait 4 fois plus cher! Les gens de la STAS, les soignants, ils ont une protection transparente sur le visage. Pourquoi eux et pas nous? Pourquoi l’Etat n’a rien fait? Les masques qui sont distribués dans la rue ne sont pas protégés d’une enveloppe en plastique, et les gens mettent ces masques exposés à l’air libre, directement, sur leur visage! Est ce que c’est vraiment une protection? J’ai peur.

Nous avons été également témoin d’un drame. Une grand mère que nous connaissions tous et qui nous a quittés, suite à un arrêt cardiaque. Les règles du confinement ont interdit toute manifestation d’empathie pour sa famille, aucune visite, aucune présence n’ont été possible. Un enterrement provisoire a été assuré, sans savoir à quel moment cette dame pourra retrouver sa place parmi les siens en Algérie. Un deuil qui n’a pas pu se faire. L’une de ses filles en a subit un très lourd préjudice. Le souffle s’est transformé en sentiment d’oppression, la peur s’est installée dans de nombreux foyers. Sortir de chez soi devenait un vrai supplice. Alors nous avons continué à faire ce qui nous mobilise depuis toujours: rester « présent », accorder beaucoup d’attention à ce qui se manifeste, pour tenter d’y apporter des réponses.

Aïda : Durant cette période de confinement j’ai été en contact avec les pré-ados via les réseaux sociaux, nous avons créer un groupe afin de pouvoir partager des informations aux jeunes ou bien parler tous ensemble des difficultés qu’ils pouvaient rencontrer pendant le confinement. Il y a eu pour eux deux gros problèmes : le premier est le fait de ne pas pouvoir sortir. Eux qui étaient très souvent dehors ont mal vécu le fait d’être « enfermé » (Cilia : « chui comme une folle chez moi en plus il fait beau sa mère dehors »). Le deuxième problème: l’école à la maison, suivre les cours à distance, les multiples devoirs donnés par les professeurs à rendre rapidement même pendant les vacances! et les difficultés qu’ils ont rencontrées pour les faire (Asma : « J’en ai marre, je te jure je suis fatiguée, j’ai fait beaucoup de travail en plus taleur j’ai eu cours, en plus j’ai fait des exercices, j’ai trop fait pour aujourd’hui! ») (Mehdi : « c’est trop les devoirs même pendant les vacances ils nous en donnent plein ») . Grâce à ce contact que nous avons gardé via les réseaux, certains jeunes ont demandé de l’aide pour pouvoir faire leurs devoirs que nous avons tenté à distance, nous avons pu tous ensemble faire des jeux pour se divertir et pendant un moment oublier la situation dans laquelle nous étions.

Marion : Au fur et à mesure que les semaines passaient je tenais à proposer aux familles des activités pour les jeunes enfants. Ayant une connaissance plus particulière des tout-petits je me suis lancée dans une chasse aux activités. J’ai alors recueilli un grand nombre d’activités, que je mettais « en forme » pour qu’elles soient simples à réaliser. L’équipe transmettait ensuite ces activités aux familles. J’ai eu quelques retours « Il en faudrait pour les plus grands » «C’est génial je peux faire des activités avec mon enfant je n’en fais jamais, il est petit ». Ces remarques intelligentes m’ont poussé à élargir mon éventail de propositions ! Plus tard, avec les écoles qui donnaient toujours plus de devoirs, les activités que j’envoyais n’avaient plus trop de sens, à part surcharger les familles encore plus dans leur culpabilité de ne pas trouver le temps pour faire des activités. Du coup mes recherches ont été réalisées pour pouvoir porter des activités simples pendant les « terrains » !

Fyala: « Le 16 mars la France est confinée, les enfants doivent rester à la maison mais restent en contact avec l’école grâce à Internet pour suivre le contenu des leçons et devoirs. Chaque jour, les devoirs tombent comme de la grêle! Chaque enseignant exige des élèves ( mes enfants : PS-CM1-6eme- seconde, terminale) un travail fait et rendu pour chaque matière. Les deux grands travaillent seuls dans leur chambre. Ce n’est qu’après quelques jours que je me rends compte que je ne vois presque plus ma fille, qui est en terminale, sortir de sa chambre. Je lui pose la question, elle me répond quelle est débordée, le travail demandé est plus lourd que d’habitude, et qu’elle doit toujours être à jour dans son travail et présente quand il y a classe virtuelle. Pour les deux plus jeunes je m’ appuye sur mon mari . Il est chargé de télécharger leur travail scolaire. L’imprimante n’arrête pas: elle imprime les leçons et les exercices chaque jour et pour tous les enfants! Au bout de quelques jours l’imprimante n’a plus d’encre. Nous ne trouvons plus de cartouche sur le marché, il faudra attendre une semaine pour en trouver à nouveau. A la maison les enfants se bagarrent entre eux pour avoir le PC ou l’ordinateur pour le travail de l’école mais aussi pour tuer le temps en regardant des séries , des films ou jouer. L’ordinateur ne supporte pas, il surchauffe et s’arrête. Les jours passent, ils se ressemblent , enfermés entre quatre murs les enfants se lèvent tard ils dorment jusqu’à midi mangent et font leurs travail en traînant les pied , le soir tombé je remarque qu’ils ne dorment plus au heures habituelles. Ils veillent jusqu’à l’aube. Je n’arrive pas à coucher la plus petite avant minuit. Le matin je trouve la cuisine en désordre se sont les enfants qui se mettent à cuisiner à trois heures du matin quand ils ont un petit creux ou pour se faire plaisir . De mon côté j’essaye du mieux que je peux de suivre la scolarité de mes enfants qui sont en CM1 et 6eme. Je trouve que c’est dur, ça me stresse et me fatigue. La maîtresse de mon fils a mis peu à peu en place une classe virtuelle une fois par semaine. Je compte sur ma fille pour mettre le code de la réunion sur l’ordinateur tandis que moi je me transforme en policier pour faire régner l’ordre lors de la conversation : interdit de déranger, de parler et surtout ne pas se bagarrer! C’était vraiment un moment de tension chez nous pendant une heure . Pour le travail de ma fille qui est en petite section de maternelle, j’ai baissé les bras. Bien sûr je travaillais avec elle mais à ma façon. Son maître m’a téléphoné pour m’encourager à suivre le travail numérique. Alors j’ai fais de mon mieux je l’ai inscrit a « educartable » et depuis nous travaillons ensemble. Aujourd’hui le confinement est terminé les enfants vont reprendre le chemin de l’école. J’espère que tout ira pour le mieux pour eux, pour moi et pour le monde entier. AMEN. »

Ramzi : Il était évident que le télétravail pour lutter contre l’exclusion et la misère des uns et des autres allait être un coup « d’épée dans l’eau ». C’est pourquoi en discutant en équipe et avec les familles, nous avons pu identifier diverses besoins pour lesquels les jeunes pouvaient contribuer en donnant un coup de main en ces temps difficiles. Ainsi après sondage auprès des jeunes via les réseaux sociaux, je leur ai proposé d’aider des personnes vulnérables et plus particulièrement sur la tache des courses alimentaires pour éviter aux plus fragiles de se mettre en danger. De manière très spontanée la stricte majorité m’ont répondu : «Ramzi on est chaud ( partant) ». Adem ajouta « mais on va pas faire ça gratuit ». D’autres étaient un peu plus direct Mehdi :« je gagne quoi moi je suis pas un pigeon» Certains étaient sur d’autres réflexion du type « c’est sûr ces gens font zerhma (exprès) d’être dans la merde, ils ont pas besoin nous ». Ou plus simplement Fares « je veux bien aider si tu me fais un tour de vago (voiture )». Après discussion j’ai donc invité les uns et les autres à tenter l’expérience dans la mesure où ils avaient plus de temps que d’habitude en cette absence d’Ecole. Face à cette sollicitation la stricte unanimité des jeunes que j’avais contactés étaient près à être solidaires. Dès lors il nous fallait juste trouver les modalités d’organisation collective afin de créer une sorte de communauté d’entraide. Le leitmotiv était « frère y a rien à faire faut bien servir à quelque chose ». Malek D’autant plus que dès la première semaine et l’entrée en vigueur rapide de l’interdiction de tout déplacement non justifié, plusieurs jeunes du quartier avaient déjà subit des amendes de 135€ pour non respect du confinement car ils étaient dehors seulement au quartier. A ce moment-là avec les jeunes, nous étions d’abord beaucoup en contact via les réseaux sociaux. Je leur envoyais régulièrement des petites vidéos de sport à faire chez soi, des clips de musique véhiculant des messages éducatifs ou simplement marrants. Certains se plaignaient en effet des amendes. Malek me dit « les keufs s’ils auraient notre âge c’est sûr ils auraient pris des amendes comme nous » Adem lui répondait : « frère de toute façon on les paiera jamais ». Un autre jeune a profité du confinement pour construire avec des potes un projet musique. Il s’est donc mis à faire lui-même du rap. Younes m’envoyait ces petit extraits en me disant « regarde ma musique est mieux que tout le monde mais je suis pas connu». Une phrase de résilience! Cela me faisait penser à cette urgence de valoriser ces jeunes et en même temps de les encourager à persévérer dans leurs efforts. Nous avons donc demandé à ces jeunes de nous aider à aider les autres afin qu’on puisse nous mêmes les aider en retour durant les vacances d’été. Bon nombre d’entre eux ne vont en effet pas pouvoir sortir du quartier. Cette entre aide a donc commencé dès la deuxième semaine du confinement et perdure encore à l’heure actuelle. Concrètement et dans le respect des normes sanitaires ( masque, gel hydro alcoolique, distanciation sociale, attestation de déplacement), deux fois par semaine, je prenais avec moi un à deux jeunes pour faire les courses à des personnes très vulnérables que nous avions identifiées en amont ( assez âgées ou malades voir sans moyen de locomotions) sur le quartier de Tarentaize. Avec les familles je préparais une liste de course et je la partageais entre jeunes qui étaient en autonomie, même s’ils pouvaient compter sur moi en cas de difficulté. Grâce à ces petites expériences j’ai pu voir à quels points ces jeunes étaient compétents et qu’ils pouvaient réellement aider. Youcef savait où était placés la plus part des produits en grande surface, chose que seul j’aurais mit 4 fois plus de temps à trouver. Il me disait même : « t’inquiète quand il faut être op je suis op ( opérationnels) ». Ichem qui était réticent au départ à l’idée d’aider « gratuitement » m’a fait cette remarque dès sa première intervention « Ramzi c’est pas normal dans cette vie on laisse des grands mères porter des bouteilles de gaz toutes seules ». Dans ce cadre au service de l’intérêt général, les familles étaient ravies de laisser sortir leurs adolescents qui en avaient cruellement besoin. C’est ainsi à travers ces petites solidarités que plusieurs adolescents ont pu trouver une place certes ponctuelle, mais qui avait du sens pour eux. En retour les personnes vulnérables ont pu ouvrir leurs portes à ces jeunes avec une confiance qui augmentait au fil du temps. J’ai encore cette image de cette dame qui donne de l’argent liquide à un jeune qu’elle ne connaît pas. Cela est à mon sens porteur pour l’avenir.

Notre volonté tout au long de ces semaines, a été « d’ouvrir des fenêtres », tenter de sortir du malaise de plus en plus envahissant. Les « vacances de printemps » approchaient, on venait d’apprendre que le confinement se prolongeait jusqu’au 11 Mai! Une perspective très inquiétante pour les enfants, beaucoup ne sortaient plus de leur appartement. Comment allaient-ils supporter cet enfermement dans la durée? Nous avons alors décidé de proposer des distributions de jeux, livres, coloriages pour apporter un peu de nouveau dans ce quotidien où les repères dans le temps devenaient plus diffus. Notre premier rendez vous au coeur du quartier a nécessité une semaine d’organisation! Dans cette fameuse »Attestation de Déplacement Dérogatoire », personne n’avait envisagé que les enfants pourraient avoir d’autres besoins que de manger, dormir et faire leurs devoirs. Nos échanges téléphoniques avec des agents de la Mairie, du Commissariat, et de la Préfecture, ont permis de faire reconnaître cette initiative comme nécessaire.

Bertrand: Las de ne pouvoir rien faire, nous avons adapté notre position à cette période, en passant du « faire avec » au « faire pour ». En effet, après avoir identifié des besoins prioritaires, nous avons imaginé quelques actions qui pourraient y répondre et nous permettre d’être présents sur le quartier : • accompagner certaines personnes dans l’incapacité d’effectuer leurs achats de premières nécessité • organiser des temps de distribution et d’échange quasi hebdomadaire de jeux de société, livres, puzzles, coloriages, attestation de sortie et matériel scolaire,… • transmis 22 ordinateurs sur le quartier à des familles dont les enfants n’arrivaient plus à suivre le travail demandé par leurs établissements scolaires. Je fus agréablement surpris par l’implication de nombreuses personnes et organisations qui ont accompagné de manière sincère et désintéressée nos différentes actions : • les brigades de solidarité de Saint-Etienne pour les récoltes de dons et la mise à disposition de militants qui nous accompagnaient à préparer et mener les distributions; • la fondation Abbé Pierre pour les fonds exceptionnels attribués à l’achat d’ordinateurs, de jeux de société et aide vitale; •une partie du personnel de la médiathèque pour avoir transmis des livres de très bonne qualité, en quantité; •la présidente de l’amicale Laïque de Beaubrun qui a effectué près de 3 000 copies; •ENVIE pour leur réactivité sur cette période de vie pourtant au ralenti, qui nous ont mis à disposition les ordinateurs.

Claire: La recherche de masques a mis à contribution des gens qui ne se connaissaient pas, certains ne connaissaient pas Terrain d’Entente et cela nous a donné l’occasion de nous présenter ! La solidarité a joué à fond, ceux qui ne pouvaient pas en faire car n’avaient plus de tissu, ou d’élastiques, nous donnaient un autre contact. Avant le 11 mai, nous avions 170 masques, donnés par : Philippe Léonard (110) le collectif Masquesaintetienne (50), et des couturières voisines qui ont trouvé tout naturel de donner de leur temps et de leur talent pour en confectionner aussi : UN GRAND MERCI à tous !!

Marion : La distribution commence avant tout par une réflexion, une installation, une organisation. J’ai pu aider à installer plus précisément trier encore et encore, les jeux, les livres dans une cohérence d’équipe jamais au complet pendant ces temps-là. Pour la dernière distribution toute l’équipe était présente et nous avons pu apporter du sourire sur des visages, des rires d’enfants, des discussions, des retrouvailles ! Je suis contente d’avoir participé à ce renouveau du quartier Tarentaise ! Malgré le fait que mon visage ne soit pas très connu, les gens me parlaient, me demandaient des conseils, me souriaient ! Je voyais comme une libération dans les visages, une libération de pouvoir sortir chercher des jeux, croiser les voisins !

Martin: Je n’ai participé qu’à la dernière distribution donc je ne peux pas m’exprimer sur celles d’avant. J’ai quand même ressenti une grande joie qui cachait une grande peur, il y avait la joie de se retrouver, de revoir ses amies, de pouvoir échanger des nouvelles mais il n’y avait qu’un seul sujet de discussion “Le confinement” et toutes les douleurs qui en ont découlé. Certaines des familles ont été “démolies” mais ces distributions ont peut être été le début d’une longue rémission qui soignera les cicatrices de cette crise.

Sur les trois temps de distributions réalisés, nous avons senti une belle évolution. Les rares enfants qui nous ont rejoins la première fois sont arrivés avec des manteaux d’hiver! Ils n’avaient pas remarqué qu’on avait changé de saison! Ils ne manifestaient que peu d’enthousiasme face à nos propositions. Cet appétit de vivre, tous ces élans qui les caractérisent s’étaient peut être un peu émoussés? Par contre les pères étaient beaucoup plus présents que durant nos rendez vous habituels. Ils sortaient pour laisser leur famille à l’abri! La deuxième semaine, nous avons retrouvé des mères, et des enfants plus demandeurs! Plusieurs avaient rapporté des jeux à échanger avec d’autres. Ils savaient que ce partage permettrait de vivre des journées plus lumineuses. Des dons ont ainsi circulé entre nous. Notre dernière rencontre nous situait déjà dans « l’après confinement ». Nous étions tous plus détendus. Plusieurs familles se sont un peu attardées pour discuter entre elles, et pour rire aussi!. Certaines ne s’étaient jamais croisées dans le quartier depuis toutes ces semaines.

Bertrand: Bien que ces actions aient été très bien vécues par tout le monde, j’étais mal à l’aise dans ce rapport de faire pour et ce manque de concertation avec la communauté que forme habituellement l’association. J’ai hâte de retrouver nos relations antérieures et ces rapports collectifs et démocratiques entrepris depuis toutes ces années.

Ramzi : Concernant les ordinateurs cela s’est fait à travers les nombreux appels téléphoniques. Mon coup fil se résumait à un simple « comment ça va en ce moment? ». Le plus frappant chez ces familles c’est qu’elles ne demandaient rien à personne et, malgré leurs précarités, elles étaient toujours prêtes à donner un coup de main. Zahia une maman de 5 enfants aidait une femme âgée et très malade depuis plus de 2 ans. Je lui ai donc proposé de l’épauler en ajoutant : « prends soin de toi » et là elle ma répondu « oui mais dieu compte le khir ( bien ) qu’on fait au autres pas à nous mêmes ». Pour d’autres comme Karima qui m’expliquait « smehli ( désolée) j’étais pas joignable car mes enfants font leurs devoir sur mon téléphone ». Safia:« ma formation pôle emploi d’habitude je la fais sur l’ordinateur là-bas maintenant je peux pas parce que ça marche pas sur le téléphone ». Ou encore Yakoub un lycéen en filière scientifique qui me dit « c’est chaud de faire mes devoirs vu que tout le monde chez moi utilise l’ordi ». Cela était valable pour l’ensemble des familles nombreuses qu’on connaissait. Collectivement, nous avons pu trouver des solutions. Yakoub me demanda s’il était possible d’imprimer des feuilles pour pouvoir réaliser son travail. Et des partenaires sur le quartier nous ont permis cela. Yakoub a pu récupérer l’ensemble de ses impressions et celles de ses potes. « Ahchum (c’est rien), c’est normal » Dans cette dynamique solidaire un autre jeune qui m’avait accompagné pour les courses a appris que la fondation Abbé Pierre allait nous permettre de financer des ordinateurs. « non, saha ( merci) Ramzi, propose aux autres, ils ont plus besoin pour moi c’est fini pour moi l’école de toute façon. ». Face à cette difficulté qu’a présenté le confinement pour l’ensemble de la population, ces quelques jeunes ont pu faire preuve de résilience au service de tous.

Bertrand: Durant mes interventions sur le quartier, j’ai perçu une évolution des visages d’enfants qui sur la fin du premier mois m’apparaissaient vidés et inertes, alors qu’au fil du deuxième mois et surtout après le début du ramadan ceux-ci me semblaient reprendre vie. Cela correspondait avec une pratique du confinement moins tendue, perceptible par le nombre de personnes dans l’espace public de plus en plus conséquent. Ce qui rassure sur les aptitudes à sortir d’une telle expérience, mais nourrit mon inquiétude profonde concernant les impacts de ces méthodes inadaptées à nos besoins sociaux pour celles et ceux qui ne sortent pas encore ou très peu. Quels seront demain les réactions des enfants d’aujourd’hui suite à cette expérience ? N’est-ce pas plus dangereux que les risques de contracter le COVID-19 ? De plus, le dé confinement est loin d’être ce que j’imaginais et notre retour « à la normale » est loin d’être clair pour notre association. L’évidence est que Terrain d’Entente doit continuer d’être présent malgré les mesures sanitaires, mais comment allons-nous pouvoir effectuer des gestes de protection? Comment être « collectivement responsable » à 1 mètre de distance ? Avec un masque et à moins de dix regroupés au même endroit ? Nous devons revoir notre organisation afin d’adapter nos problématiques sociales à la protection sanitaire des personnes les plus vulnérables. Et pour le coup, il ne faudra pas faire pour, mais bien refaire avec.

Les prix des produits de première nécessité ont doublé tout au long de cette période. Les familles ont du s’affronter à une nouvelle difficulté. Le manque d’argent pour subvenir aux besoins élémentaires. Dans ce territoire, comme dans bien d’autres, le quotidien est devenu difficilement supportable. Les discours des représentants de l’état se sont contredits à plusieurs reprises. Toutes les contraintes subies ont mis à mal l’équilibre de vie familial. Un sacrifice qui a coûté trop cher. Les discours présidentiels et de ses représentants ont perdu toute crédibilité. Dans ce contexte d’urgence sanitaire, il nous faut réinventer d’autres façon de faire et de se retrouver collectivement. Nous souhaitons maintenir ce qui fait sens pour nous dans l’acte d’éduquer: la co construction collective de notre environnement, de la vie du groupe. Et créer ensemble un espace sécurisant où les interactions sont possibles, où il est possible de vivre du collectif. Tout ceci ne peut se réaliser que dans la relation, le dialogue, et les ajustements permanents. Nous devons être des personnes ressources et organiser un espace où les enfants puissent s’échapper, rire, et être en sécurité. Nous ne voulons pas oublier les besoins et les droits des enfants. Le droit de jouer, de parler entre eux, d’exprimer leurs émotions, de manipuler des objets. Leur bien être psychique est aujourd’hui, notre principale préoccupation. Notre responsabilité d’adultes est de rendre la situation la moins anxiogène possible. Les protocoles sanitaires sont drastiques, ils nous semblent incompatibles avec le bien- être des enfants. Il nous faut prendre ce risque d’être présents avec eux, sur le terrain. Etre vigilants avec eux. Nous nous devons d’accompagner la dynamique de groupe dans le sens de la protection de tous. Nous souhaitons donc donner aux enfants les moyens d’apprendre des réflexes de protection et de bienveillance sanitaire vis à vis de soi même et des autres, qu’ils puissent s’approprier en dehors de notre présence. Plutôt que d’imposer des « gestes barrières », nous souhaitons leur transmettre des attitudes de précautions respectueuses des personnes les plus vulnérables. Les enfants doivent comprendre leur responsabilité dans la possibilité de transmission du virus. Plutôt que d’inspirer de la peur et de la culpabilité, nous souhaitons nous engager ensemble dans l’apprentissage de « prendre soin les uns des autres ». Les enfants doivent pouvoir reprendre prise sur un réel qu’on ne leur a pas suffisamment expliqué, et mettre des mots sur cette période de confinement qu’ils ont subi. On ne sait pas à ce jour ce qu’ils ont compris du virus et de cette obligation au confinement prolongé. Il est indispensable de parler, d’écouter et de partager notre position: notre prise en compte de leur besoin de jouer avec les autres, d’être dehors, notre envie de construire avec eux des temps de rencontre et s’interroger sur ce qu’il est possible de faire et de ne pas faire. Sur l’espace Jean Ferrat, qui est un espace public, ouvert à tous, nous avons organisé un conseil des enfants pour se poser ensemble certaines questions déterminantes: Comment on peut se dire bonjour? Rechercher des activités où on ne se touche pas. Comment s’organiser pour éviter de se retrouver à plus de 8, 10, sur le même périmètre? Comment éviter que tout le quartier soit malade? Nous en avons également discuté avec l’ensemble des familles. Ce temps a été également l’occasion de partager nos analyses avec ceux avec lesquels nous avions engagés des chantiers et d’envisager « l’après ».

La communauté éducative:

Des militants de la pédagogie Freinet, des acteurs de l’éducation populaire, ont organisé différents échanges sous forme de conférence téléphonique. Nous avons pu mettre en évidence que le projet affiché de la « continuité pédagogique » dans cette période de confinement mettait en difficulté trop de familles et d’enseignants. L’école s’est retrouvée isolée, à devoir construire quelque chose d’impossible. Alors que la « continuité éducative » aurait permis d’engager de nombreuses institutions. L’absence de coordination entre les différents secteurs de l’éducation, leur cloisonnement ont paralysé les initiatives. Les tentatives pour briser cet isolement sont restées marginales, alors qu’il était indispensable d’inventer des modes de « présence » auprès de ceux pour lesquels la situation est devenue rapidement anxiogène. Les injonctions institutionnelles ont concerné seulement l’école, laissant une fois de plus à penser qu’on n’apprend que dans ce lieu… Certaines mères de familles consacraient plus de 6 heures par jour aux devoirs. D’autres ne pouvaient matériellement pas faire travailler les enfants. Les enseignants avaient le sentiment de faire intrusion dans les familles et d’imposer une manière de faire, irrespectueuse du cadre de vie familial. Les incompréhensions se sont multipliées. La connaissance et le lien avec les familles par les différents acteurs de chaque territoire, aurait pu donner des indicateurs pour apporter un soutien adapté à tous ceux que cet enfermement dans le temps long oppressait.

Nos différentes places – enseignants ICEM, professionnels de collectivité, et militants de la pédagogie sociale- nous ont permis de comprendre certains besoins. Des actions de solidarité se sont organisées sur le terrain, en réponse aux problèmes matériels. Mais elles sont restées très marginales au sein d’une école, d’une association.

Tous ces constats confirment le caractère indispensable de la mise en place de centres de communauté éducative pour assurer la continuité éducative, notamment en direction des familles les plus impactées par la précarité. Nous engager pour faire alliance et trouver nos complémentarités dans une même conception de l’apprentissage. Tous les espaces de vie de l’enfant peuvent contribuer à construire des espaces d’apprentissage, de coopération, de mutualisation et d’entraide. Des espaces qui dynamisent chacun, enrichissent le collectif et construisent des savoirs susceptibles de nous permettre à tous de percevoir, qu’en dépit de nos différences, nous sommes tous appelés à participer à la construction du commun. Il nous faut donner à tous un environnement culturel de qualité, des situations plus riches et stimulantes. Nous souhaitons prévoir pour la rentrée de septembre l’ouverture d’un chantier pour construire les modalités d’un travail collectif avec les différents acteurs du champs éducatif.

Projet d’une alimentation de qualité accessible à tous.

Une rencontre entre des membres de la Fourmilière et des adhérentes de Terrain d’Entente avait mis en évidence une préoccupation et une volonté partagées pour favoriser une alimentation de qualité pour tous, qui contribue à la préservation de l’environnement. Malgré tout, depuis l’ouverture de ce magasin coopératif, et différentes tentatives pour organiser la découverte de cet espace, aucune habitante n’est devenue coopératrice. La situation très précaire de ces familles est l’explication essentielle de leur absence de participation concrète. La dynamique que Terrain d’Entente a initié depuis 9 ans permet d’affirmer qu’il est indispensable d’aller à la rencontre des gens, d’être présents sur les territoires pour rendre possible des actions transformatrices. La précarité est un vécu si contraignant que la tendance pour toute personne qui là subit est de renoncer à des besoins fondamentaux comme l’alimentation de qualité, l’accès à la santé, à la culture… Le projet VRAC (Vers un Réseau d’Achat en Commun) est présent dans différentes régions du territoire, il favorise le développement de groupements d’achats de produits de qualité dans les quartiers prioritaires de la Politique de la Ville. Il permet l’implication des adhérent.e.s dans le fonctionnement. L’objectif est de créer des rencontres qui produisent du plaisir partagé et non de l’anxiété autour des questions d’alimentation, de santé et d’environnement. Plusieurs acteurs impliqués dans d’autres collectifs sont partie prenante pour rendre possible ce projet qui pourrait se développer dans différents quartiers de la ville. Cette démarche ne deviendra réellement soutenable que si nous posons d’emblée la question financière pour les ménages et la rétribution juste des agriculteurs. L’alimentation de qualité, la préservation de l’environnement, la reconnaissance des travailleurs de la terre, la relocalisation de la production alimentaire, doivent être considérées comme une question de santé publique.

Ce temps long du confinement a contribué à aggraver beaucoup de situations familiales, pour toutes celles qui subissent depuis des décennies toutes les violences sociales. Cette période a mis en évidence l’inégalité d’accès face aux apprentissages de manière si catastrophique que certains pédagogues ont lancé des cris d’alarme en évoquant des situation d’enfants « morts scolairement »! La satisfaction des besoins alimentaires du quotidien est devenue une question centrale dans trop de foyers.

Terrain d’Entente s’indigne de ce maintien d’une vie à minima, pour tous les « bénéficiaires des minima sociaux » et poursuit son engagement auprès des familles, avec différents collectifs, pour refuser que ces inégalités continuent de se renforcer. Un engagement parmi beaucoup d’autres pour contribuer à construire notre avenir commun sur une planète habitable pour tous.

Josiane GUNTHER Le 10 Juin 2020

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Le confinement vu de Tarentaize, à Saint-Etienne

« Nous sommes en prison. Nous sommes dans nos appartements, mais en prison… ».

Les familles sont nombreuses à vivre cette période de confinement avec ce sentiment d’enfermement. Beaucoup de ces adultes parlent dans ces terme en connaissance de cause : des membres de leur famille, ou parmi leurs proches voisins ont déjà fait un séjour en prison. En prison,  il n’est possible de téléphoner aux proches, de prendre une douche, d’avoir des vêtements de rechange…. seulement sur des jours et des horaires imposés de manière souvent vécue comme aléatoire. Il n’y a pour les détenus et pour leurs familles, aucune prise sur la moindre des décisions. Tous se sentent dépossédés d’eux mêmes. La logique des délais, des refus, des accords, leur échappe totalement, avec le sentiment de subir des traitement injustes et indignes.

Au départ, cette période de confinement a bien été comprise par tous comme le respect  de règles sanitaires établies  pour protéger la population d’une menace très objective. Les familles ont manifesté leur bonne  volonté de participer à cet effort collectif pour empêcher au mieux la diffusion de ce virus mortel. Elles ont respecté strictement toutes les injonctions: le temps limité des sorties, les gestes barrière… 

Beaucoup ont entrepris un grand ménage de printemps, impliquant tous les membres de la familles. Les adultes ont organisé leur journée de façon à  prendre en charge les devoirs des enfants pour soutenir, au maximum de leur possibilité, les efforts des enfants à « poursuivre » leur scolarité. Ils ont changé les habitudes familiales en cuisant à plusieurs, en inventant de nouvelles recettes, en partageant les repas tous ensemble, à la même heure … Chacun recherchant ainsi la meilleure manière de traverser ce moment particulièrement anxiogène. Certains pensaient même que ce petit virus avait prit le parti « de ne pas toucher aux enfants, aux animaux, à la nature, à tous « les innocents » en fait! ».  Il s’attaquait par contre à ceux qui étaient  responsables des graves défis que nous avons aujourd’hui à relever, notamment la régénération de notre environnement qui  subit des destructions d’une ampleur considérable. Ces sentiments, ces réflexions, nous l’espérons, permettront de tirer des enseignements pour tenter de construire un monde plus habitable pour tous.

Mais ce temps de confinement, qui se prolonge, construit au fil du temps le sentiment de subir un enfermement de type carcéral. On subit les annonces en boucle du nombre de morts qui augmente chaque jour et qui donne « une odeur de mort à l’air qu’on respire« .

On subit  la répression policière qui sillonne en permanence le quartier « j’ai l’impression que chaque fois que je passe la tête par la fenêtre, j’aperçois une voiture de police« . On subit des moyens matériels tellement réduits qu’ils sont insuffisants pour satisfaire les besoins les plus élémentaires. Celui notamment de pouvoir s’alimenter chaque jour et qui devient aujourd’hui un luxe. Le périmètre et le temps de déplacement réduits, l’absence de voiture pour de nombreux foyers, obligent à se servir dans les commerces de proximité dont les prix ont doublés ces dernières semaines.

Le travail scolaire est devenu très rapidement problématique. Les rares familles les mieux loties, possèdent un seul ordinateur dont l’usage doit être réparti entre plusieurs frères et sœurs tout au long des semaines, ce qui démultiplie  les occasions de conflits. Beaucoup de familles n’ont pas la possibilité d’imprimer les attestations de dérogations indispensables pour pouvoir envisager la moindre sortie.

Depuis 5 semaines de nombreux enfants ne sont plus sortis ne serait ce qu’une demi heure par jour. Et tous ces enfants se retrouvent trop nombreux à partager des espaces extrêmement exigus. C’est une évidence, un enfant a besoin de bouger, c’est le propre de cette période particulière de l’existence. Le mouvement reste le moyen indispensable aux enfants pour vivre  des expériences essentielles pour appréhender et comprendre le monde et ses règles. Des règles qui sont censées être égales pour tous…. 

L’inquiétude des familles augmente quant aux capacités  à devoir encore tenir dans la durée avec toutes ces contraintes et ces difficultés. 

Ces colères, ces découragements, dans le cadre de Terrain d’Entente, on les partage régulièrement au téléphone. Des temps privilégiés où on peut dire en vérité ce qu’on ressent, les injustices subies mais aussi les  aspirations, celles surtout d’ une société plus égalitaire, où on n’oublierait personne, où on saurait construire des liens de fraternité plus solides et plus sûrs. 

Des échanges qui permettent de comprendre ce qui peut aider à tenir le coup dans ce temps long qui nous prive de l’essentiel : les liens, l’entraide. 

Nous avons pu ainsi organiser des petits services pour assurer les courses pour les personnes les moins valides. Quelques jeunes du quartier se prêtent à l’organisation de ces tâches. 

Ce n’est pas simple de réaliser ce petit projet avec eux. Ils ont trop pris l’habitude d’entendre que non seulement ils sont bons à rien, qu’ils nous dérangent,  mais aussi  qu’ils ne comptent pas pour nous. Ces jeunes qui n’ont accès ni à emploi, ni à la formation, ni à l’accompagnement se sentent abandonnés à leur sort. Ces jeunes qui dealent en bas des allées et que la police ne contrôle même plus…Ces jeunes qu’on ne protègent plus.  Ils sont donc réduits, pour obtenir un petit pécule,  à propager tous ces produits illicites. « Ces jeunes à qui ont n’accorde même pas le minimum vital qu’est le RSA! »

Et certains, malgré tout,  sortent de chez eux pour installer avec nous une bouteille de gaz à la voisine qui vient de sortir de l’hôpital, pour faire le plein de la semaine à la grand mère dont le mari n’a plus aucune motricité…. Ces quelques gestes apportent une respiration à tout un quartier, parce qu’on est fier de « nos jeunes » sur lesquels il semble qu’on puisse compter dans cette période où le temps s’est suspendu, où tout semble paralysé. C’est un petit bout de dignité retrouvée pour l’ensemble du quartier !

A notre demande, un beau mouvement de générosité s’est propagé dans les réseaux militants proches, pour récolter des jouets, des jeux, des livres, des coloriages de façon à ouvrir, aux enfants, une petite fenêtre sur l’extérieur, pour passer le temps des vacances. 

Curieusement, le jour de la distribution, ce sont les pères dans leur grande majorité qui se sont déplacés. Ces pères dont on doute souvent de leur capacité à accorder l’attention nécessaire à leur famille. Sur cette période où il est dit à longueur d’antenne que le danger nous menace à tout instant, ce sont les pères  qui sortent et qui protègent leur famille en prenant tous les risques. Ils font les courses, ils vont au travail, et ils choisissent des jeux pour leurs enfants.

Ce petit évènement extrêmement banal a nécessité toute une semaine d’organisation pour qu’il soit rendu possible. Les pouvoirs publics approuvaient la légitimité de cette action en direction des enfants. Mais le cadre des  attestations de dérogation  ne permettait pas cette sortie, bien que  très momentanée, du confinement.                                                                                  Le fait de pouvoir vivre des moments de détente, de plaisir, de découverte n’a pas été considéré comme « nécessaire » et « indispensable ». 

Aujourd’hui, les enfants et les jeunes  restent  les grands oubliés et ceux des milieux populaires en subissent le préjudice le plus lourd. Si les enseignants ont su maintenir le travail scolaire, avec les moyens dont ils disposaient, ils ont pu faire l’expérience  que ce contexte renforçait considérablement les inégalités. 

Par contre, pour les institutions, aucune autre question ne s’est posée concernant les besoins particuliers des enfants.  

De nombreux pédagogues nous rappellent régulièrement que l’enfance est caractérisée par la curiosité, l’ enthousiasme, la puissance créatrice. Cet élan de vie qui reste un point d’appuie déterminant pour chacun d’entre nous pour poursuivre notre marche en avant tout au long de notre existence.

Ne sommes nous pas en train de mettre en danger ce qui est essentiel en ne réfléchissant pas à comment permettre à ces enfants, dans ce contexte, d’exister pour ce qu’ils sont?

L’enfant, tous les enfants et les jeunes, ne sont pas des adultes en devenir. Ils existent ici et maintenant. Cet élan de vie qui les caractérise, et le fait de devoir prendre soin d’eux devrait porter la société toute entière! Et ce dans toutes les périodes plus ou moins tragiques que nous avons à traverser.

Josiane Günther 

le 19/04/2020

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Dimanche 08 Mars 2020 « Journée internationale des droits de la Femme »

Une première sur le quartier Beaubrun/Tarentaize ! Les femmes ont occupé l’espace public

Plusieurs adhérentes de Terrain d’Entente ont souhaité répondre à l’invitation du centre social  du Babet, à nous manifester ensemble dehors. Elles se sont donc investies durant plusieurs semaines, à la préparation de cette journée qui rassemblait une vingtaine d’associations du quartier. Ces femmes qui participent depuis plusieurs années à notre collectif ont souhaité que notre manifestation publique soit caractéristique de ce que nous savons développer toutes ensemble : l’attention que nous accordons collectivement aux enfants et les rendez vous hebdomadaires qui rassemblent les femmes du quartier.

Pour cette journée, plusieurs associations se sont regroupées Place Roannelle. Chacune avait un stand, organisé et animé à leurs souhaits. 

L’association Terrain d’Entente était représentée par un barnum blanc accompagné d’une frise de photos qui rappelaient des temps forts de ce que nous développons tout au long de l’année. La fête des voisins, la fête de fin d’année, les sorties à Retournac, la galettes sur le terrain, les animations organisés par les enfants (atelier paperolles, fête d’Halloween)…….

Le « café des femmes » qui a lieu tous les vendredis après midis au Babet a été ouvert à tous, sur l’espace public 

Nous avons également proposé des ateliers : 

-Kapla et activité manuelle pour les enfants

-Tatouages au henné et tresses pour tous, à prix libre !

Notre livre « la voix-e des femmes » était en vente ! 

A l’heure du goûter nous avons en collaboration avec « les mères » du quartier, proposé des crêpes. 

Le temps de préparation du matin a été un peu rude : avec le froid et le manque de passage dans l’atelier, mais personne ne s’est découragé !

L’après-midi a été d’une grande richesse. Entre les rires des enfants, la voix portante de ces femmes mobilisées, la solidarité du stand, les passants intrigués et l’odeur du thé, du café et des crêpes. Pour tenir cet espace, toutes les femmes présentes ont eu une source d’énergie merveilleuse, ce qui a permis un instant de partage et de convivialité unique ! L’occasion également d’échanger à plusieurs, sur la question des droits de femmes…

Les femmes ont su manifester une fois de plus leur immense ressource et force de mobilisation. Comme chaque fois, nous avons réussi à faire sortir les gens de chez eux. Ces rencontres, source de bien être pour nous tous, sont chaque fois l’opportunité de manifester d’autres envies, de construire d’autres projets. Des occasions pour enrichir encore et encore nos savoirs faire, nos savoirs être et développer ce qui nous est utile pour vivre mieux. C’est ça la puissance des femmes !

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La fête d’Halloween!

« C’est une fête extrêmement ancienne. Elle annonçait le début de l’hiver et représentait le moment où le monde surnaturel et le monde rationnel se rejoignaient…. »

Peu nous importe en fait, le sens précis de cette fête. L’objectif n’est pas d’être fidèle à une tradition qui nous reste somme toute très lointaine. 

Quelle qu’en soit l’origine exacte, la fête d’Halloween est devenue une coutume pour notre collectif!

Elle n’est pas seulement un prétexte pour réaliser un évènement qui rassemble le plus grand nombre. De ces moments privilégiés qui sont l’occasion d’inviter très largement à Tarentaize: les familles que nous connaissons, les amies des familles, les amies des amies…..

Elle est devenue une opportunité de construire quelque chose qui fait grandir notre capacité à nous  organiser collectivement. Chaque fête d’halloween est bien meilleure que la précédente et le bilan qu’on ne peut que se féliciter de faire, promet encore des améliorations pour la prochaine!

A quoi doit-on un tel succès? 

A l’enthousiasme et à la participation active des enfants bien sûr!

Années après années, ils deviennent les promoteurs de cette journée, ils en donnent le tempo. Cette ambiance féerique, surnaturelle est très propice à laisser libre cours à l’imagination, la créativité, et les enfants sur ce terrain là, nous devance de plusieurs longueurs! 

Et c’est un réel plaisir pour nous adultes, de nous laisser guider, de nous laisser porter par tous ces élans, par toutes ces audaces, par cette légèreté et cette joie. 

Une occasion à ne pas manquer de lâcher prise, de sortir des rôles, des places où l’on est assigné. On  se retrouve tous à la même hauteur. On reprend des idées antérieures pour les améliorer, et d’autres envies nous viennent tout au long des semaines qui  précédent cette journée particulièrement magique. 

La fête d’Halloween nous donne un projet en commun. Et toutes les idées sont les bienvenues pour enrichir cette fête, là rendre encore plus folle, dépasser les limites du convenable. 

Les semaines de préparation, tout ce temps où on se projette dans cette perspective sont bien aussi riches, festives que le jour en lui même. 

De plus en plus de mères de familles rejoignent ce temps d’organisation. Nous vivons des heures de préparations tellement joyeuses qu’on peut affirmer que le travail est une fête!!!

Dans cette époque où le travail est pour beaucoup un vécu de souffrance, soit parce qu’il manque soit parce qu’il est réalisé dans des conditions indignes, nous goûtons, pour quelques jours,  aux bénéfices d’un travail librement consenti et libéré des contraintes.

Les enfants nous précèdent et ils nous encouragent à oser, à dépasser les bornes. Des moment de jubilation partagés qui nous rendent plus entreprenants, plus audacieux pour tenter des situations qui paraissent impossibles. On va se faire très peur, on va être le plus hideux possible… 

Nous subissons une époque où les  modes de relations  sont toujours plus policés, où toute manifestation un peu trop bruyante, un peu trop exubérante est perçue de manière négative et devient de plus en plus proscrite. Toutes ces convenances sociales imposées nous réduisent, nous cantonnent dans des comportements « acceptables », autorisés. 

Pour cette occasion, nous nous offrons tous ensemble, un petit espace de liberté. Un peu dérisoire certes, mais nous l’éprouvons ensemble, et il nous donne l’énergie et l’envie de renouveler cette dynamique pour vivre d’autres expériences . Un petit goût de liberté, une petite promesse de relations qui peuvent se construire différemment.

Toutes ces semaines d’organisation et de projection nous promettent un temps où on va s’autoriser tout et n’importe quoi! L’organisation est bien réelle et très pensée, mais pour cette occasion là, c’est notre collectif et lui seul qui décide de ce qui est possible, de ce qui est permis….Un petit plus d’émancipation très modeste certes, mais éprouvée et partagée!

Et, à l’occasion de la fête du 31 Octobre 2019, nous avons pu mesurer ce que produit un espace organisé à partir de ce que le collectif lui même estime acceptable, adapté…. Avec la volonté commune de réaliser un évènement ouvert à tous.

Une douzaine d’enfants se sont portés volontaires pour être durant tout l’après midi, les animateurs des différents stands qu’ils avaient prévus et installés. Ces douze enfants ont fait le choix de ne pas « profiter » eux mêmes  de toutes ces animations. Ils ont consenti à ne pas déguster la grande diversité des friandises  que chaque famille avait apporté, s’ingéniant à transformer un gâteau en araignée, des biscuits en os de squelette…… 

Ils étaient présents le matin pour la préparation matérielle, ils sont restés le soir pour tout ranger! Et nous étions tous tellement fiers du contenu de cette journée!

Qui peut dire que les enfants sont réticents au travail?

La condition pour qu’ils s’y prêtent avec la meilleure volonté, et en donnant le meilleur d’eux mêmes, c’est qu’ils se sentent auteurs! 

Quel cadeau de pouvoir être un adulte aux côtés des enfants et de pouvoir ainsi puiser dans cet élan de vie.

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LES DIFFERENTS TEMPS DE TERRAIN D’ENTENTE

LES TERRAINS

Les terrains sont le nom donné au temps où nous – l’équipe pédagogique – nous trouvons au sein du parc Jean Ferrat (Tarentaize). Ces temps-là sont fondamentaux dans la pédagogie sociale et pour notre travail qui demande une présence régulière et constante au sein du quartier où nous intervenons. 

Les terrains sont un temps d’accueil libre, inconditionnel et gratuit où nous y côtoyons un public très varié d’enfants de tous âges, des adolescents mais aussi des mamans, voir quelques papas. 

13h30 :

Avant de nous rendre au sein du parc, nous nous rejoignons en équipe au garage où se trouve notre matériel pour nos interventions (jeux de société, ballons, corde à sauter, coloriage, goûter). Nous récupérons le diable qui est l’un des éléments principaux lors de nos terrains car c’est avec ceci que nous transportons notre matériel. Si la météo le permet, Nous emmenons à chaque fois :

  • Le tapis qui est roulé à l’arrière de la charrette
  • Une caisse avec les coloriages et les crayons de couleurs
  • Une caisse avec quelques jeux de société et des jeux de cartes
  • Une caisse avec des jeux d’assemblages pour les plus petits 

Les caisses peuvent être modifiées au fil de nos interventions et des personnes de l’équipe. Avec ceci nous prenons impérativement un sac de sport où se trouve :

  • Ballons
  • Corde à sauter
  • Raquettes 
  • Diabolos, …

Nous emmenons également un jerricane et dix verres en plastique pour que les enfants puissent boire, accompagné d’un goûter.

13h50 :

Une fois que nous avons tout ça, direction le terrain !

13h55 :

En premier lieux nous déroulons le tapis, et y posons les caisses dessus. Cela est plus convivial pour y jouer ou même s’asseoir dessus – le tapis et pas les caisses… – pour discuter. L’un de nos rôles durant le terrain est d’accompagner les enfants pour qu’ils s’approprient cet espace, dans un but ludique et éducatif, nous faisons, ensemble, des jeux de société sur les tapis. De plus, nous proposons en parallèle des tapis ; des activités comme du foot, roller, ping-pong, badminton, volley, slackline, molky, corde à sauter…

Les « tapis » sont l’espace qui doit être identifié Terrain d’Entente par les personnes présentes sur le parc au moment des terrains. Installé à proximité du terrain de foot, l’équipe pédagogique doit assurer la veille de nos règles de fonctionnement collectives basées sur la bienveillance et le respect de soi, de chacun et du matériel mis à disposition. Ainsi, il est indispensable qu’un pédagogue minimum soit présent sur ce lieu afin d’assurer son bon fonctionnement durant le terrain. Chaque pédagogue fait l’activité qui lui plaît, personne n’est forcé de faire du foot ou de la corde, il faut juste qu’il ait l’œil sur ce qui se passe sur le terrain.

Nous n’imposons pas les jeux et ne forçons pas les enfants à jouer avec nous, ils sont libres de créer et développer leurs propres activités sans ou avec nous. Nous devons même accompagner et permettre cette création.  

Les terrains sont également un lieu d’échange où certains se confient sur leur vie quotidienne ou les difficultés qu’ils rencontrent au niveau scolaire. Notre rôle à ce moment-là est de les soutenir et de leur redonner confiance en eux. Ces échanges permettent aussi de mettre des projets en place avec eux que ce soit ponctuellement, sur la durée, ou encore pour les vacances. 

16h15 – Le Conseil des Enfants sur le Terrain

Matériels : sac à dos du conseil avec à l’intérieur :

  • Bâton de parole,
  • Cahier du conseil (un côté compte rendu et un côté inscription pour les sorties organisées),
  • Stylos,
  • Tapis en toile ciré pour s’asseoir
  • Flyers de l’association

Déroulement du Conseil :

Il y a une installation précise, qui créée une forme de rituel avec les tapis dit du conseil installé de manière circulaire et individuelle : afin que tout le monde puisse se voir, s’écouter et se distribuer la parole. 

Lors de ce conseil, plusieurs sujets peuvent être évoqués en fonction de ce qui est prévu pour les semaines à venir (activités, sorties, planning des vacances, tout type de projet ou idées…). Ces choses que nous leurs annonçons sont programmées à l’avance. Le conseil est préparé en amont au sein de l’équipe. On peut également faire des retours aux enfants sur certains comportements qui nous ont interpellés lors des précédents terrains. La parole des enfants est aussi importante que celle de l’adulte lors de ces conseils. Nous avons établi des règles pour s’exprimer dans le cadre du conseil : on doit prendre le bâton de parole, et ne parler qu’à ce moment-là, si on ne l’a pas, on écoute l’autre. Le conseil est avant tout un temps qui doit permettre aux enfants d’avoir l’occasion de s’exprimer, de faire des remarques ; mais aussi de partager leurs envies, leurs idées, et ainsi de faire naitre des projets.

Ce conseil a donc pour but de créer un temps démocratique, d’où l’utilisation du bâton de parole qui a une double utilité : éviter qu’on se coupe la parole et donner l’habitude de s’écouter et de se respecter les uns avec les autres.

Lors du conseil, les membres de l’équipe ont différents rôles : 

-Un « meneur » : qui va annoncer les nouvelles, qui va aussi donner et récupérer le bâton. 

-Un « secrétaire » : qui va noter, avec un enfant, l’ordre du jour et ce qui a été établie et pour garder une trace de ce qui se dit, pour que l’équipe puisse se ressaisir des remarques des enfants. 

-Un « maître du temps » : une personne gère le temps pendant le conseil. 

-Un ou deux « encadrants » : qui ont pour rôle de faire des retours au silence ou qui cadrent en rappelant les règles s’il y a trop d’agitation.

Il est important de savoir que le conseil n’est pas obligatoire, mais fortement recommandé auprès des enfants car c’est le moment pour eux de donner un avis ou de proposer une idée. Il faut donc encourager au maximum les enfants à participer aux conseils.

Il faut également que l’équipe pédagogique reprenne le compte rendu de ce conseil en réunion d’équipe afin de donner une suite à ce temps qui se veut participatif.

16h30 – Le gouter :

C’est un temps qui se situe avant que nous quittions le terrain, ce temps permet que l’adrénaline et l’excitation des jeux s’apaisent peu à peu, de se dire au revoir de manière collective. Nous essayons de réunir tous les enfants sur le tapis ou sur les tables de pique-niques afin de pouvoir être tous ensemble et de discuter du déroulement de l’après-midi – sauf s’il vient d’y avoir un conseil. Les enfants sont généralement demandeurs pour distribuer le goûter, afin de cela leur permettre de se sentir responsables, autonomes et investis au sein de l’association

LE CAFE DES FEMMES

13h30

Nous préparons la salle avant que les femmes arrivent : nous faisons le café, nous préparons l’eau pour le thé, nous mettons sur la table les tasses ainsi que le sucre, les cuillères.

14h00-14h30

Les femmes commencent à arriver, nous -les pédagogues- sommes déjà assis autour de la table, on se dit tous bonjour. Ensuite quand elles sont tous assis, tous ensemble essayons de faire l’ordre du jour de ce que nous allons aborder.

Le café des femmes est un temps convivial pour lequel nous nous retrouvons dans une salle prêtée par le Centre social du « Babet ». Les femmes du quartier qui le souhaite y participent avec l’équipe pédagogique. On y retrouve ainsi les mamans de certains enfants qu’on côtoie sur les terrains.

Ce temps d’échange (autour d’un café, d’un thé etc…) permet de discuter de sujet divers et variés, qui peuvent être : 

  • Les projets à venir concernant les enfants, pour que les femmes du quartier nous aident aux préparatifs.
  • Les projets concernant ces femmes, par exemple pour une sortie ou bien pour une organisation telle que la journée de la femme, là aussi pour qu’elles investissent dans la réservation etc…
  • Parfois il peut y avoir des interventions d’intervenants extérieurs par des partenaires de l’association : yoga, relaxation, interventions santé, présentation projet sur le quartier,…

Mais c’est avant tout un temps où elles peuvent discuter des difficultés qu’elles rencontrent dans la vie quotidienne. Et nous solliciter si besoin, pour un accompagnement aux freins rencontrés. 

Pour celles qui viennent avec leur(s) enfant(s), un ou deux membres de l’équipe pédagogique installe puis anime un accueil maternel dans une salle. Cela permet aux mères de pouvoir « souffler » et discuter plus paisiblement, en sachant leur enfant est occupé à jouer. Cependant les enfants peuvent aussi rester avec leur mère pendant le café des femmes, ou alterner.C

LE CAFE DES ADOS

Le café des ados se déroule chaque jeudi de période scolaire à partir de 17h dans la « Salle Descours » du quartier. C’est un temps où les adolescents viennent nous voir librement, et partage avec l’équipe pédagogique autour de :

  • Projet Foot à 7 FSGT (retour sur les rencontres, planification des suivant, attitude pendant les match, travail tactique, maillot personnalisé, documents administratifs etc.)
  • PlayStation 
  • Ping-pong 
  • Cartes 
  • Jeu de ballon dans la cour de la salle.
  • Atelier boxe 
  • Musique 

Ce temps est un temps de prévention, un temps pour essayer de créer du lien avec certains ados vulnérables qui ont des comportements à risque pour eux et pour les autres. C’est également un temps pour échanger sur leur place dans la société : ainsi, nous avons pour rôle de les accompagner à comprendre et réaliser cette dernière. 

Durant ce temps, les ados peuvent également nous solliciter pour les aider dans leurs recherches de stage, dans leurs travaux scolaires ou bien dans l’accompagnement d’autres recherches.

Ce temps permet aussi de réfléchir aux projets qu’ils peuvent mettre en place durant les vacances : comme pour l’ensemble de nos actions, Nous partons de leurs idées et les amenons à réfléchir à la faisabilité d’un projet et sur la façon dont ils vont devoir s’impliquer et participer pour qu’il se réalise.  

LA PRESENCE APRES L’ECOLE

Ce temps se déroule au ‘’Terrain’’ – parc Jean Ferrat- et doit permettre aux enfants de faire une coupure avec l’école, nous n’amenons pas les tapis mais seulement le minimum nécessaire : sac de sport et si le temps le permet jeux de société et jerricane. Le match de foot est ce jour-là, un match « cool » et « populaire » qui doit permettre de faire jouer tout le monde, quel que soit le niveau technique. Afin de porter cette dynamique sur le terrain de foot, il est indispensable que l’équipe pédagogique soit présente dans ce-s match-s, et surtout les personnes qui ne pratiquent pas le football.

Parfois et si nous sommes nombreux en tant que pédagogues nous pouvons aider les enfants qui sont en demande pour réaliser leurs devoirs à la médiathèque : le taux d’accompagnement et d’un pédagogue pour 3 enfants maximum.

LE SOUTIEN SCOLAIRE

Ce temps à lieu à la salle Descours et parfois au CDAFAL quand nous n’avons pas la salle, ce temps permet aux enfants qui ont des difficultés ou qui n’arrivent pas à réaliser leur travail scolaire, chez eux pour quelconque raison, de faire leurs devoirs. Ils peuvent également retravailler les notions où ils ont des difficultés avec l’aide de pédagogue présent. 

Nous installons les tables de manières à ce que les enfants soient en petit groupe ou seul avec un pédagogue afin de les aider au mieux.

Nous essayons d’être un pédagogue pour un enfant dans la limite du possible.

Nous essayons de suivre leur évolution afin de voir ce qu’ils ont acquis et ce qu’ils leur restent à améliorer pour les guider dans leurs apprentissages. 

Nous acceptons sur ce temps uniquement les enfants qui ont des devoirs, de plus, lorsqu’un enfant présent à « terminé » ses devoirs, il peut soit rester au calme dans la salle, soit rentrer chez lui. Le temps de devoir étant consacré à la concentration et au travail scolaire, nous essayons d’instaurer un climat adapté. 

Nous pouvons en fin de séance animer un jeu collectif comme un « petit bac », pour mettre fin à ce temps et se dire au revoir.

Lors des vacances scolaires, la salle est divisée en deux, un côté pour faire ses devoirs, accompagné d’un pédagogue et d’un autre côté, les enfants peuvent faire des jeux de société « calmement ». 

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TERRAIN D’ENTENTE MODE D’EMPLOI

Pour ceux et celles qui voudraient mieux comprendre notre démarche, il est important de faire un petit retour sur ce qui a motivé la mobilisation d’une poignée de militants et de décrire au mieux notre mode d’organisation et l’évolution de ce petit collectif. 

Nous avons voulu répondre à une demande d’enfants qui nous rejoignaient, de plus en plus régulièrement, aux permanences d’accès aux droits ouvertes aux adultes, sur le quartier, dans le cadre du Portail « Pour l’accès aux droits sociaux ». Ils réclamaient du temps de présence, ils se dénommaient « les galériens ». Des enfants qui se retrouvent seuls sur l’espace public, qui ne sont pas inscrits au centre de loisir, qui n’ont pas d’activité sportive, qui ne partent pas en vacances

Depuis Avril 2011, nous proposons des ateliers de rue, tout au long de l’année au pied des immeubles, dans le quartier Beaubrun/Tarentaize à St Etienne, au Parc Jean Ferrat. Nous apportons des tapis, des jeux diversifiés pour tous les âges. Nous offrons un temps de présence pour rejoindre les familles qui ont très peu accès aux structures censées accueillir tout le monde.                                                                                                                              

Notre accueil est libre, inconditionnel et gratuit.       

 –    Un accueil libre, où l’on vient quand on veut, et l’on part quand on veut. C’est le respect du temps des personnes qui nous rejoignent quand c’est utile et possible pour elles.

–    Un accueil inconditionnel, pour tout le monde. Notre collectif organise ces rencontres à partir du multi âge et du multiculturel. 

–    Un accueil gratuit qui nous met dans un lien d’égalité où chacun participe en fonction de ses centres d’intérêt et non de ses possibilités financières.

Notre équipe est constituée d’une militante permanente, fondatrice de l’association, qui travaille bénévolement et de deux personnes plus présentes sur les tâches administratives, et ponctuellement, sur les différents temps de rencontre.                                                                         

Deux personnes sont employées, au travers d’un CCD, pour assurer la coordination de l’équipe et de ce qui se développe au fil des années.                                                                                         

Des jeunes travailleurs sociaux en formation nous rejoignent chaque année pour un temps de stage d’une durée de deux à 9 mois.                                                                                                     

Des jeunes volontaires en services civique, sur un contrat de 10 mois, sont présents tout au long de l’année.                                                                                                                                 

Tout au long de ces années, des personnes bénévoles nous ont rejoint, se sont engagées avec nous, puis sont reparties. 

Le statut très fragile, très précaire de notre association, nécessite l’implication de chacun pour agir, penser, comprendre la réalité et que les projets puissent aboutir. Une forte relation de confiance et de reconnaissance réciproque s’est construite entre nous. Les liens s’approfondissent avec beaucoup. On estime ensemble aujourd’hui, que nous avons dépassé le stade de la relation classique au sein d’une association, avec des « responsables » et des « adhérents ». Nous pouvons compter sur les ressources des uns et des autres pour développer ce qui nous parait utile et nécessaire. Nous avons développé une histoire commune, des centres d’intérêt communs, notamment le soucis du bien être des enfants.

Toutes les actions que nous menons à bien se construisent avec la participation active d’adultes et d’enfants de plus en plus nombreux. Il existe différents espaces de participation démocratique :

 –  Le café des femmes le vendredi après midi où on partage nos préoccupations, nos envies, où nous élaborons des projets à partir des besoins manifestés.

 –  Le conseil des enfants le samedi après midi, où chacun est invité à dire comment il vit ces temps collectifs, où on réfléchit à la meilleure façon de régler certaines difficultés, où nous élaborons des projets. 

 –  Le CA, des adhérentes habitantes du quartier (6 à 15), décident des orientations de l’association. Il se réunit une fois par mois depuis octobre 2018.                           

 –  Le café des ados le jeudi à 17h. Pour parler des difficultés, construire des projets à partir des envies.

Nous avons développé des actions qui sont devenues pérennes, depuis bientôt 9 ans. Nous poursuivons les ateliers de rue, (tous les mercredis et samedis, et les mardis et vendredis pendant les vacances scolaires). À partir de cet espace, nous organisons de plus en plus régulièrement, avec les enfants, différentes sorties, à leur initiative (Piscine, sorties natures, cinéma, théâtre, temps de lecture dans une librairie d’enfants, atelier bricolage organisé par un autre collectif). 

Les enfants ont su manifester leurs inquiétudes et leur difficulté à accomplir seuls le travail scolaire, nous proposons des temps réguliers pour l’aide aux devoirs, et également une présence auprès des adolescents, qui souhaitent se retrouver après l’école, dans un espace où ils se sentent accueillis. ces temps sont organisés dans une salle mise à disposition de la Mairie.

Suite à nos conversations avec les adultes qui nous ont rejoint au cours de ces temps de présence réguliers les mercredis et samedis après midis, des espaces se sont crées pour répondre à des besoins, et des envies. La garde mutuelle des bébés le Jeudi après midi et le café des femmes le vendredi après midi dans les locaux mis à disposition par le Centre social du quartier « le Babet. »

Des moments exceptionnels, rythment l’année, ils sont également construits à partir de ce que manifestent les enfants, les adultes. La période du Ramadan est un temps très privilégié de l’année pour les familles de confession musulmane, elle conditionne l’agendas de notre association. Nombreux sont les adhérents de Terrain d’Entente à vivre sur ce rythme. Chaque année, nous souhaitons manifester notre marque d’attention et de respect sur ce temps fort et important. Chaque vendredi soir, nous nous retrouvons au Parc Jean Ferrat, pour fêter la rupture du jeûne.

Les « rencontres pays d’origine » sont proposées en fonction des envies des adultes de présenter leur région d’origine. Nous nous adressons à des familles qui sont nombreuses à avoir migrées, en laissant loin derrière, une partie d’elles même, une famille, des racines. À l’heure où les migrations sont interprétées comme des menaces, un danger, qui justifient la fermeture de toutes les frontières, nous affirmons ensemble que ceux qui rejoignent ce territoire sont pour nous tous une ressource, une richesse et une force. Ces rencontres sont l’occasion de découvrir d’autres façons d’appréhender la réalité et de l’organiser au quotidien, de partager nos compréhension du monde, nos cultures et de nous enrichir mutuellement.                                                                                                                          

Un diaporama est réalisé et commenté par leurs autrices, au cours de ces rencontres. Eh puis nous dansons, nous chantons, nous dégustons des saveurs qui nous font vivre et goûter des petits bouts de nos diversités. Autant de fenêtres qui s’ouvrent sur le monde qui devient plus accessible et plus joyeux.

Avec les adultes, nous avons mis l’accent depuis quelques années, sur les ateliers beauté, bien être et les sorties au Hammam. « Le hammam, on le reporte tout le temps ». Ces femmes ont très peu d’occasion pour prendre soin d’elles. Il y a des choses plus vitales à tenir pour essayer de construire un quotidien acceptable. Ces temps que l’on consacre à soi même et aux autres nous paraissent de plus en plus essentiels. Une petite exception dans le quotidien, un petit changement, un peu d’énergie retrouvée, et le regard qui change sur soi même, change sur ce qui nous entoure, change sur ce que nous ressentons comme possible. Nous retrouvons le sens, l’envie et l’énergie de construire avec d’autres. Les ateliers beauté, coiffure, maquillage, épilation, coloration, sont entièrement pris en charge par les adhérentes. Chacune participe aux frais, apporte le matériel nécessaire, consciente de la fragilité financière de notre association et volontaire pour apporter sa contribution de façon à la rendre pérenne. Latifa, masseuse, réflexologue et aromathérapeute, propose des séances d’auto  massage une fois par mois. 

Ces familles, pour la plupart, subissent un enfermement sur leur lieu d’habitation qui les dévitalise. Toutes, pour décrire cette situation, évoquent des termes très éloquents : il est question de « prison », de « fond du puits », de « galère »…. La demande de sorties est permanente, pressante. Avec des moyens dérisoires, nous tentons des réponses, en saisissant des opportunités. Le centre social bénéficie d’un financement de la CAF, durant la période estivale, pour organiser des sorties « familles ». Durant les deux mois été, des sorties au bord de l’eau sont proposées chaque mercredi.

Au jardin « Les Moyens du Bord », dans un magnifique espace de nature qui surplombe la ville, nous retrouvons cette association amie, quelques journées durant l’été, pour partager des temps de cuisine collective, des ateliers d’expression artistique, des spectacles.

Depuis plusieurs années nous organisons des séjours vacances dans une ferme en Haute-Loire. Nous rejoignons des amis paysans boulangers, éleveurs de chèvres avec lesquels nous construisons ces séjours. Depuis deux ans, nous nous sommes associés à différents collectifs, pour gérer une propriété,dans les Monts du Forêt, à Champoly. Des séjours ont été réalisés pour rassembler des membres de ces collectifs et créer ainsi des opportunités de rencontres, des petits temps de vie qui nous sortent de nos cloisonnements, de nos entre soi.                                                                                                               

Les enfants sont nombreux à souffrir à l’école, à ne pas y trouver leur place, à ne pas arriver à se rendre disponibles pour apprendre, et à, finalement, estimer qu’ils n’ont « pas de cerveau ». Au fil des années, leurs ambitions se réduisent, ils renoncent d’eux mêmes à poursuivre des études. Face à ce désastre, à cette très préjudiciable blessure narcissique, où les enfants n’osent plus rêver à un avenir où ils pourraient se réaliser, nous recherchons d’autres modes d’expression pour chacun qui le valorise, qui mette en évidence des capacités bien réelles. Nous développons des ateliers d’expression artistique après avoir repérer les envies, pour mettre en évidences tous ces talents qui ne demandent qu’à s’exprimer. En fonction également des personnes qui rejoignent notre équipe, tout au long de l’année, nous proposons du théâtre, du rap, de la peinture, des paperolles, des origamis…

Les Ateliers cuisine sur le terrain sont également un moyen pour produire des choses ensemble, se rapproprier notre pouvoir d’agir. Nous apportons régulièrement une carriole fabriquer par un ami et nous réalisons avec les enfants, notre goûter du jour. D’autres envies ont émergées de cette pratique régulière, nous organisons des après midis « galettes » cuites au feu de bois, à partir d’un foyer réalisé par les enfants. Les mères prennent alors en charge la cuisine, et s’occupent de tout les nécessaire: l’achat des denrées, les ustensiles de cuisine.

Nous insistons également sur l’accès aux droits et nous nous inquiétons notamment des conditions de travail qui se détériorent. Ces femmes quand elles travaillent sont pour l’essentiel femmes de ménage. Elles se retrouvent toutes dans des conditions indignes, leur santé est mise à mal. Leur corps est véritablement malmené, beaucoup développent des troubles musculo-squelettiques invalidants. Certaines, à 35 ans ne peuvent plus exercer leur métier. Nous avons construit un partenariat avec la médiatrice santé du quartier, une assistante sociale de la sécurité sociale,  une juriste, des militants de la LDH, et nous recherchons des issues sur ces problèmes de santé au travail. 

En fonction des événements qui frappent notre société et qui nous indignent, nous trouvons des modes de manifestations, d’actions. Nous recherchons à exprimer nos valeurs, nos aspirations de manière publique.

Nous avons organisé une soupe, sur l’espace public, suite à l’attentat contre Charlie Hebdo en 2015, pour faire la démonstration qu’il est possible et heureux de construire des choses tous ensemble et de pouvoir faire société commune. De nombreuses familles voulaient affirmer qu’elles s’indignaient face à la violence de cet attentat. Mais nous voulions également manifester notre inquiétude face à  la stigmatisation des citoyens de confession musulmane, des populations qu’on cherchait ainsi à opposer aux autres. Nous avons souhaité manifester notre sentiment d’injustice face à cette tentative d’amalgame, qui a semé le trouble et la confusion. Nous sommes face à de très graves et très préjudiciables injustices qui se multiplient toujours depuis ces dernières années. Il s’agit pour nous de les identifier clairement pour se donner les moyens d’y apporter des réponses adaptées. 

Certains étés, nous organisons un tournoi de foot, en soutien au peuple palestinien avec le collectif BDS (Boycotte, Désinvestissement, Sanction en direction du gouvernement d’Israël). Notre modeste contribution à cette solidarité internationale pour dénoncer ce génocide et ce massacre qui perdurent depuis bien trop longtemps et réclamer que le peuple palestinien puisse bénéficier enfin du droit internationale pour exercer sa souveraineté et reconstruire un état de droit et de dignité.

Un autre tournoi de foot a été réalisé en hommage à Yassin, 20 ans, qui est mort assassiné. Yassin était un enfant du quartier. C’était une façon pour nous de dire que nous ne voulons plus de cette sauvagerie pour nos enfants. La violence est partout. La violence pour nos jeunes, c’est d’abord de ne pas pouvoir choisir une formation, un métier qui leur plaise vraiment, de ne pas avoir un revenu suffisant pour vivre bien. Nous voulons nous battre ensemble contre cette injustice qui bloque leur avenir.

Nous participons au bal populaire du 14 Juillet que le collectif « Les cris du quartier » propose depuis quelques années. Nous avons été sensibles à cette invitation qui rassemble plusieurs associations qui interviennent dans différents quartiers. Toutes développent des démarches d’éducation populaire et réalisent des actions culturelles, sportives, citoyennes qui s’adressent à tous. Tout un réseau se développe pour mutualiser et enrichir les initiatives de chacun. Une journée de fête ouverte à tous, où chacun apporte sa contribution.

Les ados deviennent beaucoup plus partie prenante dans nos actions. Plusieurs ont participé à l’organisation des tournois de foot. Nous avons pu organiser une grande fête d’Halloween au parc Courriot avec plusieurs jeunes, qui ont fait preuve d’une grande créativité. Certains viennent nous prêter main forte pour l’aide aux devoirs. 8 se sont organisés pour être admissibles au Fond de Participation des Habitants, en rédigeant un dossier qu’ils ont présenté à une commission. La somme d’argent qu’ils ont récolté a contribué largement au coût d’un séjour à la Ferme des fromentaux à Retournac, pendant les vacances de printemps.  Des projets plus en direction des filles deviennent possibles également.

Nous avons initiés des collectifs que nous allons poursuivre :

Le Collectif « Accès aux vacances pour tous ». La marchandisation des vacances a eu pour conséquence d’une part, de supprimer en l’espace de quelques années, la moitié des lieux d’accueil, et de priver ainsi un nombre de plus en plus important de personnes d’espace de ressourcement pendant l’été ; et d’autre part, de nous faire devenir consommateurs de loisirs. Nous avons réfléchi au sens des départs en vacances. Partir, c’est l’occasion de rencontrer d’autres personnes, de découvrir d’autres façon de vivre et de comprendre la réalité. Dans cette société qui se segmente, le temps des vacances peut être l’occasion de construire d’autres relations humaines. Il nous faut développer des opportunités de rencontre avec tous. Cette aspiration concerne de plus en plus de monde, au delà des familles des milieux populaires.                                                              

Le Collectif pour la réussite de tous les enfants à l’école avec le groupe ICEM Freinet. Nous émettons l’ hypothèse que les enfants des milieux populaires souffrent à l’école parce qu’il n’y a pas suffisamment de prise en compte et d’effort de compréhension de leur réalité. Le corps enseignant a la responsabilité de l’ouverture de l’école sur le quartier, de l’organisation de la rencontre avec les familles. Mais cette institution ne peut pas réaliser ce travail seule et de manière isolée. Nous souhaitons engager un chantier, dans la durée, pour rechercher à offrir les meilleurs conditions pour construire une communauté éducative qui assure de manière effective notre responsabilité collective dans l’éducation des enfants, avec les différents acteurs du champ éducatif, les parents.    

Condition incontournable pour permettre à chaque enfant de faire des liens entre les différents espaces dans lesquels il évolue et de trouver ainsi du sens et de la cohérence dans les apprentissages organisés de manière différente à l’école, en famille, dans le milieu associatif….   

Il est nécessaire que tous les espaces d’apprentissage se rencontrent , s’organisent ensemble pour que les enfants comprennent la cohérence entre tous ces espaces et en retire d’utiles enseignements de façon à devenir le plus possible « citoyens ».                                                                                                                                                                                                               

Cette démarche particulière s’est inspirée de ce que développent d’autres collectifs à l’échelle du territoire, depuis près de 20 ans : Intermèdes Robinson à Lonjumeau dans l’Essonne, Madame Rutabagga à la Ville Neuve à Grenoble. Nous sommes ensemble engagés dans une démarche d’éducation populaire qui se réfère à la pédagogie sociale 

La pédagogie sociale est une pédagogie engagée, une pédagogie de l’action. Elle se base sur la réalité sociale et sa critique, avec la volonté de construire un projet collectif, d’initier quelque chose qui n’existe pas encore, pour transformer cette réalité, pour là rendre plus vivable, plus habitable.

Depuis toujours, elle s’adresse à une population à l’ère de la précarité, des catastrophes sociales. C’est une pédagogie de l’urgence qui tente de retisser des relations sociales. Face à la précarité, nous cherchons à créer du durable, de l’ordre d’une sécurité relationnelle et sociale. Nous le réalisons à partir d’une pratique sociale communautaire à durée indéterminée.

Ces collectifs mettent en évidence ce que la société produit de plus violent : les ravages de la précarité, qui rendent impossible pour ces familles des perspectives d’avenir. Des familles qui ne peuvent pas s’inscrire dans un avenir commun, condamnées à la solitude, à l’incertitude, à l’instabilité permanente. Les conditions de travail indignes, l’inscription dans une logique de survie où on renonce peu à peu à faire valoir des droits, l’intégration de son statut dans la société « on est des arabes, on ment, on vole! », l’auto enfermement.

Ces collectifs mettent en évidence le travail considérable du quotidien réalisé par ces adultes pour assurer le plus de sécurité possible à leur famille, les ressourcesles forces de mobilisation qui se manifestent, si on sait être présent et impliqué, dans la durée. Les aspirations à produire collectivement des choses utiles à la société. Et enfin, les capacités des enfants et des jeunes qui s’adaptent en permanence à l’imprévu, qui font face aux dangers de la rue. Des enfants et des jeunes qui prennent en main les choses: ils se saisissent de toutes les opportunités qui se présentent, ils s’ inscrivent seuls à des club sportifs et en assument les contraintes, prennent en compte le budget familial et renoncent aux activités dont ils rêvent quand ils les estiment trop coûteuses. Ils prennent des initiatives lorsqu’on sait être présents à leur côté  de manière inconditionnelle.

Ces ressources qui donnent la force et le souffle pour continuer sans relâche de rechercher des solutions d’espoir.

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Prenons bien soin les uns des autres, prenons soin du vivant!

Nous nous retrouvons aujourd’hui devant une menace tragique et mondiale, une pandémie qui évolue de façon fulgurante. L’essentiel  est d’arriver tous ensemble à surmonter cette catastrophe  avec le moins de dégât humain possible. 

Nous avons à saluer l’immense travail des soignants qui se retrouvent chaque jour, devant des difficultés incommensurables pour faire face et pour lutter contre cette contamination mortelle, avec de très faibles moyens.

Il est donc temps  de renforcer toutes les solidarités de toutes les manières possibles. De nombreux collectifs qui sont engagés auprès des populations les plus en danger, ont su être extrêmement réactifs dès l’annonce de notre obligation au confinement. Ils ont su interpeller les pouvoirs publics sur les questions essentielles d’approvisionnement, de mise à l’abri, de mesures d’hygiène et de protections élémentaires….De nombreux militants sont restés mobilisés et s’organisent chaque jour pour tenter de n’oublier personne.

Terrain d’Entente fait également le constat des forces de mobilisation qui émergent et se manifestent dans de nombreux foyers à Beaubrun /Tarentaize. Les familles, les jeunes inventent d’autres moyens de communication pour ne pas se retrouver totalement isolés, pour organiser toutes les formes possibles d’entraide .

Les jeunes qui sont souvent pointés du doigt pour leur absence de sens civique, pour leur mésusage de l’espace public…

Ces jeunes là sont prêts aujourd’hui à assurer les services qui vont devenir indispensables au quotidien des personnes les plus fragiles: les « anciens », les personnes handicapées…( les courses pour remplir le frigo, les médicaments à renouveler, les colis reçus à la poste…).

Il n’est pas certain que nous soyons en mesure  de trouver un mode d’organisation qui rende possible cette entraide. Le confinement restant la mesure la plus sûr de faire barrière au virus. Mais la bonne volonté de ces jeunes, dans cette période où le danger nous menace tous, nous permet d’espérer pour eux, à l’avenir, une véritable reconnaissance et une place. Plutôt que de maintenir notre réflexe de défiance et de mise à distance à leur égard, sachons considérer ce qu’ils savent nous manifester aujourd’hui, dans cette situation inédite, de leur volonté de participer et de contribuer  au mieux être de tous.

Depuis l’injonction au confinement, à Beaubrun/Tarentaize, via les réseaux sociaux, des messages quotidiens s’échangent,  des projets se dessinent. 

Plusieurs familles ont décidé d’inviter chacun, chacune à faire le tri dans les photos qui rappellent les souvenirs des moments que nous avons pu partager ensemble. Des évènements très divers: de la sortie « châtaignes », à la fête d’Halloween, des galettes sur le terrain à la fête du 31 Décembre, etc….!

Chacun, chacune va ainsi pouvoir enrichir notre site pour garder en mémoire ce que nous avons su développer tout au long de l’année. Des souvenirs qui vont nous aider à ne pas oublier que nous savons agir et  progresser ensemble. 

« On a le temps! »

Nous vivons dans un époque où tout s’accélère, où les questions d’efficacité se confondent avec la précipitation, le mouvement permanent, l’hyper activité. Ce temps de confinement obligatoire peut nous inciter à prendre le temps pour assimiler, s’approprier les expériences vécues, tirer des enseignements des actes que nous posons, des relations que nous construisons.

Dans ce retour aux souvenirs, nous allons pouvoir prendre le temps ensemble, d’apprécier, de mesurer ce que nous sommes en capacité de réaliser, pour poursuivre cette dynamique pour des jours meilleurs.

Pendant nos longs échanges téléphoniques, il est souvent manifesté par les unes et les autres,  la capacité à tirer bénéfice de cette promiscuité imposée. En famille, on retrouve le plaisir de cuisiner à plusieurs, de découvrir de nouvelles recettes, de faire des dessins, de partager les repas tous ensemble… On se parle plus. Ces relations plus intimes deviennent plus intenses. Quand on connaît l’exiguïté de certains appartements, tous ces témoignages forcent le respect.

Il est même prévu de tenter de réaliser notre « café des femmes » sous forme de conférence téléphonique! on serait ainsi à plusieurs à prendre des nouvelles des unes et des autres, à nous réconforter, à nous redonner du souffle.

Etre en capacité de trouver ce qu’il y a de positif dans les situations difficiles, c’est la force de tous ceux  qui ont à affronter un quotidien rude, parfois plein d’incertitudes, souvent menaçant. 

Aujourd’hui, nous avons besoin, plus que jamais, de nous nourrir de cette ressource là, qui rend possible de traverser ensemble bien des tempêtes.

Ce qui nous maintient en vie ce sont tous ces liens qui nous unissent grâce justement au fait d’avoir à prendre soin les uns des autres. Les personnes les plus vulnérables nous donnent à vivre ce qui est le plus essentiel à chacun pour pouvoir préserver son humanité. Sentir que l’autre, mon semblable a besoin de moi tout comme il est indispensable à mon existence.

En ces temps très troublés les informations sur les ondes nous révèlent les pires conséquences de la trajectoire néo libérale:  

 –    le témoignage poignant d’une soignante qui est condamnée à rester impuissante face à tous ceux qui se retrouvent seuls face à la mort, sans possibilité de pouvoir dire « adieu » à leurs proches  

 –    les projections du MEDEF qui, dans ce contexte, envisage de rendre les vacances obligatoires à tous ces travailleurs inactifs pour toute la période de confinement et prévoit dès cet été la relance massive de l’économie!

La relance de l’économie mondialisée des multinationales. Celle qui est responsable des déplacements permanents des biens et des marchandises à l’échelle de la planète. Ces transactions permanentes justement responsables de la diffusion du virus et de la pandémie qui s’est répandue à une vitesse foudroyante.

Pour arrêter ce jeu de massacre, nous avons des réponses concrètes. Sur tous les territoires des collectifs organisent  une économie de proximité qui peut devenir réellement opérante et contribuer avec efficacité à organiser un monde vivable pour tous. Toutes ces expériences construisent des actions à partir de problèmes identifiés, analysés collectivement. Elles font la démonstration qu’il est indispensable et possible de se réapproprier les enjeux de notre époque en agissant avec les autres. 

Toutes ces expérimentations qui se développent, nous permettent de mieux appréhender les modalités d’organisation des collectifs pour reconnaître et s’appuyer sur les ressources que  chacun pour développer des espaces adaptés aux enjeux d’aujourd’hui.

C’est au prix de tous ces efforts que nous pouvons espérer construire une vie qui réponde à la nécessité du respect du vivant, du respect de la dignité de tous.  

Prenons bien soin les uns des autres, prenons soin du vivant! 

Publié par Terrain D'entente dans 2020, confinement 2020, Texte de reflexion, 0 commentaire

TERRAIN D’ENTENTE A L’HEURE DE L’OVALIE

Tournoi à Saint-Etienne

Depuis septembre 2018, un partenariat entre l’association Terrain d’Entente et le club de rugby de Saint-Etienne, le RCSE, a déjà permis à 11 enfants de pratiquer le rugby de manière régulière : 5 en 2018 et 8 en 2019, dont 2 qui sont restés les deux années.

Ainsi, ces enfants (dont deux filles), âgés de 5 à 11 ans, participent aux séances d’entrainement les mercredi après-midis et vendredi soirs, ainsi qu’aux 9 tournois annuels avec les équipes des moins de 6, 8, 10 et maintenant 12 ans du RCSE.

Le rugby -seul sport de combat collectif – impose naturellement l’entraide et la solidarité pour affronter les difficultés. Ce qui correspond pleinement aux objectifs pédagogiques proposés par Terrain d’Entente.

En effet, ce sport éducatif cumule par sa pratique des valeurs propres aux sports de combats (le respect de l’autre, l’humilité et la confiance en soi) ainsi que celles que l’on retrouve dans les sports collectifs (solidarité, esprit d’équipe, capacité d’écoute et de communication et confiance en l’autre).

Bien que parfois certains(es) n’ai pas tout le temps l’envie de participer, les familles assurent pleinement la continuité éducative indispensable pour la pratique d’une telle activité et accompagnent leurs enfants jusqu’à l’Etivaliére (lieu des  entraînements) et même au-delà pour les tournois : Feurs, Roanne, Montbrison, Villefranche, Lyon, Roche la Molière, Villeurbanne, etc.

Cette assiduité à la pratique d’une activité, qui nécessite d’importants efforts psychomoteurs et de discipline, provoque des évolutions d’attitudes considérables et remarquables sur l’écoute attentive des enfants durant les moments d’explication de consigne d’un jeu et ainsi directement sur le respect des règles et du déroulement de ce dernier.

D’ailleurs, il arrive maintenant que nous ayons droit à une partie de rugby durant nos temps de présence sur le parc Jean-Ferrat, sans les plaquages pour le moment…

Cette activité a aussi permis à Saïf, Ibrahim, Sabri, Youness, Lowan, Azziz, Amine, Karim, Djiane, Célia et Adem de découvrir des Oscar, Manoé, Martin et autres Maxime. Cela peut paraître évident ou défendu par nos institutions, mais ce projet a mis en valeur le cloisonnement racial dont sont victime les enfants des quartiers de Tarentaize et Beaubrun. En effet certains enfants ont manifesté leur curiosité, appréhension à pratiquer auprès des camarades de jeu : « bizarres », « aux cheveux jaunes ». En questionnant un peu on s’aperçoit que ce sont pour certains les premières relations établies avec des enfants « blanc » !

En effet, le rugby –  encore perçu comme un sport « élitiste » – attire bien souvent les classes sociales les plus aisées, bien qu’au club de Saint-Etienne il existe déjà et au-delà de ce partenariat une certaine mixité.

Enfin, nous avons sollicité la municipalité et l’Etat pour un accompagnement financier de ce projet coûteux en accompagnement, transport et prix de la licence, mais restons sans réponse de leur part actuellement. Fort heureusement, le RCSE a fait un effort considérable pour rendre ce partenariat possible, en réduisant de 70 % le prix des licences pour les enfants de Terrain d’Entente !

A suivre…

Bertrand.

Tournoi à Roche La Molière
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